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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 08:14

 

L’oracle de Lucrèce : 

 

Eluder l’amertume

Dans trois pincées de miel

Fennema-Sven-06.jpg

 

Incrustés dans les interstices de la mémoire,

S’ébrouant sous le vacarme de nos paupières…

Nul doute, dans le sommeil, 

Que les mots nous travaillent. 


 

Autour de Lucrèce, dans d'anciens billets

 

De la nature

Tant la religion put conseiller des crimes

Le miel et l'absinthe - André Comte-Sponville


Fennema-Sven-11.jpg

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Published by Axel Evigiran - dans Brèves et écarts
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commentaires

Axel 26/05/2013 11:40


Cher Frédéric,


 


 


Sur le sujet qui nous occupe, je viens de lire ceci du Prince de Ligne :


 


« On est injuste envers la mort en la peignant comme on fait : on devrait la représenter en vieille femme bien conservée, grande, belle, auguste, douce et calme, les bras ouverts pour nous
recevoir. C’est l’emblème du repos éternel après la malheureuse vie inquiète et orageuse ». 


 


Voilà de quoi alimenter nos mornes et paresseuses  rêveries.


 


A vous ;


Axel

Frédéric Schiffter 25/05/2013 18:28


Cher Axel,


 


Le propre des charlatans c'est de donner le sentiment de l'évidence, de faire en sorte que leurs discours coïncident avec l'attente, l'espoir, le désir des auditeurs. Plus attrape-couillon que la
promesse de l'éternité, il y a, pour chercher à nous consoler de l'inéluctable, cette forme d'inexistence décrétée de la mort. "La mort n'est rien pour nous". Il fallait oser. Personnellement, je
dirais que nous ne sommes rien pour la mort et que là réside le commencement de la philosophie. Mais c'est mon côté penseur tragique et sentimental. Pareille forfanterie épicurienne n'a jamais
marché sur moi. De même que l'idée non moins vantarde chez Spinoza selon quoi l'homme rationnel ou le sage ne pense rien moins qu'à la mort. D'emblée ce genre de remarques a le don, à mes yeux,
de jeter le discrédit sur tout le reste de l'œuvre. Ces crâneries à l'égard de la mort, voilà un mauvais goût que l'on ne rencontre pas chez Pascal et, avant lui, chez Montaigne — même
s'il fut un temps épicurien. "N'ayons rien si souvent en la tête que la mort, écrit ce dernier. […] Ainsi faisaient les Égyptiens qui, au milieu de leurs festins et parmi leur
meilleure chère, faisaient apporter l'anatomie sèche d'un corps d'homme mort, pour servir d'avertissement aux conviés". 


Les considérations de Lucrèce sur l'amour sont savoureuses. Stendhal reprendra à son compte ce processus mental qui consiste à magnifier l'objet de son désir. Mais
la cristallisation est un ressort psychique à l'origine de tous les malentendus entre amants, entre leaders et populo, entre maîtres et disciples. En amour, en politique, en
philosophie, bien des citrouilles sont naïvement perçues comme des carrosses... Mais c'est un autre sujet.


 


À vous,


 


Frédéric


 


 

Alfonso 25/05/2013 10:25


Votre extrait tiré d’un projet en devenir, cet extrait extrait de je ne sais quelle plante rejoint dans mon armoire à pharmacie vide les gouttes de l'Orée : c'est un peu après trois heures du
matin que je me suis endormi sur les goules reines et tout c'est bien passé.

Axel 25/05/2013 09:56


Cher Loïc,


 


Je trouve le texte du De rerum l’un des plus attachants, des plus étranges aussi…


 


Je l’ai lu pour la première dans sa version en vers (traduction Kany-turpin, la meilleure selon Jean Salem), à petites goulées dans les gorges d’Heric. Je ne savais alors pas trop à quoi
m’attendre, et imaginais de la poésie, tout de ce qu’il y a de plus conventionnel pour ce type littéraire (je ne connaissais que les passages les plus célèbres, pour les avoir entendus ici et là
sur les ondes) ; quelque chose de beau et de profond… 


Au fil des pages je fus assez surpris de cette versification bien souvent à connotation « scientifique » ; déstabilisé et un peu rebuté aussi… Puis, peu à peu je me suis laissé séduire par la
portée des raisonnements, sur leur cohérence et la manière de les mettre en musique, me disant : tout ceci est évidemment daté, scientifiquement parlant, mais cette affaire d’atomes, ce clinamen
posé comme tel, à la façon d’une constante universelle, et qui permet l’irruption du hasard, que c’est bien pensé ! Et puis, il y avait aussi ces passages sur l’homme, la mortalité du monde, sur
les illusions de la passion, qu’en bon lecteur, d’ailleurs, Molière releva pour s’en inspirer dans une fameuse tirade du Misanthrope. 


 


En voici la version de Lucrèce :


(on en revient au Réel et aux illusions)


 


« Ainsi font les hommes que le désir aveugle :


ils prêtent à celles qu’ils aiment des mérites irréels.


On voit donc des femmes laides et repoussantes


Dorlotées et tenues dans le plus grand honneur.


Chacun se rit de l’autre, pourtant, et lui conseille


D’apaiser Vénus qui l’afflige d’un amour honteux.


Malheureux qui ne voient l’excès de leur misère !


Noire, elle est couleur de miel, sale et puante, naturelle ;


Yeux glauques, c’est Pallas, nerveuse et sèche, une gazelle ;


La naine paraît une des Grâces, à croquer,


La géante une déesse pleine de majesté ;


La bègue gazouille, la muette est modeste ;


La mégère odieuse et bavarde, ardente flamme ;


Petite chose adorable, celle qui dépérit


De maigreur ; délicate, celle qui tousse à mourir ;


Grosse mamelue, Cérès accouchée de Bacchus ;


La camarade, Silène et Satyre, pur baiser la lippue.


Mais je serai trop long si je voulais tout dire ». 


 


J’ai lu ensuite Le miel et l’absinthe puis une version en prose du De rerum, celle avec la belle préface d’Elisabeth de Fontenay. J’ai trouvé que les passages traduits en vers par André
Comte-Sponville étaient de belle facture, et rendaient cet air de légère noirceur avec justesse, tandis que la version en prose demeurait rêche.  


Tout récemment j’ai vu qu’une nouvelle version du grand poème de Lucrèce avait était commise ; mais ouïssant les motivations scientistes du traducteur je n’ai eu nulle envie de me plonger dans
son interprétation du texte.


 


Mais je m’écarte de notre sujet.


Jeune je me croyais immortel, et prenais des risques insensés à vélo, sincèrement persuadé que rien ne pouvais m’atteindre. Lorsque, pour la première fois j’entendis parler du quadruple remède,
ce fut par l’entremise des leçons de l’UP de Caen. Je me suis alors dit : ça c’est imparable ! (avec cet air de : bon sang, mais bien sûr !). Cette question de la mort est un faux problème….
Lorsque je suis vivant la mort n’est rien pour moi, puisque précisément je ne suis pas trépassé ; quand je suis mort ça n’est plus mon soucis puisque je suis retourné aux atomes ! J’étais à cette
époque déjà bien mûr, fragilisé et tourmenté par cette affaire de  mortalité. Et voici que l’on m’apportait le remède sur un plateau… 


A la vérité, l’amère pharmakon ne soigna pas le mal à la racine, et je compris assez vite que mon soucis n’était pas la mort en tant que telle, mais que ce qui angoissait c’était l’idée de la
mort, de la mortalité et non la mort elle-même. Le quand, le comment, le pourquoi : à cela aucune réponse satisfaisante possible… 


 


Un rayon de soleil se dessine. Mais pour combien de temps ?


Bien amicalement


 


Axel

La Mettrie 24/05/2013 20:08


Cher Axel et cher Frédéric,


 


Peut-être que c'est ma jeunesse qui me dispose à envisager les choses ainsi, mais je trouve les considérations des épicuriens sur la mort d'une grande profondeur. En tout cas, j'avoue partager
leur point de vue sur cette question. Mais c'est certainement parce que j'y suis disposé par ma jeunesse et par une vie que le dueil a relativement épargné.


 


Sous un ciel normand d'un gris lumineux, je vous salue tous deux amicalement.


 


Loïc

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  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
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