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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 20:15

Sacrifice d'IphigéniePérégrination d’Août en mon jardin ; relisant " Le miel et l’Absinthe ", fort joli titre pour un très beau livre d’André Comte-Sponville, à propos du passage de la critique de la religion et du sacrifice d’Iphigénie, j’ai mis en vis-à-vis sa traduction à celle de Kany-Turpin de l’édition GF Flammarion. Les deux me plaisent et se complètent – Je ne suis pas apte à juger du bien-fondé de celle-ci plutôt que de celle là, et ne m’attache ici simplement qu’à la musique des mots. Dans les deux cas j’ai remplacé le dernier vers, Tantrum religio suadere malorum ! par la version proposée par Jean Salem : " Tant la religion put conseiller de crimes ! ". André Comte-Sponville avait rendu ce vers par : " Tant la religion fut féconde en horreur ". Quant à la traduction de Kany-Turpin elle se déclinait ainsi : " Combien la religion suscita de malheurs ! ". Au moins tous s’accordent ici sur le mot religion ; ce qui ne fut pas toujours le cas, comme l’explicite Jean Salem dans son irremplaçable et délicieux " Cinq Variations sur le plaisir, la sagesse et la mort ". Nous y replongeons-nous donc : " Il faut faire attention à traduire comme il convient cette religio (…) On trouve en vérité 14 occurrences du mot religio dans le De rerum Natura, et celles-ci, pour être précis, donnent lieu à 12 problèmes de traduction… " Certains choisirent, explique jean Salem, de rendre, dans le vers qui nous occupe ce terme de religio, non pas par religion mais par superstition – ce n’est pas anodin ni sans arrière pensée. Ainsi Patin (1876) et Clouard (1931). On y " parle des actes criminels et impie qu’engendre la superstition (…) Lucrèce vécut, tout de même, en un temps où Varron, et Cicéron après lui, avaient déjà distingués superstitio et religio. ". Dont acte. Pour plus ample causerie et érudition à ce propos je renvoie au livre suscité de Jean Salem.

Mais trêve de caquetage, voici les textes jetés à la mer :

 


 

 Traduction Kany-Turpin

 

 

"  Mais ici j’éprouve une crainte : tu crois peu être

apprendre les éléments d’une doctrine impie,

entrer dans la voie du crime quand au contraire

la religion souvent enfanta crimes et sacrilèges.

Ainsi en Aulide, l’autel de la vierge Trivia

du sang d’Iphigénie fut horriblement souillé

par l’élite des Grecs, la fleur des guerriers.

Dès que sa coiffure virginale fut ceinte du bandeau

dont les larges tresses encadrèrent ses joues,

elle aperçut devant l’autel son père affligé,

les prêtres auprès de lui dissimulant leur couteau,

et le peuple qui répandait des larmes à sa vue.

Muette de terreur, ses genoux ploient, elle tombe.

Malheureuse, que lui servait, en tel moment,

d’avoir la première donné au roi le nom de père ?

Saisie à mains d’hommes, elle fut portée tremblante

à l’autel, non pour accomplir les rites solennels

et s’en retourner au chant clair de l’hyménée,

mais vierge sacrée, ô sacrilège, à l’heure des noces

tomber, triste victime immolée par son père,

pour un départ heureux et béni de la flotte. 

Tant la religion put conseiller de crimes ! "

 

 


 

 

  Traduction André Comte-Sponville

 

" Une crainte me vient : peut-être vas-tu croire

Que je veux t’initier à quelque dogme impie,

T’ouvrir la voie du crime ? Au contraire : souvent

C’est la superstition qui devient criminelle.

C’est ainsi qu’à Aulis, sur l’autel d’Artémis,

Le sang d’Iphigénie atrocement coula

Par la faute des chefs Grecs, la fleur des guerriers.

Dès que sa tête pure eut coiffé le bandeau

Dont les larges rubans lui caressaient les joues,

Elle aperçut son père accablé de douleur,

Le prêtre à son coté cachant son long couteau,

Et le peuple à sa vue qui se met à pleurer.

Muette de terreur, elle ploie, elle tombe.

Malheureuse ! Que lui servait alors d’avoir

La première donné au roi le nom de père ?

Des mains d’hommes sur elle effrayantes se posent

La portent à l’autel, non pour s’y marier,

Hélas, non pour le rite et les chants de la noce,

Mais pour y mourir vierge, assassinée à l’âge

Même du mariage, immolée par son père

Au départ des vaisseaux, à la faveur des dieux !

Tant la religion put conseiller de crimes ! "

 

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Published by Axel Evigiran - dans Bouteilles à la mer
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commentaires

fra pacifico 25/07/2016 11:53

“Tantum religio potuit suadere malorum.
Pour être exact

CL 08/04/2014 10:09


Je sais les traces que l'on sème, ce sont comme des bouteilles à la mer ... :-)


 


Merci pour le Kairos, j'avance tout doucement.


 


Au fait, j'ai aimé les photos d'Islande... à+

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