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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 22:09

internet_addict.jpg

 

La tenue d’un blog est parfois fastidieuse… Passées les délectations des premiers billets, une fois relégués au fin fond de notre espace les premiers échanges par commentaires ou courriels interposés, une espèce de routine s’installe. A chacun selon son rythme et son humeur ? Pas si sûr dirais-je. Car une fois notre tribune ouverte nous nous prenons au jeu. Et ce qui n’était, somme toute, qu’un passe temps anodin prend les allures d’une addiction. N’a t-on pas fait au minimum son billet hebdomadaire (ou quotidien, bi-mensuel, etc.), voit-on sa fréquentation en berne ? La tension monte, le pouls s’accélère…Vite, vite !

 

Et c’est avec un goût d’urgence dans la bouche, prestissimo, qu’on va chercher dans les replis de notre clavier de menues semences à mettre fissa en culture, à moins que, plus prévoyant, n’ayons déjà en réserve quelques récoltes dont il ne reste plus qu’à faire la mise en caisse avant de les proposer à la consommation.
Une autre option est de recycler un écrit destiné initialement à un autre usage. J’y reviendrai.

 

Dans le genre addictif, le rituel de la consultation des statistiques joue aussi son petit rôle. Et les données sur l’évolution de la fréquentation d’un blog agissent exactement de la même manière que le passage des niveaux de votre personnage dans un jeu vidéo (j’en sais quelque chose). A peine votre ensorceleur elfe niveau 12, et alors que vous vous êtes donné tant de mal  pour y parvenir, que vous voici blasé. Vous lorgnez déjà sur les sorts disponibles au niveau 13…

 

Revenons aux statistiques mises à dispositions des blogueurs, comme autant d’indicateurs de performance dignes des plus capitalistiques firmes. A chaque plate-forme son système (je suppose qu’ils se ressemblent tous plus ou moins). Chez Overblog, par exemple, existe ce qu’on appelle le Blog rank, nombre magique basé sur un calcul occulte, prenant en compte nous dit-on moult paramètres (les valeurs apparaissent parfois surprenantes, si ce n’est farfelues : genre un BR qui augmente avec beaucoup moins de visiteurs et moins de pages vues). Ce nombre est mis à jour quotidiennement et vous pouvez suivre son évolution sur une courbe (il va de 0 à 100). Cela conduit à d’étranges comportements chez certains, comme : « Dis t’as vu mon gros BR ? », sans compter ceux qui vont claironner, ou carrément afficher sur leur page ce fameux BR (évidemment élevé). Le nec plus ultra étant d’obtenir la petite étoile des top blog – distinction des distinctions ; véritable rosette arborée avec fierté au revers de votre veston résolution 1366x768 – ou mieux…  

BR.jpg

D’où un sérieux dilemme : rester indifférent aux sirènes de la visibilité (ou se déclarer tel – mais qui, hormis le soiïste, assez insensé pour s’affirmer imperméable à toute influence insidieuse ?), ou y compromettre parfois son intégrité par un petit billet (ou une image) plus racoleur que les autres ? …

 

Car dans ces fameuses statistiques dansant sous l’œil du blogueur outre le nombre de visiteurs et de pages vues quotidiennement vous avez accès au nombre de visites sur chaque billet (jour / semaine / mois). Ainsi ai-je rédigé, fut un temps, un petit article sur un livre qui m’avait beaucoup plu : Limonov. Coup de bol, le roman fut primé. Mais si aujourd’hui j’ai toujours tant de visites sur cet article ce n’est pas tant – à mon grand désarroi – pour la qualité intrinsèque de mon écrit que pour la photographie de la sulfureuse Elena. En effet, Overblog donne aussi accès aux mots clés tapés par les internautes ayant atterris sur votre espace.  Et c’est parfois atterrant. CommeLimonov elena d’attirer des chasseurs intéressés par « le fusil le plus cher du monde » alors que j’ai publié un billet reprenant la lettre de Romain Gary en faveur de la protection des éléphants ! – je passe aussi tous ceux tombés chez moi pour avoir tapé « blog libertin », au motif que j’ai un billet intitulé « sagesses libertines » et un autre, beaucoup récent « l’amour au temps des libertins »…Je comprends leur déception.
Bref, je ne vais pas ici énumérer toutes les statistiques proposées à l’appétit voraces du blogueur en mal d’évaluations chiffrées, et conclurai ce chapitre disant que n’être que peu fréquenté, n’est pas un meilleur gage de qualité que d’être référencé dans les top blog. L’inverse est aussi vrai. 

Top-article.jpg

 

Plus généralement, n’écrit-on pas pour être lu ? Certes. Mais pourquoi persévérer et poursuivre sur sa lancée, semaines après semaines ? L’explication tient peut-être pour part, dans la théorie de l’âne, du bâton et de la carotte tel qu’expliqué par Guillaume Paoli. Et une fois l’animal bien installé dans sa routine il va « … va continuer sur sa lancée, par vitesse acquise, pour ainsi dire, sans plus se poser la question du pourquoi. Plus exactement, cette question va s’inverser pour lui. Il se demandera : quelle raison aurais-je donc de m’arrêter ? ».
C’est vrai ça. Pourquoi s’arrêter ? D’autant qu’au fil du temps se sont formées certaines affinités électives virtuelles dont on aurait désormais peine à se couper. Et puis, à portée de quelques clics, brille ce petit esprit communautaire sympathique auquel on s’est accoutumé ; cette forgerie d’idée toujours en mouvement, ces élans de singularité partagée, ces saillies délicieuses et ces pointes fulgurantes, ces obscurités seules comprises d’un petit nombre « d’initiés », ces traits d’humours et ces alliances tacites, ces courtoisies amicales et ces divergences admises – sinon dépassées, etc., etc.
Bref, autant d’attaches qui, quelque part, préservent du vide insondable de l’isolement numérique.
Mais cela ne répond pas tout à fait à la question. Pourquoi persister à se vouloir tenancier d’auberge plutôt que pilier de quelques comptoirs choisis ? Il y a fort à parier que l’Ecclésiaste ait ici raison : « Vanité des vanités ! dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. »
Sans doute, sans doute…

 

Mais voilà que je me suis encore laissé entraîné bien loin de mes intentions initiales. Car je ne voulais rédiger que quelques lignes d’introduction pour précisément justifier de l’emploi d’un texte rédigé ce matin au titre de commentaire sur le fil d’un forum rattaché à une émission radiophonique. Il y était question d’écologie.
Je me le garde donc en réserve pour une prochaine fois.

Profile-of-Your-Typical-Tech-Blog-Addict.jpg

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Published by Axel Evigiran - dans Société
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commentaires

Axel 12/10/2012 08:37


Bonjour,

Merci de votre mot.
Il est vrai que la déprise n’est pas aisée, d’autant qu’aux contraintes - que l’on s’impose soi-même – se mêle un plaisir véritable. Avec le temps, cependant, l’on parvient d’ordinaire à trouver
un équilibre ; c’est même indispensable pour éviter l’écœurement ou la fébrilité maladive….

Carole 11/10/2012 22:28


Bonjour,


Votre article très fin m'a beaucoup intéressée. Je me demandais justement pourquoi je ne me résolvais pas à arrêter de bloguer - alors que tout devrait m'y pousser et que je l'ai déjà "décidé"
une bonne dizaine de fois. Mais vous décrivez bien ce mélange de rationalité et d'irrationalité qui caractérise cette addiction - qui est aussi une addiction à la créativité, tout de même, et à
quelque chose qui ressemble tant à l'amitié que c'est parfois bien mieux...

Frédéric Schiffter 11/04/2012 01:24





Bonsoir cher Axel,


 


Je viens de lire les quelques commentaires qui n’ont rien à voir avec votre page concernant la solitude du blogueur de fond.


Les onfrayistes se sentent bien mal récompensés de leur zèle.  


Ils se sont évertués à retranscrire dans leur blogue la moindre parole écrite ou orale de leur maître et voilà qu’un éditeur les
rappelle à l’ordre marchand  des choses, et ce, sans que ledit maître n’intervienne en leur faveur — ou, du moins, ne leur adresse un remerciement.
 


Je ne suis guère surpris par leur mésaventure. Ils se prosternent devant un doctrinaire du contrat hédoniste et libertaire et ils
découvrent qu’en fait de contrats Onfray n’en a jamais signé qu’avec des éditeurs auxquels il a cédé ses droits. Si l’hédonisme solaire dont il enduit ses suiveurs ne lui appartient qu’
« intellectuellement », juridiquement, il est la propriété de ses exploitants commerciaux — qui défendent leurs intérêts. Ce qui fait que, après une couche d’enduit, on leur en passe
une seconde.


Les onfrayistes évoquent un « staff » de leur maître. C’est naturellement une chimère. Hormis ses chroniques qu’il met
lui-même en ligne sur son site, Onfray n’a jamais rien fait gratuitement. Ce n’est ni bien ni mal. C’est ainsi que les auteurs vivent plus ou moins bien de leur plume. Encore une fois, ses
éditeurs veillent à ne pas se laisser déposséder. Quant à l’idée qu’il pourrait avoir de la considération pour ses zélateurs, là encore ces derniers rêvent. Il n’a jamais eu besoin de perroquets
quand bien même ils lui manifesteraient de l’amour. Eu égard au versant commercial de son magistère, il les verrait plutôt comme des fâcheux sans intérêt portant même préjudice tant à sa
propriété éditoriale qu’à son image intellectuelle — connaissant un peu l’intéressé, c’est d’un œil consterné qu’il lirait le contenu des pages de ce blogue consacré à son culte. Au moins
ont-ils, à la faveur de ce qu’ils vivent comme un déboire, une magistrale illustration de la défense du capitalisme selon Michel Onfray et de ce qu’il entend par « délinquance
relationnelle » — ayant été, finalement, épinglés ainsi.


 


Pareil spectacle de la déconvenue des onfrayistes corrobore, hélas, ce que je pense de ceux qui versent dans la servitude
intellectuelle — ici sous sa forme sanchopanciste — à savoir que non seulement ils ont gagné l’indifférence de celui qu’ils servent mais, de plus, l’ont méritée.


 


Au fond, je vois là très clairement, dans cet épisode, ce qui m’a toujours fait songé que Michel Onfray n’est pas un philosophe
mais un idéologue : au lieu de susciter le désir de philosopher, il suscite des passions naïves et, donc, enthousiastes, qui deviennent vite tristes chez ce type de suiveur qu’on appelle le
sympathisant. 


J’ai commencé ce commentaire par « Bonsoir » ; en réalité c’est déjà la nuit bien avancée.


Amicalement,


Frédéric

Axel Evigiran 10/04/2012 16:19


Bonjour,

Pour le BR, j’avais effectivement vu sur le forum Overblog que ça prenait en compte différents paramètres, tels le temps passé réellement sur les pages, avec la prise en compte des éventuels
copier/coller, les commentaires, etc.
Il est vrai aussi qu’il y a d’ordinaire un décalage dans le temps entre le BR affiché et la fréquentation…

Mais j’évoquais surtout cela à titre de boutade, car au fond, ce BR a une importance tout à fait secondaire ; l’essentiel étant le plaisir pris aussi bien dans les écrits publiés que dans les
échanges et rencontres qui s’en suivent

  : ) )

Très bonne journée à vous deux

Ewa et Marc 09/04/2012 22:38


Chers Virginie et Axel,


 


Nous nous joignons aux remerciements de Constance. Nous aussi, nous sommes d’accord avec le commentateur cité par Axel, un dénommé Crocodile Dandy. :~) 


 


Concernant le blog rank, il y a un critère non négligeable à prendre en compte : le temps passé par des visiteurs sur le blog. Un amateur des fusils les plus chers du monde qui a atterri sur vos
pages par hasard, est sûrement reparti aussitôt, tandis qu’un visiteur fidèle reste, prend son temps pour regarder, lire, visionner, écouter, et cela a aussi son importance dans tous ces obscurs
et compliqués calculs. 


Nous avons également remarqué que le nombre magique du BR était en léger décalage, c’est-à-dire les hausses ou les baisses de fréquentation ne se reflètent pas forcement le lendemain sur le
niveau du BR, mais quelques jours après. 


Et puis, il y a aussi le nombre de commentaires et d’abonnés à la newsletter qui compte…, etc. Pas si simple tout ça, effectivement.


 


Bon courage et longue vie à vos deux blogs fort intéressants. 


 


Bien cordialement, 


 


Ewa et Marc

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