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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 22:46

  Mythologies

 

Un livre dense et parfois âpre à l’autodidacte que je suis, particulièrement en ce qui concerne les deux premiers auteurs étudiés. Cependant à surmonter quelques difficultés, davantage liées à l’effort à faire pour pénétrer une matière que l’on découvre, qu’à un soucis véritable de compréhension (le livre est fort clairement structuré), on prend plaisir et se passionne à la lecture de ces " Mythologies du Xxe siècle " de Daniel Dubuisson.

 

En ce billet, je n’ai repris que la partie du livre consacrée à la figure de Georges Dumézil, dont j’avoue, qu’hormis le nom, sauf quelques vagues lieux communs, j’aurai bien été incapable d’en dire grand chose. Je livre ici, grosso modo, à quelques arrangements mineurs près, mes notes de lectures, telles que soulignées dans l’ouvrage.

Si je passe sur la partie consacrée à Claude Lévi-Strauss (non pas qu’elle soit inintéressante, mais il m’est apparu plus difficile d’en faire une synthèse), je consacrerai un prochain article à la figure controversée de Mircea Eliade. Cette troisième partie, la plus longue de l’ouvrage de Daniel Dubuisson, et dont la postface indique qu’elle fit polémique lors de la sortie de la première édition en 1993, suscitant nombreuses discussions, m’intéresse particulièrement. Je fus, en effet, admirateur des livres d’Eliade dans les années 1990. Mais chaque chose en son temps.

 

 


 Georges Dumézil (1898 – 1986)

 

 

Biographie

Pour une biographie de Georges Dumézil, je renvoie à celle très complète téléchargeable sur le site suivant :

http://www.georgesdumezil.org/

 

 " Nouvelle mythologie comparée ".

1938 : apparition des premiers fondements de la " nouvelle mythologie comparée ". Le système trifonctionnel repose sur une évidence, le fait indo-européen, associé à deux principes méthodologiques conjoints : le comparatisme et une certaine conception empirique et déductive du structuralisme. (…) Toutes ces études reposent sur cette hypothèse forte, à savoir qu’a existé, il y a environ 6.000 ans et vraisemblablement dans le sud de l’actuelle Russie, un peuplement relativement homogène tant pour la langue, les institutions que pour l’idéologie. Les langues et le un civilisations (celtique, grecque, germanique, latine, slave, hittite, etc.) représentent donc le domaine indo-européen.

Si on le compare au corpus idéal (…) Dumézil n’a finalement bâti son œuvre qu’avec l’appui et les informations de quelques textes majeurs.

A l’origine de la vocation de Dumézil, deux hommes ont sans doute comptés plus que d’autres : Michel Bréal (1832 – 1915) (" école naturalistes) et James Georges Frazer (1854 – 1941). Ce dernier exerça sur Dumézil une influence profonde, qui se situa donc, chronologiquement, entre Bréal et l’Ecole sociologique (fréquentation de l’enseignement de Marcel Mauss (1872 – 1950).

 

Le préjugé primitiviste (" école naturaliste ")

  1. 1) Un homme primitif a existé, dominé par son affectivité et la faiblesse de ses capacités intellectuelles.

  2.  

  3. 2) Ont existé aussi des langues primitives où le sens des mots, se confondait avec celui des racines verbales originelles.
  4.  

  5. 3) A existé un sens premier unique des mythes.
  6.  

  7. 4) A existé une nature première, principe originel et source de toutes les productions symboliques importantes.
  8.  

  9. Dumézil ne fut jamais séduit par les thèses naturalistes. En contrepartie, il subit profondément l’influence de Frazer (avec ses personnages fétiches, le roi, le magicien, le prêtre, le bouc émissaire). The Golden Bough, l’œuvre majeure de Frazer a été publié en 1911-1915. Frazer partageait le préjugé évolutionniste, comme la plupart de ses contemporains (plus on se pour rapprochait des origines, mieux l’on se plaçait pour saisir l’essence des choses, leur vérité primordiale.

Fin de la période Frazerienne de Dumézil Dumézil dans sa bibliothèque

Avec les deux ouvrages qu’il publia en 1934 et en 1935 (Ouranos Varuna et Flamen-brahman). Travaux scrupuleux d’un disciple brillant, empruntant au vieux maître anglais leurs conclusions et leur philosophie générales. Dumézil retrouve à la fois la sanglante victime substitutive, chargée de transmettre rituellement à la nature l’énergie régénératrice détenue par le souverain, et le " bouc émissaire "….

A la fin des années trente, Dumézil s’éloignera du frazerisme facile de ses débuts et rompra même avec lui, définitivement. Contrairement à Frazer, Dumézil travailla toujours dans un cadre précis, linguistiquement unifié, le monde indo-européen. Il n’invoqua jamais non plus une mentalité primitive et universelle, des types immuables d’évolution ni de très schématiques oppositions du type mythe / rite ou magie / religion.

 

Notion d’idéologie

Libérée de l’influence frazerienne, la pensée de Dumézil changea fut dès lors dominée par la notion controversée.

Aux yeux de Dumézil l’organisation sociale tripartie représentait un héritage préhistorique. (…) Il a la conviction qu’une " représentation " ou qu’une " conception " tripartie de la société s’interpose à ses expressions théologiques ou sacerdotales correspondantes. (…) En ce sens, la " représentation " ou la " conception " annoncent la notion d’idéologie.

Pour Durkheim une religion est un fait social. De même, Dumézil, après 1938, n’imagina plus qu’une mythologie, par exemple, fût crée par autre chose qu’une société qui l’avait vue naître. Parmi les thèses avancées par Durkheim dans les formes élémentaires…, la plus radicale, et la plus contestable sans doute, prétend que la religion fonde littéralement la société. Dans la pensée de Dumézil, l’idéologie joue certes un rôle aussi central, mais qui n’est pas du tout comparable. Il n’a pas non plus repris à Durkheim l’idée qu’une définition générale, universelle de la religion fût possible et moins encore indispensable. Il n’usa pas non plus de l’opposition sacré / profane.

 

Années 1950

" La travail avançant, je prenais conscience plus nette des possibilités, mais aussi des limites de la méthode comparative, en particulier ce qui en doit être la règle d’or, à savoir qu’elle permet de reconnaître et d’éclairer des structures de pensée, mais non pas de reconstituer des évènements, de " fabriquer de l’histoire ", ni même de la préhistoire "

" … la structure des trois " fonctions " : par-delà les prêtres, les guerriers et les producteurs, et plus essentielle qu’eux, s’articulent les " fonctions " hiérarchisées de souveraineté magique et juridique, de force physique et principalement guerrière, d’abondance tranquille et féconde "

Etant donné le nombre variable d’éléments (3,4,5 et théoriquement 6) que peut finalement compter un témoignage trifonctionnel, ensuite, les définitions assez lâches attribuées à la première fonction (la souveraineté magico- et juridico-religieuse) ainsi qu’à la troisième (santé, nombre, richesse…) et, enfin, toutes les combinaisons permises, l’exégèse Dumézilienne possède-t-elle toujours les moyens théoriques qui lui permettraient de définir en toute rigueur la référence par rapport à laquelle doivent se situer sa propre démarche et ses propres conclusions ?

Malgré toutes les précautions dont elle s’entoure, la méthode comparative mise au point par Dumézil présente néanmoins un défaut constitutif. Pour qu’une comparaison soit menée, il est indispensable de définir une sorte de norme qui permettra de dire si les termes retenus pour cette comparaison sont pertinents.

L’édifice dumézilien, s’appuie sur au moins deux présupposés contestables. Admettre a priori que le cas indien (védique et post védique) représentait bien la situation préhistorique commune à tous les peuples indo-européens. Admettre ensuite que la nomenclature indienne, élevée à la dignité de référence absolue, désignait effectivement des classes sociales et socioprofessionnelles (prêtres, guerriers, et éleveurs-agriculteurs, et non simplement des ordres, des états ou des statuts très généraux.

Qu’à donc ajouté Dumézil aux formes sommaires de comparatismes ?

  1. 1) Ne pas comparer des faits isolés, séparés et vaguement ressemblants, mais des ensembles articulés et structurés afin de dégager " une série, suffisamment originale, d’éléments soutenant entre eux des relations homologues " (1941)

  2.  

  3. 2) Recourir sans remords à la transgénéricité, puisque le comparatiste " doit se préparer à utiliser les structures homologues à quelque niveau de sa matière qu’elles se présentent (1966)

 


 

Notes éparses

  • * Certains texte indiens, tel le çatapathabrâhmana, n’hésitent pas à proclamer qu’entre les éléments du tiers-état l’aristocratie doit entretenir une certaine discorde afin de garantir le maintien de sa propre prééminence.

  •   

  • * Classifications sociales élaborées, en Inde, à la fin de la période védique. Aux trois termes connus (brâhmana, Kshatriya et vaiçya) s’ajoute en ce cas un quatrième élément, le çûdra (ou serviteur). Il faut bien comprendre ici que la tétrade s’analyse ici en 3+1.  

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Published by Axel Evigiran - dans Ethnologie & Préhistoire
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commentaires

CL 08/04/2014 09:43


Oh, cela m'a l'air passionnant... Je reviendrai lire les articles de cette rubrique.


Au fait, le dernier article sur mon blog est une retranscription de la fin du cours de Jankélévitch accessible sur youtube. Par ailleurs, le commentaire que vous avez laissé me plait bien, merci.


Bonne matinée, pluvieuse ici.


C.

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