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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 10:28

Acropole

La démocratie athénienne à l'époque de Démosthène

Mogens H.Hansen

Partie II

 


Lien vers la partie I

 


Le peuple d’Athènes 


La population d’Athènes 

Les trois groupes

Les citoyens, les résidents étrangers (appelés métèques) et les esclaves. 

Les citoyens constituaient l’ordre privilégié : la loi leur donnait le monopole de la propriété foncière et le pouvoir politique ; les métèques étaient un ordre moins privilégié : des gens libres, s’adonnant principalement à l’artisanat, au commerce et aux services ; les esclaves constituaient un ordre déshérité, que la loi protégeait seulement en ceci qu’on ne pouvait les tuer impunément. 


Ce serait une erreur que de traiter les esclaves comme une classe unique, vu qu’un petit nombre d’entre eux appartenaient à la classe exploitante, alors que celle des exploités incluait, outre bien sûr la majeure partie des esclaves, un nombre non négligeable de citoyens et de métèques ; ce serait une autre erreur que d’identifier la classe exploitante avec les citoyens, vu que nombre de citoyens étaient des ‘non possédants’ et que cette classe incluait aussi pas mal de métèques et quelques esclaves. 


Métèques et esclaves vivaient parmi les citoyens de la cité, mais l’Etat était exclusivement une communauté de citoyens, et de citoyens mâles. 


Des citoyens divisés selon leur âge

S’il n’y avait pas de division censitaire, une autre demeura toujours : celle des âges : un athénien arrivait à l’âge de la citoyenneté à 18 ans. (…) Mais au IVe siècle, il n’acquérait ses droits politiques qu’à 20 ans.

Etre juré au Tribunal du Peuple, législateur, magistrat était réservé aux citoyens de plus de 30 ans. Pour certaines magistratures, il fallait même atteindre l’âge de 40 ans.

On doit aussi se rappeler que la cour de justice la plus révérée à Athènes était l’Aréopage, qui comptait environ 150 membres, aucun n’ayant moins de 31 ans. 

La raison de cette limite d’âge n’est nulle part expressément donnée, mais on rencontre partout dans la littérature grecque l’idée que la sagesse et l’expérience viennent avec l’âge.


Quelques chiffres pour le Ive siècle

Nous devons supposer un corps de citoyens adultes d’au moins 30.000, et non 20.000. Et le nombre de 30.000 s’accorde bien avec le recensement, fait entre 317 et 307, des citoyens mâles et des métèques vivant en attique, lequel révéla 21.000 athéniens et 10.000 métèques.

La population civile de 30.000 adultes mâles correspond à une population civile totale d’environ 100.000 personnes. 

Esclaves : il peut y avoir eu plus de 150.000 esclaves en Attique à certaines périodes, mais on ne saurait aller plus loin. 

Si on réunit toutes ces estimations, on peut conclure que les 30.000 citoyens adultes mâles ne représentaient pas plus que le dixième de la population de l’attique. 


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Les citoyens, leurs droits et leurs devoirs

L’acquisition de la citoyenneté

On acquérait la citoyenneté athénienne soit par la naissance, soit par naturalisation (…) La citoyenneté par naturalisation était un privilège convoité, que l’on n’accordait par grande faveur qu’à de rares métèques. 


Les droits du citoyen

La citoyenneté comporta des avantages financiers dès que les athéniens commencèrent à être payés pour exercer leurs droits politiques. Pour chaque jour ouvré, il était versé un misthos. (…)

Ils avaient aussi une sorte de sécurité sociale (…)

Le meurtre d’un citoyen était un crime plus grave que celui d’un métèque ou d’un esclave. La peine prévue pour l’homicide volontaire était la mort si la victime était un citoyen athénien, le bannissement à vie pour un métèque et seulement une amende pour un esclave.


Les devoirs du citoyen

Deux obligations : payer ses impôts et faire son service militaire.

Le seul impôt direct était une taxe sur la fortune ; mais elle ne frappait les citoyens qu’au dessus d’un certain seuil. 


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Géographie politique de l’Attique

Les dèmes

Un dème était originellement une communauté locale dont les membres étaient tous citoyens vivant au voisinage de l’endroit où se tenait l’assemblée du dème. (…) Les plus petits dèmes ne comptaient pas plus d’une cinquantaine d’adultes mâles, tandis qu’Acharnes devait en avoir entre 1000 et 1500.(…)

L’Etat athénien reposait sur la base que constituaient les 139 dèmes. Chacun avait à sa tête un dèmarchos, soit tiré au sort, soit élu chaque année à l’assemblée du dème. 


Les circonscriptions et tribus

Les circonscriptions (trittyes) n’ont jamais eu une grande importance en tant qu’organe de gouvernement. (…)  Sous Clisthène chaque tribu était constituée de 3 circonscriptions. (…) Les tribus furent nommées d’après les héros d’Athènes, et les membres de chaque tribu étaient unis par le culte de leur héros. 

Une tribu était présidée par 3 épimélètai tès phylès (présidents de tribus), chacun étant choisi dans une circonscription différente. 


Les classes censitaires

Les citoyens d’Athènes du Ive siècle étaient encore divisés entre les 4 classes soloniennes – pentacosiomédimmes, hippeis, zeugites et thètes. (…) Autant qu’on sache, les classes étaient à cette époque fondées en réalité sur la fortune. (...)

Les classes soloniennes n’avaient plus guère de signification pratique pour l’exercice d’une charge et les athéniens avaient mis en application l’idéal démocratique qui donnait à tout citoyen la possibilité d’être magistrat.  


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Les divisions sociales selon la fortune des citoyens

Il y avait entre citoyens une autre division économique que solonienne : elle séparait ceux qui étaient taxés sur la fortune ou remplissaient des obligations publiques comportant des dépenses – on les appelait liturgies – ou les deux à la fois, de ceux qui étaient exempts de toutes ces charges.


Liturgies

Il y avait en gros deux sortes de liturgies : pour les fêtes, et pour la flotte. Quant à la première, le riche personnage devait prendre à sa charge les dépenses nécessaires à l’une des grandes fêtes de la cité et participer à son organisation. (…) Pour la seconde, notre riche contribuable devait commander et entretenir (partiellement à ses frais) un navire de la flotte.


L’eisphora

La taxe sur le patrimoine était à l’origine une taxe extraordinaire levée pour financer la guerre et décrétée par l’Assemblée ; mais à partir de 347/6, elle devint un impôt régulier, annuel : elle était payée par les citoyens comme les métèques, mais seulement par les gens aisés. (…)

La « haute société » de l’Athènes du Ive siècle était un groupe constitué de 1000 ou 1200 citoyens riches, dont le cœur était constitué des 300 plus riches. 


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Esclaves et métèques

Métèques

Métèque : une personne libre mais qui avait quitté sa propre cité pour vivre dans une autre cité-Etat sans y avoir les droits des citoyens. (…)

Nous ne savons pas combien de temps un étranger pouvait rester à Athènes avant d’être obligé d’endosser le statut de métèque (par comparaison à d’autres cité : un mois sans doute).

Chaque métèque devait se choisir un citoyen athénien pour garant et, peut-être pour patron, et s’il y manquait il pouvait être inculpé (…) et encourait la confiscation de ses biens et risquait d’être vendu en esclavage (…) On peut penser que c’était pour les athéniens une bonne façon d’être sûrs que les étrangers se feraient spontanément enregistrer s’ils demeuraient au-delà du délai fixé.  

Les métèques avaient peu de droits et beaucoup d’obligations ; ils n’avaient aucun droit politique, ne prenaient aucune part aux distributions et autres avantages économiques consentis aux citoyens. Ils ne pouvaient posséder ni terre ni maison en Attique. Un mariage entre un(e) métèque et un(e) athénien(ne) était nul et la cohabitation d’un métèque avec une athénienne était réprimée plus sévèrement que celle d’un athénien avec une métèque. De la même façon, l’homicide volontaire était moins sévèrement puni si la victime était métèque, et les métèques pouvaient avoir à témoigner sous la torture. Ils étaient redevable du service militaire et d’impôts. (…)

Les métèques à Athènes se répartissaient en deux groupes : d’un côté les étrangers nés libres, installés à Athènes comme artisans ou commerçants, ou comme réfugiés politiques ; d’autre part, les esclaves affranchis, devenus métèques avec pour patron leur ancien maître. 


Les esclaves

Les esclaves étaient souvent appelés doulos.

Un esclave était une propriété (mobilière) tout comme les animaux, les outils, l’argent, la terre, etc. (…)

L’esclave était à la merci de son maître, et il n’y avait que deux limites. D’abord le maître ne pouvait le mettre à mort : cependant la peine encourue était généralement une amende. C’était surtout le meurtre de l’esclave d’un autre qui donnait matière à procès. (…) Pour le reste le droit de punir ses esclaves était illimité : les fugitifs, s’ils étaient repris, étaient marqués au fer (…) La seconde limite aux droits du propriétaire était qu’un esclave pouvait chercher asile au sanctuaire des Erinyes ou dans celui de Thésée, et pouvait demander à être vendu à un autre maître. (…)

Tant socialement qu’économiquement, il y avait un gouffre entre les milliers d’esclaves qui travaillaient dans les mines du Laurion dans les conditions les plus effroyables qu’on puisse imaginer, parfois enchaînés, et la minorité d’esclaves privilégiés qui pouvaient être banquiers, contremaîtres dans un atelier, avec d’autres esclaves sous leurs ordres, ou régisseurs des biens de leur maître. 


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L’Assemblée du Peuple

Son organisation

A l’Assemblée (ekklèsia) se réunissait le peuple d’Athènes (dèmos)

Quand un démocrate athénien disait « dèmos », il voulait dire l’ensemble des citoyens ; les détracteurs de la démocratie, en revanche, avaient tendance à voir dans le « dèmos » les « gens ordinaires », par opposition aux classes possédantes. (…)

Il n’est pas douteux que les gens de la ville et des faubourgs dominaient les réunions de l’Assemblée et que la représentation des ruraux n’équivalait pas leur proportion réelle de la population civique.


L’admission à l’Assemblée

Seuls les citoyens adultes mâles avaient le droit de prendre part aux réunions de l’Assemblée ; il était nécessaire d’avoir été porté sur le registre de l’Assemblée de l’un des 139 dèmes, ce qui, au moins après 338 n’était possible que passé 20 ans. Etaient exclus non seulement les femmes, les métèques et les esclaves, mais aussi les citoyens déchus de leurs droits. 


Le nombre de participants

De nombreuses décisions spéciales de l’Assemblée requéraient, pour être ratifiées, un quorum de 6000 citoyens, votant avec des jetons et non à main levée. (…)

Les athéniens introduisirent le paiement pour la présence à l’Assemblée. Aristote dit que ç’avait été décidé parce que les années qui suivirent le guerre du Péloponnèse il était difficile d’atteindre le quorum des 6000 votants. (…) Ainsi donc, après l’installation du salaire, le lieu était normalement plein et il y avait au moins 6000 citoyens présents. Les 6000 premiers arrivés étaient probablement les seuls à être payés.


Le nombre des réunions

Aristote distingue entre deux types de réunions : l’ekklèsia kyria, tenue une fois par prytanie, soit dix fois l’an ; et l’ekklèsia simple, 3 fois par prytanie, soit 30 fois l’an. Leur nombre a changé plusieurs fois mais (…) il y eut un temps où les athéniens n’avaient que 10 réunions annuelles fixes (c’était probablement le système qui prévalait encore au moment de la Guerre du Péloponnèse). 

Mais vers 335 on peut tabler sur 30 réunions par an (Aristote, dans les années 330, en dénombre 40). 


Les jours de réunion 

Les athéniens utilisaient deux calendriers différents : l’un que les historiens appellent « calendrier sacré » et dans lequel l’année se divisait en 12 mois de 29 ou 30 jours (d’une nouvelle lune à l’autre) ; l’autre qu’on appelle de nos jours « bouleutique » ou « prytanique », dans lequel l’année compte 10 prytanies de 36 (prytanies 1 à 4) ou 35 jours (prytanies 5 à 10).

Puisque l’Assemblée était convoquée par prytanes du Conseil, elles obéissaient naturellement au calendrier bouleutique. 


Durée des séances 

Une réunion de l’Assemblée ne pouvait pas excéder la journée. Elle commençait au point du jour ; pour finir à quelle heure ? Si l’on se souvient que les athéniens étaient célèbres pour leur propension à ergoter et que chacun des 6000 participants était habilité à le faire, il n’est pas difficile d’imaginer que cela pouvait durer toute la journée, de l’aube jusqu’au crépuscule. (…)

En fait, on peut raisonnablement conjecturer qu’une réunion ordinaire de l’Assemblée ne durait guère plus de quelques heures et se terminait vers midi. Il est vrai que les gens apportaient leur pain et leur vin sur la Pnyx .


Préparation de l’Assemblée au Conseil des 500

L’Assemblée ne pouvait débattre et voter que sur les questions mises à l’ordre du jour par les prytanes, lesquels ne pouvaient le faire sans que le Conseil ait préalablement voté un décret préliminaire. (…)

Nos sources reflètent certainement la réalité, et témoignent qu’à Athènes la politique était réellement décidée à l’Assemblée plutôt que par le Conseil. 


Les présidents

Au Ve siècle, les séances de l’Assemblée étaient présidées par les prytanes, et en particulier par leur président. A une date située entre 403 et 378, la présidence passa à un bureau de 9 proédroi, parmi lesquels était choisi le président en titre. Cette réforme visait peut-être à prévenir la corruption : il était choisi au coucher du soleil pour une nuit et un jour, tandis que les proèdres furent tirés au sort le matin, juste avant la séance. 


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Les débats

Ouverture de séance

L’ordre du jour était affiché 4 jours à l’avance ; (…)

Une fois les citoyens installés dans l’auditorium, on commençait par un sacrifice : un cochon était abattu. Puis le héraut prononçait une prière et une malédiction contre tout orateur qui tenterait de dévoyer le peuple.

Après les cérémonies d’ouverture et mise en délibération du premier point de l’ordre du jour, le crieur posait la question : qui veut prendre la parole ?


Les discours

Dans une assemblée de 6000 personnes, le débat prenait nécessairement la forme d’une succession de discours diversement longs. 

Il est difficile de croire qu’un orateur ait pu lire un discours in extenso et sans changer un mot : il avait probablement un canevas à la main. (…)

Le discours à l’Assemblée devint pour longtemps l’un des 3 genres rhétorique avec l’éloquence du barreau et le discours d’apparat. (…) La division classique des discours en 4 parties est directement héritée de la rhétorique grecque : préambule, narration, argumentation et péroraison. (…) le propos ultime était de convaincre le peuple et obtenir le plus de votes possibles. 


Les orateurs

L’immense majorité des 6000 présent se contentaient d’écouter et de voter ; seule une infime minorité se mettait en avant pour faire les discours ou proposer une motion au vote. C’est cette minorité que les historiens appellent de nos jours « politiciens » (…)

Un orateur soupçonné de corruption ou de fraude pouvait être dénoncé (…)

Pour prononcer un discours à l’Assemblée, il fallait de l’éloquence et une certaine formation rhétorique, ce que tout le monde ne possédait pas. C’est pourquoi le débat était dominé par un petit groupe d’orateurs (semi) professionnels dont une partie s’était formée auprès des sophistes. (…) L’orateur idéal était l’homme capable de parler clair et net, d’un cœur honnête, sans détour et sans se faire trop souvent entendre : les orateurs du Ive siècle se sont plus à louer cet idéal ; ils l’ont fait avec une dextérité qui trahit leur professionnalisme. Le rhètor idéal était un amateur : les athéniens disaient idiôtès, « une personne privée ». dans une réunion de l’Assemblée, il y avait, disons quelques centaines de rhètorés potentiels ; mais de rhètorés au sens politiques, il ne peut guère y en avoir jamais eu plus d’une vingtaine à la fois. 


Les rédacteurs de motions

Il y avait un ensemble nettement plus nombreux de citoyens ordinaires et de membres du Conseil qui prenaient occasionnellement la parole et point trop rarement prenaient sur eux de proposer une motion. 


L’auditoire

La communication était à sens unique, de l’orateur vers l’auditoire : selon la lettre de la loi, il ne devait y avoir aucune communication en sens inverse, en dehors du vote même, ni d’orateur à orateur. (…) Après avoir entendu les orateurs, les membres de l’Assemblée votaient pour ou contre la motion sans discuter.

En pratique, l’auditoire interrompait le bon déroulement de la séance par ses applaudissements, ses protestations, ou ses rires ; il pouvait même arriver à l’orateur d’être sifflé. Les interruptions étaient souvent impromptues ; elles consistaient parfois en questions ou en objections émises par un citoyen isolé ou par un petit groupe et même un dialogue pouvait s’instaurer entre l’orateur et l’auditoire désireux de clarifier tel point ; mais elles pouvaient avoir simplement pour but d’obliger l’orateur à s’arrêter. 


Le vote

Au Ive siècle, il y avait deux modes de scrutin : l’Assemblée votait à main levée, le Tribunal du Peuple en plaçant des petits disques de bronze dans des urnes.

Le scrutin était dirigé par des proèdres. Ils invitaient d’abord les ‘pour’ à lever la main, puis les ‘contre’. On a peu d’indications sur la façon dont s’effectuait le décompte des voix. L’étude des scrutins montre que l’on entreprend jamais un comptage exact. On fait une rapide estimation des mains levées et décide si la motion est adoptée ou rejetée : naturellement en cas de doute on répétait le vote. 


Levée de séance

Après le vote, l’Assemblée passe au point suivant. Il y avait probablement un minimum de neufs points dans l’ordre du jour. Dès que tous les points avaient été traités, les proèdres pouvaient lever la séance.


Le salaire

Dans La politique, Aristote dit qu’il y avait deux façons d’encourager le peuple à participer aux réunions politiques : punir les absentéistes ou récompenser les présents. La première est plus oligarchisante, l’autre est la façon dont procédaient les démocraties radicales. 

Du temps d’Aristote ; le tarif était d’une drachmes pour une ekklésia simple et d’une et demie pour une ekklésia kyria (à la même époque le salaire journalier était de 1.5 à 2.5 drachmes)


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Ses pouvoirs

Du Ve au Ive siècle

Après les deux révolutions oligarchiques de 411 et 404, les athéniens restaurèrent la démocratie en 403/2 ; mais ils ne voulaient pas revenir à la démocratie péricléenne. On imputait une large part de responsabilité dans la défaite totale subie lors de la Guerre du Péloponnèse aux ‘démagogues’ qui, par leur mauvais usage de la constitution démocratique, avait conduit le peuple à adopter une politique erronée.

D’un côté ils repoussèrent la proposition de Phomisios visant à réserver les droits civiques aux propriétaires terriens ; de l’autre ils limitèrent les pouvoir de l’Assemblée du peuple. 

De plus en plus l’Assemblée fut confinée à ce qu’on appelle aujourd’hui la sphère de l’exécutif : la politique étrangère était encore l’affaire du peuple, mais en politique intérieure l’Assemblée ne fut plus qu’un corps administratif, votant principalement des mesures précises pour des situations particulières.

Ces limitations peuvent tenir en 7 points :

Le pouvoir de voter des lois était transféré aux nomothètes

Les décrets de l’Assemblée devaient être compatibles avec les lois en vigueur

L’Assemblée avait beaucoup moins d’influence sur les finances de l’Etat

Vers 355, l’Assemblée perdit les derniers vestiges de sa compétence dans les procès politiques

Ne pouvait être présenté devant l’Assemblée que des questions préalablement examinées au Conseil

Il pouvait être fait appel de tout décret de l’Assemblée devant le Tribunal du Peuple

L’élection de chaque magistrat était soumise à l’approbation du Tribunal


Décrets, sentences judiciaires et élections

Pour la période 403-322 : le peuple se réunissait 30 à 40 fois l’an et adoptait 9 ou 10 décrets par séance. Pendant les 82 années. de la ‘démocratie nouvelle’, il y eut donc quelques 3000 séances, au cours desquelles furent adoptées quelques 30.000 décrets. 

Tant les sources épigraphiques que littéraires nous montrent que politique étrangère constituait le champ d’action principal de l’Assemblée.

Le groupe de plus loin le plus nombreux parmi les décrets qui nous restent est celui des décrets honorifiques et des attributions de citoyenneté.

Les décrets concernant les cultes et les fêtes religieuses forment numériquement le troisième groupe le plus important. Ils traitent essentiellement des détails pratiques.

Aucune décret ne concerne les mines argentifères, les douanes, le commerce extérieur, ni le commerce sur les marchés ; rien concernant l’artisanat, l’agriculture ou l’urbanisme, rien sur l’éducation et les écoles.


Elections :

L’immense majorité des magistrats étaient tirés au sort, mais quelques-uns parmi les plus importants étaient élus. Ces derniers étaient élus lors d’une séance spéciale de l’Assemblée, tenue au printemps.

 

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Published by Axel Evigiran - dans Histoire
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Nuageneuf 06/03/2014 16:18


Bonjour Axel,


Pour vous lire fidèlement depuis trois ans environ, je n'ai jamais eu de réticences à continuer, bien au contraire. Sauf que moi aussi, j'ai mis en place certaines dispostions: 1/remettre le
texte en page en l'agrandissant fortement pour permettre à mes yeux de plus en fragiles de lire avec plus d'aisance 2/ imprimer après espacement de l'article 3/ lire sur papier en prenant tout
mon temps et toujours prendre soin de relire deux à trois fois les passages me paraissant plus ardus 4/ Tout en lisant, laisser ouvert l'écran pour activer les vidéos telles que vous les avez
inserrées.


 


Merci encore pour ce travail passionnant, bien à vous, jm.

Axel 03/03/2014 16:26


Je vous remercie de l’attention, Cher Jean-Michel.


Il ne s’agit là que de notes/relevés de lectures – ce que je fais sous tableur de manière quasi systématique pour ce genre de livre, ceci afin d’en moins perdre la trace.


 Je me suis d’ailleurs aperçu qu’il n’y a pas 36 manières de s’approprier une matière - ou plutôt  j’ai réactualisé ce qui m’était évident au temps de l’école : 


1) Lire avec attention, crayon en main 2) recopier ses notes 3) relire – et tâcher d’en retenir quelque chose 4) ruminer le tout 5) faire des exercices pratiques.


Hélas trop souvent, faute de temps ou de méthode (ou de moyen) je m’arrête à la seconde étape. 


 


Sur la mise en ligne de ce genre de notes ex-abrupto, j’hésite à la vérité de plus en plus à le faire…  


Non pas que je trouve cela tout à fait inutile, mais j’ai plutôt le sentiment peut-être de léser ainsi  l’édition papier (d’un autre côté je me dis que cela peut faire l’effet inverse et
susciter l’envie de se procurer le livre).


 


Sur le sujet de la démocratie en particulier, je trouve qu’en ces temps de déficit démocratique et de désintérêt envers la chose publique,  il est bon de savoir dans les grandes lignes
comment s’articulait la démocratie à Athènes, que ce soit juste par goût de l’histoire, mais aussi par soucis d’enrichir la réflexion autour de nos démocraties modernes… 

Nuageneuf 03/03/2014 10:33


Ces deux parties sont particulièrement agréables à lire et nous rafraîchissent heureusement la mémoire. Merci pour ce travail faramineux que vous nous donnez.

_________________________

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