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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 10:58

Daniel-Darc.jpg

Celui qui fut la voix de Taxi Girl vient de s’éteindre.

 

C’est tout un pan de ma jeunesse qui, à flots discontinus, me remonte aujourd’hui. Comme cette nuit, après les noces de la sœur d’un ami d’enfance, ou nous étions restés après le départ des convives à « garder la salle ». Ivres au-delà du raisonnable – mais pas assez pour tout oublier, nous avions mis la main sur une boîte de cigares. Et, alors que je ne fumais pas, je me mis à manger la fumée avec voracité, comme si je voulais me consumer ou saturer mes poumons de violence rentrée. Nous tanguions autour des tables saccagées, finissant les verres entamés entre deux éclats de rires. « Nous étions jeunes et fiers » ! 

Il me revient, sur la scène désertée, que je me mis à chanter, avec les intonations graves de celui qui alors me fascinait de ses accents sombres. Quelques mots tout d’abord, puis ce qui me revenait du texte entier, que je connaissais presque par cœur à force de l’avoir écouté. Pour quelques instants j’étais un ange noir, un écorché de l’âme tout comme lui, habité par « Avenue du crime », cette mélopée de sinistre beauté datée de 1981. 

C’était l’époque des radios libres et le lendemain matin nous étions sensés assurer, pour une poignée d’auditeurs qui devaient se compter sur la main, notre émission « Radio wave ». Ce que nous fîmes dans un état second. 

 

.

Il y eut aussi cet épisode un peu plus tard en Bourgogne en plein hiver, où mon cousin m’avait présenté à ses amis. De jeunes gens sympathiques, mais sans teinte particulière. Nous étions partis au milieu de la nuit gelée, en 2 CV, dans une boîte de nuit - un complexe énorme situé fort loin - ou ne passaient que des tubs disco, de la variété anglo-saxonne. C’était alors l’acmé de ma période branchée, et, avec ma tête du « Cure », passait pour un extraterrestre, une bête curieuse qu’on est fier d’avoir à ses côtés, mais que l’on tient à distance – sans doute par peur de contamination. Ma soirée était ruinée. Et, bientôt, seul dans la foule, je m’affalai sur une banquette pour ruminer mes mauvaises pensées. Je fus réveillé de ma torpeur par une mélodie faussement traînante, un timbre de voix teinté de sarcasme : « On ne sait pas ce qu'on attend, mais ça n'a pas d'importance parce que ça ne viendra pas ».

Taxi girl encore ! 

 

P.A.R.I.S.

 

Hé mec, c'est Paris ! 

Tu m'entends ? 

P-A-R-I-S.

Paris !

Respire le bon air mais fais gaffe quand meme. Tous les jours des mômes meurent d'en avoir respire un peu trop. Alors fais attention, et marche dans les rues, va au hasard ! 

À n'importe quel coin de n'importe quelle rue, tu rencontreras n'importe quel type, qui te proposera n'importe quoi : des diamants, si purs, mais… mais prend les dans tes mains, et jette-les par terre, tu verras, ils se brisent comme du verre. 

 

C'est Paris. 

À Paris, rien n'est pareil. Tout a tellement changé que c'est même plus une ville, c'est juste une grande poubelle.

La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus de place pour nos déchets à nous. C'est Paris, et à Paris, y'a rien a faire, juste marcher dans les rues, marcher dans les rues pendant qu'il fait jour, et attendre; attendre qui fasse un peu plus chaud, qu'il fasse un peu plus jour, qu'il fasse un peu d'amour.

 

P-A-R-I-S.

Paris !

On ne sait pas ce qu'on attend, mais ça n'a pas d'importance parce que ça ne viendra pas 

C'est Paris, 1984. Belle année !

Nos parents ? Nos parents avaient l'Espagne, mais qu'est-ce qui nous reste à nous, le Liban ? Ah.. il fait trop chaud la-bas !

Remarque, ici il fait un peu froid. Et ça, aucun radiateur au monde n'y peut rien.

Il fait froid dans nos têtes.

C'est pas Tokyo, Londres, New York ou Amsterdam, non. Non ! C'est Paris. Et a Paris, y'a rien à faire.

 

Paris ! Ville de nos rêves…

La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus place pour nos déchets à nous.

Il ne reste rien a faire, juste marcher dans les rues. Marcher dans les rues et attendre qu'il fasse un peu plus jour, qu'il fasse un peu plus chaud, ou qu'il fasse un peu d'amour.

Ah ! Ville de mes rêves, que feras tu quand tu seras seule, pourrie, 

des ruines un peu partout …?

 

Tu sais comment j'écris ton nom ? 

P-A-R-I-S.

 

Hé mec ! Mec, comment t'épelles Paris ? 

Paris ?

P-A-R-I-S.

Non! non, non, non, non! Paris ça s'épelle M-E-R-D-E.

 

Tu sais, tu devrais trouver quelqu'un qui remplisse ton cœur d'amour ou de calmant…

Enfin, de quelque chose.

Parce qu'on arrive toujours par erreur, par hasard, et trop tard.

Et La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus de place pour nos déchets à nous.

C'est Paris.

Paris ! Ville de nos rêves.

Mais a Paris, y'a rien n'a faire, juste marcher dans les rues.

 

P-A-R-I-S.

 

Alors marche, et attends… attends… attends…


 

.

Il y avait du Rimbaud chez cet homme.

Rimbaud qu’il admirait tant.

 

 

R.I.P Daniel. 

 

.

Daniel Darc, morceaux choisis

 

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commentaires

CL 05/04/2014 10:12


Vous êtes bien curieux, à semer des indices. Et j'ai mis quelques temps à comprendre.


Mais l'enfant que je suis aime bien tomber dans des pièges.


J'espère que vous avez aimé vous égarer dans mon univers aux accents plotinien... mais non dénué de bêtises ;-)


Revenez quand vous voulez, cela me fait très plaisir, mais attention à ne pas vous brûler au contact de l'athanor. D'ailleurs, merci, je viens d'apprendre un mot. Et je me rends compte en me
relisant que je parle beaucoup d'ascension... Comme c'est bizarre !


Une suggestion pour votre rubrique glamour : Jad wio ?


 

Axel Evigiran 04/04/2014 15:41


A force de laisser des indices on s’expose fatalement être démasqué… 


Mais le masque dans le masque s’égare en des contrées de traverses, là ou s’ébrouent des oiseaux au plumage d’un noir plus noir que le noir, pour parler comme les alchimistes.


 


Et l’alchimie du verbe bruisse dans l’athanor ; un voyage en des terres de mystère et de poésie. Ici par exemple :  


 


Les corbeaux


 


Le bas monde


croit aux superstitions


des plumes de charbon


 


Un champ d'ombres


pour oiseaux nécrophages


nous sommes de passage


 


Comme des corbeaux


aux lettres anonymes


le noir sur la peau


l'absurde et le sublime


 


Tout est sombre


le blanc n'est jamais pur


mais de mauvais augure


 


C'est l'immonde


nuit qui bâille aux corneilles


le funeste qui veille 

CL 04/04/2014 14:54


Ah mais de confidences en confidences, on va tout savoir, cher monsieur. Je vous ai reconnu, l'homme qui a tendance à s'égarer dans son discours... 


Que de souvenirs, ça me remue, à l'évocation d'un "curiste". Ce fut mon premier amour, mais il n'a pas duré (4 années peut-être), à 17 ans, l'âge où l'on n'est pas sérieux... à l'âge aussi où
j'ai  "raté mon suicide".  J'étais à quelques années de vous, plus sensible à la poésie folle, cynique, voire nihiliste d'un Hubert Félix Thiéfaine telle que "Exil sur planète fantôme".
Mais je dois dire que "quelqu'un comme toi", j'aime aussi. 


à + M., je reviendrai vous lire :-)

Axel 10/03/2013 13:29


En fait c’est la vidéo de Jean Malaurie qui se déclenche automatiquement dès que l’on ouvre la page d’accueil. D’où ces surprenants cris de chiens et craquements de banquise.


Je pense que ca va s’arranger tout seul dès que le billet sur Le dernier roi de Thulé passera en page 2.

Nuageneuf 10/03/2013 12:41


Cher Axel,


Je crains qu'il y ait une difficulté de synchronisation sur la page. Pour info.


Vous aviserez. A bientôt.


(pensez à supprimer ce commentaire)

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