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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 19:57

Acheteur compulsif de livres….
(Je n’ose utiliser le mot fatal de consommateur)

 

Montaigne-et-autres.jpg

 

Ou l’on voit ses propres vices comme des vertus !
Pour l’avoir repris dans un billet il y a quelques jours, je devrais pourtant tirer leçon de la sentence : « Vicina sunt vitia virtutibus ». Il n’en est rien.
J’en finirai même par douter de l’effet - si ce n’est rhétorique - des formules…

 

 Montaigne-ouvert.jpgCette maladie dont je suis affligé, belle pathologie penseront certains, consiste ainsi à accumuler plus de livres que l’on peut raisonnablement lire. Mais comment résister à l’appel de l’ouvrage sur lequel on vient d’entendre si magistrale et passionnante conférence, si stimulante émission ?  Oui comment ? A ce nombre déjà considérable de livres s’ajoute autant de conseils de lectures, de livres incontournables, de cadeaux et, lorsque l’on n’a point suivi un cursus littéraire, légions de classiques et d’épopées qui vous tendent avec avidité leurs bras tentaculaires.

 


Et lorsqu’en plus de cet appel (satisfait désormais pour bonne part sur la toile en ce qui me concerne), victime d’un détour insidieux, on se retrouve par mégarde noyé dans une librairie bien garnie, une petite voix ne manque jamais de surgir des limbes les plus reculées de l’esprit, lancinante et cajoleuse, pour immanquablement susurrer que l’achat d’un livre est une chose des plus nobles, et que, de toute manière, ce n’est jamais  là une acquisition inutile : forcément, tôt ou tard, le livre sera lu. Et même si ce n’est point par nous-même, il le sera par nos enfants, nos conjoints, nos amis, qui sais-je encore…. On empile donc avec bonne conscience pleines charrettes de ces monuments du savoir et du plaisir dilettante. Puis on tri, on se donne des priorités, toujours chamboulées par l’arrivée d’autres livres naturellement plus alléchants encore – parce que nouveaux sur notre pile déjà branlante sous un poids considérable. Selon l’humeur ou la fatigue on en commence certains, on en laisse d’autres tomber ; provisoirement pense-t-on parfois avec justesse – j’insiste sur le parfois. Il y en a qui demeurent effleurés, d’autres plus chanceux, lus d’un trait. Il y a les pavés et les courts essais ; les pièces de théâtre et les  romans de mille pages. On surnage dans cet océan comme l’on peut… Et puis, si l’on ne veut pas tout oublier aussitôt fermé le livre il y a, pour les plus remarquables d’entre-eux, ces satanées fiches de lecture à compiler : fastidieuse mais utile entreprise….

 

Lit-du-malade.jpg 

Chez moi, ce mal s’est exacerbé depuis que je me suis rendu compte que me contenter d’inscrire sur une fiche les références de mes projets de lectures (1) n’était point suffisant.
C’est que, dans ma naïveté, je pensais la toile pouvoir remédier inconditionnellement à mes boulimiques tant que fantasques envies de materia prima… Il ne suffisait que de quelques clics… Hélas, il m’a bien un jour fallu admettre, après de longues et infructueuses recherches, qu’il arrive parfois que certains livres puissent ne plus être disponibles du tout ! Ni sur la toile ni ailleurs … Et là, forcément, l’affaire prend le tour d’une obsession… C’est ce livre là que l’on veut lire et pas un autre !


Peut-être que certains se reconnaîtront dans ce portrait. Mais qu’on se rassure, comme le dit le dicton « La meilleure des médecine c’est de ne prendre aucun médicament ».


 

Par jeu, je viens de recenser la liste de mes livres en cours :

 

* Montaigne – Essais : lecture permanenteCe-n-est-pas-du-jack-daniels.jpg
* Pessoa – Le livre de l’intranquillité : je n’en suis qu’au N°113 après une reprise à zéro pour avoir laissé dormir quelques années le livre. Lecture très occasionnelle et par beau temps uniquement.
* Aristote – Ethique à Nicomaque : j’en suis au livre IV – 4 au bout de deux bonnes années – une fiche de lecture détaillée accompagne cette lecture ; je ne sais pas ce qui m’a pris !
* Jean Meslier – Mémoires contre la religion : commencé cet été et mis en attente depuis lors au chapitre II car j’aimerai m’y plonger d’une traite (je vais devoir sans doute reprendre tout à zéro)
* Lucrèce – De la nature (version en prose). Je n’en ai lu pour l’heure que la préface d’Elisabeth de Fontenay. Mon objectif : plaisir de comparer cette version à celle rédigée en vers – et me rafraîchir la mémoire.
* Clément Rosset – L’anti-nature : j’en suis toujours à la page 56 au bout de un an – Beaucoup de mal à m’y replonger. 
* Spinoza : petit livre présentant une collection de textes choisis et commentés : j’en suis à une bonne moitié, mais cette lecture me pèse et m’apparaît scolaire – je n’en retire pas grand chose à vrai dire (mais n’aime pas ne pas aller au bout de mes livres – par principe).
* Jean Lefranc – Comprendre Nietzsche : je suis presque au bout. Cela ne m’aide pas vraiment à mieux comprendre cet auteur si insaisissable, mais j’y apprends des choses intéressantes, c’est l’essentiel.
* Montaigne – Journal de voyages : acheté cet été et pratiquement stoppé aux trois quarts depuis la rentrée (j’ai par contre lu les lettres avec beaucoup d’intérêt). J’ai du mal à m’y remettre (sans doute ce côté répétitif du journal).
* Darwin – Collectif sous direction d’Alain Prochiantz : regroupe les contributions de professeurs au Collège de France. Certaines m’apparaissent intéressantes (à défaut d’être passionnantes) ; d’autres me tombent des yeux. J’en suis presque à moitié. A lire lorsque l’on est en forme.
* Hemingway – Le vieil homme  et la mer (bilingue) : quelques pages par semaine, comme exercice d’anglais.
* Gradus Philosophique – Un livre de ma fille acheté il y a quelques semaines et qui peut se lire auteur par auteur : j’en suis à Augustin (et c’est classé par ordre alphabétique !).
* Les Gallo-Romais – Acheté cet été sur un site périgourdin. Commencé… Tout à fait intéressant.
* La France au Moyen âge – Claude Gauvard. En cours depuis quelques années ; je lis un chapitre par-ci par-là. Fort bien fait et fort bien écrit, mais fini toujours par se retrouver en dessous de la pile sans que je ne me l’explique.
* Maximes de La Rochefoucauld – J’en suis à moitié. Je ne lis qu’un maxime ou deux à la fois, sinon ça ne sert à rien…
* Huxley – Les diables de Loudun – commencé il y a une quinzaine de jours.
* Arne Naess – Vers l’écologie profonde : Livre d’entretien commencé le week-end dernier. Presque fini. J’aime beaucoup ce genre de livre pour se familiariser tant avec la pensée qu’avec la biographie d’un auteur.
* La renaissance (livre d’art) – Acheté cet été et commencé… Lecture reposante.

 

Fiches de lectures à faire :
* Etienne Klein – Discours sur l’origine de l’univers : commencée. Nécessite relecture d’une bonne part de l’ouvrage (à croiser avec une émission récente sur les multivers).
* Jean-Léon Beauvois – Les influences sournoises.

Livre-table.jpg


(1) Je privilégie l’achat à l’emprunt car je suis un invétéré griffonneur-souligneur…

(2) Pour l’anecdocte, le livre était celui de Wendy Brown (professeur de sciences politiques de l'université de Berkeley) : Les habits neufs de la politique mondial. Neolibéralisme et néo-conservatisme.

 

 

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Published by Axel Evigiran - dans Littérature contemporaine
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commentaires

Cédric 15/11/2011 15:07


Moi, je le fais mien sans problème, ce ressenti. (J'ai écrit ce 591 sur mon blog que vous avez sûrement déjà lu, et le 352 évoque un peu la même chose. (j'écris en nombre ainsi vous irez voir si
cela vous intéresse) ;-) )

En tout cas, vous m'avez donné envie d'en savoir plus sur ce Lucrèce dont je ne sais (savais) rien !


Axel 14/11/2011 20:21


Cher Frédéric,

On y trouve de beaux passages à méditer, telle celui-ci :

" (...) je ne me sens pas autorisé à donner la moindre définition universelle du bonheur ou du malheur ; (...) je ne puis dire : "Je méritais cela" ou "Je ne méritais pas cela". ce qui dans ma vie
arrive d'heureux ou de malheureux, je ne fais jamais rien pour le mériter, à commencer par le fait même de vivre (...) Mériter suppose qu'à la suite d'une action volontaire, motivée par un choix,
ce qui m'arrive meserait dû".

Je n'arrive à faire tout à fait mien ce ressenti ; mais n'arrive pas davantage à l'éloigner bien longtemps...
Et je pense combien nous sommes enclins à nous attribuer nos succès et à rejeter sur la fatalité nos échecs...


Frédéric Schiffter 13/11/2011 19:19


Cher Axel,

La dernière photographie prouve l'excellence de vos choix de lectures. Je veux parler bien sûr du "Lucrèce" de Marcel Conche.
Bien à vous,

FS


Axel Evigiran 13/11/2011 09:17


Merci de ce partage (c’est aussi le but de ce genre de billet) :)

Il est vrai que les livres coûtent chers, et qu’en lisant ce qui se trouve déjà en accès libre de droit il y a de quoi lire ( en plus des sites de ebooks gratuits, le site de la BNF pour les
classiques et livres anciens est formidable).

De mon côté je n’arrive pas à lire longtemps sur écran. Je le fais lorsque les circonstances l’imposent, ou pour des écrits plutôt « professionnels ».
Même avec l’amélioration des systèmes dématérialisés de lecture (genre Ipad dont j’ai un ami qui ne cesse de m’en vanter les mérites) je préfère mille fois mes livres papiers. Comme vous l’avez vu
sur les photos, je lis dès que possible dehors : ce besoin de nature – et d’aller parfois lire en des endroits farfelus - s’associe mal avec l’attirail informatique.

Une émission intéressante était proposée hier sur ce sujet précisément :
http://www.franceculture.fr/emission-repliques-les-livres-et-apres-2011-11-12


Cédric 12/11/2011 11:33


Très intéressante note ! Il me semble qu'à ce sujet, je sois l'exact opposé de vous ! :-)

Je n'achète quasi jamais de livres. Je n'en entame jamais un autre tant que n'ai pas terminé celui en cours. ('Notre dame de Paris' m'a accompagné durant des années, explication : presque rien lu
durant une très longue période, deux pages un jour, puis plusieurs semaines sans lire, avant de retrouver l'appétit et de le finir en deux bouchées !)

Je ne lis pratiquement que sur internet, tout ce qui est 'gratuit' c'est-à-dire avant tout 'tombé dans le domaine public'.

Il est vrai que si j'avais de l'argent à y consacrer j'achèterais peut-être (car rien n'est moins sûr) les livres "en chair et en os" pour (peut-être) me faire une belle bibliothèque.

Mes très rares achats sont des livres de poches d'occasion. Dernière acquisition durant la brocante annuelle de ma rue : 10 livres de poche en parfait état pour 12 euros (après la petite
négociation d'usage) (Tolstoï, Dostoïevski, Cendrars (le livre entamé), Hemingway, etc.). Ceci dans cette idée qui m'accompagne depuis plusieurs années de lire au moins un ouvrage de tous les
auteurs dits "classiques".

J'ai trouvé votre note intéressante, c'est la raison pour laquelle je vous livre ce rapport que j'ai moi-même à la lecture, mais si vous n'y avez trouvé aucun intérêt, désolé pour ce commentaire...
;-)


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  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
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