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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 14:10

 

_warning_s.jpgSuite à un soucis Overblog dans les commentaires de cet article (qui refusent de s'afficher) , j'ai recopié ceux qui m'ont déjà été adressés et je les ai publiés sous la forme d'un nouveau billet (voir ici).

Je ferai de même pour les prochains (je reçois bien les commentaires en zone administration du blog)

 


 

Il est parfois des disputes qui trouvent des issues tout à fait surprenantes.

 

Lorsque j’écrivis ce billet intitulé 'Dans quelle édition lire Montaigne ?' (qui provient pour grande part d’un texte antérieur rédigé en 2009) je ne savais rien de Frédéric Schiffter ; rien de l’homme, rien de l’œuvre. Ce n’était alors qu’un nom propre. Pire, pour être tout à fait honnête il me faut confesser ici que j’ai  confondu Frédéric Schiffter avec Jean-Claude Milner qui, quelques mois avant la rédaction de mon premier texte, m’avait passablement agacé lors de son passage dans une émission de Réplique. Aussi, après lecture, non point à « sauts et à gambades » mais au galop, de l’article de Frédéric Schiffter intitulé ‘Montaigne dans le texte ?(voir le scan de l'article tout au bas de ce billet) , enfourchant illico mon destrier vengeur je me précipitai sus à l’ennemi, et commis une introduction dans un style pamphlétaire dont je fus, en premier instance, plutôt fier : c’est que j’y voyais là un affront fait à ceux qui, comme moi, ne sont point correctement outillés par leur cursus scolaire pour lire de prime abord Montaigne dans le texte, avec aisance suffisante. Bref, cette posture esthétique allant contre une traduction en langue vulgaire de Montaigne, je la perçus comme le refus d’un nantis du savoir de reconnaître le droit à l’infirme d’avoir sa béquille… Ceci pour expliquer la virulence de mon verbe d’alors.

 

P1010156Mon forfait à peine commis, je l’oubliai tout aussitôt pour m’en aller vaquer sous d’autres cieux à d’autres occupations ; plongé en d’autres lectures, ne prenant alors que peu de soin à relever mes courriels étant donné que de commentaires je n’en avais encore jamais reçu le moindre… Voici pourquoi ce fut avec grande stupeur qu’un jour je découvris une missive du philosophe, abandonné depuis des semaines dans ma boite. Le message tenait en peu de mots. Il visait juste, frappant là où ça fait mal ; cinglant, à la hauteur de ma propre attaque… Comment, pensais-je alors non sans un certain trouble qui ne cédait en rien à une belle perplexité embarrassée, comment est-il possible qu’un philosophe d’une notoriété certaine puisse condescendre à se compromettre à répondre à une offense lui ayant été faite par un obscur blogueur ? C’était là un insondable mystère…

 

Passé la première stupeur il me fallut bien m’en retourner sur mon billet pour tâcher de comprendre ce qui avait pu causer tel courroux de l’auteur du ‘Bluff éthique’. Force me fut alors d’admettre que je n’y avais point été avec le dos de la cuillère, et qu’en réalité ce soufflet en retour était, ma foi, mérité. Mais je n’en allai point m’en laisser compter par le premier philosophe venu me chatouiller l’échine et, bien qu’ébranlé, relevant le gant je répondis à mon agresseur que je prenais son message comme un encouragement… Ceci fait, relisant mon article, j’y retirai néanmoins une phrase m’apparaissant inutilement blessante.

 

Le temps faisant, j’oubliais l’incident, jusqu’au jour où je reçus un commentaire  sur l’un des articles où je me félicitais de l’abandon (mieux, de son déboulonnage) par M.Onfray de la pseudoscience psychanalytique. Ce commentaire, reprenant le texte d’un article, avait pour titre évocateur ‘Triomphe du sanchopancisme (Sur les suiveurs de Michel Onfray)’. J’en reçus dans la foulée un second exemplaire, conséquence d’un malencontreux double clic commis par l’émetteur de ce que j’avais déjà pris pour un facétieux clin d’œil ; habile provocation donnant dans les faits matière à penser. Suivait un courriel où l’auteur du ‘Plafond de Montaigne’ s’en excusait avec humour : « Déjà que vous n’avez pas bonne opinion de moi… ». Chaussant alors les bottes de celui qui ouvrit son livre par une déclaration de bonne foi, je crus opportun de répondre par un extrait des Essais, évitant soigneusement l’édition ‘fadasse’ objet de la polémique, lui préférant celle, toujours à mes côtés, paru à la Pochotèque et qui suit l’édition de 1595 – seule l’orthographe y est modernisée ; quant à l’extrait retenu pour servir ma cause, il était tiré ‘Du pédantisme’.

 

L’un des livres de Maine de Biran à pour titre ‘De l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser’. On ne saurait mieux dire. Et c’est bien de l’altérité de pensée dont on tire le meilleur miel. Ainsi, s’il est de nécessité vitale de frotter sa cervelle à qui ne pense pas a priori comme soi, encore faut-il trouver qui pour en accepter le jeu. C’est ici qu’il me faut rendre justice à Frédéric Schiffter. Mieux, le remercier.

 En effet, ce que je n’avais pas imaginé, c’est qu’à la suite de la publication de mon commentaire, tiré donc des Essais, s’ensuivrait une correspondance des plus enrichissantes ; courtoise, puis même amicale…

 

Ce fut ainsi Montaigne qui nous réconcilia.

 

.

De notre dispute montaignienne il ne reste que scories laissées par les traces de ma prose initiale (que j’ai conservée comme vestige et, surtout, pour compréhension de comment une situation de conflit peut tourner parfois dans une direction que nous n’aurions jamais imaginé). Plus qu’une dispute d’ailleurs, si l’on y regarde de près, il s’agissait là d’un malentendu. Et plus qu’un désaccord de fond, c’est sur la forme que portait le différent.

 philosophie_sentimentale.jpg

Au constat d’un trafic régulier sur mon billet ‘Dans quelle édition lire Montaigne ?’ il m’apparaissait, depuis un bon moment déjà, indispensable cette mise au clair.


D’ailleurs, et en aparté, je ne saurai que trop conseiller à qui parcoure ces lignes de se plonger dans la lecture des ouvrages de Frédéric Schiffter. S’y mêlent, avec délice inestimable, la clarté - mais sans concession quant au fond (ce qui est vertu assez rare de nos jours) -, le soucis de concision, la beauté un peu sombre et désabusée de la prose schifftérienne, l’érudition sans pédanterie ; bref toutes les marques d’un style ! J’ajouterai encore les passages autobiographiques (qui rendent si vivants ses livres) ainsi que le scalpel d’une pensée qui plonge droit à l’essentiel – là, au cœur de nos certitudes les mieux établies.
Je viens de dire comme je pense mais m’arrête ici pour ne point donner impression de faire dans la flagornerie. Pour contrebalancer même ce qu’il m’a pris de confesser, je concéderai ici que je dois à Michel Onfray ce qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’il a appelé dans l’une de ses leçons un ‘hapax existentiel’. Et quitte à déplaisir à l’un comme à l’autre, j’enfoncerai le clou disant que du haut de mon médiocre entendement je les perçois comme les deux faces d’une même monnaie (j’ai certes l’impression de vouloir réaliser la quadrature du cercle).   

 

C’est sous la flambée, un verre de vin à la main que j’ai tiré dernièrement le plus grand profit de ‘Philosophie sentimentale’, là où se trouve dit : « … pas d’œuvre sans introspection » (P 55). Par contrepoint, ce fut sous un soleil d’août  que je lus avec émotion l' ‘esthétique du pôle Nord’ de M.Onfray, livre m’ayant le plus touché avec le Recours aux forêts’.

 

Enfin, puisque de ses erreurs il faut bien tirer enseignement, je dois dire qu’avec le recul les conséquences de ma maladresse inaugurale eurent un effet tout à fait paradoxal. Mais que ceci ne vaille point pour un encouragement à se conduire, à mon exemple, en parfait balourd. N’oublions pas que d’une même conduite peuvent survenir des effets opposés (cf Montaigne, Livre I, chap XXIII ‘Divers événements de même conseil’).
Des conséquences donc de ma gaucherie, puisqu’il en était question, découle ainsi la découverte d’un auteur (que je n’aurai sans doute jamais lu sans cela) dont la pensée s’avère des plus rafraîchissante ; une pensée m’ayant contraint à pousser au-delà de mes habitudes cognitives. Mais plus essentiel, au travers ces échanges j’ai pu découvrir une parcelle de l’homme qui se tient derrière le philosophe.
« Si j'avais pu imaginer lors de notre querelle inaugurale que quelques temps plus tard nous deviserions si amicalement sur la toile ! Je m'en réjouis ! ». Je ne saurai mieux dire.

 

P1010242


En guise de post-scriptum , d’un point de vue pratique je retire de cette aventure les leçons suivantes :

Ne jamais se laisser aller sur le coup d’une émotion à des attaques ad hominem (solution de facilité). Mais laisser décanter. Et si critique il doit y avoir, qu’elle se fasse sur le fond et rien d’autre.
Avant de s’en prendre à un auteur, la moindre des délicatesses consiste au moins à en avoir lu un livre.
Il y a tant de sujet dont nous pouvons tirer bénéfice qu’il est n’est d’aucun profit à passer son temps à répandre de sa mauvaise bile.

 


 

Philosophie magazine - N°27 - Mars 2009, page 85

 

Polemique-Montaigne-.jpg

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Published by Axel Evigiran - dans Philosophie
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commentaires

Axel 18/12/2011 08:52


TEST

Axel 18/12/2011 08:42


Overblog semble avoir un soucis : les commentaires me sont arrivés en administration mais pas à la suite de l'article (pourtant il n'y a aucun filtre dans mes réglages - ni modération).


Je tente de remettre ces commentaires :


Pascal Klein a écrit :


===================================================


Cher Axel Evigiran, cher Frédéric Schiffter,


J'ignore la destination de mon message, égaré à présent dans les limbes cybernétiques. Je relatais mon expérience à l'Up de Caen en janvier 2008. Il est un peu tard pour que je reformule mon
propos. 


Je ne vais pas m'en aller ainsi...J'ai lu il y a peu une admirable nouvelle de Tchekhov intitulée "Salle 6" dans laquelle l'un des personnages formule un joli pied de nez à Diogène de Sinope et à
Marc-Aurèle. J'ignore si vous connaissez cette nouvelle. Si ce n'est le cas, elle devrait vous plaire.


Bien à vous deux


Pascal K.

Pascal Klein 18/12/2011 01:34


Cher Axel Evigiran, cher Frédéric Schiffter,


J'ignore la destination de mon message, égaré à présent dans les limbes cybernétiques. Je relatais mon expérience à l'Up de Caen en janvier 2008. Il est un peu tard pour que je reformule mon
propos. 


Je ne vais pas m'en aller ainsi...J'ai lu il y a peu une admirable nouvelle de Tchekhov intitulée "Salle 6" dans laquelle l'un des personnages formule un joli pied de nez à Diogène de Sinope et à
Marc-Aurèle. J'ignore si vous connaissez cette nouvelle. Si ce n'est le cas, elle devrait vous plaire.


Bien à vous deux


Pascal K.

Frédéric Schiffter 18/12/2011 01:00


Ah, voilà, le commentaire est passé in extenso.


En revanche, Pascal Klein, que je salue, n'a pas eu cette chance...

Frédéric Schiffter 18/12/2011 00:57


Cher Axel,


 


Moi qui me croyais guéri de ma fichue grippe, voilà que vous m’accablez de compliments qui vont me rendre malade de fierté !


 


Oui, entre vous et moi, cela avait commencé rudement. Mais si vous m’aviez confondu avec Jean-Claude Milner, je vous comprends ! À votre place, j’aurais
envoyé mes témoins.


 


Je viens de relire toute notre correspondance — notre « conférence » eût dit Montaigne — que vous mettez en lien. Eh, bien, sans mentir, et tant pis
pour la modestie, elle a de l’allure. Je dois confesser que c’est la première fois que je trouve un interlocuteur si disposé à fouiller son propos et à l’exprimer si
clairement. 


 


Tout ce que vous disiez concernant votre « dette » à l’égard de Michel Onfray est pour moi très compréhensible. Pourquoi réfrénerait-on une curiosité
pour la philosophie quand on a le sentiment que l’on est passé à côté d’une belle discipline à l’époque du lycée ? Comment ne pas prêter l’oreille à des cours magistraux dispensés, l’été,
saison du farniente, sur une radio nommée à juste titre France-Culture ? Où est la supercherie de la part de celui qui professe ? Où est l’ingénuité de la part de celui qui
l’écoute ? S’élever là-contre, n’est-ce pas une réaction d’universitaire officiel, jaloux de ses prérogatives académiques et, partant, jaloux tout court de voir la philosophie exister dans
d’autres amphithéâtres, et ce, pour un plus large public que celui des étudiants en carte, futurs diplômés ? 


 


Ce n’est pas moi qui dénigrerai la curiosité, vertu première du philosophe. Mais, justement, pour en faire très grand cas, je ne la vois pas si présente dans
l’auditoire de Michel Onfray, ni, surtout, cette autre vertu : l’esprit critique.


Tout ce qui s’y manifeste, c’est le désir d’admirer et, donc, de s’aveugler.


Quand je discute avec des gens atteint d’onfrayophilie, je m’aperçois que la philosophie ne les intéresse pas plus que cela, mais qu’ils cherchent simplement à
satisfaire ce que les Grecs appelaient une philodoxie : un intérêt pour des opinions. Ce qui les motive ce n’est pas cette curiosité vitale que j’évoque, qui suppose solitude,
lectures, relectures, lectures « contradictoires », fiches de lectures, recherches, etc., mais, tout le contraire : des confortations, des schémas simplistes, des réponses, des
slogans, des orientations idéologiques, politiques, que sais-je, non pas des idées, qui sont le résultat fragile de cogitations, mais bien de la Doxa, de l’Opinion dont leur esprit est déjà
pétri.


 


Ce petit film de l’AFP sur l’Université populaire de Caen, http://www.youtube.com/watch?v=lo7R8G9-EH4&feature=player_embedded, est une parfaite illustration de ce que je
veux dire.


 


Il y a ce retraité qui avoue que grâce à Onfray, il ne prendra pas la peine de lire les auteurs puisque le maître a fait le travail.


Il y a ce jeune homme qui ne vient pas là en curieux mais en badaud, pour voir, en gros, si la philosophie ça peut être sympa.


Il y cette jeune femme qui veut entendre ce dont elle est déjà convaincue afin, néanmoins, que cela l’aide à vivre.


Il y a enfin Onfray lui-même qui ôte son masque et donne une définition de la contre-philosophie comme n’étant, ni plus ni moins, que de l’antiphilosophie. En
gros : Je vais vous dire qui est de gauche ou de droite ; qui pense bien ou mal ; quelles sont les réponses aux questions ; après, faites-vous une opinion ou repartez avec
celle qui était déjà dans votre crâne.


 


Je ne vois guère là de l’universitaire ou philosophique — ni des étudiants. Onfray, qui a eu Jerphagnon pour maître, le sait fort bien. Le public, qui n’a
qu’Onfray comme maître, l’ignore. Onfray exploite à merveille cette ignorance.


 


Tout ceci, évidemment, ne vous vise pas, vous dont la curiosité semble impossible à satisfaire, comme en témoigne votre blogue — où l’on voit qu’à peine avoir
dévoré un bouquin, il vous faut en exposer au plus près son objet et, aussitôt fait, vous saisir d’un autre au sommet d’une pile qui subira le même sort. Onfray, en somme, n’a jamais été pour
vous une fin en soi — LA lecture —, mais un moyen — en vue d’autres lectures. Cela n’est pas son mérite, mais votre qualité. De plus, il m’apparaît que chez vous c’est bien la philosophie même
qui incombe, je veux dire les questions, les auteurs, les thèmes que vous prenez plaisir, mais un plaisir studieux, à creuser, et rien d’autre.


 


C’est bien sûr pour cela que nous en sommes là aujourd’hui tous deux.


 


Bien à vous.


 


Frédéric

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  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
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