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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 13:07

Le DésespéreAcculé à n’en avoir qu’une version virtuelle, peu propice à mes bucoliques retraites, longtemps ai-je cherché à me procurer une version tangible du " désespéré ". Point assez lu, sans doute, pour garnir les étagères des librairies où je traînais mes guêtres. Quoi qu’il en soit, jamais je n’eus la pugnacité de me résoudre à en passer commande. Peu être un secret manque de conviction… Aussi, faute d’édition récente ce souhait de lecture demeura-t-il un vœux pieu que les années tapissèrent du souvenir de cette promesse inaccomplie. Jusqu’à ce que ne surgisse cette nouvelle édition, sortie dans la collection GF, à la très opportune couverture ; la meilleure selon moi parmi celles qui me sont connues, car la plus proche de l’esprit de l’ouvrage de Léon Bloy, ce maudit des bénitiers ; anachorète concupiscent au regard exorbité de libellule.

 

Moi qui pensais trouver en ces pages désirées, malgré ma défiance viscérale envers qui porte en bandoulière les stigmates du crucifié, la fulgurance d’un style qui auraient placé Bloy aux côtés de cette sorte d’Huysmans, selon l’expérience de la trappe d’Igny, j’en fus pour mes frais.

Caïn Marchenoir et sa véronique édentée ne sont, chacun à leur manière, que de hideux martyrs à faire peur… Et si d’aventure le sort devait malencontreusement me faire croiser un jour la route de l’un des frères du fauteur de leurs jours, et je n’y songe qu’avec effroi, nul doute que par mesure de salubrité je ne me prisse à déguerpir.

Le désespéré dégouline de cette haine fatale de l’incompris. Celui qui perché du haut de l’absolue vérité, seul contre tous, ne peut s’empêcher cracher à la face du monde sa suffisance ; à défaut de sa vertu. Cerné de toutes part par les séides du mal il n’a à la bouche que pelletés de vociférations ; et ce ne sont là que les invectives d’un intégriste catholique, atrabilaire hanté au-delà du raisonnable par les sécrétions du diable.

Dans le désespéré on ploie aussi sous la complication outrancière ; véritable nuisance que cette pénitence imposée aux pèlerins… Et à ce rat qui " laissa tomber une pièce de cinquante centimes dans cette sébile à remontoir, qui déshonore, avec la plus horologique exactitude, la mendicité chrétienne ", tout refusant de " s’éloigner sans avoir compissé son bienfaiteur d’un dernier avis " et d’exhaler donc de " prototypiques admonitions ", conseillant à l’ami de notre ombrageux forcené de ne " plus tant faire la bête féroce ", il ne sera rien pardonné.Léon Bloy

 

Mais sans doute ne vais-je trop loin dans la détestation ; désappointement à ne mesurer qu’à l’aune de ma déception.

Quoi qu’il en soit, d’une lecture studieuse, j’en suis venu au fil des jours, pour achever l’indigeste pavé, violentant éhontément mes manières policées, à glisser en diagonale sur moult bondieuseries… Et m’en suis fort bien porté.

 

Je retiendrai néanmoins ceci de l’Imprécateur ; de cet homme qui, après avoir fustigé la " Racaille démocratique ", par une espèce de retournement désespéré doublé d’une pénétrante acuité, dénoncera avec toute sa rage cette double indécence qui a traversé les âge : cette promesse d’arrière-monde faite aux gueux par la religion, calamité instigatrice de toutes les soumissions et servitudes volontaires, d’une part. L’abjection, ensuite, suscitée par la vanité sans borne de ces quelques oligarques qui n’ont, pour toute légitimité, qu’une abyssale fourberie nimbée de l’habituelle et acidulée rhétorique propre à leur caste, cache-sexe véritable à cette stupidité instinctive et crasse qui transpire sous leurs beaux habits. Pavloviennes muqueuses indignes même des grands primates qu’ils sont…

 

" Tout homme du monde, - qu’il le sache ou qu’il l’ignore, - porte en soi le mépris absolu de la Pauvreté, et tel est le profond secret de l’HONNEUR, qui est la pierre d’angle des oligarchies.

Recevoir à sa table un voleur, un meurtrier ou un cabotin, est chose plausible et recommandée, - si leurs industries prospèrent. Les muqueuses de la considération la plus délicate n’en sauraient souffrir. Il est même démontré qu’une certaine virginité se récupère au contact des empoisonneurs d’enfants, - aussitôt qu’ils sont gorgés d’or. (…)

Mais l’opprobre de la misère est absolument indicible, parce qu’elle est, au fond , l’unique souillure et le seul péché. (…) La pauvreté véritable est involontaire, et son essence est de ne pouvoir jamais être désirée. Le christianisme a réalisé le plus grand miracle en aidant les hommes à la supporter, par la promesse d’ultérieures compensations. S’il n’y a pas de compensations, au diable tout ! (…)

Hier soir un millionnaire crétin, qui ne secourut jamais personne, a perdu mille louis au cercle, au moment même où quarante pauvres filles qui cet argent eût sauves tombaient de faim dans l’irrémédiable vortex du putanat ; et la si délicieuse vicomtesse que tout Paris connaît si bien a exhibé ses tétons les plus authentiques dans une robe couleur de la quatrième lune de Jupiter, dont le prix aurait nourri, pendant un mois, 80 vieillards et 120 enfants ! (…)

Les riches comprendront trop tard que l’argent dont ils étaient les usufruitiers pleins d’orgueil ne leur appartenait ABSOLUMENT pas ; que c’est une horreur à faire crier les montagnes, de voir une chienne de femme, à la vulve inféconde, porter sur sa tête le pain de 200 familles d’ouvriers attirés par des journalistes et des tripotiers dans le guet-apens d’une grève (…)

Ils se tordront de terreur, les Richards-cœur-de-porcs et leurs impitoyables femelles, ils beugleront en ouvrant des gueules où le sang des misérables apparaîtra en caillots pourris ! (…) Car il faut, indispensablement, que cela finisse, toute cette ordure de l’avarice de l’égoïsme humains ! "


Une musique qui pourrait convenir…

Quoi que dans mon esprit cette association ne soit pas à l’avantage " Cindy talk ", et de ce morceau en particulier, dont les déchirements et la d’une profondeur inextinguible, malgré les ans, me ravissent toujours.

 

 

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Published by Axel Evigiran - dans Auteurs éternels
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commentaires

Le croquis de cote 22/10/2016 16:19

J'ai aimé illustrer "la tisane" une histoire désobligeante de Léon Bloy.

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