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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 16:45

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Jankelevitch.jpg« La philosophie est menacée de mort, le danger est extrême, nous n’avons pas de temps à perdre. Donc il s’agit non pas de discuter mais de lutter. Après tout le combat pour la philosophie c’est encore de la philosophie. On fait de la philosophie également dans les rues, c’est l’origine de la philosophie. Elle est faite pour ça. Pour qu’on se batte pour elle. La philosophie n’est pas un cadeau de noël qui nous est donné tout ficelé dans son emballage cadeau, avec du papier rose, mais il faut la conquérir, lutter pour elle, en toute circonstance ; contre les sarcasmes, contre les persiflages et surtout contre les entreprises venues d’en haut qui visent purement et simplement à la détruire, à la faire disparaître, à l’assassiner, à l’exterminer ».

 

Vladimir Jankélévitch

Etats généraux de la philosophie, 1979

 

Lors de l’émission des NCC de vendredi dernier, Sébastien Charbonnier était l’invité de Philippe Petit. Après Deleuze pédagogue, il y présentait son second essai, Que peut la philosophie ? Etre le plus nombreux possible à penser le plus possible , tout juste sorti au Seuil.

 

Il réagit ici - sans langue de bois ni faux fuyants - à l’intervention du maître du je ne sais quoi et du presque rien.

 

« ... je ne suisQue-peut-la-philosophie.jpg pas du tout d’accord. On n’a pas à sauver la philosophie. La philosophie on n’en a rien à fiche. Ce que je veux dire c’est que sauver la philosophie, pour moi, c’est mettre le problème à l’envers. c’est-à-dire qu’on a déjà une certaine idée de la philosophie. C’est la philosophie qu’on veut sauver et, c’est tout le travail que je fais sur le problème des  canons culturels, ça me paraît mettre le problème à l’envers. C’est-à-dire que si on estime que la philosophie va aider les individus à être des citoyens, à être plus libres, ce qui est intéressant c’est de les sauver eux. Et qu’est-ce que la philosophie peut faire pour les sauver eux. Alors que quand on veut sauver la philosophie, qu’est-ce qu’on veut sauver ? (Dans ce) discours - là on n’a pas la version intégrale - le problème est le suivant : il faut sauver la philosophie parce que la philosophie est garante de la démocratie, permet la démocratie. Quand Jankélévitch dit ça, depuis un siècle 6% des français ont eu de la philosophie (en classe), et au moment ou il tient le propos, 1 français sur 5 fait de la philosophie. C’est donc une injure indirecte, me semble-t-il, à 80 % qui n’ont jamais fait de philosophie, que de dire : si on supprime la philosophie nous ne serons plus en démocratie et, c’est Bouveresse qui cite le propos, "on fera des français des bovidés". Donc tous ceux qui n’ont pas fait de philosophie sont des bovidés en 1979, selon Jankélévitch. Je comprend le combat, mais en même temps cela me paraît typique d’une certaine illusion scolastique. C’est-à-dire que Monsieur Jankélévitch se sent en danger, et ne se rend pas compte que ce n’est pas vraiment la démocratie ou la France qu’il s’agit de sauver, mais une certaine discipline et la conception qu’il en a ». 

 

C’est dit !

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Published by Axel Evigiran - dans Philosophie
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commentaires

Axel 16/04/2014 08:02


Chère Christine,


 


Votre constat est tout à fait intéressant : à savoir que les esprits les moins curieux seraient plutôt les post-bacs que les adultes ayant déjà quelques années d’expérience.


Serait-ce un effet d’immaturité ou un infléchissement ‘utilitariste’ chez les plus jeunes ? Sans doute est-ce difficile à définir où à trancher définitivement…  Mais il y a matière à
réflexion. 


Pour ce qui est de la philosophie, je pense en effet qu’il y a une forte envie d’y goûter dans les publics qui en ont été sevrés pour quelque motif que ce soit.  Toute la difficulté, me
semble-t-il, est alors d’éviter l’ornière du prêt à penser genre ‘café du commerce’ et d’essayer plutôt, comme vous le dites, de donner à penser.


 


Bien à vous ;


Axel

cl 15/04/2014 08:09


Chers tous,


 


Quelle page intéressante que je découvre là, et merci pour ces échanges de qualité et des plus instructifs pour moi !


 


J'aime bien votre dernière citation Axel, et la ramenant à mon expérience personnelle, je la pense tout à fait juste (curieusement, les cours en lignes que j'ai entrepris de suivre ont débuté
exactement le jour de la mort de ma mère... Mort de cette dernière qui m'a renvoyé à la mienne sans doute).


 


Mais pour tenter de réfléchir à cette question de l'utilité de la philosophie, je vais partager ma petite expérience personnelle. En tant que formatrice de "culture générale", je prépare des
jeunes et moins jeunes à des concours d'entrée en écoles sanitaires et sociales, je me trouve bien souvent confrontée à des esprits bien peu curieux du monde qui les environne, hélas. C'est le
cas principalement des post-bacs. Les plus "adultes" ayant quelques années d'expériences dans le monde du travail sont plus souvent impliqués, plus ouverts...


 


A plusieurs reprises, des jeunes m'ont dit : lire, oui, d'accord, mais à quoi ça sert ? Persuadés parfois, d'être déjà des "penseurs", très "critiques" remettant même en cause la pédagogie
adoptée par l'établissement... Il faut dire que nous avons de plus en plus l'impression d'enseigner à des clients, presque bientôt, ce sera satisfait ou remboursé... Je ne vous cache pas le
pessimisme ambiant parmi les formateurs.


 


Mais pour en revenir à mon travail, je me suis rendue compte que cela impliquait : apporter des connaissances sur le monde, impulser de la curiosité, de l'intérêt pour l'humain et les sociétés,
leur apprendre à "penser" (à faire la part entre opinions, préjugés, arguments), entre autres, et ce dernier point m'apparait primordial... Je me réfère depuis quelques temps à la philosophie et
j'essaie d'intégrer cette matière à mes cours, en perpétuelle expérimentation (d'où le pourquoi j'essaye d'élargir mes connaissances)... Il se trouve que certains jeunes et moins jeunes en
demandent, redemandent... Bon point ? Je ne sais, je l'espère... Alors la philo? En tout cas, adopter une posture philosophique n'est pas sans intérêt je pense, pour (ô utopie ?!) une société
"meilleure".


 


Bien cordialement


 


Christine

Axel 02/02/2013 10:07


Bonjour DéfiTexte, et bienvenu ici.

Une petite précision : Le livre de Sébastien Charbonnier ne s’oppose pas à Jankélévitch mais traite de l’enseignement de la philosophie.
C’est lors de l’émission des NCC ou était invité que l’auteur de « Que peut la philosophie » a marqué son désaccord avec l’extrait diffusé du discours de Valdimir Jankélévich.

En ce qui concerne le sous-titre du livre, « Être le plus nombreux possibles à penser le plus possible » (formulation qui m’apparait maladroite), plus qu’une tendance ou une volonté à faire du
chiffre, j’y vois un soucis de démocratisation de l’enseignement de la philosophie (et une envie à ce que les étudiants qui bénéficient déjà de cours de philosophie en retirent quelque
chose).

Enfin, si je partage avec vous l’idée que « la philo sert à mieux voir ce que l’on regarde » (du moins le devrait en principe), force est de constater que dans la réalité bon nombre de
philosophes sont aussi obtus - voire davantage, se croyant savants - que le servum pecus.
Bref, cette position de surplomb, outre le petit côté méprisant envers qui n’a pas trempé son nez dans la scolastique philosophique, m’apparait intenable.

En ce sens, Montaigne, admirable penseur tragique, déclarant « Je ne suis pas philosophe » a toutes mes amitiés.
Ajoutons pour faire bonne mesure que « ce n’était pas la philosophie qui lui apprenait à mourir, mais l’approche de la mort qui lui apprenait à philosopher » (F.Schiffter, Le plafond de
Montaigne)

Bien à vous,
Axel

DéfiTexte 31/01/2013 09:25


La citation du livre qui s’oppose à Jankélévitch est « Être le plus nombreux possibles à penser le plus possible ». Comme si le nombre faisait le vrai, comme si la pensée était un sport
avec ses jeux Olympiques où il s’agit d’aller plus haut plus loin plus fort. Mais pas du tout, la philo n’est pas un sport : les neurones y connectent et s’organisent, ils ne se musclent
pas ! La philo, on le sait pourtant bien, n’a rien à voir avec la force de l’opinion sinon avec les conséquences de telle ou telle opinion, et souvent à son encontre. L’opinion, ce sont les
sciences qui la corrigent et la sociologie qui la mesure. C’est l’opinion qui appartient à un « canon culturel », pas l’argument ! Et c’est le « canon culturel », par son
bruit, qui empêche d’entendre l’argument !


Tous les philosophes ont une opinion tout à fait équivalente à celle de tous au moment d’un vote par exemple. Si on supprime la philo on aura toujours une démocratie mais avec des débats bas. Et
le sport est plus efficace que la philo pour mieux vivre ! Mais la philo sert à mieux voir ce que l’on regarde : alors oui, ceux qui ne font pas de philo sont des bœufs ou des bofs. Oui
on doit sauver la philo des mains de ceux qui ont bien compris à quoi elle sert : aiguiser la critique !


Cela fait peine de voir un ego (il dit « pour moi », il utilise je pour dire on !) qui cherche à
se faire connaitre en s’opposant à ceux qui sont connus. Ce sont des sophistes. Je condamne vertement ceux qui relaient les bêtises. 

Nuageneuf 24/01/2013 16:50


 


Chère Virginie, Chers Axel et monsieur Schiffter,


L'exposé qui a suivi l'article d'Axel m'a bien éclairé. Merci à tou(te)s. 

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