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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 09:07

 

Fiches de lecture

De petites fiches de lectures sans prétention ; mais utiles pour se remémorer les grandes lignes d’un ouvrage. Recopie de passages et synthèse tout à fait subjective.


Histoire logo-copie-1Lucien Jerphagnon 


Histoire de la Rome antique

 

(Tallandier, réédition 2002)

 

 


Partie II  :    D'Auguste à Néron

Lecture partie I  


     

Le Principat sous Auguste

 

Octave Auguste ou le césarisme sans César

 

Quand Lépide sera mort, en 12 AV JC, Auguste se retrouvera souverain pontife. Il a été, de plus, été déclaré divin, et il porte désormais le nom d’Auguste. Il est le premier président, le princeps, et le premier des Romains, rt à vrai dire le patron universel dont Rome et son Empire deviennent clients. Une telle accumulation de pouvoirs n’a pas d’équivalent aujourd’hui. Bref la monarchie était instaurée sans que la République fût abolie.  

   

AugusteLe gouvernement des réalités

 

Le Sénat vit son prestige rehaussé dans la mesure ou s’exténuaient ses pouvoir réels. Auguste réduisit à 600 le nombre des titulaires, et les candidats au titre devaient justifier d’un patrimoine d’un million de sesterces.

Pour l’ordre équestre, constitué d’un réseau de notables issus de la grande propriété terrienne traditionnelle, du grand commerce, Auguste a eu tôt fait de se rallier cette couche influente de la société romaine, dont il fit le second ordre. Il fallait pour y prétendre, justifier d’un patrimoine de 400.000 sesterces. Désormais ces notables auront vocation à occuper des postes importants : gouvernement de provinces de moindre classe, certaines préfectures, etc. Cette confiance du prince, et aussi les mille agréments qui toujours et partout font le ravissement des gens d’appareil : passementerie vestimentaire, places réservées, etc., tout cela va donner à l’ordre équestre un lustre apprécié des titulaires… et envié des postulants.

Côté des armées : service allongé à 20 ans, recrutement limité autant que possible aux citoyens romains. A la fin du règne, Rome disposera de 25 légions, soit 140.000 hommes, appuyés désormais sur des escadrons de cavalerie. Chaque légion a son numéro d’ordre, et se trouve commandée par un légat ayant rang de sénateur, et qui tient ses pouvoir du princeps. Une exception bien sûr : l’Egypte, où commande un préfet équestre. L’encadrement est assumé par des tribuns militaires et des centurions.

En Italie, on ne trouve pas de légions, mais des cohortes d’élite, fortes de 500 hommes triés sur le volet. On y doit que 16 ans et l’on y est 3 fois mieux payé.

De modestes effectifs en somme, si l’on considère l’immensité des territoires sous domination romaine.

 

Les gens de l’entourage

Auguste avait su s’entourer dès le départ. C’était un groupe d’amis très chers. Et d’abord l’excellent Agrippa, son viel ami, qu’il avait marié en 21 AV JC avec sa fille, l’explosive Julie.

Côté philosophe : Areios Didymos, un érudit qui avait pondu deux doxographies. Areios constituait, en somme, une encyclopédie sur pattes, un dictionnaire ambulant qu’il pouvait consulter à tout moment. Auguste avait même son coin de transcendance, avec les pythagoriciens. Toutes ces influences philosophiques se retrouvent d’ailleurs dans Virgile, dont on sait les relations qu’il entretenait avec le prince.

A partir de toutes ces influences, Auguste a su tirer, théoriquement et pratiquement, ce qu’il lui fallait pour mener à bien ce qu’il avait entrepris. Quel art de la synthèse ! Le résultat ne laisse pas d’être impressionnant, et permet de pressentir ce qu’il en a coûté à un homme d’ailleurs chétif, légèrement contrefait, affligé d’un système digestif délabré et avec cela mangé d’anxiétés diverses.

 

Le siècle des étoiles

Lucrèce est mort depuis 55. Un peu d’épicurisme survit toutefois dans la muse élégante d’Horace. Properce est flatté de compter dans la pléiade qui entoure Mécène. Ovide lui, est la coqueluche de la société romaine qui raffole de ses œuvres légères.

Auguste exile Ovide à Tomes, sur la mer Noire, sous prétexte officiel de pornographie, mais peut-être du fait d’intrigues de palais jamais éclaircies. Il ne sera jamais rappelé.

Salluste venait de mourir quand survient Actium, si bien qu’il n’avait connu Octave que comme triumvir. Il avait connu tout le monde : Cicéron, Pompée, César, Antoine, Brutus… Il se mit donc a consigner les événements, et surtout à réfléchir dessus, en s’inspirant de ses lectures : Thucydide, Platon, Poseidonios. Salluste est clairvoyant. Son style, la pénétration de ses analyses, sa recherche des causes, surtout psychologiques, en ont fait un modèle de Sénèque et de Tacite.

Tite-Live est tout juste le contemporain d’Auguste. C’est un rat de bibliothèque, qui accumule et met en forme la documentation encyclopédique puisée à même ses devanciers.

Varron ? Un monument. Rien n’aura échappé à sa curiosité : grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, astrologie, musique, médecine, architecture, toutes disciplines qui constituent le cycle, le programme des études.

 

Eterniser le provisoire

Tout le temps qu’il fut aux affaires, soit pendant 45 ans, Auguste fut tourmenté par le problème de sa succession. Il lui sembla, n’ayant pas de fils, que l’appartenance à la lignée, à la gens Julia pouvait constituer un titre convenable. C’est pourquoi Auguste avait d’abord songé à un neveu, Claudius Marcellus, le fils de sa sœur Octavie. Mais à peine Marcellus eut-il ses 18 ans qu’il mourut. Auguste se tourna alors vers son vieil ami, Agrippa, le fit divorcer, le remaria avec Julie et vit avec bonheur 2 petits César, Caius et Lucius, naître de cette union politique. En 2 et 4, ils avaient, hélas, rejoint les dieux. Sans enthousiasme il songea alors à son beau-fils Tibère. Et peu avant sa mort, il se résigna à s’adjoindre Tibère en tant que coadjucteur, si bien que le 17 août 14, lorsque Auguste s’éteignit, c’est tout naturellement que le Sénat, le peuple et l’armée prêtèrent serment de fidélité à Tibère.

   

Le second César : Tibère

Tibère proposa qu’on répartît sur trois têtes l’énorme charge de gérer l’Empire. Là où il proposait sincèrement une ouverture, on crut voir une grosse ficelle. Cette offre désintéressée avait pris de court ces politiciens rancis, déshabitués à des vraies responsabilités par 40ans de tutelle. Quelle tête faire quand un supérieur vous apporte sur un plat ce dont vous n’avez pas envie ?

Si Tibère était conservateur, il ne l’était pas au point de vouloir perpétuer les abus invraisemblables qui avaient amené la République à l’abus que l’on sait. S’il entendait favoriser l’aristocratie, il n’allait pas quand même pas jusqu’à lui sacrifier les provinces. L’incompréhension s’installa. Comment ! Il nous comble de respect, nous accable de faveurs, et il prétend mettre son nez dans nos comptes ! Quel homme, quel tyran est-ce donc là, quel ennemi de la " liberté " ? Quant à la plèbe, elle trouve le nouveau prince sérieux, trop, revêche même, alors qu’elle aime le sourire, les allures décontractées.

TibereMilitairement, le règne n’eut rien de particulièrement brillant, ni d’ailleurs de décevant. Rome digère ses conquêtes et ne les étend pas. Digestion d’ailleurs difficile. En Germanie éclate une nouvelle révolte. Las Bas c’est Germanicus qui commande en chef. Sa femme Agrippine l’accompagne. Le couple à plusieurs enfants, dont le petit Caius, chouchou des soldats. On le surnommera Caligula, le petit godillot. Quand éclate l’insurrection, Germanicus est absent. Apprenant les troubles particulièrement meurtriers, il revient d’urgence et découvre avec des sentiments mêlés… que ses soldats l’acclament imperator. Il faudra tout le prestige personnel de Germanicus, et aussi son énergie pour venir à bout de ce pronunciamiento. Tibère, qui sait ce qui pouvait se passer dans l’esprit de ce jeune homme adulé, et de sa femme surtout, était de plus en plus perplexe. Le contact avec le peuple, ils l’avaient eux ! Or, les affaires d’Orient devenant de plus en plus embrouillées, il devenait urgent d’y envoyer quelqu’un en mission. Il démontra au Sénat que c’était Germanicus le plus qualifié en la circonstance. Dans le même temps, Tibère nomma à la préfecture de Syrie un sien ami nommé Pison, qui s’installera avec sa femme, une amie très chère de Livie, et qui avait ceci en particulier qu’elle détestait Agrippine, la femme de Germanicus. Ainsi Tibère et son auguste mère ne seraient pas sans nouvelles de l’expédition. En 18, donc, Germanicus et Pison s’en furent chacun de leur côté pour l’Orient. Le jeune prince fit un large périple. Il inspecte les provinces, vérifie les comptes de gestion, relève les anomalies, entend les doléances, bref il se conduit en vice-empereur. En 19, Germanicus, sûr de lui, fait un crochet par l’Egypte, dont nous savons le statut de chasse gardée impériale. Alexandrie l’accueille en petit-fils d’Antoine. On l’accable de marques de respect, de titres – y compris celui d’Auguste ! Tibère et Livie ne manqueraient pas d’apprécier… Là-dessus, Germanicus remonta le cours du Nil jusqu’à Assouan. Et là, il se sent subitement très mal. Peu après il meurt, non sans avoir laissé entendre qu’il était victime de Pison et Plancina. La nouvelle consterna Rome et fit le pire effet. Sur les murs de la résidence impériale, des graffiti vengeurs réclamaient : " Rends-nous Germanicus ! ". Les obsèques prirent un tour séditieux. Pison fut traduit en justice, et son procès souleva l’hystérie des foules. Le gouverneur prit le parti de se suicider le lendemain. Pourtant, la mort de Germanicus était sûrement fortuite, mais ce fut la rumeur qui prévalut. Pour Tibère, c’était la brisure définitive des liens entre le peuple et lui.

Un homme s’active dans l’entourage, car il a compris tout le parti qu’il pouvait tirer de la solitude désenchantée de l’empereur : c’est un chevalier nommé Séjan, préfet du prétoire. Il a la haute main sur les puissantes cohortes prétoriennes, et il intrigue sans cesse auprès du Sénat pour faire nommer ses propres créatures aux postes à influence. Les " princes héritiers " ne voient évidemment pas la chose d’un bon œil. Drusus, le propre fils de Tibère, en vient à se colleter avec le préfet, qui entre-temps l’a bel et bien fait cocu. Peu après, Drusus meurt, dans des circonstances mal éclaircies. Bien plus tard Tibère apprendra par l’ex-épouse de Séjan que l’infortuné Drusus aurait été empoisonné par les 2 amants. Séjan prend de plus en plus d’importance, et Tibère, durant les années 24-30, va vivre littéralement sous influence. Qu’espère au juste Séjan ? Disposer dans l’ombre du pouvoir absolu par tacite délégation. Il cherchera même à épouser sa maîtresse, la veuve plus ou moins " volontaire " du pauvre Drusus. Alors Séjan trouve un autre moyen de gouverner à sa guise : il habitue l’empereur à l’idée de s’éloigner de Rome. En 26 c’est chose faite. Tibère se retire pour toujours sur le fameux rocher de Capri. Séjan a mainte nant les mains libres pour mener à bien la seconde partie de son projet : éliminer Agrippine et le jeune Néron César. L’affaire sera rondement menée : traduits en justice, Agrippine et son fils seront déclarés ennemis publics et déportés séparément. A Rome, le " cher Séjan " disposait tout à son gré et bénéficiait d’un avancement incroyable : consul à Rome, proconsul dans toutes les provinces. Du jamais vu pour un simple chevalier ! Il y avait bien encore un fils de Germanicus, Caligula. Séjan s’en inquiétait d’autant plus que Tibère l’avait fait venir auprès de lui à Capri : il se demandait comment évacuer de son chemin cet ultime obstacle. Il ne savait pas encore qu’il était perdu : Tibère avait reçu une lettre intéressante d’Antonia, la veuve de son cher Drusus où elle racontait tout : les menées de Séjan, les réactions des milieux romains, où l’on commençait à se demander si un empereur n’en cachait pas un autre. Tibère en secret, avec l’aide d’un ancien préfet des vigiles prépare sa vengeance. Elle sera foudroyante. Il s’assure sur place, moyennant finance, de la fidélité des prétoriens – et il fait lire au sénat une lettre : ordre d’appréhender immédiatement Séjan. En un instant la situation se retourne. Le maître de Rome n’est plus rien. La nuit d’après, Séjan est exécuté et son corps tiré au croc – suprême déchéance – jusqu’aux Gémonies. Trois jours plus tard il ne reste plus rien de sa famille ni de ses amis : tous lynchés ou exécutés dans des conditions horribles. La terreur s’abat sur Rome durant toute l’année 32 : une effroyable purge de la classe politique menée de Capri et exécutée sur place par les dignitaires trop heureux de se défausser de toute imputation de " séjanisme ".

Qui désigner à présent, comme successeur à l’Empire ? De la famille de Germanicus, il ne reste comme descendant mâle que le jeune Caligula. Tibère le trouve inquiétant, mais qui d’autre proposer ? Passe pour Caligula.

En 37, miné par la maladie, épuisé, Tibère veut une dernière fois retourner à Rome, mais de nouveau il fait demi-tour et repart pour la Campanie. Il meurt seul, à 68 ans, après 23 années d’un règne implacable, douloureux et pleinement efficace.

 

Les princes et les destins Caligula

Le système politique inauguré par Auguste au lendemain d’Actium, reconduit par Tibère, le sera par plus de 80 souverains après eux. Ce sera toujours la République et ce que nous appelons l’Empire. Bref ce régime qui, à ses débuts, ne cessait d’être affirmé provisoire et qui va se prolonger plus de 4 siècles. D’un bout à l’autre, la res publica, l’Etat va reposer finalement sur un seul homme . Mais le prince n’est seul que dans les chronologies : il a une mère, un père, des frères et des sœurs, des beaux-frères et des belles-sœurs, de neveux et des nièces. Et puis, le prince a des conseillers, bons, moins bons, ou carrément dangereux. L’empereur a souvent son philosophe personnel, et ces " abbés de cour ", des aumôniers stimulants ou reposants, des éminences grises qui trafiquent de leur influence.

Il faut mentionner le rapport du princeps et des forces politiques, et d’abord le Sénat qui, de repli en repli n’était plus qu’un mauvais institut où l’on discutaille avec pertinence et raffinement rhétorique sur les droits du sénateur et du peuple romain aisé. Le Sénat, c’est la propriété foncière, l’argent, la culture, et donc le prestige, même si de plus en plus on le voit cantonné dans le rôle de chambre d’enregistrement. (…) Il a toujours la faculté de faire sentir plus ou moins son inertie, de faire perdre du temps, de créer des courants favorables ou défavorables dans sa clientèle, et donc par totalisation, dans l’opinion.

L’hérédité des Julio-Claudiens pesait lourd sur Caligula : il était très probablement épileptique, ce qui n’arrangeait rien. Toujours est-il qu’il dépêcha aux Enfers un sien cousin et frère adoptif cohéritier de Tibère, Macron, le préfet du prétoire, et Silanus, son propre beau-père. De 38 à 39, son comportement avec le Sénat fut ahurissant. Mêlant le loufoque à la cruauté, il semble vouloir non seulement décimer la vénérable institution mais encore la ridiculiser. Il fait courir des sénateurs en toge à côté de sa voiture, il fait battre au Cirque des hauts personnages âgés ou infirmes ; il condamne aux bêtes des gens irréprochables, etc. En revanche, il ne se gênait pas pour affirmer qu’il entendait gouverner pour le peuple et les chevaliers. De tout cela, il ressort à l’évidence que si Caligula détestait la très haute société romaine, il aimait le peuple et ne savait qu’inventer pour lui faire plaisir.

En 40, Caligula reprit de plus belle ses ruineuses extravagances de monarque oriental divinisé, vida les caisses impériales laissées pleines par Tibère, et entreprit d’éponger le déficit par des exactions fiscales d’une telle ampleur qu’elles lui aliénèrent même le petit peuple.

Le 24 janvier 41, des conjurés coincèrent opportunément Caligula dans un cryptoportique du palais. Ainsi s’achevait se règne cruel et surréaliste.  

 

Messaline - Gustave Moreau 1874 

Claude, empereur malgré lui    

Débarrassés de Caligula, désorientés par ce qui venait de se passer, les gardes parcouraient le palais lorsqu’ils avaient vu dépasser d’un rideau soigneusement tiré les pieds d’un homme vert de peur, qu’ils avaient délogé : c’était Claude, le frère de Germanicus. Il fut sans doute le premier surpris de se voir à porter une pourpre à laquelle il n’avait jamais songé. Bègue, bourré de tics, bâfreur, ivrogne et porté sur les femmes, c’était cependant un authentique érudit. Né à Lyon en 10 Av JC, il avait donc 52 ans lorsque le Sénat, qui n’en était plus à cela près, entérina le choix des prétoriens, et lui confia solennellement le 25 janvier 41 l’investiture suprême. Il n’avait pas souhaité le pouvoir ; il allait l’exercer, et dans le sens d’une stricte loyauté dynastique. Son premier acte fut de condamner et de faire exécuter les assassins de son neveu Caligula.

Il fut à coup sûr le meilleur administrateur qu’ait connu Rome jusqu’alors. Claude avait compris la nécessité d’assimiler largement les provinciaux. Il est triste d’entendre Sénèque se moquer de cet empereur qui " avait décidé de voir en toge les Grecs, les Gaulois, les Espagnols et les Bretons ". Encore s’agissait-il que de l’élite évidemment.

Ce fut finalement un règne brillant sous un César qui ne le paraissait guère. Il est bien dommage que tout cela ait été finalement terni par des intrigues assez sordides où furent impliquées les épouses du prince. Laissons les deux premières, qui n’ont aucun intérêt. Messaline, en revanche, la troisième, a laissé un nom. Cette descendante d’Antoine complotait. Elle ne sut se modérer ni dans sa nymphomanie ni dans ses manigances. Elle avait fini par bafouer ouvertement l’impérial cocu en épousant, dans le cadre d’une sorte de bacchanale, l’un de ses amants. Messaline fut donc invitée à aller voir aux Enfers s’il y avait du monde à séduire.

Claude n’eut pas la main plus heureuse en épousant sa propre nièce, une fille de Germanicus qui s’appelait Agrippine comme sa redoutable maman. Elle profita de la décrépitude accélérée de Claude pour le manœuvrer à sa guise. Elle voyait sans plaisir grandir son beau-fils Britannicus, tout désigné pour succéder à son père. Aussi s’arrangea-t-elle pour faire adopter par Claude le fils qu’elle avait eu d’un premier mariage avec une abominable crapule, mais très noble, du nom de Domitius Ahenobarbus. Une fois adopté, le jeune homme s’appela Tiberius Claudius Nero. Agrippine le confia au meilleur précepteur qu’elle put trouver : le philosophe stoïcien Sénèque. On maria le prince avec Octavie, la fille de Claude.

Le 13 octobre 53, Claude dîna d’un plat de champignons qui fut le dernier. Nul n’en saura jamais plus long.  

 

Néron, l’empereur-soleil Néron

Né à Antium le 15 décembre 37. (…) Avec une touchante dignité, le jeune homme âgé de 17 ans, prononcera l’éloge funèbre de Claude.

Quand Néron prononça devant le Sénat son " discours du trône " - entièrement mis au point par Sénèque – ce fut la divine surprise : il promettait de respecter les droits du Sénat, de ne se mêler en rien des procès, et de distinguer radicalement sa Maison et l’Etat. L’anti-Claude en somme ! Et de fait, les premières années se passèrent de cette manière et furent sans histoires. Seulement, Agrippine, voulait gouverner par fils interposé, et ne prenait même pas la peine de s’en cacher. C’est ainsi qu’un jour, elle se mit en tête de présider avec Néron une audience d’ambassadeurs… et se fit remettre à sa place. Elle avait tout prévu, sauf que Néron, une fois empereur, voudrait l’être pour de bon. Mortifiée elle essaya la chantage., laissant entendre que Britannicus pourrait constituer une solution de rechange. Peu après, en 55, l’infortuné Britannicus décéda brutalement au cours d’un repas amical.

Après l’épisode Britannicus, Agrippine aurait dû entendre sonner le glas de ses espérances. Mais elle continua son chemin dans l’ombre, au point que Néron commença à s’en inquiéter sérieusement. Il avait éventé les manigances de sa mère, et agacé de la sentir toujours entre deux complots, il donna de plus en plus consistance à l’idée qui se formait en son esprit. Il ne serait tranquille qu’une fois sa mère incapable de nuire. Des spécialistes concoctèrent un artifice de leur cru. On avait en effet saboté la vedette qui devait reconduire l’Augusta de la baie de Naples jusqu’à sa résidence d’Antium après une fête donnée en son honneur par Néron. Le bateau gagna la haute mer ; là, la cabine préalablement bricolée s’effondra, tuant plusieurs suivantes, et ratant l’Augusta qui put regagner la cote à la nage. Néron attendait tranquillement la nouvelle du naufrage lorsqu’il reçut un petit mot r assurant de sa mère. Grâce aux dieux elle était sauve… C’était le désastre : elle aller rameuter ses partisans, soulever les soldats, quoi encore ? Néron fit alors réveiller d’urgence Burrhus et Sénèque. Le lendemain, le Sénat perplexe apprenait le suicide d’Agrippine, suite à un attentat manqué… contre la personne du prince. C’est à partir de ce drame que Néron échappa à Burrhus et à Sénèque, et s’abandonna de plus en plus aux extravagances inspirées de ses phantasmes orientaux, particulièrement égyptiens.

Les choses s’étaient gâtées entre Néron et le Sénat. En 62, Burrhus mourut de sa belle mort et Néron décida d’autoriser Néron à prendre la retraite qu’il sollicitait. Néron choisit pour conseiller un certain Tigellin, le nouveau préfet du prétoire, homme de moralité douteuse, et avec cela très hostile au Sénat qui le lui rendait bien. Désormais entre l’aristocratie et le prince, la rupture était consommée. Il répudia dans des conditions scandaleuses l’irréprochable Octavie. Puis il épousa Poppée. Le règne allait évoluer rapidement vers la monarchie orientale, rééditant, en somme, le triste pré décent de Caligula.

Neron devant le cadavre d'Agrippine - APPERT Eugene

Le 18 juillet 64, alors que Néron rentrait d’une tournée triomphale dans le sud de l’Italie, le feu se déclara à Rome. La ville était calcinée à 20%, et de nombreuses victimes avaient disparues dans les flammes. L’empereur, revenu en toute hâte, avait aussitôt organisé les secours, mettant ses immenses jardins à la disposition des familles éprouvées. Toutefois des mauvais bruits coururent : c’était l’empereur qui avait programmé l’incendie à des fins d’urbanisme – ce à quoi plus personne ne croit aujourd’hui, ne serait-ce que parce que Néron avait perdu dans le sinistre des collections auxquelles il tenait beaucoup. Mais l’opinion voulait des coupables. Des malins s’avisèrent que le quartier juif, situé sur la rive droite du Tibre, n’avait pas été touché. Tout ce que l’on sait, c’est que quelques centaines de chrétiens furent appréhendés et voués à des supplices écœurants. Ce n’était d’ailleurs pas en tant que chrétien – Néron ne s’en souciait guère – mais en tant qu’incendiaires présumés. Par suite Néron fit reconstruire Rome selon des plans remarquables.

Tout cela joint aux dépenses somptuaires du règne finissait par coûter cher. Il fallut donner aux provinces un tour de vis fiscal peu apprécié. On rêvait d’abattre le tyran. Des complots se formèrent, vites éventés, vites réprimés. En 65, une conjuration hétéroclite se forma en vue de déposer Néron et de le remplacer par un certain Pison. Le projet n’avait aucune chance d’aboutir : il était aussi mal préparé que possible, et le candidat était tout à fait quelconque. Naturellement, le secret transpira et la répression s’abattit, sauvage, car Néron s’enfermait dans la hantise d’un assassinat. Le poète Lucain, neveu de Sénèque, s’y trouva impliqué et dut mourir. Sénèque lui-même fut invité à s’ouvrir les veines.

Luca Giordano - La mort de Seneque - vers 1684

En 68, à Rome, une nouvelle conspiration s’organisa. C’était la fin. Néron, perfidement conseillé, fut pris de panique : on venait d’apprendre que le Sénat l’avait déclaré ennemi public, avec les sinistre conséquences que la sanction impliquait. Là-dessus, il fut trahi par un préfet du prétoire, nommé Sabinus. Se voyant perdu, c’est vers l’Egypte bien-aimée que Néron songea à fuir. Mais c’est dans une villa de banlieue, dans un coin sordide, envahi par les ronces, que l’attendait son destin. C’était le 9 juin 68. Quel artiste meurt avec moi ! (Qualis artifex pereo !). il venait juste de se poignarder, avec l’aide d’Epaphrodite, son secrétaire, lorsque ses poursuivants arrivèrent.

 

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Published by Axel Evigiran - dans Histoire
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