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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:49

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A chaque saison son ciel et son horizon, à chaque instant sa mélodie. Variation de nuages emportés au-dessus de nos têtes vers des ailleurs sans lendemain.

Le marécage respire et se reflète dans les joncs. Paré de sa ramure d’automne il s’étonne de cette pluie de feuilles tourbillonnant dans un clapotis d’ombre sans fin. Paillettes d’or, gouttes cramoisies arrachées à la longue chevelure des arbres et qui ruissellent à la mort.

Il fait si chaud. Si chaud pour cette fin d’octobre !

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Le héron est toujours là dans son habit gris. Coup étiré sous son sourcil sombre il médite. Je le salue et voudrai le remercier mais il ne me voit pas. Sans doute hier les eaux lui paraissaient-elles plus fringantes. Mais c’était hier et aujourd’hui la roselière, les coulures de vases et les couleurs de nos humeurs font voir ce petit monde sous un aspect singulier ; singulier et mobile, pareil à la fabrique des souvenirs tapissant nos âmes. 

Pas très loin de là passe une poule d’eau affairée. Puis, sur l’onde, s’ébroue un grèbe castagneux, juste au-devant de la souche ou repose une cistule, bien à l’abri de sa carapace. Le conciliabule des mouettes prend à cet instant des allures de noce, tandis que l’aigrette et la bernache nonette, indifférentes au tumulte, conservent altières leur distance. Joueur et faisant le Christ un cormoran sèche ses ailes ; il applaudit, ses regards tournés vers une bande de bécassines des marais suspendues sur la ligne d’un îlot dessiné à leur taille. Bourdonnement de pattes et de coups de becs dessinant des auréoles fugitives sur le miroir de l’onde .

Et il suffit d’une raie de lumière pour conférer à cette assemblée de plume la solennité d’un rendez-vous manqué avec l’histoire. Une succession de présents se suffisant à eux-mêmes. Car ici il n’est rien à interpréter. Juste ressentir…

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La mare n’est pas un endroit pour gens pressés. 

L’œil du promeneur s’y invite. Timide. Craintif. N’effleurant le paysage que du bout la prunelle par peur d’abîmer la simplicité de cette félicité immédiate.

Tandis que le colvert se repose sur la grève, que le vanneau s’agace du filet en accent circonflexe de sa propre voix, que la sarcelle d’hiver livre son augure…

Le souffle d’un faucon de passage, un hobereau probablement. Si vite apparu, si vite emporté… 

Avant que le soleil ne soit ras. 

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Une fois rentré, lire Chateaubriand, lorsqu’en ses Mémoires il évoque les oiseaux :

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«  Des jardins élevés en terrasse bordaient le chemin du côté opposé :  il avait fait très chaud ce jour là ; la soirée était charmante, la rosée humectait l'herbe flétrie ;  point de vent, une nuit tranquille ;  l'air était frais sans être froid ;  le soleil après son coucher avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges, dont la réflexion rendait l'eau couleur de rose ;  les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l'un à l'autre. Je me promenais dans une sorte d'extase livrant mes sens et mon coeur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement un peu du regret d'en jouir seul. Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m'apercevoir que j'étais las. Je m'en aperçus enfin :  je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte, enfoncée dans un mur de terrasse : le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres, un rossignol était précisément au-dessus de moi ;  je m'endormis à son chant :  mon sommeil fut doux ; (…) »

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Published by Axel Evigiran - dans Ornithologie
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cl 30/04/2014 00:12


Je viens de lire la note à propos de Within Temptation. Je ne connaissais pas du tout ! Sympa en tout cas cette sortie en famille. 


 


Le bestiaire sauvage est un très beau livre, en effet. J'ai également l'Herbier oublié, l'herbier boisé et un trou de mémoire pour le 4è. Un jour, je me procurerai bien l'herbier érotique et
l'herbier fantastique, etc.


 


Très bonne soirée


 


(à propos de musique, j'ai réécouté ce soir l'homme des marais des Négresses Vertes, un groupe que j'aime beaucoup aussi...)

Axel 29/04/2014 10:53


Ce « Bestiaire sauvage » est littéralement magnifique.


(Et voilà encore un livre à ajouter à la si longue listes des indispensables !…)


 


Avec les oreilles encore sous le charme de ceci  - étions tout devant dans l’axe :


 


Within Temptation -
Sinéad (Acoustic) - Extrait - Live in Lille (28 avril 2014)


 


Within Temptation -
Summertime Sadness – Extrait - Live in Lille (28 avril 2014)


 


En vous remerciant de ces belles poésies aviennes…. 

cl 28/04/2014 17:01


Vous savez quoi, cher Axel ? Voilà que la chanson des Siouxsie fait remonter dans mon estime ce prénom que je n'aime pas toujours, et qui fait suite à un acte de naturalisation ... Tout d'abord,
je m'appelle "Hang" qui signifie lune (prénom donné par ma grand-mère maternelle) et puis "Hoa" : fleur (de par ma GM paternelle). :-) Par ailleurs, je suis tjs une fan inconditionnelle du
groupe, la chanteuse est vraiment très classe ! Je l'adore ...


 


Autrement, j'espère que l'évocation d'Isis, tout à fait par hasard, vous rappelle d'agréables souvenirs. 


 


J'ai fait l'effort d'écouter votre chanson (et quelques autres titres), je regrette de ne pas bien entendre les paroles... Si certaines chansons m'apparaissent tripantes, j'avoue que l'ambiance
générale me met mal à l'aise. C'est un peu angoissant, à mon goût, et comme je suis une trouillarde... 


 


Bref, voilà quelques lignes glanées dans cet ouvrage : Le bestiaire
sauvage


 


" Poète, prends ton luth et me donne un baiser ; La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore. Le printemps naît ce soir; les vents vont s'embraser ; et la bergeronnette, en attendant
l'aurore, aux premiers buissons verts commence à se poser ; Poète, prends ton luth et me donne un baiser. " Alfred de Musset, La Nuit de mai.


 


Et puis, un haïku de Sôseki :


 


Morte sur la terre


C'est elle dans le ciel


La grue resplendissante.


 


Et puis, pour danser sur une note plus légère : https://www.youtube.com/watch?v=m8ReG1U0rPE


 


Vous souhaitant également le meilleur,


Christine


 


Ps : au fait, comment avez-vous deviné ? J'adore les pensées décousues. SVP, cessez donc, on dirait que vous vous rappelez à l'ordre quand vous vous exclamez " Mais je m'égare !".  


 


Si je pouvais être


L'hirondelle


Qui tout entière se donne à ses pensées


(Sôseki)


 

Axel 27/04/2014 19:30


Chère Christine,


 


 


Je vous remercie pour ce poème aux ailes découpées en ombre sur fond de ciel bleu limpide... - entre deux nuages emportés par les vagissements d’Éole. 


 


La gent ailée inspire assez peu d’ordinaire les élans des gens de lettre - et vous faites belle exception. Bien sûr il y a L’albatros, mais on rit à son détriment chez Baudelaire - oiseau auquel
il s’identifie ; dans les forêts des Ardennes, là ou Rimbaud médite, on voit « effrayé par un bouvreuil, le baiser d’or du bois qui se recueille »... Voilà qui est mieux... On ne pouvait mieux
imaginer le passereau timide en ses œuvres subversives ! 


 


J’ai fini par penser qu’un roman sans oiseaux ne pouvait être tout à fait crédible ; chez Proust il y a les mouettes, et ailleurs souvent des corbeaux, des cygnes, des hiboux ou des rossignols -
volatils presque mythologiques que l’on ne voit jamais en réalité ; mais de moineaux, de merles, d’accenteurs de bruants ou de pinsons, fort peu...


 


Cette histoire d’Isis m’a replongé en de vieux souvenirs - en 1997. Là sur les berges du Nil... 


Il n’y avait pas encore à cette époque d’appareils photographiques numériques - alors qu’aujourd’hui le monde semble inconcevable sans cet appendice du souvenir...Et pourtant. 


Je me souviens d’un fragment de cette sortie au jour : 


 


« Vois comme elle est belle au bord du Nil


allongée au plafond du temple


renverse la tête


que ta tête pivote pour voir le ciel entier


car son corps se retourne


son dos léché par les flots bleus


tandis qu’entre ses cuisses apparait le soleil


... »


 


Cela m’avait à l’époque inspiré ce morceau :


http://www.lastfm.fr/music/Quantom+1%252B3/_/L%27oeuf+de+vie


 


 


Mais je m’égare !


Je pense en décousu -la fatigue et le farniente se mêle aux bulles et me renverse la tête....


 


Et sans logique votre prénom me rappelle pareillement un morceau éponyme de Siousxie & the banshees.


https://www.youtube.com/watch?v=jSSlxp0FAS8


 


Vous souhaitant le meilleur ;


Axel


 



cl 27/04/2014 15:07


En me promenant sur les ondes, et surtout du côté des racines du ciel, j'en suis venue à écouter et redécouvrir le mythe et la figure de la déesse égyptienne, Isis. 


 


Puis en allant du côté des terres philosophiques pour curieux apprentis en ligne, où j'ai encore une fois parler sans réfléchir, je suis retombée sur ce lien, perdu dans je ne sais plus quel fil
de discussion. 


 


Et je me suis laissée voguer sur ces marécages, où je me suis imaginée Isis, se métmorphosant en oiseau, puis cachant, protégeant, prenant soin des hommes aimés, dont Osiris. Ce qui n'a pas
empêché Seth, le frère jaloux, de retrouver ce dernier et de le découper en morceaux. Et ce qui a provoqué, chez Isis, une pluie de larmes. Le Nil, alors en crue, inonda généreusement ses berges
...


 


Il y a quelques années, j'avais écrit ceci : 


 


Comme un martinet noir


 


 


 


Parfois


Pour trouver un peu de joie


Un peu d'espoir


Il faut s'ancrer au ciel


Effiler ses ailes


à la manière d'un martinet noir 


 


Et planer, planer, planer ...


 


Cher ami, puisque vous aimez les oiseaux, je vous prie d'accepter ce modeste présent, entre marécages et ciels.


 


Très bon dimanche et merci pour cette très belle promenade.


 


C.

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  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
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