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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 10:24

Philo de notre temps 

   

Exhumé d’une pile de livre en déshérence sous la poussière, cet ouvrage collectif placé sous la direction de Jean-François Dortier, paru en 2000 aux éditions Sciences Humaines a occupé, ces jours derniers, mes heures dilettantes de la plus belle manière.

En voici donc qu’un bel ouvrage de synthèse, et à ce titre à mettre sans hésiter entre toutes les mains, et particulièrement celles des élèves préparant l’épreuve de philosophie en classe de terminale. Loin d’en gâcher la lecture d’ailleurs, cette décennie de sommeil offre de fort belles perspectives ; comme, par exemple, renseigner sur l’évolution de nos préoccupations éthiques et philosophiques depuis lors. Ainsi l’absence de chapitre consacré à l’écologie (le sujet ne se trouve pas même abordé du tout(1) ) est tout à fait symptomatique de cet état de fait.

 

Philosophies de notre temps est architecturé de manière fort didactique, avec en annexe, outre la bibliographie générale, l’index thématique et celui des noms de personnes, un très utile lexique de mots clés qui regroupe aussi bien la présentation intellectuelle des penseurs abordés dans l’ouvrage, que l’explication des principaux concepts et courants de pensées majeurs du XXe siècle (l’école de Francfort par exemple).

 

Sur le fond, l’ouvrage est organisé par thème (philosophie morale, philosophie des sciences, philosophie et politique, etc.) et dans chacun d’entre eux y alternent, après une brève présentation, les contributions des membres du collectif et des entretiens avec des personnalités du monde des idées, toutes tirés de numéros situés grosso modo entre 1991 et 1999 du magazine Sciences humaines. On y lira notamment avec profit, entre autre, les causeries avec André Comte-Sponville, Jean-Pierre Dupuy ou Robert Misrahi. Le résultat en est un panorama assez exhaustif de la pensée contemporaine, telle qu’arrêtée aux années 2000. C’est un ensemble fort agréable à lire, suscitant souvent l’envie salutaire d’approfondir les sujets qui nous intéressent plus particulièrement.

 

Enfin à noter ce Tour d’horizon philosophique en 1 heure 12, placé en introduction de l’ouvrage, et commis par Jean-François Dortier avec brio. C’est, en 35 pages, une synthèse très claire, qui embrasse l’essentiel de la philosophie, depuis ses origines jusqu’à nos jours. C’est le genre de résumé que j’aurai aimé avoir entre les mains à l’école, ne serait-ce que pour planter quelques étendards dans le foisonnement de la pensée et des mouvances philosophiques. L’essentiel pour fixer les idées s’y trouve (2)…

 


Notes :

(1) L’index des noms de personnes, par ailleurs très utile, ne comporte aucun des noms des principaux philosophes de l’écologie de notre temps, ou du moins des philosophes qui s’en sont préoccupé de près dans leurs œuvres. Ainsi, par exemple, l’absence de Gunther Anders, André Gorz, Ivan Illich, ou encore Arne Naes. Seules exceptions, Hans Jonas d’une part, mais retenu essentiellement pour son " principe de responsabilité ". Pareillement pour Jean-Pierre Dupuy, convoqué ici essentiellement comme penseur de la société libérale et marchande. Il est vrai que ce dernier a publié " Pour un catastrophisme éclairé " qu’en 2002.

(2) Je n’y ai trouvé qu’un seul raccourci – un gros contresens même. La philosophie de Michel Onfray y est en effet présentée comme une philosophie hédoniste prise dans le sens le plus vulgaire du terme ; à savoir une philosophie de bâfreur : " La philosophie qu’il pratique est une ‘philosophie de comptoir’ assumée comme telle (…) On y vante les mérites du bon vin, du gros cigare et de la fête ". Bref, il s’agirait là d’une philosophie " cigarette, whisky et petites pépées ", pour reprendre la truculente terminologie de MO à propos des personnes commettant ce genre d’interprétation fautive.  

 


En sabrant encore terriblement dans cet extrait sec qui vaut une lecture exhaustive, et dans un style télégraphique, en voici tiré quelques repères :

 

Qu’est-ce que la philosophie et question subsidiaire, à quoi sert-t-elle ?


Trois postures : Ceux qui l’envisage comme « pensée critique » ; ceux qui lui assigne l’ambition de trouver la Vérité ultime et ceux qui disent que son but est d’apprendre à bien vivre (sagesse).

1) L’école du doute :
Socrate, sage et sceptique, condamné à mort pour ‘délit d’opinion’, inaugure la méthode du doute. Montaigne et son « que sais-je ? ». Wittgenstein, etc.
2) Quête du savoir ultime :
Avec Platon et le concept de « philosophe-roi » ou « roi-philosophe », seul légitime à gouverner la Cité. On dirait aujourd’hui qu’il s’agit du modèle du dictateur éclairé.
Spinoza et sa connaissance du « troisième genre ». Le premier genre correspond à la perception sensible (vision, goût, etc.). Le second genre se rapporte aux opinions courantes et aux expériences. Quant au dernier genre, il serait réservé aux philosophes : il consiste en une sorte de perception globale et intuitive censée procurer sérénité et béatitude.
Hegel et son odyssée de la pensée qui, de la perception sensible, passant par la conscience de soi puis l’exercice de la Raison, conduira au « Savoir absolu » ; soit à la pensée de Hegel lui-même.
En résumé : Platon et l’idéalisme, Spinoza et sa démarche mystique, Hegel et l’esprit de système, représentent quelque unes des postures de ce courant.
3) Art de vivre :
Par exemple, Epicure et l’épicurisme. Le Stoïcisme.
Sous-groupe de cette mouvance ; ceux qui ne croient pas au bonheur, tel Schopenhauer ou Cioran (à l’opposé de Robert Misrahi par exemple).

 

La philosophie face à la science
Jusqu’au XVIIe siècle la figure du philosophe scientifique reste dominante (ex Leibniz, et peu être le dernier d’entre eux Kant), puis les liens vont se distendre.
1) Pour la science :
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le positivisme émerge avec Auguste Comte qui parle de ‘maladie’ chronique à propos de l’esprit métaphysique. Au début du XXe siècle se forme l’école de Vienne (objectif : tracer une ligne de démarcation entre discours métaphysiques inutiles et énoncés scientifiques).
2) Contre la science
Le désenchantement du monde. Husserl qui affirme que la ‘crise de conscience’ que vit l’Europe est due en grande partie à un développement aveugle de la raison scientifique.
Heidegger, son élève, soutient que « la science ne pense pas, et ne peut pas penser ».
Les auteurs de l’école de Francfort quant à eux donnent de la science une vision  asservissante et déshumanisante.
En résumé, se dégage 3 postures critiques de la sciences : 1) vision ‘déshumanisée’, ‘désincarnée’. 2) Aveugle aux valeurs. 3) Incapable de penser par elle-même.
3) Dialogue science et philosophie : L’épistémologie
Karl Popper et son principe de ‘réfutabilité’ : un énoncé scientifique est une hypothèse que l’on soumet à l’épreuve.
Le but de la philosophie et aussi de dévoiler ‘l’impensé’ de la science, les schémas mentaux, qui guident implicitement la recherche. Ex : Bachelard qui parlera de ‘psychanalyse de la connaissance scientifique’. 

 

Philosophie et sciences humaines
Au cours du XIXe siècle les sciences humaines conquièrent leur indépendance.
Par exemple, Lévi-Strauss, dans Tristes Tropiques, raconte comment il s’est désintéressé de la philosophie pour se consacrer à l’enthographie, cette façon vivante et concrète de découvrir l’homme. 

 

Cartographie de la pensée contemporaine (6 zones d’influence majeures) :
1) Phénoménologie : approche qui récuse le clivage objet / sujet. S’intéresse aux ‘intentions’, aux ‘significations’ que nous donnons aux choses (Husserl, Merleau-Ponty, etc.).
2) Philosophie analytique anglo-saxonne (ex Wittgenstein) : critique de la métaphysique. La science repose sur la vérification des faits et la rigueur des énoncés.
3) Critique de la modernité : ‘Déconstruction’, ‘Post modernisme’ et philosophie du ‘soupçon’. Mirage du discours progressiste, du discours à prétention universaliste (Derrida, Foucault, Deleuze).
4) Philosophie des sciences : comprendre comment se construisent les sciences, leurs règles du jeu (Popper, Michel Serres).
5) Philosophie politique : A longtemps été évincée par le Marxisme qui se voulait philosophie globale qui réduisait à néant l’idée d’une autonomie politique. Ce fut en marge de ce courant dominant qu’ont développés leurs pensées des philosophes tels Léo Strauss, Hannah Arendt, Raymond Aron, etc. Nouvelles figures montantes à partir des années 80 : John Rawls, Claude Lefort, etc.
6) Philosophie morale : réapparaît dans les années 80 sous le nom ‘d’éthique’. Elle s’adosse et pense sur le déclin des idéologies, des utopies, le discrédit du politique, les manipulations génétiques, l’essor de l’individualisme, etc. (Ex : Hans Jonas, André comte-Sponville)

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Published by Axel Evigiran - dans Philosophie
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