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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 19:08

Il y a quelques jours de cela un collègue de travail m’a rapporté qu’un individu en fort d’inspiration avait eu l’idée originale de mettre en musique le marché. Littéralement. Le procédé à ce que j’en ai compris consiste, à partir du mouvement brownien sur telle ou telle valeur boursière, de tirer en temps réel au travers d’un algorithme adapté une note de musique (hauteur et durée). Puis une autre. Et ainsi de suite. Le dispositif étant relié à un synthétiseur…
Nul doute que l’effet produit par la mise en symphonie d’une telle partition ne fasse sur les oreilles une impression tout à fait saisissante.


cours_bourse_htc_06-04-11.pngImaginons dans cette veine, par exemple, à quoi pourrait ressembler une pièce musicale avec les différents fûts, cymbales et autres percussions d’une batterie, reliés à l’évolution des salaires des ouvriers, employés, enseignants et autres préposés d’usines ou de supermarchés. Il est fort à parier que sur un tempo atone nous aurions là un rythme fort monocorde, voire hypnotique, tout à fait propice à l’endormissement des classes laborieuses. Ajoutons-y les salaires des patrons du CAC 40 ou encore les profits de multinationales portés par les dérégulations, les plans sociaux et autres vilenies que permettent l’exploitation de la misère mondialisée ; relions-les à un pipeau électronique de notre choix. Nous obtenons ici un crescendo bien vite insupportable. Mais l’effet désastreux ne sera que de courte durée, la note infâme se perdant tout aussitôt dans les ultrasons d’où elle ne sortira plus. Nous revoici à notre point de départ.

  

Il est possible de perfectionner le système, de lui conférer du relief même en associant à la mélodie autant de petits bruits, vivats, éructations et cris que l’on voudra. Pour ce faire, la technique du ‘sampling’ basée sur les ordres boursiers échangés sur quelques millisecondes, fera l’affaire. Calqué sur la méthode bien connue des musiciens, et qui consiste à prélever dans une partition existante un bref passage, de le triturer de toutes les manières possibles (coupes, boucles et effets de toute nature : de la distorsion à la réverbération…)
Nous voilà mieux servis. Mais il manque toujours à cette mécanique l’essentiel. La voix et le texte.

  

Sans doute y a t-il quelques grossièretés à associer les mots sublimes du poète à ce qu’il y a de plus vil, de plus sordide  en notre société. Mais n’est-ce pas le propre de nos époques ? Entre pornographie et pudibonderie sur fond de guerres éthiques / ethniques - massacres contre le concept de terrorisme… Un monde dégorgeant de cynisme – le mot est pris ici dans son acception la plus vulgaire.
N’empêche !

 

« A moi. L'histoire d'une de mes folies. Autoportrait-en-pied-de-Rimbaud-au-Harar----dans-un-jardin.jpg

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de mœurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.


J'inventai la couleur des voyelles ! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. - Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges ».

(Rimbaud)

 

Avidité non démentie.
On le sait, Keynes fut poussé à l’eau lors d’une promenade du côté de Giverny par la main invisible du marché fantasmée de toutes pièces par le perruqué Adam Smith. Il s’y noya, la bouche pleine de nymphéas bleus. On invente les idoles que l’on peut…
Aujourd’hui je découvre que pour les traders et autres aficionados des cours de bourse c’est la journée des « quatre sorcières ». L’indice a fini, comme il se doit, dans le rouge… Carmin… Le sang des innocents, ceux-là même pour qui sonne le glas.
Religiosité, et partout cette même pensée magique !

 

Musique dodécaphonique, réseaux de neurones artificiels, avec pour seule logique la maximisation du profit sur fond de désespérance absolue (l’argent, s’il rachète soit disant les péchés, malgré toutes les greffes d’organes, pilules de jeunesse et autres anxiolytiques, n’empêche pas moins de mourir)….

 

Marché de la musique : marche funèbre.
Te deum des pauvres : à tous les croyants victimes de l’injustice céleste.
Je vous laisse imaginer le reste.

 

Quoi qu’il en soit, cela ouvre des perspectives aux artistes en mal d’inspiration.

 

 

 

Pour contribution à ce bal des fous, voici ci-dessus un petit montage, réalisé sur l’un de mes anciens morceaux, à la suite de l’article « le miracle indien », alors qu’en mes oreilles résonne « Passengers » de Deftones. Je ne peins pas l’être, disait Montaigne, mais le passage. 

 

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Published by Axel Evigiran - dans Société
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  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
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