Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 09:53

sToa-mandy_2.jpg

 

"Les gens de lettres, surtout les poètes, sont comme les paons, à qui on jette mesquinement quelques graines dans leur loge, et qu'on en tire quelquefois pour les voir étaler leur queue; tandis que les coqs, les poules, les canards et les dindons se promènent librement dans la basse-cour, et remplissent leur jabot tout à leur aise."

CHAMFORT

 

Priene - RuePerdu dans ses songeries à l’ombre du portique de Priène, le philosophe Bias, l’un des sept sages de la Grèce antique, ne pouvait sans doute concevoir qu’un jour les alluvions du fleuve Méandre repousseraient la mer des kilomètres au loin.
Il faisait alors bon vivre dans les rues placées sous la protection de la blancheur majestueuse à peine piquée de vert du mont Mycale. C’était avant que la guerre ne surgisse.

Leurs voisins de Milet, dont les eaux venaient baigner les remparts, connurent également diverses fortunes ; grandeurs et malheurs, bonheurs et douleur ; bonheur tandis que les jours s’écoulaient sans tâche sur l’horizon et que la terre ne secouait pas les hommes de ses humeurs  ; douleur lorsque la cité fut prise et incendiée par les Perses.
Le plus docte d’entre eux, Thalès, qui trépassa tandis qu’il contemplait une joutes sportives, considérait l’eau comme principe de toute chose.
Et ce fut par l’eau que virent bien des maux. Mais sans elle la cité ne pouvait survivre et bientôt périclita.
Milet - Theâtre
Ainsi, si tout semble immobile, à la vérité tout coule.
Entre flèche du temps et éternel retour.

L’ineffable douceur de l’instant que l’on ne sait saisir ; un bien être toujours inquiet.
Le voilà le poison. Le voila le remède.

De στοά encore debout il n’en est aujourd’hui plus guère. Pourtant, s’emparant du nom, une formation musicale, adossée sur une base classique, ravive la flamme des temps ensevelis et nous envoute par ses mélodies teintées d’une nostalgie secrète - une noirceur aussi, que le fameux tableau de Böcklin mis à l’arrière- plan du premier morceau que je propose ici, rend parfaitement.

Cette musique réconcilie, et apaisera aussi l’oreille de quelques aimables lecteurs que j’ai par trop malmenée.

Sénèque, dans La brièveté de la vie, affirmait que « ce fut la maladie des Grecs de chercher quel nombre de rameurs avait Ulysse ». Sans doute avait-il raison.
Et sans chercher à raisonner ou ratiociner, car la musique, comme le dit fort justement Clément Rosset, n’est que ce qu’elle est,  je propose juste de partager un peu d’émotions ; un peu de douceur dans se monde de brutes.

sToa-12073122.jpg

 sToa - Sakrileg (live at WGT 2009)

sToa - Stoa
sToa - Puisque tout passe

the-isle-of-the-dead-1880.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Axel 27/12/2012 09:59


Bonjour Pascal,


 


A la vérité je n’ai découvert Chamfort que sur le tard, et n’ai lu en intégralité sa fameuse somme des erreurs humaines qu’il avait projeté d’appeler « Produits de la civilisation perfectionnée »
que l’été dernier. Auparavant, du bâtard auvergnat, fils des amours coupables d’un modeste chanoine avec une noble locale, Jacqueline de Vinzelle, alors âgée de 44ans,  je ne savais que
quelques traits et anecdotes glanés par-ci par là. 


 


Le goût véritable pour cet académicien atypique, personnage complexe jeté au milieu d’un temps secoué de soubresauts terribles, avec la fin d’un monde, m’est venu pour partie à la suite d’une
fort belle émission des NCC, avec en invité Cyril Le Meur, dont j’ai beaucoup aimé ensuite le recueil. Mais il y a aussi l’influence de l’ami Frédéric, et il se trouve - hasard des
correspondances - qu’au moment même où vous m’envoyiez votre message, j’étais plongé dans l’excellente biographie de Chamfort qu’il m’avait conseillé. 


 


Cette biographie, parue en 1988 et commise par un certain Claude Arnaud, à la fois docte et délicieuse, permet de saisir le tempérament, mais aussi les ambitions et les déceptions de celui qui
deviendra meilleur collégien de France en remportant les épreuves du Concours Général, avant de croire le monde à ses pieds et de commettre quelques écrits dans un pur jus néoclassique, qui
l’auraient vite plongé dans l’oubli s’il n’y avait eu les paperolles cinglants que l’on sait. Et la Révolution...  


 


Hier donc, à mi-chemin dans cette belle plongée au cœur d’une époque tourmentée, je lisais précisément un passage où j’apprenais que Nietzsche évoquait dans ses livres Chamfort, notamment dans
Généalogie de la morale et dans un paragraphe entier du Gai savoir (que je lis goutte à goutte - j’en suis au 59)  et voilà que vous me l’amenez sur un plateau !


 


Voici un long passage de cette biographie :


(s’y trouve une citation tirée de la Généalogie de la morale (9)) 


 


« Aimer la gloire, les femmes, la littérature et l’aristocratie - de façon ambigüe certes - avant de se consacrer presque entièrement à leur critique, voila, rapidement résumé, le destin de
Chamfort


« — La révolte des esclaves dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-même devient créateur et enfante des valeurs, affirme Nietzche : le ressentiment de ces êtres, à qui la vraie
réaction, celle de l'action, est interdite et qui ne trouvent de compensation que dans une vengeance imaginaire. Tandis que toute morale aristocratique naît d'une triomphale affirmation
d'elle-même, la morale des esclaves oppose dès l'abord un «non »à ce qui ne fait pas partie d'elle-même, à ce qui est «différent » d'elle, à ce qui est son «non-moi» : et ce non est son acte
créateur ». 


Quelques années auparavant, Nietzche parlait pourtant du « trop explicable ressentiment » de Chamfort, dans les pages définitives - et enthousiastes - qu’il lui a consacrées dans Le Gai
Savoir. On reviendra sur cette contradiction apparente ; mais disons d’ores et déjà que le moraliste français a probablement inspiré une partie des thèses nietzschéennes sur ce type humain, dont
« l’invention » fut suscitée par la lecture de Dostoïevski. Comment ne pas songer en effet à Chamfort et à son « patron », le comte de Vaudreuil, dans ce passage de Généalogie de la morale : « Et
même le ressentiment,


lorsqu'il s'empare de l'homme noble, s'achève et s'épuise par une réaction instantanée, c'est pourquoi il n'empoisonne pas : en outre, dans des cas très nombreux, le ressentiment n'éclate pas
du tout,


lorsque chez les faibles et les impuissants il serait inévitable. Ne pas pouvoir prendre longtemps au sérieux ses ennemis, ses malheurs et jusqu'à ses méfaits— c'est le signe caractéristique
des natures fortes, qui se trouvent dans la, plénitude de leur développement et qui possèdent une surabondance de force plastique, régénératrice et curative qui va jusqu'à faire oublier. (Un bon
exemple dans ce genre,


pris dans le monde moderne, c'est Mirabeau, qui n'avait pas la mémoire des insultes, des infamies que l'on commettait à son égard, et qui ne pouvait pas pardonner, uniquement parce qu'il
oubliait).


Un tel homme, en une seule secousse, se débarrasse de beaucoup de vermine qui chez d'autres s'installe à demeure ; »


(....)


On comprendra donc, tant le jugement de Nietzsche est réversible, et tant celui qu’il porte sur Chamfort l’est presque nécessairement aussi, que le premier ait admiré le second pour son
influence « surhumaine » sur Mirabeau, et en même temps ou presque, l’ait d’instinct reconnu comme homme du ressentiment. « Il haïssait la Révolution, dit Mme Overbeck, qui protégea toujours
Nietzsche. Il en voulait à Chamfort de s’être mêlé aux hommes de la Révolution et n’aimait pas que son propre nom fût cité à côté de celui de Chamfort ». Premier témoignage de ce rapport que
n’ont cessé d’entretenir, à travers les livres, ces deux exégètes de leurs propres contradictions...


Car Nietzsche rejoint par ailleurs Chamfort dans sa remise en cause de la civilisation... »


 


Très bonnes fêtes de fin du monde, cher Pascal, et tous mes vœux pour l’année qui se profile.


 


Amicalement


Axel

Pascal klein 26/12/2012 17:09


Bonsoir Axel,


J'observe que vous tenez en haute estime intellectuelle Chamfort. Il se trouve que par un hasard de lecture, je suis tombé sur un aphorisme du Gai Savoir à son endroit. Je connais trop peu
Chamfort pour confirmer l'estimation du penseur allemand mais je ne doute pas que vous saurez faire fruit de ce propos.


Si vous êtes piqué de curiosité, vous trouverez ce dont je fais mention à l'aphorisme 95. Je vous donne un lien pour le lire confortablement.


http://www.echosdumaquis.com/Accueil/K-O_files/Le%20gai%20savoir%20(1887).pdf


Bien à vous et bonne année 2013.


Pascal K.

_________________________

  • : Le blog d'Axel Evigiran
  • Le blog d'Axel Evigiran
  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
  • Contact