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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 17:54

dictionnaire-libertin-M52409.jpgLe Dictionnaire libertin de Patrick Wald Lasowski est le genre d’ouvrage dont il est bon de conserver la reliure, non pas au fond d’une bibliothèque hantée de poussière, mais dans le sillage de nos pérégrinations ordinaires. 

Que se soit au lever, une tasse de thé bouillant à la main – ou de tout autre breuvage à la convenance de chacun ; le soir juste avant le coucher, favorisant de la sorte les vapeurs des humeurs volages ; ou encore avant les siestes crapuleuses des après-midi alanguies – ou après, en guise de méditation métaphysique : c’est toujours réjouissance exquise que de savourer à minces gorgées le docte badinage qui suinte des pages de ce manuel à l’usage des grammairiens de la bagatelle, qui, soit dit en passant est « une petite chose, ou chose frivole, à laquelle les petits-maîtres et les gens oisifs donnent un prix infini ». 

 

Les méthodiques ou les plus studieux, seront sans doute tenté de lire le livre dans l’ordre alphabétique des entrées, commençant par cet incontournable  AAAAAH… avant d’aller jeter le regard sur la page suivante au mot ACCIDENT, ou l’on découvre le malheur d’un sujet frappé d’impuissance. « Bigore s’excuse comme il peut dans La Comtesse d’Olonne de Grandval père (1738) :

SENAC-DE-MEILHAN---ATTRIBUE-A.jpg

Bigdore. – Madame, pardonnez à ce triste accident,

     Il vient d’un trop plein d’amour

Argémie. – Ah ! ne m’aimez pas tant.

      Si votre trop d’amour cause votre impuissance,

      Honorez-moi, seigneur, de votre indifférence.

 

Les esprits se voulant anti-conformistes par principes, pourront bien prendre le livre a rebours et, commençant par le Z, apprendre que cette lettre « est la lettre-fleur dans la confusion des sexes ; lettre-foudre, qui marque le désir ; lettre-paillette, dont Voisenon éblouit ses lecteurs avec Zulmis, Zelmaïde, Zémangire,… ».

 

Quant aux dilettantes, ouvrant l’ouvrage au hasard, y puiseront le délice des rencontres fortuites. Ainsi la CANTHARIDE.

 

 

 

Du même auteur, on lira avec profits L’amour au temps des libertins.

 


CANTHARIDE

(Dictionnaire libertin)

 

La cantharide des boutiques, mouche d’Espagne ou de Milan, est un coléoptère qui sécrète une substance employée en pharmacie comme vésicatoire. On l’utilise également comme aphrodisiaque. Ambroise Paré rapporte la mésaventure d’un abbé à qui une prostituée offre une confiture « en laquelle y entraient des cantharides, pour mieux l’inciter au déduit vénérique ». Les conséquences sont épouvantables. L’abbé meurt « avec gangrène de la verge ».

Il faut dire de l’usage aphrodisiaque de la mouche ce que François La Mothe Le Vayer dit des flatteurs : « Il y a toujours quelque cantharide cachée sous la rose qu’ils présentent ».

 

(…)

 

Cela n’empêche pas le duc de Richelieu de les répandre autour de lui. Les pastilles à la Richelieu sont destinées aux femmes, qu’elles doivent rendre « folles d’amour ». Même usage chez le marquis de Sade, condamné à mort pour avoir empoisonné des filles à Marseille, en juin 1772, en leur faisant absorber une grande quantité de cantharides. Pidansat de Mairobert rapporte ces horreurs, devenues légendaires :

 

« Donnant, il y a quelques années, un bal à Marseille, il avait empoisonné ainsi tous les bonbons qu’il y distribuait, et bientôt toutes les femmes brûlées d’une fureur utérine, et les hommes devenus autant d’Hercules, convertirent cette fête en lupercales, et la salle du bal en un lieu public de prostitution »

 

(…)

ABBE-DUVERNE---Les-devotions-de-Madame-de-.jpg

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Published by Axel Evigiran - dans Bouteilles à la mer
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commentaires

Axel 21/04/2013 08:13


Cher Frédéric,


 


« … les codes du livre érotique du 18e siècle, … la littérature érotique et ses stratégies. »


Avouons le tout net : il y a pire comme sujet d’étude pour un historien du livre et de la littérature !


 


Et sinon, pour en revenir à la drosophile, passé sous le docte scalpel de Virginie, je ne pensais pas que la mouche avait tant de points communs à l’humain – mais il est vrai que l’on enseigne
aujourd’hui que nous partageons bon nombre de gènes avec la petite ailée….


 


Très bon dimanche à vous sous un soleil sans tâches.


A vous,


 


Axel 

Frédéric Schiffter 20/04/2013 19:15


Cher Axel,


Pour compléter le tableau, comme on disait dans les boudoirs du XVIIIe siècle:


http://bibliomab.wordpress.com/2009/04/12/ces-livres-quon-ne-lit-que-dune-main-lecture-et-lecteurs-de-livres-pornographiques-au-18e-siecle/


 


À vous,


F.

Le chêne et la science 20/04/2013 19:06


L’activité favorite de Spinoza : « Organiser des combats d’araignées, jeter dans leurs toiles des mouches pour contempler en riant la bataille, ou encore observer des insectes au microscope. »
Martin Duru, Philosophie magazine n°63, octobre 2012, p 81


 


Peut-être même s’était-il plu à y jeter quelques malheureuses drosophiles, lesquelles, privées d’accouplement,
 noyèrent précédemment leurs frustrations dans l’alcool.


 


Gageons que les malheureuses n’aient point trop souffert…    

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  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
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