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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 12:11

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L’œil amorphe, un thé bouillant à la main, je feuillette à peine réveillé le dernier Philosophie magasine. Il est question de Platon vu travers la lentille d’un très platonicien  professeur.Virtuel.jpg
Se trouve faite une opposition entre réel et virtuel ; entre l’analogique (physique) et le numérique (mathématique). Ainsi, les images anciennes, parce que de nature analogiques seraient plus véridiques que les images numériques.
Tartinant mon pain de confiture à la rhubarbe, tout récurant mon esprit après un beau rêve emplis d’oiseaux - d’avocettes et de garrots œil d’or en particulier -, je me met à songer que cette opposition n’a aucun sens ni fondement, et ne sert le propos de l’auteur que pour faire écran de fumée.
C’est là l’exemple typique d’un détournement prétendu docte, du fallacieux lyrisme technique qui ne cache à la vérité que la pauvreté d’une démonstration animée par un parti pris idéologique. En l’occurrence de conforter l’idée sempiternelle du « c’était mieux avant ». Car qui pour ne pas voir, mon bon monsieur, que sacrer le virtuel et  « tourner le dos à la réalité »,  « est porteur de lourdes menaces » ? 

Numérique - AnalogiqueMais revenons-en à nos moutons – ou nos chèvres. Un signal analogique n’est, en effet, que le reflet d’une grandeur qui varie continûment au cours du temps, et qui peut prendre n’importe quelles valeurs en amplitudes. C’est ce type de signal que l’on stockait jadis sur bandes magnétiques et les disques vinyles. Ce type de signal est aujourd’hui toujours utilisé dans l’industrie pour rendre compte de la variation d’une grandeur (par exemple une variation de pression, traduite par la variation d’un signal 4-20 mA ou 0-10V).
Un signal numérique, quant à lui, ne prend que deux valeurs au cours du temps. Ces valeurs correspondent aux niveaux logiques 0 ou 1 ; ce pourquoi on dit que ce signal est binaire.
Toute la rouerie (ou l’incompétence) du philosophe consiste donc ici à confondre la grandeur physique, soit la source du signal, et la manière de transcrire ce signal. Et quant à l’étymologie, Αναλογος ne signifie rien d’autre que « qui est en rapport avec, proportionnel ».

Un livre déjà ancien de Sokal et Brickmont qu’il serait bon de rééditer, Les impostures intellectuelles, avait en son temps épinglé une belle volée de philoso-fuligineux abusant d’un vocabulaire mathématique et scientifique qu’ils ne maitrisaient pas. Si les intéressés et leurs séides poussèrent des cris d’orfraie, y voyant – pour couper court à tout débat de fond – un « complot antifrançais ou antiphilosophique », l’ouvrage avait reçu, entre autres, le soutien de Jacques Bouvresse, qui a la foulée publia Prodiges et vertiges de l'analogie, ou il dénonçait un usage abusif du fameux théorème de Gödel.

« Tant de paroles pour les paroles seules » s’exclamait à raison Montaigne. Et cette boursouflure de l’ego de ces maîtres en « grande robe de pédant », cette façon de faire le paon dans un domaine dans lequel on est notoirement incompétent,  s’il relève bien évidement de l’escroquerie intellectuelle nimbé d’un certain goût pour la sophisterie, parce qu’il agit précisément comme « véritable intoxication verbale », mérite tant le panthéon de la fatuité que l’âpreté de la riposte.
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Pour finir sur une anecdote, hier soir lisant quelques pages de la très belle Histoire de la philosophie de Bertrand Russel, je soulignais à propos de Sparte :


« L’Etat de Sparte nous apparait comme modèle en miniature du régime que le nazisme aurait établit s’il avait été victorieux. Les grecs pensent autrement ». Bertrand Russel fait bien d’ajouter cette précision et de développer le propos ; cela évite toute tentation de transposition et d’amalgame douteux. Car si certains grecs admiraient Sparte, l’un des motifs en était sa stabilité politique. Ceci dit, et en écho à un passage de l’excellent « Démocratie athénienne au temps de Démosthène » de M.H Hansen dont je suis occupé à faire une fiche de lecture, rien n’empêche de considérer que Platon, en glorifiant Sparte mais vivant à Athènes, était bien aise de cracher de la sorte dans la soupe. Et comme l’indique un discours de Démosthène en 355, il pas inutile de relever que « la différence la plus importante entre les systèmes politiques de Sparte et d’Athènes est qu’à Athènes il est permis de louer celui de Sparte et de dénigrer le sien propre, tandis qu’à Sparte nul ne peut louer aucun autre système que celui de Sparte ».

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Published by Axel Evigiran - dans Philosophie
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