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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 16:43

On dit souvent que la démocratie est multiples ; et en effet, elle prend et a pris, selon les lieux et les époques différentes formes. Démocratie, mot valise, associé dans l’esprit de la plupart des contemporains à un régime politique enviable. A un progrès dans le gouvernement des peuples ; une manière assez habile de donner le fouet à la masse afin de lui permettre de s’auto-policer.  

Aujourd’hui, il semble bien que son plus petit dénominateur commun se love dans la fameuse boutade de Churchill que l’on sait : « …le pire des régimes à l’exception de tous les autres ».  

De la démocratie on peut d’ailleurs faire la généalogie, en diagnostiquer les pathologies (Cynthia Fleury) ou en analyser les mouvements, les soubresauts. Craindre encore, avec Tocqueville la « tyrannie de la majorité » ou rêver, avec Rousseau, d’une démocratie directe. Car cette souveraineté des peuples tant vantée, n’est-elle pas un simple voile jeté sur un système politique mis au service d’un petit aréopage de boutiquiers mondialisés, servis par une caste de professionnels de la rhétorique creuse ? Et plutôt que de parler, dans nos systèmes représentatifs, de démocratie, ne pourrions-nous pas légitimement user de l’affreux vocable de ploutocratie ? Pourquoi non, en effet, lorsque derrière le concept de démocratie représentative il n’est pas a priori stupide de soupçonner une manœuvre pour chercher à écarter le peuple de l’exercice véritable du pouvoir.  

Ainsi, pour Karl Popper (la Leçon de ce siècle) « La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. ». Que l’on partage ou non ce constat, rien n’empêche de réfléchir sur les moyens d’améliorer un régime politique qui, depuis les époques reculées de la Grèce ancienne, a tout de même fait ses preuves. On peut aussi, plus radicalement, vouloir en casser d’un coup tous les rouages. On sait ou cela mène. 

Et puisque en ce genre de matière il n’est pas de bonnes réflexions sans bonnes connaissances historiques, on peut penser qu’en liminaire un retour aux sources, et une analyse de ce que fut la démocratie à Athènes, pourrait être un bon point de départ.

La somme de Mogens H.Hansen, « La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène » (1991), historien danois ayant consacré 25 années de recherches à la démocratie athénienne est de ce point de vue un outil inestimable. C’est le sens de la mise en ligne ici de mes notes de lectures – je me suis néanmoins limité à la première partie de l’ouvrage (mise en ligne en deux billets). Non pas que le reste ne fût-ce pas passionnant ; mais, d’une part, j’ai jugé la tâche considérable au vu du modeste de mon objet. Par ailleurs, je préfère renvoyer directement à l’ouvrage de H.Hansen les lecteurs intéressés par une lecture plus consistante ; ceci valant comme invite à se procurer cette étude dont, je le précise, il n’est pas inutile d’en conserver un exemplaire toujours à portée de main.


Acropole.jpg

Afin de mieux fixer les esprits je propose en introduction un petit récapitulatif avec les dates essentielles et principaux protagonistes dont il sera question dans le livre de Mogens H. Hansen.

Periodes historiques
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683 : Archonte de Créon : système des Eupatrides ( les « biens nés »)
621 : Premier code des lois (perte du monopole de la connaissance des lois par les Eupatrides)
594 : Pleins pouvoirs donnés à Solon ; rédaction d’un nouveau code des lois. Passage d’un gouvernement d’aristocrates à un gouvernement des riches.
561 – 527 : Pisistrate devient tyran (coup de force) 
527 – 510 : Hippias, fils de Pisistrate prend la suite
510 : Prise d’Athènes par les spartiates
510 – 507 : Isagoras vs Clisthène (2 aristocrates) ; Clisthène s’attache le peuple pour gagner
508 – 507 : Instauration d’une démocratie directe (par Clisthène) 
490 : Athènes défait les Perses à Marathon
462 : Ephialte et ses féaux (dont Périclès) parviennent à réduire l’aréopage à l’unique fonction de cour criminelle (Clisthène n’avait pas revu les prérogatives de cet ilot aristocratique).  
442 : Périclès est élu stratège
431 – 404 : guerre du Péloponnèse (Athènes vs Spartes)
415 : Alcibiade persuade les athéniens d’envoyer une grande armada contre Syracuse (mais condamné il fuit à Spartes).
415 – 413 : L’expédition de Sicile s’achève par une catastrophe : émergence d’une opposition oligarchique
411 : L’assemblée vote l’abolition de la démocratie (séance illégale : le gouvernement est remis entre les mains des 400)
410 : rétablissement de la démocratie
404 : Athènes capitule devant Spartes
404 : Les oligarques obligent le peuple à voter à décret désignant pour gouverneur 1 commission des trente qui devirent les trente tyrans sous la conduite de Critias (grand oncle de platon)
403 : les troupes des oligarques sont défaites par les démocrates et Critias est tué lors d’une bataille rangée. Rétablissement de la démocratie. 


Personnages
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Solon : 640 – 558
Pisistrate : 600 – 527
Clisthène : 
Périclès : 495 – 429
Démosthène : 384 – 322
Hérodote : 484 – 420 
Eschyle : 526 – 456
Sophocle : 495 - 406
Euripide : 480 – 406
Aristophane : 450 - 385
Socrate : 470 - 399
Platon : 424 - 347
Aristote : 384 – 322
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Solon.jpg
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Liminaire de Mogens H.Hansen
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Voici en introduction un extrait tiré des toutes premières pages de l’ouvrage de l’historien danois. Ces réflexions trouvent un écho particulier chez ceux qui actuellement réfléchissent sur l’idée – vue souvent comme farfelue par beaucoup - d’une réintroduction possible d’un système de tirage au sort dans nos démocraties modernes (Cf. E.Chouard)  
« Ceux qui se concentrent sur les institution opposent parfois la « démocratie d’assemblée » à la « démocratie parlementaire ». (…) Les même analyses conceptuelles affichent toujours une perspective historique : assurer que la démocratie directe n’existe plus, du moins dans les Etats souverains, qu’on oppose à des unités plus petites ; et cette indiscutable vérité tend à être suivie de l’affirmation qu’elle telle démocratie ne peut plus exister à cause de la taille des sociétés modernes ; ce qui revient en fait à ignorer que la technique moderne a rendu possible un retour à la démocratie directe.».

Quelques éléments de réflexion 

Les vestiges 
Archéologiques, épigraphiques, sources littéraires (ex discours Démosthène) 

Les exposés sur la démocratie
Ex : Aristote et Plutarque qui ont laissé des « exposés », pas des témoignages. 

Sur la rhétorique 
Le pouvoir politique était fondé sur l’éloquence, et la demande dont l’éloquence l’objet l’amena à devenir un genre littéraire en prose entièrement neuf : la rhétorique. La rhétorique est née au milieu du Ve siècle à Syracuse et à Athènes. (…) Bientôt les dirigeants politiques prirent quasi tous des leçons d’éloquence, souvent auprès de « sophistes » itinérants.
 
Le théâtre
Le théâtre européen remonte aux Dionysies d’Athènes, à l’occasion desquelles étaient représentées chaque année des tragédies et des comédies. 

Les ouvrages d’histoire
En tant que genre littéraire en prose, l’historiographie est née une génération plus tôt que la rhétorique, dans la première moitié du Ve siècle ; mais on n’a pas tort  d’appeler Hérodote « le père de l’histoire ». 

Socrate, Platon et Aristote
Ils ont pris plaisir particulier à cracher dans la soupe : ils vivaient à Athènes, mais glorifiaientPlaton Spartes. (…) Ils préféraient « l’aristocratie des ancêtres » spartiates à la démocratie athénienne. (…) Mais face aux philosophes, il y avait d’autres auteurs, qui avaient une attitude toute différente. Dans les tragédies d’Eschyle et d’Euripide, les idéaux de la démocratie sont loués par les rois mythiques d’Athènes ; les historiens apportent une défense de poids à la démocratie ; Hérodote la défend de tout son cœur dans les Débats sur la constitution ; Thucydide est plus tiède, (…)mais il n’en a pas moins introduit dans son œuvre des discours où les démocrates peuvent tenir leur partie. (…)
Il faut se souvenir que les partisans de la démocratie s’adressaient à un tout autre public que ses détracteurs : Platon, Aristote et Isocrate écrivaient pour un petit groupe de disciples ou d’intellectuels, tandis que les dramaturges ou les orateurs s’adressaient en principe au peuple tout entier. (…)
Dans un discours de 355, Démosthène remarque avec raison que la différence la plus importante entre les systèmes politiques de Sparte et d’Athènes est qu’à Athènes il est permis de louer celui de Sparte et de dénigrer le sien propre, tandis qu’à Sparte nul ne peut louer aucun autre système que celui de Sparte.
(Socrate, il est vrai, fut condamné et exécuté en 399, entre autres pour avoir exprimé ses critiques antidémocratiques dans les cercles aristocratiques qu’il fréquentait et dont les membres se compromirent en 411 et en 404 dans le renversement de la démocratie). 

La Constitution d’Athènes jusqu’en 403 av JC
Athenes_au_Ve_siecle_avant_J-C.jpg
Epoque archaïque
La démocratie fut introduite à Athènes par Clisthène en 507 av JC. 
Revenons 100 ans en arrière : Athènes était gouvernée par des magistrats choisis par et parmi les Eupatrides (les « bien nés ») ; c’est-à-dire les grandes familles. Les magistrats les plus puissants étaient les neuf archontes, dont le chef donnait son nom à l’année. Ce système remontait  à l’archontat d’un certain Créon, en 683. 
Les Eupatrides étaient, économiquement aussi, la classe dominante (…) et recevaient les contributions annuelles d’un nombre important et croissant de petits fermiers (s’ils manquaient à cette obligations ils pouvaient être vendus comme esclaves). (…) Les petits fermiers paupérisés finirent par se soulever en réclamant l’abolition de la servitude pour dette. 

Cylon, Dracon, Solon
En 636 ou 632, un athénien nommé Cylon tenta de s’imposer comme tyrannos de la cité. Quelques années plus tard, en 621, Athènes reçut son premier code de lois écrit, avec pour effet que les Eupatrides n’eurent plus le monopole de la connaissance des lois. 
En 594 les riches et pauvres se mirent d’accord : ils donnèrent à Solon les pleins pouvoirs pour imposer un compromis. Solon était lui-même u Eupatride. Il commença par une amnistie générale, puis abolit l’esclavage pour dettes et libéra ceux qui en avaient été victimes. 
Outre ses réformes économiques, Solon réforma aussi l’administration de la justice.
A l’époque de Solon, les Athéniens étaient déjà divisés en trois classes censitaires : les hippeis (les cavaliers), les zeugites (propriétaires d’une paire de bœufs) et les thètes (littéralement les ‘gagés’, les journaliers). Mais la quatrième, la plus haute, les pentacosiomédimnes (les gens capables de produire 500 ‘mesures’ en nature) peut avoir été ajoutée par Solon. Les électeurs ne pouvaient choisir que des citoyens de la classe supérieure. L’élection dépendait donc désormais de la fortune, non plus de la naissance. Et Solon créa par ce moyen les conditions d’un changement dans la société athénienne : le passage d’un gouvernement des aristocrates à celui des riches. 
Toutefois, le plus important de l’œuvre constitutionnelle de Solon, si l’on en croit la tradition, fut d’avoir crée le Conseil des Quatre Cents (à savoir cent représentants pour chaque tribu). 
Solon mena à bien la rédaction d’un nouveau code de lois : elles ne furent pas révisées avant la période de 410-399. 
Les réformes de Solon connurent le sort habituel des compromis douloureux : aucune des parties ne fut satisfaite (...) Le corps civique fut bientôt déchiré entre trois factions rivales : les ‘Gens de la plaine’, menés par Lycurgue ; les Gens d’au-delà de la montagne’, menés par Pisistrate ; et les ‘Gens de la côte’, menés par l’Alcméonide Mégaclès. Tous ces dirigeants étaient bien entendu des aristocrates. 

Pisistrate et Hippias
En 561, Pisistrate devint tyran à la suite d’un coup de force. Formellement, il ne porta pas atteinte à la constitution de Solon : il s’assura simplement que les archontes fussent de ses partisans et conserva toujours auprès de lui une garde personnelle de mercenaires. Il fut tyran (si l’on excepte deux périodes d’exil) de 561 à 527.
A Pisistrate succéda son fils Hippias (527-510). EN 510 Athènes fut prise, Hippias et ses proches assiégés sur l’Acropole : il capitula bientôt sur la promesse qu’il pourrait s’en aller librement, et partit en exil à Sigée avec sa famille.

Isagoras
Clisthène, désespérant de l’emporter avec le seul appui de l’aristocratie, « attacha le peuple à son parti ». Avec le soutien du démos, il l’emporta sur Isagoras. 

Clisthène
Clisthène institua un nouvel organe dans l’Etat, le Conseil des Cinq Cents, fondé sur une nouvelle division de l’Attique en dix tribus, trente circonscriptions et 139 dèmes. 
Clisthène veilla à ce que nombre de non-Athéniens, et même d’esclaves libérés, fussent inscrits dans les nouveaux dèmes ; devenant ainsi des citoyens d’Athènes, ils seraient un ferme soutien pour le nouveau régime. En 501 fut crée le collège des généraux, élu chaque année par le peuple et composé de dix membres : ils commandaient l’armée et furent tout au long du Ve siècle le plus important des corps de magistrats. 

Ostracisme
Ostraka.jpegEt puis il y eut l’ostracisme (...) : procédure par laquelle un personnage une vue pouvait être banni pour dix ans. On l’appela ostrkismos parce que le vote était exprimé sur des ostraka, des tessons de poterie. Les tessons étaient comptés : s’il y en avait au moins 6000, ils étaient triés par nom ; celui dont le nom revenait le plus souvent devait sans recours ni exception partir dans les dix jours pour dix ans de bannissement. 
On a raison d’attribuer à Clisthène la loi d’ostracisme, mais les Athéniens ne l’utilisèrent réellement que vingt ans après, pour bannir Hipparchos, un parent du dernier tyran, en 487.
Le bannissement par ostracisme fut utilisé une quinzaine de fois pendant le Ve siècle. La procédure ne fut jamais abolie, mais resta lettre morte au IVe siècle. 

Ephialte
En défaisant les Perses et en ostracisant les partisans de la tyrannie, en créant la Ligue de Délos en 478 et en consolidant la suprématie de leur flotte dans la mer Egée, les Athéniens établirent les conditions pour un nouveau progrès de la démocratie. La transformation d’Athènes, d’une puissance terrestre en une puissance maritime, rééquilibra les pouvoirs à l’intérieur de la cité dans la mesure où les forces terrestres (les hoplites) étaient recrutées parmi la classe moyenne, tandis que les pauvres (les thètes) fournissaient les équipages de la flotte
L’aréopage de l’époque archaïque avait supervisé les lois, la conduite des Athéniens en général. Mais un groupe de démocrates, menés par Ephialte et ses féaux, le jeune Périclès et Archestatros, mirent toute leur ardeur à noyer tous ensemble ces îlots de pouvoir aristocratique au beau milieu d’un Etat démocratique et, en 462, ils parvinrent à réduire l’Aréopage à l’unique fonction de cour criminelle dans le cas du meurtre d’un citoyen athénien. 

Périclèspericles.jpg
Ephialte fut cependant assassiné et Périclès lui succéda comme « chef du peuple ». Thucydide (fils de Mélésias), mena un temps l’opposition, jusqu’à ce qu’il soit ostracisé en 443. Année après année, Périclès était élu stratège. Thucydide (l’historien) en fut amené à forger le fameux apophtegme selon lequel en ces années-là à Athènes « sous le nom de la démocratie, c’était en fait le premier citoyen qui gouvernait ». 
Périclès introduisit le salaire journalier, d’abord pour les jurés siégeant au Tribunal du Peuple, puis pour les membres du Conseil et les autres magistrats.
Périclès fit adopter une loi qui réservait désormais la citoyenneté à ceux dont les deux parents étaient athéniens ; avec la réforme péricléenne, le fossé entre citoyens et non-citoyens s’approfondit et le corps des citoyens devint un groupe fermé, peu susceptible de croissance. 

Les successeurs de Périclès
L’essor de l’empire athénien et la peur qu’il inspirait aux autres Etats conduisit la Guerre du Péloponnèse. Sparte était la puissance terrestre, représentante et soutien de l’oligarchie ; Athènes, la puissance maritime, soutien de la démocratie. La guerre dura 27 ans, de 431 à 404.
Les nouveaux dirigeants avaient soif de pouvoir, et cela nuisit à la conduite de cette guerre : les philosophes les nommèrent dédaigneusement « démagogues ». Mais les derniers dirigeants du modèle traditionnel, Nicias et Alcibiade, en étaient également assoiffés. En 415, Alcibiade persuada les Athéniens d’envoyer une grande Armada contre Syracuse, sous sa propre direction ; mais au moment ou la flotte devait appareiller, il fut dénoncé, accusé d’avoir parodié et profané les Mystères d’Eleusis au cours d’orgies nocturnes (...) Il est à remarquer qu’un grand nombre d’entre eux appartenaient au cercle de Socrate. 

Les révolutions oligarchiques
L’expédition de Sicile (415-413) s’acheva de façon catastrophique et entraina l’émergence d’une opposition oligarchique. (...) Cette opposition était menée par Pisandre et par Théramène et l’orateur Antiphon pour éminence grise. Leur programme : revenir à la constitution de Solon ; leur méthode : la terreur. Des contacts furent pris avec Alcibiade, désormais exilé en territoire Perse : il promit d’obtenir l’alliance de la Perse si Athène répudiait la démocratie et rapportait sa condamnation à mort. Cela déboucha (...) à une séance illégale (où) l’Assemblée vota l’abolition de la démocratie (et la remise du) gouvernement entre les mains d’un Conseil des 400 choisi par les oligarques. 
Le régime des 400 ne dura que 4 mois : Alcibiade fut incapable d’apporter l’alliance promise et la flotte resta fidèle à la démocratie. (...)
Pisandre s’enfuit à Sparte et Antiphon fut condamné et exécuté. (...) Les athéniens rétablirent la démocratie au printemps 410 et entreprirent la révision des lois de Dracon et de Solon. 
(...)
Les athéniens subirent de la part des spartiates un siège de 4 mois et capitulèrent au printemps 404.(...)
Les conséquences constitutionnelles furent alors énoncées : la démocratie a fait faillite, disait-on. Les oligarques se mirent de nouveau en avant, cette fois ci sous la direction de Théramène et de Critias, le grand-oncle maternel de Platon. Ils bénéficiaient de l’aide des spartiates : ils obligèrent le peuple  à voter un décret désignant pour gouverner Athènes une commission des Trente. (...mais ces derniers) se transformèrent bientôt en junte militaire et méritèrent rapidement le nom qui ne les a jamais plus quittés de « Trente tyrans ». Critias menait l’aile dure de ces oligarques, et lorsque Théramène protesta contre la dureté de leurs exactions, il fut exécuté sur-le-champ. (...)
Bien entendu, beaucoup de démocrates sincères avaient fui ; ce sont eux qui rassemblèrent et organisèrent la résistance. Les troupes des oligarques furent défaites et Critias tué lors d’une bataille rangée près des ruines des Longs Murs. (...)
A l’automne 403, les démocrates revinrent triomphalement à Athènes et une amnistie fut proclamée ; deux ans plus tard ce qui restait des dirigeants oligarques fut exécuté. La démocratie fut rétablie, et même déifiée : au IVe siècle, on faisait des offrandes à la déesse Demokratia. 
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Athènes, cité-état et démocratie

La polis
La Grèce classique était divisée en quelques 750 poleis, ou « cité-états ». A ces 750, il faut en ajouter au moins 300 autres, communautés d’immigrés fondés par les Grecs à l’extérieur de la Grèce proprement dite. (...) Tout le long des côtes de la méditerranée et de la Mer Noire étaient disposées des cités-états grecques, « comme des grenouilles autour d’une mare », pour reprendre l’expression si vivante de Platon. (...)
Athènes était la plus peuplée de toute la Grèce. (...) Il y avait environ 60.000 citoyens mâles au Ve siècle, quand Périclès dirigeait Athènes et a peu près 30.000 quand Démosthène la dirigea contre Philippe de Macédoine cent ans plus tard. (...)
Mais qu’était-ce une polis ? Son sens fondamental est celui d’une « citadelle » ; polis en vint à signifier une « cité ».

L’Etat
Un Etat est un gouvernement pourvu du droit exclusif de faire respecter un ordre légal donné à l’intérieur d’un territoire donné sur une population donnée.

La taille
Voici encore une différence entre polis et Etat : démographiquement la polis était une lilliputienne. (...)
Athènes : la communauté politique des citoyens ne pouvait fonctionner que parc que sur les 30.000 de plein droit, il n’y en avait pas plus de 6000, en règle générale, pour se présenter à l’Assemblée et aux Tribunaux du peuple. (....)
Aristote a pleinement raison lorsque, au livre III de sa Politique, il défini la polis comme une « communauté de citoyens participant à un système politique ». 

 Politeia
Le concept de politeia était utilisé pour désigner ce qui liait les citoyens entre eux à l’intérieur d’une société : les institutions politiques de l’Etat et, dans un sens plus précis, la structure des des organes de gouvernement de cet Etat.

Typologie des constitutions

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L’aspect le plus singulier de cette analyse aristotélicienne est cet avatar positif du gouvernement du grand nombre, seulement appelé politeia (…) alors que son maître Platon, distingue entre bonne démocratie et une mauvaise ; plus tard, chez Polybe, la bonne variante est appelée ‘démocratie’ et la mauvaise ‘ochlocratie’, le ‘gouvernement de la tourbe, de la foule’. 

Typologie des démocraties
typologie-democraties.JPGDans les démocraties de type I, la communauté est majoritairement rurale ; occupée à cultiver la terre, elle a peu de temps pour tenir les assemblées.
Aristote traite toujours la démocratie comme la mauvaise forme du ‘gouvernement du grand nombre’. (…) Aussi pour lui, la démocratie est-elle en réalité le gouvernement des pauvres plutôt que celui du grand nombre. 
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Le terme démocratie
La constitution d’Athènes fut celle d’une démokratia depuis les réformes de Clisthène en 507 jusqu’à la défaite dans la guerre lamiaque en 322 (…)
Il est exact que le mot démokratia n’apparaît pas dans nos sources avant la seconde moitié du Ve siècle. (…) Quoi qu’il en soit, il n’y aucun doute que les athéniens, tant dans les circonstances officielles que dans la conversation courante, appelaient leur constitution démokratia. 

La démocratie comme système politique
Aujourd’hui le concept de ‘politique’ tend à faire principalement référence au processus de décision politique, et on distingue (au moins en principe) entre l’administratif et le politique. On attend de l’administration dans un régime démocratique qu’elle soit pragmatique et apolitique (même si c’est rarement le cas dans les faits). Les athéniens voyaient les choses autrement. Pour eux, tout ce qui concernait le polis était ‘politique’ : ils étaient parfaitement capables de distinguer entre la préparation, la prise de décision et l’exécution, mais ils faisaient pas de distinction entre le politique et l’administratif.

La démocratie comme idéologie
De nos jours, la démocratie est à la fois un système politique et une idéologie politique. L’un et l’autre sont liés par la conviction que les idéaux démocratiques sont mieux portés par des institutions démocratiques que par toute autre sorte de gouvernement (…)
Eschine : « … les monarques et les chefs d’une oligarchie trouvent leur salut dans la méfiance et dans les gardes du corps. Les oligarques et ceux qui gouvernent suivant le principe de l’inégalité doivent se garder des hommes capables de renverser l’Etat par la force des armes, mais nous, dont la constitution est fondée sur l’égalité et le droit, nous devons écarter ceux dont les paroles ou la conduite porte atteinte à la loi ». 
Les idéaux démocratiques sont en réalité au nombre de deux : liberté et égalité.

Liberté 
C’était éleuthéria : la liberté politique de participer aux institutions démocratiques ; la liberté privée de vivre comme on l’entendait. (…)
La démocratie athénienne apporta une certaine protection au foyer du citoyen. (…) Mais au-delà de la protection due à la personne, au foyer, aux biens, le plus précieux des droits individuels est la liberté de parole.

Remarque de Démosthène : la différence fondamentale entre l’oligarchie spartiate et la démocratie athénienne, c’est qu’à Athènes on est libre de louer la constitution de Spartes, et son mode de vie, si on en a l’envie , alors qu’à Sparte il est interdit de louer aucune autre constitution que celle de Sparte.

Mais avoir des lois et des règlements pour protéger les citoyens ne suffit pas : il doit y avoir aussi des moyens de les renforcer quand c’est la cité démocratique elle-même, ou ses représentants, qui leur porte atteinte. Aussi les athéniens prévirent-ils des procédures, publique et privée, contre les magistrats. Par exemple, à la fin du mandat, chaque citoyen pouvait entamer une procédure à titre privée contre un magistrat qui avait outrepassé ses droits.

Egalité
Pour parler d’égalité, les athéniens avaient plusieurs termes, tous composés avec le préfixe iso - : isonomia (égalité des doits politiques), isègorai (égal droit de parole dans les assemblées politiques), isogonia (égalité par la naissance) et isokratia (égalité de pouvoir)
[Les historiens sont d’accord pour faire de l’égalité à Athènes un concept purement politique qui ne s’est jamais étendu aux domaines social et économique (…) Jamais l’égalité de nature n’a été partie intégrante de l’idéologie démocratique athénienne.
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Published by Axel Evigiran - dans Histoire
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