Liminaire

 

Comme chacun sait, ou devrait savoir, on ne peut tout à la fois se trouver 'au four ou au moulin'. Et pour enfoncer le clou, il n'est point inutile de rappeler – c'est d'ailleurs de notoriété publique - que le fol qui 'trop embrasse et mal étreint', se retrouve immanquablement affublé de sublimes cornes sur le crâne. A tel point que le commun n'y voit là que l'appendice naturel et fatal du destin. Aussi, dans un réflexe salutaire d'hygiène mentale, les fidèles de la raison – se refusant à y voir un vain concept -, s'empressent évidement de se conformer aux attendus de cette sagesse populaire. Elle est tant enracinée en nos mémoires qu'elle ne saurait mentir. Las, il n'est point de dicton qui ne suscite son ombre... Et à tout prendre, s'il n'est point bon de 'courir plusieurs lièvres à la fois' il n'y a point davantage de profit à s'abîmer toujours dans l'écuelle récurée des ans...


Alors ?

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Fête médiévale du château de Peyrepertuse, Août 2009.  


La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à oser se perdre dans les labyrinthes inutiles de l'esprit dilettante ? Une déviance irrémédiable qui mène à la ruine ? Et bien soit... Contre la norme je choisis les inclinations de ma nature. Et si je me perds dans les vertus du butinage, de la légèreté crasse et sans objet prédéterminé, que les choses soient bien claires : elles n'engagent que moi !

Histoire et histoires ; littérature ; philosophie en actes, pensée en action ; vouloir incarné ; images dénuées de tout esprit pédagogique ; broutilles essentielles... Ratages propices aux heures troubles...

 

Rien n'est sérieux, tout indispensable ! 

voilà l'objet de cette entreprise (oh le vilain mot qu'il me faudra exorciser)


  La singularité nait de la norme...    


2011 04 - Crete 552 - Pretoire

«    Nous ouvrirons, nos yeux nos ailes, vers la lumière crue du soleil éternel…    »

 krystal-system.jpg

 

Telle est la complainte post-modern assénée par un duo français que j’affectionne tout particulièrement : Krystal System.

 
Peinture sonore d’une époque. La solitude des réseaux dégoulinante de couleurs, l’hubris désincarnée, les guerres presse-bouton, les terroristes et les affamés… Champagne sous les sunlights tandis que la légion des réfugiés climatiques refluent, finance en délire sur fond d’effondrement généralisé.

 

Enjoy !

 

Stoïcisme contemporain

 

Suicide marchandisé :
Au bout du rouleau ? Un seul coup de fil suffit !

 

Thank you for calling 1 * 800 - SUICIDE
If you wish to self terminate by electric shock, press 1.
For termination by overdose, press 2.
If you would like to make a reservation to visit our drowning pool, please press 3.
For termination by hanging, please press 4.
For death by self Inflicted gunshot, press 5.
To speak to a representative, stay on the line.
If you do not wish to die, please hang up now.

 

(Texte extrait de Dr Online du groupe Zeromancer)

 

 

Eloge de la consommation ; haine de la gratuité

 

« L'un des étudiants leva la main ; et, bien qu'il comprît fort bien pourquoi l'on ne pouvait pas tolérer que des gens de caste inférieure gaspillassent le temps de la communauté avec des livres, et qu'il y avait toujours le danger qu'ils lussent quelque chose qui fît indésirablement « déconditionner » un de leurs réflexes, cependant... en somme, il ne concevait pas ce qui avait trait aux fleurs. Pourquoi se donner la peine de rendre psychologiquement impossible aux Deltas l'amour des fleurs ? Patiemment, le D.I.C. donna des explications. Si l'on faisait en sorte que les enfants se missent à hurler à la vue d'une rose, c'était pour des raisons de haute politique économique. Il n'y a pas si longtemps (voilà un siècle environ), on avait conditionné les Gammas, les Deltas, voire les Epsilons, à aimer les fleurs – les fleurs en particulier et la nature sauvage en général. Le but visé, c'était de faire naître en eux le désir d'aller à la campagne chaque fois que l'occasion s'en présentait, et de les obliger ainsi à consommer du transport.
- Et ne consommaient-ils pas de transport ? demanda l'étudiant.
- Si, et même en assez grande quantité, répondit le D.I.C., mais rien de plus. Les primevères et les paysages, fit-il observer, ont un défaut grave : ils sont gratuits. L'amour de la nature ne fournit de travail à nulle usine. On décida d'abolir l'amour de la nature, du moins parmi les basses classes, d'abolir l'amour de la nature, mais non point la tendance à consommer du transport. Car il était essentiel, bien entendu, qu'on continuât à aller à la campagne, même si l'on avait cela en horreur. Le problème consistait à trouver à la consommation du transport une raison économiquement mieux fondée qu'une simple affection pour les primevères et les paysages. Elle fut dûment découverte. - Nous conditionnons les masses à détester la campagne, dit le Directeur pour conclure, mais simultanément nous les conditionnons à raffoler de tous les sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l'emploi d'appareils compliqués. De sorte qu'on consomme des articles manufacturés, aussi bien que du transport. D'où ces secousses électriques ». 

Huxley, Le meilleur des mondes

 

De l’alimentation

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Usage de la langue

 

« Le ministère de la Vérité - Miniver, en novlangue - frappait par sa différence avec les objets environnants. C’était une gigantesque construction pyramidale de béton d’un blanc éclatant. Elle étageait ses terrasses jusqu’à trois cents mètres de hauteur. De son poste d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription artistique des trois slogans du parti.

 

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE »

 

Orwell, 1984

 

Pour finir en beauté

 

 

Par Axel Evigiran - Publié dans : Société - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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En 1956 Romain Gary publiait Les Racines du ciel livre qui lui vaudra le Goncourt cette même année.
Qualifié de premier roman écologique, je n’en dirai rien pour ne pas encore l’avoir lu, me contentant de renvoyer ici à un petit résumé fort bien fait par autrui (cliquer sur l’image) :    

  romain-gary-valse-mille-vies-L-j80v2o .

 

Pendant ce temps un autre grand écrivain parcourait les savanes africaines, quant à lui fusil à la main, avide de trophées.

 

Hemingway 

Hemingway publia Les vertes collines d’Afrique en 1937 - livre qui me laissera un sentiment ambivalent. Et c’est en 1953, tout à sa passion, que l’auteur de Pour qui sonne le Glas passera près de la mort, non pas suite à une confrontation pleine de panache avec le roi de la savane africaine, mais dans un bête accident d'avion…

 

A noter qu’une adaptation cinématographique des Racines du ciel sera commise en 1958 par John Huston. Ce dernier avait tourné déjà en Afrique en 1951 African queen. L’accompagnait alors Peter Viertel, romancier qui tirera de cette expérience Chasseur blanc cœur noir, roman qui sera quant à lui mis en image par Clint Eastwood en 1989.  

 

 

 

Hier, en fin d’après-midi alors que j’écoutais Ca ne peut pas faire de mal d’une oreille distraite, mission consacrée aux écrivains journalistes, je laissais soudain choir mes activités à l’écoute d’une lettre de romain Gary. Cette fameuse lettre aux éléphants – que je ne connaissais pourtant pas.
Cette lettre sera publiée par le Figaro littéraire en mars 1968.

 

Mais avant cela, pour ceux qu’un Safari « de rêve » attire :
http://anthropopotamie.typepad.fr/anthropopotame/2010/07/des-safaris-de-r%C3%AAve.html


elephant


Monsieur et cher éléphant,

 

Vous vous demanderez sans doute en lisant cette lettre ce qui a pu inciter à l’écrire un spécimen zoologique si profondément soucieux de l’avenir de sa propre espèce.
L’instinct de conservation, tel est, bien sûr ce motif.
Depuis fort longtemps déjà, j’ai le sentiment que nos destins sont liés.
En ces jours périlleux "d’équilibre par la terreur", de massacres et de calculs savants sur le nombre d’humains qui survivront à un holocauste nucléaire, il n’est que trop naturel que mes pensées se tournent vers vous.
À mes yeux, monsieur et cher éléphant, vous représentez à la perfection tout ce qui est aujourd’hui menacé d’extinction au nom du progrès, de l’efficacité, du matérialisme intégral, d’une idéologie ou même de la raison car un certain usage abstrait et inhumain de la raison et de la logique se fait de plus en plus le complice de notre folie meurtrière.
Il semble évident aujourd’hui que nous nous sommes comportés tout simplement envers d’autres espèces, et la vôtre en particulier, comme nous sommes sur le point de le faire envers nous-mêmes.

  RooseveltTheodore---trophee.jpg

C’est dans une chambre d’enfant, il y a près d’un demi-siècle, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois.
Nous avons pendant des années partagé le même lit et je ne m’endormais jamais sans embrasser votre trompe, sans ensuite vous serrer fort dans mes bras jusqu’au jour où ma mère vous emporta en disant, non sans un certain manque de logique, que j’étais désormais un trop grand garçon pour jouer avec un éléphant.
Il se trouvera sans doute des psychologues pour prétendre que ma "fixation" sur les éléphants remonte à cette pénible séparation, et que mon désir de partager votre compagnie est en fait une forme de nostalgie à l’égard de mon enfance et de mon innocence perdues.
Et il est bien vrai que vous représentez à mes yeux un symbole de pureté et un rêve naïf, celui d’un monde où l’homme et la bête vivraient pacifiquement ensemble.

 

Des années plus tard, quelque part au Soudan, nous nous sommes de nouveau rencontrés.
Je revenais d’une mission de bombardement au-dessus de l’Ethiopie et fis atterrir mon avion en piteux état au sud de Khartoum, sur la rive occidentale du Nil.
J’ai marché pendant trois jours avant de trouver de l’eau et de quoi boire, ce que j’ai payé ensuite par une typhoïde qui a failli me coûter la vie.
Vous m’êtes apparu au travers de quelques maigres caroubiers et je me suis d’abord cru victime d’une hallucination.
Car vous étiez rouge, d’un rouge sombre, de la trompe à la queue, et la vue d’un éléphant rouge en train de ronronner assis sur son postérieur, me fit dresser les cheveux sur la tête.
Hé oui ! vous ronronniez, j’ai appris depuis lors que ce grondement profond est chez vous un signe de satisfaction, ce qui me laisse supposer que l’écorce de l’arbre que vous mangiez était particulièrement délicieuse.

 

elephant-tanzanie-lyonnet-mIl me fallut quelque temps pour comprendre que si vous étiez rouge, c’est parce que vous vous étiez vautré dans la boue, ce qui voulait dire qu’il y avait de l’eau à proximité.
J’avançai doucement et à ce moment vous vous êtes aperçu de ma présence.
Vous avez redressé vos oreilles et votre tête parut alors tripler de volume, tandis que votre corps, semblable à une montagne disparaissait derrière cette voilure soudain hissée.
Entre vous et moi, la distance n’excédait pas vingt mètres, et non seulement je pus voir vos yeux, mais je fus très sensible à votre regard qui m’atteignit si je puis dire, comme un direct à l’estomac.
Il était trop tard pour songer à fuir.
Et puis, dans l’état d’épuisement où je me trouvais, la fièvre et la soif l’emportèrent sur ma peur.
Je renonçai à la lutte.
Cela m’est arrivé à plusieurs reprises pendant la guerre : je fermais tes yeux, attendant la mort, ce qui m’a valu chaque fois une décoration et une réputation de courage.

 

Quand j’ouvris de nouveau les yeux, vous dormiez.
J’imagine que vous ne m’aviez pas vu ou pire vous m’aviez accordé un simple coup d’oeil avant d’être gagné par le sommeil.
Quoi qu’il en soit, vous étiez là ; la trompe molle, les oreilles affaissées, les paupières abaissées et, je m’en souviens, mes yeux s’emplirent de larmes.
Je fus saisi du désir presque irrésistible de m’approcher de vous, de presser votre trompe contre moi, de me serrer contre le cuir de votre peau et puis là, bien à l’abri, de m’endormir paisiblement.
Une impression des plus étranges m’envahit.
C’était ma mère, je le savais, qui vous avait envoyé.
Elle s’était enfin laissée fléchir et vous m’étiez restitué.

 Elephant-betise-humaine.JPG

Je fis un pas dans votre direction, puis un autre...
Pour un homme aussi profondément épuisé que j’étais en ce moment-là, il se dégageait de votre masse énorme, pareille à un roc, quelque chose d’étrangement rassurant.
J’étais convaincu que si je parvenais à vous toucher, à vous caresser, à m’appuyer contre vous, vous alliez me communiquer un peu de votre force vitale.
C’était l’une de ces heures où un homme a besoin de tant d’énergie, de tant de force qu’il lui arrive même de faire appel à Dieu.
Je n’ai jamais été capable de lever mon regard aussi haut, je me suis toujours arrêté aux éléphants.

 

J’étais tout près de vous quand je fis un faux pas et tombai.
C’est alors que la terre trembla sous moi et le boucan le plus effroyable que produiraient mille ânes en train de braire à l’unisson réduisit mon coeur à l’état de sauterelle captive.
En fait, je hurlais, moi aussi et dans mes rugissements il y avait toute la force terrible d’un bébé de deux mois.
Aussitôt après, je dus battre sans cesser de glapir de terreur, tous les records des lapins de course.
Il semblait bel et bien qu’une partie de votre puissance se fût infusée en moi, car jamais homme à demi-mort n’est revenu plus rapidement à la vie pour détaler aussi vite.
En fait, nous fuyions tous les deux mais en sens contraires.

 

Nous nous éloignions l’un de l’autre, vous en barrissant, moi en glapissant, et comme j’avais besoin de toute mon énergie, il n’était pas question pour moi de chercher à contrôler tous mes muscles. mais passons là-dessus, si vous le voulez bien.
Et puis, quoi, un acte de bravoure a parfois de ces petites répercussions physiologiques.
Après tout, n’avais-je pas fait peur à un éléphant ?

 

Nous ne nous sommes plus jamais rencontrés et pourtant dans notre existence frustrée, limitée, contrôlée, répertoriée, comprimée, l’écho de votre marche irrésistible, foudroyante, à travers les vastes espaces de l’Afrique, ne cesse de me parvenir et il éveille en moi un besoin confus.
Il résonne triomphalement comme la fin de la soumission et de la servitude, comme un écho de cette liberté infinie qui hante notre âme depuis qu’elle fut opprimée pour la première fois.

 

Elephant-massacre.jpegJ’espère que vous n’y verrez pas un manque de respect si je vous avoue que votre taille, votre force et votre ardente aspiration à une existence sans entrave vous rendent évidemment tout à fait anachronique.
Aussi vous considère-t-on comme incompatible avec l’époque actuelle.
Mais à tous ceux parmi nous qu’éc¦urent nos villes polluées et nos pensées plus polluées encore, votre colossale présence, votre survie, contre vents et marées, agissent comme un message rassurant.
Tout n’est pas encore perdu, le dernier espoir de liberté ne s’est pas encore complètement évanoui de cette terre, et qui sait ?
Si nous cessons de détruire les éléphants et les empêchons de disparaître, peut-être réussirons-nous également à protéger notre propre espèce contre nos entreprises d’extermination.

 

Si l’homme se montre capable de respect envers la vie sous la forme la plus formidable et la plus encombrante - allons, allons, ne secouez pas vos oreilles et ne levez pas votre trompe avec colère, je n’avais pas l’intention de vous froisser - alors demeure une chance pour que la Chine ne soit pas l’annonce de l’avenir qui nous attend, mais pour que l’individu, cet autre monstre préhistorique encombrant et maladroit, parvienne d’une manière ou d’une autre à survivre.

Botswana Elephant2  

Il y a des années, j’ai rencontré un Français qui s’était consacré, corps et âme, à la sauvegarde de l’éléphant d’Afrique.
Quelque part, sur la mer verdoyante, houleuse, de ce qui portait alors le nom de territoire du Tchad, sous les étoiles qui semblent toujours briller avec plus d’éclat lorsque la voix d’un homme parvient à s’élever plus haut que sa solitude, il me dit :
"Les chiens, ce n’est plus suffisant. Les gens ne se sont jamais sentis plus perdus, plus solitaires qu’aujourd’hui, il leur faut de la compagnie, une amitié plus puissante, plus sûre que toutes celles que nous avons connues.

 

Quelque chose qui puisse réellement tenir le coup. Les chiens, ce n’est plus assez. Ce qu’il nous faut, ce sont les éléphants".
Et qui sait ?
Il nous faudra peut-être chercher un compagnonnage infiniment plus important, plus puissant encore...

 

Je devine presque une lueur ironique dans vos yeux à la lecture de ma lettre.
Et sans doute dressez-vous les oreilles par méfiance profonde envers toute rumeur qui vient de l’homme.
Vous a-t-on jamais dit que votre oreille a presque exactement la forme du continent africain ?
Votre masse grise semblable à un roc possède jusqu’à la couleur et l’aspect de la terre, notre mère.
Vos cils ont quelque chose d’inconnu qui fait presque penser à ceux d’une fillette, tandis que votre postérieur ressemble à celui d’un chiot monstrueux.

 

trafic-d-ivoire-3950810mxzns.jpg Au cours de milliers d’années, on vous a chassé pour votre viande et. votre ivoire, mais c’est l’homme civilisé qui a eu l’idée de vous tuer pour son plaisir et faire de vous un trophée.
Tout ce qu’il y a en nous d’effroi, de frustration, de faiblesse et d’incertitude semble trouver quelque réconfort névrotique à tuer la plus puissante de toutes les créatures terrestres.
Cet acte gratuit nous procure ce genre d’assurance "virile" qui jette une lumière étrange sur la nature de notre virilité.
Il y a des gens qui, bien sûr, affirment que vous ne servez à rien, que vous ruinez les récoltes dans un pays où sévit la famine, que l’humanité a déjà assez de problèmes de survie dont elle doit s’occuper sans aller encore se charger de celui des éléphants.
En fait, ils soutiennent que vous êtes un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.

C’est exactement le genre d’ arguments qu’utilisent les régimes totalitaires, de Staline à Mao, en passant par Hitler, pour démontrer qu’une société vraiment rationnelle ne peut se permettre le luxe de la liberté individuelle.


Les droits de l’homme sont, eux aussi, des espèces d’éléphants.
Le droit d’être d’un avis contraire, de penser librement, le droit de résister au pouvoir et de le contester, ce sont là des valeurs qu’on peut très facilement juguler et réprimer au nom du rendement, de l’efficacité, des "intérêts supérieurs" et du rationalisme intégral.
Dans un camp de concentration en Allemagne, au cours de la dernière guerre mondiale, vous avez joués, monsieur et cher éléphant, un rôle de sauveteur.

 

Bouclés derrière les barbelés, mes amis pensaient aux troupeaux d’éléphants qui parcouraient avec un bruit de tonnerre les plaines sans fin de l’Afrique et l’image de cette liberté vivante et irrésistible aida ces concentrationnaires à survivre.
Si le monde ne peut plus s’offrir le luxe de cette beauté naturelle, c’est qu’il ne tardera pas à succomber à sa propre laideur et qu’elle le détruira.
Pour moi, je sens profondément que le sort de l’homme, et sa dignité, sont en jeu chaque fois que nos splendeurs naturelles, océans, forêts ou éléphants, sont menacées de destruction.

 

Demeurer humain semble parfois une tâche presque accablante ; et pourtant, il nous faut prendre sur nos épaules au cours de notre marche éreintante vers l’inconnu un poids supplémentaire : celui des éléphants.
Il n’est pas douteux qu’au nom d’un rationalisme absolu il faudrait vous détruire, afin de nous permettre d’occuper toute la place sur cette planète surpeuplée.
Il n’est pas douteux non plus que votre disparition signifiera le commencement d’un monde entièrement fait pour l’homme.

  elephant-ivoire.jpeg

Mais laissez-moi vous dire ceci, mon vieil ami : dans un monde entièrement fait pour l’homme, il se pourrait bien qu’il n’y eût pas non plus place pour l’homme.
Tout ce qui restera de nous, ce seront des robots.
Nous ne réussirons jamais à faire de nous entièrement notre propre oeuvre.
Nous sommes condamnés pour toujours à dépendre d’un mystère que ni la logique ni l’imagination ne peuvent pénétrer et votre présence parmi nous évoque une puissance créatrice dont on ne peut rendre compte en des termes scientifiques ou rationnels, mais seulement en termes où entrent teneur, espoir et nostalgie.
Vous êtes notre dernière innocence.

 

Je ne sais que trop bien qu’en prenant votre parti - mais n’est-ce pas tout simplement le mien ? - je serai immanquablement qualifié de conservateur, voire de réactionnaire, "monstre" appartenant à une autre évoque préhistorique : celle du libéralisme.
J’accepte volontiers cette étiquette en un temps où le nouveau maître à penser de la jeunesse française, le philosophe Michel Foucault, annonce que ce n’est pas seulement Dieu qui est mort disparu à jamais, mais l’Homme lui-même, l’Homme et l’Humanisme.

C’est ainsi, monsieur et cher éléphant, que nous nous trouvons, vous et moi, sur le même bateau, poussé vers l’oubli par le même vent puissant du rationalisme absolu.
Dans une société, vraiment matérialiste et réaliste, poètes, écrivains, artistes, rêveurs et éléphants ne sont plus que des gêneurs.

 

Je me souviens d’une vieille mélopée que chantaient des piroguiers du fleuve Chari en Afrique centrale.


"Nous tuerons le grand éléphant

Nous mangerons le grand éléphant

Nous entrerons dans son ventre

Mangerons son coeur et son foie..."

 

(..) Croyez-moi votre ami bien dévoué.

 

Romain Gary   

Par Axel Evigiran - Publié dans : Ecologie politique - Communauté : écologie nature et histoire
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larnaque-fnac 

Lorsque l’on aime les livres et que l’on réside loin des villes, pouvoir faire son marché sur la toile présente certains avantages. Ainsi au gré de l’humeur et de nos déambulations virtuelles on remplit son cabas de pleins de belles littératures et autres ouvrages délicieux.

Quelques jours plus tard, c’est toujours un plaisir renouvelé que d’ouvrir sa boite aux lettres pour sentir l’odeur de nouveaux livres ; en apprécier la texture. Mais qu’advient-il si dans le colis que nous attendions se trouve autre chose que ce que nous avions commandé ? Ne suffit-il pas de quelques clics pour y remédier ? C’est ce que je croyais jusqu’alors.

 


Récit d’une mésaventure Kafkaïenne.

Le MeurJ’avais commandé quelques livres et parmi eux un prometteur Trésor des moralistes du XVIIIème siècle  par  Cyril Le Meur. Je reçu à la place un roman d’une certaine Gwenola Leroux, Enquête sur une dispersion….

Il me fallut un long moment sur le site de la FNAC pour trouver l’adresse email pour signaler ce problème (passer commande est très facile, pouvoir réclamer est fichtrement plus délicat…). Ceci fait vous recevez un email automatique du genre :

« Merci d'avoir contacté à nouveau notre Service Client. Il n'est pas utile de répondre à cet accusé de réception. Nous avons reçu votre message faisant suite à votre mail reçu le 22 février 2012.» (ma première relance date du 15/02…)

Bien.

Un jour passe, puis deux puis trois. Aucune nouvelle.
Je décide donc de téléphoner (là aussi faut chercher un bon moment pour trouver le N° 0800… qui va bien). Au de 30 mn d’attente toujours personne… Je réessaye le lendemain. Nouvelle attente de 10 mn et là miracle, un être humain au bout du fil : Discours stéréotypé ou l’on me fait savoir que qu’on va m’envoyer une étiquette Colissimo pour le retour du mauvais livre, puis, seulement on daignera m’envoyer le livre effectivement commandé… Ne serait-il pas plus simple et moins onéreux de simplement m’adresser le bon livre (on parle ici tout de même d’un ouvrage de l’ordre de 10 €…).

Et le service au client ?..
Rien à faire…


Une fois enfin réceptionné cette fameuse étiquette, direction la poste et là : refus catégorique de la poste de mettre le livre dans une enveloppe. Un emballage Colissimo est obligatoire ! (Coût 7 € pour ma pomme).

Un peu - voir beaucoup  - excédé je me fends d’une lettre à la direction de la FNAC

(voir ci-dessous).

RECLAMATIOn FNAC 1
Résultat aucune réponse !

Cela prend encore une bonne semaine, et deux relances de ma part pour qu’enfin arrive dans ma boite un livre….

Encore le mauvais !

Nouvelle réclamation courriel de ma part et toujours ce message stéréotypé - et évidemment pas la  moindre réponse.

Inspirant profondément (et prenant ma patience à deux mains), vendredi dernier je rappelle ce fameux service client. Attente de 30 mn… Et encore ce discours stéréotypé en forme de disque rayé, quoi que vous demandiez: « ne vous énervez pas, on va résoudre le problème ». Résoudre le problème ? Rien de plus simple  envoyez-moi Trésor des moralistes du XVIIIème siècle  de  Cyril Le Meur. Ah ça, ne rêvons point.
Seule avancée, au bout de 10 mn mon interlocutrice finit par, ô miracle, supposer qu’il y a une erreur de référencement du produit à la FNAC… Mais quant à recevoir le bon livre, faut pas rêver …. On me dit qu’on va me recontacter, et bla bla bla (elle est en fait manifestement pressée de se débarrasser de cet appel encombrant)…

Aujourd’hui, 21 mars soit 6 semaines après ma commande toujours pas de moindre réponse.
Hier je leur fait une relance – excédée par fax – (voir ci-dessous)

RECLAMATIOn FNAC 2
Et aujourd’hui une relance courriel :

« Nous avons reçu votre message faisant suite à votre mail reçu le 22 février 2012.
Nous allons réouvrir votre requête et un conseiller y répondra le plus rapidement possible ».

J’en avais fait une question de principe mais là je me lasse…
N’oublions pas qu’il s’agit d’un livre à 10 €

 


MORALITE :



A la FNAC ce son des cuistres qui n’en ont rien à foutre des clients….
N’achetez pas – ou plus – vos livres chez eux.

Par Axel Evigiran - Publié dans : Société - Communauté : Livre parcours
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