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Une anecdote à faire désespérer du comportement de certains homos pourtant dits sapiens
:
(Cela remonte à quelques jours)
Sur une route à double voie, engagé sur un passage piéton avec ma fille.
Courageux mais point téméraires, avant de nous lancer sur cet axe urbain bien fréquenté, avions attendu le signe du
conducteur de la camionnette placé sur notre trajectoire.
A peine étions-nous devant son capot que, derrière lui, soudain, retentit un gros coup de frein, suivi d’un criaillement de
klaxon hystérique. Et alors que nous avancions toujours, déboule juste devant nous, après une embardée pour éviter in extremis la camionnette, une petite voiture qui s’en vient piler
juste devant nos tibias. A l’intérieur du véhicule le crépuscule me fait deviner une silhouette vaguement féminine, sans plus. Mais loin de s’excuser, elle fait de grands gestes, nous
intimant clairement l’ordre de dégager le passage. Et de repartir aussitôt m’écrasant presque les pieds (ma fille était devant). Signifiant d’instinct mon mécontentement face à une telle
goujaterie, au passage du véhicule, du plat de la main j’en frappe la vitre, assez fort pour être entendu, mais d’une manière assez dosée, pour ne pas causer dommages matériels à la boite de
conserve (nous sommes entre gens civilisés, que diable !).
Quelle fut ma surprise de voir piler net le landau motorisé, puis la porte côté conducteur s’ouvrir furieusement sur une
petite boule de bonne femme, genre psychanalyste binocleuse, la quarantaine, propre sur elle. Elle devait, à mes estimations, étirée en toute sa longueur m’arriver à peine sous le menton. Et
alors que je lui montre de la main le passage piéton, afin de lui faire comprendre qu’il y a des façons plus policées de se comporter, le petit bouledogue se met à me hurler : Connard ! Connard…
Je vais aux urgences, connard, connard, connard (je n’ai pas compté le nombre de fois qu’elle a bavé à la suite ce délicat vocable). Plutôt que de tourner sagement talons (on manque de
clairvoyance souvent en ce genre de situations), j’eus alors la malencontreuse idée de rétorquer que si elle était si pressée, elle ferait mieux de repartir illico car elle encombrait
désormais le passage (s’était formée évidemment derrière elle toute une file
de voitures – personne n’osant klaxonner par peur à coup sûr de s’attirer l’ire du petit monstre). Et là,
nouveau coup de théâtre, posant un pied à terre, la furie me lance bave aux lèvres : Allez viens, viens, viens connard, avec des gestes explicites de la main ! J’avoue que face à l’énormité de la
situation je suis resté sans voix, tournant cette fois bel et bien casaque.
Une fois la stupéfaction passée, je me suis dit avec effroi que cette méchante bestiole devait avoir des enfants – et
d’imaginer aussitôt l’éducation qu’ils pouvaient bien recevoir. Puis, sans transition, j’ai imaginé ce qui serait advenu si elle était sortie de sa voiture dans l’idée de se battre : il m’aurait
bien fallut la tenir à distance pour ne pas qu’elle se blesse. Quelle pitoyable scène cela aurait fait.
De morale à cette histoire, il n’y en a pas.
Ou plutôt si… Ne jamais se laisser aller à répondre aux cervelles creuses. Ou cette autre, plus ludique : « Chien qui
mord requiert bâton ».
Ps : Je me rends compte que cette anecdote donne raison à Frédéric Schiffter lorsqu’il écrit : « L'expérience — tant la
vie quotidienne que l'Histoire — montre à l'évidence que les hommes sont des animaux malades et violents et qu'ils ne changent jamais ».