Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 19:44

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Certains de nos brillants esprits – parmi eux nombre de nos meilleurs moralistes -, ont cru pouvoir déceler, en toute circonstance, derrière les attitudes ou les actions les plus nobles, d’inavouables mobiles.
Si, parfois, ils ont vu juste, et que l’acuité désabusée des ‘camarades la Franchise’ a pu permettre de détricoter le manteau de notoires impostures, systématiser le propos en peignant tout en noir – et ériger le retors en norme – me semble relever de la posture pure et simple.
Ce pourquoi il me plait à entendre Montaigne les titiller aux entournures :

 

« Je vois la plupart des esprits de mon temps faire les ingénieux à obscurcir la gloire des belles et généreuses actions anciennes, leur donnant quelque interprétation vile, et leur controuvant des occasions et des causes vaines : Grande subtilité : Qu’on me donne l’action la plus excellente et pure, je m’en vais y fournir vraisemblablement cinquante vicieuses intentions. (…) Ils ne font pas tant malicieusement, que lourdement et grossièrement, les ingénieux, à tout leur médisance ».  (Essais, Livre I, XXXVI – Du jeune Caton)

 

Nietzsche ne dit pas autre chose dans ce passage du Gai savoir :

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« Tous les sentiers nobles, généreux paraissent aux natures vulgaires dénués  de but, et avant tout, de ce fait impossible à admettre (…) ils clignent de l’œil et semblent vouloir dire ‘Il doit bien y avoir, là dedans un bon avantage, d’une manière ou d’une autre, il y a quelque chose qui n’est pas clair’ : - ils sont soupçonneux à l’égard du noble comme s’il cherchait son profit en suivant des voies détournées. (…) La nature vulgaire se caractérise par le fait qu’elle conserve invariablement l’œil rivé sur son avantage (…). L’homme vulgaire (…) ne comprend pas comment on peut par exemple mettre en jeu sa santé et honneur pour l’amour d’une passion de la connaissance » (Gai savoir, N°3)

 

Dits et contredits tissent la trame complexe de nos motifs
Bien malin qui pour démêler l’écheveau.

 

Ainsi ne soyons ni dupes ni médisants.
Pour reprendre enfin une belle sentence de Stendhal, que je restitue de mémoire, il est toujours bon d’avoir à l’esprit que : « Ce qui distingue l’hypocrisie la plus profonde de la vertu, ce sont ses fruits pourris ».

Par Axel Evigiran - Publié dans : Société - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Commentaires

Cher Axel,

Vous connaissez sans doute ce mot de Kraus:

"Le Diable est bien optimiste s'il pense pouvoir rendre les humains pires qu'ils ne sont".

Bonne journée,

Frédéric

 

Commentaire n°1 posté par Frédéric Schiffter le 23/02/2012 à 09h54

Bonjour Frédéric,

Je ne connaissais pas non cette lucide sentence de Karl Kraus. Mieux - ou pire, selon – je n’ai pas encore lu la moindre ligne de lui. A dire vrai j’ai découvert cet auteur en lisant l’un de vos billets (je ne sais plus si référence y était faite dans le billet ou dans l’un des commentaires).

Je me suis donc noté, après avoir été sur la toile ce qui pouvait être représentatif de l’œuvre de Karl Kraus, de prévoir l’acquisition de « Dits et contredits ». S’y adjoindra sans doute un Georges Hyvernaud (dont je n’avais jamais entendu parler), « Le Wagon à vaches » me semble bien et, enfin, le Pierre Hadot sur Wittgenstein.

De quoi largement occuper mes loisirs – sans compter les siestes….

Propice journée à vous
Très amicalement Axel.


Ps : j’ai vu que vous aviez pas mal ferraillé avec le Sieur Jugnon… dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’alors.

Commentaire n°2 posté par Axel Evigiran le 23/02/2012 à 10h50
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