Partager l'article ! Des nobles motifs (Mandeville, les abeilles, Montaigne et Nietzsche): Certains de nos brillants esprits – parmi eux ...
Certains de nos brillants esprits – parmi eux nombre de nos meilleurs moralistes -, ont cru pouvoir déceler, en toute
circonstance, derrière les attitudes ou les actions les plus nobles, d’inavouables mobiles.
Si, parfois, ils ont vu juste, et que l’acuité désabusée des ‘camarades la Franchise’ a pu permettre de détricoter le
manteau de notoires impostures, systématiser le propos en peignant tout en noir – et ériger le retors en norme – me semble relever de la posture pure et simple.
Ce pourquoi il me plait à entendre Montaigne les titiller aux entournures :
« Je vois la plupart des esprits de mon temps faire les ingénieux à obscurcir la gloire des belles et généreuses actions anciennes, leur donnant quelque interprétation vile, et leur controuvant des occasions et des causes vaines : Grande subtilité : Qu’on me donne l’action la plus excellente et pure, je m’en vais y fournir vraisemblablement cinquante vicieuses intentions. (…) Ils ne font pas tant malicieusement, que lourdement et grossièrement, les ingénieux, à tout leur médisance ». (Essais, Livre I, XXXVI – Du jeune Caton)
Nietzsche ne dit pas autre chose dans ce passage du Gai savoir :
« Tous les sentiers nobles, généreux paraissent aux natures vulgaires dénués de but, et avant tout, de ce fait impossible à admettre (…) ils clignent de l’œil et semblent vouloir dire ‘Il doit bien y avoir, là dedans un bon avantage, d’une manière ou d’une autre, il y a quelque chose qui n’est pas clair’ : - ils sont soupçonneux à l’égard du noble comme s’il cherchait son profit en suivant des voies détournées. (…) La nature vulgaire se caractérise par le fait qu’elle conserve invariablement l’œil rivé sur son avantage (…). L’homme vulgaire (…) ne comprend pas comment on peut par exemple mettre en jeu sa santé et honneur pour l’amour d’une passion de la connaissance » (Gai savoir, N°3)
Dits et contredits tissent la trame complexe de nos motifs
Bien malin qui pour démêler l’écheveau.
Ainsi ne soyons ni dupes ni médisants.
Pour reprendre enfin une belle sentence de Stendhal,
que je restitue de mémoire, il est toujours bon d’avoir à l’esprit que : « Ce qui distingue l’hypocrisie la plus profonde de la vertu, ce sont ses fruits pourris ».