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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 10:35

Fragonard---La-lecon-de-musique-1769.jpg

Je me suis endormi hier soir avec en tête cette affaire d’inexpressivité musicale qui me rendait  perplexe – toutes mes fibres y résistent.

Au réveil je crois avoir mieux cerné mes réticences.

 

Les voici exposées succinctement dans un style télégraphique – pas facile d’organiser le chaos de ces bribes de raisonnements. 

 

Musique - Egypte antiqueTous les humains sont équipés à peu près des mêmes outils sensoriels et se trouvent embarqués dans la même corporéité.

Ce constat factuel conforte mon intuition d’un probable socle commun en terme de perceptions et de types de réactions instinctives face à ces agents d’influence.

Loin d’une inexpressivité musicale, donc, il devrait au contraire se manifester des sortes d’archétypes sonores, de constantes. C’est-à-dire qu’à tel type de stimuli sonore, à tel enchaînement ou agencement de sons, ne pourrait correspondre que tel type de ressenti primaire, telle genre d’émotion ou de réaction spontanée (je pense à l’appui de cette idée au cas des oiseaux : du babil au cri d’alarme, passant par le chant) ; sérénité / agitation – Angoisse / paix, etc.

Ensuite, évidemment, chez l’humain (et chez les espèces de mammifères et d’oiseaux les plus évoluées) s’y superposent des couches culturelles propre à chaque individu : son vécu, sa singularité, l’influence du groupe, de l’environnement, des rencontres, etc. Ces facteurs estompent ou renforcent, contrecarrent ou encouragent, ruinent ou sanctifient, ces affects universels  – mais les anéantissent-ils tout à fait ? j’en doute.

 

2012 08 - oiseau 02 - Quiscale à longue queueNous projetons de la sorte notre intellect sur les phénomènes sonores dans lesquels nous baignons, qu’ils soient naturels ou artificiels (notre propre respiration, le bruit du vent, le chant des oiseaux, le bruit des vagues, les agressions sonores des engins mécaniques de toutes sortes, les cris de la foule, etc.) les dénaturons et les recomposons tout à la fois au grès de notre humeur, de nos capacités tant intellectuelles que culturelles. A ce crible et depuis nos échasses jugeons-nous alors la musique, plus ou moins consciemment : harmonique, inharmonique, agressive, douce, éthérée, lourde, romantique, conceptuelle, innovante ou neuve, démodée voire ringarde, piquante, plate, aliénante, irritante, élitistes, populaire, que sais-je encore. C’est là, sans doute, à travers cette projection et cette macération dans ces couches supérieures de notre entendement, qu’intervient cette idée d’une possible inexpressivité musicale. 

 

Ainsi existe-il un genre musical bien nommé « musique industrielle », assez peu supporté par la masse mais qui convient à une élite (1) qui ne se sent pas « offensé par (… cet) art de privilège, de noblesse de nerfs, d’aristocratie instinctive » (je reprends la terminologie d’Ortega y Gasset, un peu par provocation je l’avoue). 

C’est un exemple phénomène purement culturel. Quoi que… (je songe ici au côté hypnotique engendré par les pulsations du rythme de base : voir les deux exemples de ce genre musical au bas du billet. Mais je préviens, il faut avoir les oreilles bien accrochées – et imaginer ces morceaux joués à pleine puissance sous effet stroboscopique). 

 

Il y aurait aussi à dire de la musique aux époques préhistoriques, mais cela dépasserait largement mon propos (voir le bel article sur le site Hominidés, ici - cliquer aussi sur l'image présentée ci-dessous).

 Instrum-prehistoire.JPG

La quête des archétypes : 

Parmi d’autres, la pulsation de notre sang, le rythme de notre cœur doivent en être…

 

Et je me suis soudain rappelé d’un billet de Nicolas Gauvrit sur l’effet bouba-kiki

Il y écrit :

 

« Les humains semblent tous partager une certaine forme de synesthésie. S'il est rare de voir de la musique ou de percevoir des couleurs dans les lettres ou les formules mathématiques, il est en revanche plus que courant de faire le lien entre certaines sonorités linguistiques (pseudo-mots) et des formes ou types de lignes. Dans une version de l'expérience de Köhler, on demandait par exemple à des adultes de deviner les noms des formes suivantes, sachant que l'une des deux s'appelle Takete et l'autre Maluma. »

 Takete_Maluma.jpg

(Ne lisez pas la suite du billet de Nicolas Gauvrit avant d’avoir répondu à la question ci-dessous)

Laquelle des formes reprise sur l’image ci-dessus s’appelle Maluma et laquelle se nomme Takete ? Alors, à votre avis ? 

 

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Tout ceci est embrouillé encore.


Mais plus je m’engage en ce sentier, plus je me trouve à plaider, tout à rebours d’une foncière inexpressivité musicale, pour des motifs sonores universaux - réaménagés ensuite par l’intellect et la culture. 

(Certains y trouveront là peut-être des restes de l’influence de Jung sur mes jeunes ans. Plus sûrement j’y verrai un ancrage dans la science contemporaine).  

Musique africaine

 


 

Décrassage d’oreilles : Exemple de musique industrielle

 

SONAR – HOSTAGE (instrumental)

 

.

DIVE – BLOOD MONEY (avec paroles)

 

 


(1) Il me semble que ce genre de discours est toujours tenu par ceux qui se sentent ou se pensent du bon côté de la barrière qu’ils ont construite. 

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Published by Axel Evigiran - dans Philosophie
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commentaires

Axel 20/05/2013 08:24


Cher Frédéric,


 


 


Quelques liens vers des espèces communes d’oiseaux (on peut écouter leur chant)  - Le site est fort bien fait :


- je n’ai pas cru y reconnaître le sifflement dont vous parlez, sauf peut-être certaines trille de l’étourneau – et encore...


 


http://www.oiseaux.net/oiseaux/etourneau.sansonnet.html


http://www.oiseaux.net/oiseaux/mesange.charbonniere.html


http://www.oiseaux.net/oiseaux/rougegorge.familier.html


 


 


Ici le ciel s’est effondré 


 


Amicalement


Axel

Frédéric Schiffter 19/05/2013 23:33


Non, non. L'oiseau me lance plutôt un "Pouiiiiiiiiit". Ou peut-être un "Pfouiiiiiiiiiit". Un sifflement long du même genre que les dragueurs adressent à une fille qui passe dans la rue, mais en
une seule note. Je ne sais pas si je me fais comprendre. En tout cas, le petit farceur semble attendre que je lui réponde. Nous pouvons siffler un quart d'heure ainsi. Parfois, j'ai l'impression
qu'il s'approche. Mais impossible de l'apercevoir. Demain, je vais chausser mes lunettes et tâcher de le repérer afin de vous le décrire.


 


À vous,


 


Frédéric

Axel 19/05/2013 19:22


Cher Frédéric,


 


Je me suis bien douté qu’il y avait une aimable taquinerie dans cette évocation de Jung. 


Mais je ne sais pas ce qui m’a pris soudain ; le besoin de m’épancher : un peu comme un bouchon de champagne poussé brusquement dans les nues sous la pression des bulles…  


 


Sur Freud, j’avais lu il y a de cela fort longtemps un livre regroupant les lettres de Sabina Spilrein, « Entre Freud et Jung ». A l’époque, évidemment j’avais pris parti pour Jung. Le film
récent « A Dangerous method », se place plutôt du côté de Freud (c’est revendiqué comme tel d’ailleurs par le réalisateur). Mais cela fait longtemps que j’ai renvoyé ces figures tutélaires dos à
dos, voyant dans l’un le Monsieur tout Religion, et dans l’autre le Monsieur tout Sexe – tous les deux aussi bien égarés dans leurs propres fantasmagories. 


 


Mais les oiseaux sont un sujet bien plus profond, et je m’affaire à recenser depuis quelques temps les œuvres picturales où la gent ailée se manifeste. Et suis plutôt surpris, trouvant beaucoup
plus d’occurrences ailées que je n’aurai pensé de prime abord.


Quant au courtois emplumé qui répond à votre salut, je n’ai pas idée de l’espèce dont il pourrait s’agir. Un étourneau peut-être, ou une mésange (ce sont deux espèces qui imitent parfois le chant
ou sifflement d’autrui). Et s’il vous arrive d’entendre des séquences  Tuit tut tuit tut tuit tut, répétées par séries, ne cherchez pas il s’agit d’un pouillot véloce. Et dans la campagne,
perché souvent au soleil tsi tsi tsi tuui…. C’est un bruant jaune.


 


Mais je vais vous lasser avec ces histoires d’oiseaux.


 


Amicalement


Axel

Frédéric Schiffter 19/05/2013 15:38


Cher Axel,


 


Naturellement, je vous taquinais avec Jung. Je rappellerai toutefois que les critiques que vous formulez à son égard ne sont guère loin de celles que lui adressait Freud (son irrationalisme, sa
pente pour le magique, etc.). 


Dans le coin boisé où j'habite, il m'arrive de dialoguer avec un oiseau qui ne montre jamais le bout de son bec. Il lance un sifflement assez long comme en guise de salut. Je lui réponds un peu
sur le même ton. Il a l'air satisfait puisqu'il reprend de plus belle son salut. Nous échangeons ainsi un bon moment. J'ai l'impression que cela le fait marrer de discuter avec un bipède sans
plume. Je m'inquiète toujours un peu quand je ne l'entends pas. En effet, il y a des chats voyous qui furètent dans le secteur. 


 


À vous,


 


Frédéric


 

Axel 19/05/2013 13:43


Cher Loic,


 


Nous sommes, je crois, au sens strict dans le domaine de l’indémontrable, aussi bien  dans un sens que dans l’autre (un peu à l’instar de l’incapacité à trancher par la raison sur
l’existence ou l’inexistence de Dieu, du père noël ou des elfes). 


Simplement, chez moi la balance à fini par pencher résolument du côté opposé à cette idée d’une inexpressivité musicale foncière. Je pense la thèse intellectuellement stimulante, mais pure vue de
l’esprit et contredite ce me semble aussi bien par l’expérience la plus immédiate que par l’interprétation que je fais des sciences cognitives. 


 


Bref, je me garderait bien de vouloir convaincre qui que ce soit, mais pour l’heure - et jusqu’à plus amples investigations - la cause me parait entendue.


 


Amicalement


Axel

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