Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 18:46

particules.jpg

Encore sous l’emprise de l’adaptation théâtrale des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, jouées samedi dernier à Lille…  

 

Apprenant quelques jours auparavant la durée de la pièce (3h40 env., entracte compris), nous nous étions inquiétés. 

Mais à la vérité tout s’est passé si vite en cette représentation d’une intensité époustouflante, servie par une mise en scène où les effets ne sont pas de simples gadgets, des artifices grossiers destinés à se singulariser par l’absurde, sinon la fatuité… 

w_13070703_rdl_5587.jpg

C’est que la poésie noire des petites phrases sorties du stylet de Houellebecq, ciselées dans une sorte d’acide à effet différé mais aussi imparable que la vague rongeant son galet, lâchée dans l’indifférence d’une cigarette qui se consume, atteint ici à son apothéose ;  

 

Ce train de la vie déroulant ses malheurs comme des évidences, ces macchabées grassouillets et nus, secouant leurs bourrelets en mer sur fond d’une barre de béton, symbole du libertinage obligatoire ;

Ou encore tels adeptes de yoga se haïssant viscéralement tout riant par envie de pleurer, sans omettre celle qui, après avoir avorté deux fois, veut un enfant avant qu’il ne soit trop tard. Son leitmotiv : combler le vide abyssal de son existence ;

Et cette autre paumée qui, par trop plein de solitude, après s’être brûlé au dernier degré le bas-ventre fini par se foutre en l’air du haut de l’escalier d’un immeuble de banlieue accrochée à son fauteuil d’handicapée, sans doute par amour envers ce professeur de littérature échoué dans le petit enfer de son lycée d’enfance. Ce dernier, débordé par un trop plein de sève tardive, se branlera bientôt sous l’œil moqueur d’une élève, une beurette, à peine sortie de l’adolescence qui, il en est sûr, « couche ». Le malheureux ira aussitôt se faire interner ou l’occasion lui sera donnée de pisser sur les cendres de sa mère ;

Tandis que son demi-frère s’envolait pour l’Irlande pour involontairement bouleverser l’ordre du monde – rêvant, si on peut appeler cela un rêve, d’une post humanité débarrassée de la plaie de la sexualité, de la douleur, et surtout de la peur de l’abîme – une post humanité immortelle. Nouvelle race, lisse, sans aspérité et à la saveur du navet.

 

particule-nord.jpgCe drame de la banalité grise sur fond d’orgie désespérée et de fin de race, avec ses élans, ses embardées, ses essoufflements et ses impasses, est rendu dans cette pièce avec une acuité si singulière qu’on se sent irrémédiablement englué, souillée par la poisse de cette morne absurdité teintée d’un désespoir sans véritable saveur ni contour.

 

Ici pas d’interprète en deçà. Et si aucun des acteurs ne domine, c’est qu’on ne se dit pas : c’était bien, sauf, peut-être, untel incarnant tel personnage. Car ici tous sont pareillement accrochés à leur rôle, semblables à ces naufragés perdus dans l’immensité d’un océan glacé à perte de vue, incrédules assis sur leur bouée ; si véridiques. 

Ajoutons une musique à la hauteur de ce paysage littéraire sans concessions ni fioritures, avec des percussions qui prenne au thorax, mais aussi, parfois, le chaos de riffs de guitare, joués live, en résonance parfaite avec la teinture du panorama ; impeccables de lourdeur et déchirés sur Manson, à peine audibles à  d’autres moments. 

 

Mais il est impossible de rendre compte d’un tel événement. De coucher sur le plat d’une feuille, temporalité, sensations, mots, non-dits, sous-entendus, maux… 

Laissons donc infuser. 

 

 Video-Houellebecq.JPG

CLIQUER SUR L'IMAGE CI-DESSUS POUR LA VIDEO


« Suite à des travaux d’agrandissement d’un arrêt de cars, il était nécessaire de réorganiser le plan du cimetière municipal et de déplacer certaines tombes, dont celle de sa grand-mère… 

(…)

L’autorail de Crécy-la-chapelle avait été remplacé par un train de banlieue. Le village lui-même avait beaucoup changé. Il s’arrêta sur la place de la Gare, regarda autour de lui avec surprise. Un hypermarché casino s’était installé avenue du Général-Leclerc, à la sortie de Crécy. Partout autour de lui il voyait des pavillons neufs, des immeubles.

Cela datait de l’ouverture d’Eurodisney, lui expliqua l’employé de mairie, et surtout du prolongement du RER jusqu’à Marne-la-Vallée…

(…)

L’homme attendait Michel près de l’entrée du cimetière. « Vous êtes le… -Oui. » Quel était le mot moderne pour « fossoyeur » ? Il tenait à la main une pelle et un grand sac poubelle en plastique noir. Michel lui emboîta le pas. « Vous n’êtes pas forcé de regarder… » grommela-t-il en se dirigeant vers la tombe ouverte.

La mort est difficile à comprendre, c’est toujours à contrecœur que l’être humain se résigne à s’en faire une image exacte. Michel avait vu le cadavre de sa grand-mère vingt ans auparavant, il l’avait embrassée une dernière fois. Cependant, au premier regard, il fut surpris par ce qu’il découvrait dans l’excavation. Sa grand-mère avait été enterrée dans un cercueil ; pourtant dans la terre fraîchement remuée on ne distinguait que des éclats de bois, une planche pourrie, et des choses blanches plus indistinctes. Lorsqu’il prit conscience de ce qu’il avait devant les yeux il tourna vivement la tête, se forçant à regarder dans la direction opposée ; mais c’était trop tard. Il avait vu le crâne souillé de terre, aux orbites vides, dont pendaient des paquets de cheveux blancs. Il avait vu les vertèbres éparpillées, mélangées à la terre. Il avait compris ». 

w_13070703_rdl_5824.jpg

A gauche sur l'image ci-dessous :Adaptateur, Metteur en scène, Scénographie des Particules élémentaires 
A droite : Bruno Viard, auteur de Les tiroirs de Houellebecq, Les 100 mots du romantisme et Lire les romantiques français 

Rencontre organisée par Citéphilo

Julien-Gosselin.jpg
Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Littérature contemporaine
commenter cet article
11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:17

 

Beloeil - 2013 05-008

 

Billet transféré à cette adresse :

PRINCE DE LIGNE - BELOEIL

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Auteurs éternels
commenter cet article
1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 09:50

l-ami-de-la-mort-pedro-antonio-de-alarcon-9782755701036.gif

 

Tiré de la mythique collection Babel, aux textes choisis et préfacé par Jorge Luis Borges, voici deux nouvelles de l’écrivain espagnol Pedro Antonio de Alarcon, ce « révolutionnaire violent qui finit par devenir conservateur sincère et résigné ». 

Derrière la couverture sur fond gris à la saveur d’un romantisme le plus noir, la première de ces histoires, L’ami de la mort, occupe l’essentiel du livre. 

Prose ciselée dans l’encre des intrigues de palais, ou l’amour n’est qu’une manière de s’aimer soi-même, la générosité le masque de l’ambition la plus nauséeuse. Un enfant adultérin se fera savetier avant de devenir médecin de la cour…  

 

Idéale lecture en ce jour macabre ; aux accent de l’Ecclésiaste


gizn-i-smert.jpg

 

« (…) la gloire n’est qu’un mot vide que l’on accole par hasard, et par hasard seulement, au nom de tel ou tel cadavre. Tu auras compris enfin, que tout ce que font les hommes n’est qu’un jeu d’enfants pour passer le temps, que leurs misères et leurs grandeurs sont relatives, que leur civilisation, leur organisation, leur organisation sociale et leurs intérêts les plus sérieux manquent de sens commun, que les modes, les coutumes, les hiérarchies ne sont que fumée, poussière, vanité entre les vanité… Mais que dis-je vanité ? Bien moins que cela ! Ce ne sont que des jouets pour tromper l’oisiveté de leur existence, délire de malade, hallucinations de fous ! Enfants, vieillards, nobles, plébéiens, sages, ignorants, beaux, contrefaits, rois, esclaves, riches ou mendiants… à mes yeux, ils sont tous égaux : ils ne sont que poignées de poussière que disperse mon souffle ! Et tu t’obstineras à invoquer la vie ! Tu me répéteras que tu ne veux pas quitter ce monde ! »


Marsden-Simon---Church-of-St-Andrew-.jpg
Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Auteurs éternels
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:49

P1100325.jpg

.

A chaque saison son ciel et son horizon, à chaque instant sa mélodie. Variation de nuages emportés au-dessus de nos têtes vers des ailleurs sans lendemain.

Le marécage respire et se reflète dans les joncs. Paré de sa ramure d’automne il s’étonne de cette pluie de feuilles tourbillonnant dans un clapotis d’ombre sans fin. Paillettes d’or, gouttes cramoisies arrachées à la longue chevelure des arbres et qui ruissellent à la mort.

Il fait si chaud. Si chaud pour cette fin d’octobre !

.

P1100356.jpg

P1100249

Le héron est toujours là dans son habit gris. Coup étiré sous son sourcil sombre il médite. Je le salue et voudrai le remercier mais il ne me voit pas. Sans doute hier les eaux lui paraissaient-elles plus fringantes. Mais c’était hier et aujourd’hui la roselière, les coulures de vases et les couleurs de nos humeurs font voir ce petit monde sous un aspect singulier ; singulier et mobile, pareil à la fabrique des souvenirs tapissant nos âmes. 

Pas très loin de là passe une poule d’eau affairée. Puis, sur l’onde, s’ébroue un grèbe castagneux, juste au-devant de la souche ou repose une cistule, bien à l’abri de sa carapace. Le conciliabule des mouettes prend à cet instant des allures de noce, tandis que l’aigrette et la bernache nonette, indifférentes au tumulte, conservent altières leur distance. Joueur et faisant le Christ un cormoran sèche ses ailes ; il applaudit, ses regards tournés vers une bande de bécassines des marais suspendues sur la ligne d’un îlot dessiné à leur taille. Bourdonnement de pattes et de coups de becs dessinant des auréoles fugitives sur le miroir de l’onde .

Et il suffit d’une raie de lumière pour conférer à cette assemblée de plume la solennité d’un rendez-vous manqué avec l’histoire. Une succession de présents se suffisant à eux-mêmes. Car ici il n’est rien à interpréter. Juste ressentir…

.

P1100327.jpg 

P1100326

P1100350.jpg

La mare n’est pas un endroit pour gens pressés. 

L’œil du promeneur s’y invite. Timide. Craintif. N’effleurant le paysage que du bout la prunelle par peur d’abîmer la simplicité de cette félicité immédiate.

Tandis que le colvert se repose sur la grève, que le vanneau s’agace du filet en accent circonflexe de sa propre voix, que la sarcelle d’hiver livre son augure…

Le souffle d’un faucon de passage, un hobereau probablement. Si vite apparu, si vite emporté… 

Avant que le soleil ne soit ras. 

 P1100254.jpg

       P1100271

P1100331.jpg

P1100339.jpg

 


Une fois rentré, lire Chateaubriand, lorsqu’en ses Mémoires il évoque les oiseaux :

 P1100313.jpg

«  Des jardins élevés en terrasse bordaient le chemin du côté opposé :  il avait fait très chaud ce jour là ; la soirée était charmante, la rosée humectait l'herbe flétrie ;  point de vent, une nuit tranquille ;  l'air était frais sans être froid ;  le soleil après son coucher avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges, dont la réflexion rendait l'eau couleur de rose ;  les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l'un à l'autre. Je me promenais dans une sorte d'extase livrant mes sens et mon coeur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement un peu du regret d'en jouir seul. Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m'apercevoir que j'étais las. Je m'en aperçus enfin :  je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte, enfoncée dans un mur de terrasse : le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres, un rossignol était précisément au-dessus de moi ;  je m'endormis à son chant :  mon sommeil fut doux ; (…) »

P1100282.jpg

P1100317

P1100355.jpg

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Ornithologie
commenter cet article
18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 19:12

P1070851.jpg

 

Le bon côté des firmes d’au moins 50 salariés c’est parfois son comité d’entreprise. En particulier lorsque celui-ci organise chaque année, à l’automne, un concours photographique sur un thème convenu par avance. 

 

Au jour de l’annonce du classement et de la remise des prix, on se dit que cela fait toujours une heure de retranchée, d’agréable façon, à la sacro-sainte productivité. Moment en général mis à profit pour siroter une coupe ou deux de champagne, tout échangeant des propos ce qu’il y a de plus banals. Certes il faut savoir faire montre de dextérité pour éviter les fâcheux de service ; mais avec un peu d’habitude cela devient un exercice d’un coût modeste. 

 

Evidemment, l’instant venu, malgré le détachement affiché, chacun espère ne pas être trop mal classé. Par principe tout d’abord - ou par fierté souvent déplacée -, mais aussi sachant que les premiers lots ne sont pas tout à fait anodins. Ce pourquoi, à force d’échecs plus ou moins compréhensibles, on fini par ne plus proposer la photographie qui, au regard du thème du concours nous plait le mieux, mais celle susceptible de satisfaire le goût d’un jury amateur. D’où parfois déboires, ou tout à rebours récompenses.

 

Selon cette logique imparable, si le thème proposé est « animaux », inutile de s’esquinter donc à passer des heures à ramper dans les bois pour saisir le regard fuligineux d’un sanglier irascible sur fond de brume ou encore le sourire mélancolique d’une biche aux abois, mais plutôt tirer plein cadre le portrait d’un canasson dans la première pâture venue, à défaut, bien sûr, du fatal daim sur fond de grillage à Bagatelle. 

Si, avant une longue traversée du désert, tel équidé m’avait permis, il y a de cela une dizaine d’année, de remporter à ma stupeur la mise, avant que le daim encagé ne sanctifie l’œuvre d’une collègue d’alors, aujourd’hui, avec le salutaire renouvellement des délégués du personnel, l’évaluation des images s’est affinée et se montre plus soucieuse de cadrage, de composition, de couleurs, de respect du thème ou d’originalité. 

D’où de nouveaux dilemmes dans le choix de la photographie à présenter. Et surtout résister aux anciennes tentations, comme celle de proposer sur le thème de « Reflets et miroirs d’eau », le sempiternel coucher de soleil passe-partout.

 

Au final, la délibération en famille m’aura été propice.

Ajoutons que cette victoire est celle de l’oiseau ; ce héron cendré, pêcheur infatigable parmi ses congénères, juste placé dans le bon rayon de soleil au moment opportun, entre foulques et sarcelles - dans un marécage situé à quelques coups de pédalier de mes pénates.

 

Mais assez de discours.

 

P1000817.jpg

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Ornithologie
commenter cet article
9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 21:27

kahnweiler

Malgré mon peu d’appétence pour le cubisme - ou précisément au cause de cette réserve instinctive envers les créations des ‘géomètres’ du début du siècle dernier -  il m’a pris l’idée de pousser la porte du LAM où se tient actuellement une  exposition temporaire « Picasso, Léger, Masson ». 

 

Si cette visite ne m’aura pas permis de surmonter ma répugnance d’ensemble envers ce mouvement artistique, ne sauvant du naufrage des œuvres présentées qu’une poignée de compositions tournant autour de la tauromachie, elle m’aura à tout le moins offert la possibilité de découvrir une autre mise en scène provisoire, à mes yeux beaucoup plus intéressante, intitulée « Corps subtil », ou encore « Un panomara de l’art brut et collection indienne de Philippe Mons ».

 Fernand-Leger---Exposition-du-LAM.jpg

 

De l’exposition « Picasso, Léger, Masson » je n’ai aucune image, les photographies y étant interdites - ce qui est au fond idiot (passant, je ne vois d’ailleurs pas ce qu’il y avait à immortaliser sur les cimaises).  Par contre,  de ces « Corps subtils » il me fut loisible de capturer quelques spécimens.

Aussi, plutôt que jaser autour d’œuvres  dont je n’ai rien à dire de fondamentalement passionnant, ou de broder autour des documents remis lors de l’exposition, j’ai pensé que mieux valait laisser à l’appréciation de chacun les charmes de l’art indien.

 P1100122.jpg

 

P1100151.jpg

 

 P1100158

 

 P1100159

 

P1100176.jpg

 

 


 

Une anecdote enfin, traduisant l’éternel ridicule de ceux – fort nombreux - cherchant à briller par procuration au travers de la notoriété (réelle ou supposée) d’autrui, suivisme allant parfois jusqu’à la dévotion. (Que l’on courre après les stars de show-biz, les sportifs ou encore certaines figures dites intellectuelles, cela ne change en rien la donne, bien que fâcheux et pédants de la dernière catégorie aient tendance, habités d’un illusoire sentiment de supériorité, à mépriser leurs sœurs et frères de sang). 

 P1100135

 

Voici l’anecdote : 

 

Alors que nous déambulions parmi les œuvres indiennes, un groupe compact survint soudain, bruissant de mille chuchotements, avec des mouvements pareils à ceux des colonies d’étourneaux en vol, signe d’une petite foule en émoi. 

Nous crûmes tout d’abord à une banale visite guidée. Mais fûmes aussitôt détrompés. « C’est Philippe Mons  », entendîmes-nous murmurer. « Oui, oui c’est lui…. », « Oh c’est bien lui ! ». Diantre ! Et à chaque exclamation le groupe des suiveurs croissait et croassait, telle la grenouille voulant se faire plus grosse que le bœuf.

 P1100137

 

P1100160

 

P1100150

 

 

Le maître, un petit bonhomme au crâne glabre avec un gros médaillon – son troisième œil sans doute –, septuagénaire bien mur (on ne dit plus ‘vieux’), sonotone bien arrimé à l’oreille et faussement indifférent à cette agitation causée par sa simple présence, trimballait ainsi la cohorte de ses admirateurs d’œuvre en œuvre, lâchant un mot ultime ici, une remarque essentielle là. Parole aussitôt bue par les dévots. Parmi les mieux lotis de cette cour, quelque indienne en minijupe, et autour de ce centre – axis mundi - le cercle étroit des « intimes », faisant écran à la plèbe.

 

Demeurés à distance honnête, nous laissâmes ainsi passer, presque à regret – il faut nous en croire -  le cortège du co-fondateur, en 1969, du SMAK (Signalétique Marginal d’Art Circonstanciel et kaléidoscopique) et accessoirement maître yogi et attendîmes que s’estompent ces ronds dans l’onde du néant avant de poursuivre notre odyssée. 

C’est de la sorte que nous reprîmes nos pérégrinations oisives, conservant au coin d’œil une pensée émue pour le principe bouddhiste de l’impermanence. 


P1100167

 

P1100146.jpg

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Peinture
commenter cet article
4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 17:43

451.jpg

Imaginez un monde ou les pompiers seraient chargés non pas d’éteindre les incendies mais de jouir du privilège de brûler le moindre livre – et accessoirement la maison de son propriétaire, occupants y compris si nécessaire. Un monde de divertissement forcené et de paillettes noyé dans un vacarme assourdissant. Un monde de familles factices sur fonds d’écrans, plantés dans le salon de populations sous perfusion médicale. Un monde plongé dans un éternel présent, ayant bu jusqu’à la lie la coupe du fantasme de la Fin de l’Histoire. Un monde sans racines, vouant un culte abrutissant à la vitesse. Un monde scintillant sur fond de guerre - un ectoplasme de guerre présenté comme une formalité insignifiante, indolore ; un problème à régler en quelques bombes, avec pour finalité la destruction massive d’un ennemi sans moindre consistance… 

Un monde enfin où, contrairement à l’univers de 1984 d’Orwell, il n’existe aucun totalitarisme tombé d’en haut, aucun Big Brother, mais juste un nivellement festif consenti par les masses pour la propre tranquillité de chacun ; de chaque communauté, chaque minorité, chaque individu. Un « Empire du moindre mal », pour reprendre le titre de l’essai  magistral sur la civilisation libérale de Jean-Claude Michéa, où le libéralisme culturel, associé au consumérisme, son pendant économique, est parvenu à sa pleine maturité, à son propre terme, avec pour évidence naturelle la neutralisation de toutes les libertés - et en particulier celle de lire -, vécues comme atteinte insupportable à l’écoulement mou d’une existence imbibée de confettis et de pilules euphorisantes.  

 

Voici le décor planté du roman (1) culte  de l’écrivain américain Ray Bradbury, dont le titre fait référence au point d'auto-inflammation, en degrés Fahrenheit, du papier (233°C).


(A ceux n’ayant pas lu le livre et qui souhaitent conserver toute la fraicheur de l’intrigue, je conseille de passer les passages colorisées en noir dans ce qui  suit

.
fahrenheit_451--1-.jpg
.
Côté des acteurs, en quelques mots, au centre de l’intrigue se trouve la conscience ignifugée du  pompier Montag. Elle se délite. Le grain de sable ayant grippé sa routine mentale se prénomme Clarisse, une voisine, étudiante de son état, rencontrée une nuit dans la rue par l’effet d’un pseudo - hasard, alors qu’il rentre d’une expédition, achevée comme il se doit par un feu de joie. Contrairement à d’autres elle ne craint pas les pompiers. « Bien sûr que je suis heureux », s’emportera-t-il ce soir-là à l’une question de l’impertinente. 
A la maison l’attend son épouse Mildred, une femme vidée de toute substance, avec laquelle il cohabite par force d’habitude. Ils ne souviennent même pas quand ils se sont rencontrés. Il y a aussi les amies de sa femme, « la famille », étalée sur les murs et la caserne, gardée par un limier robot, espèce de molosse mécanique chargé de traquer et intercepter (voire tuer), les possesseurs de livres. 
Le chef de Montag, qui s’appelle Beatty, finira en brasier de la Saint-Jean sans que l’on sache s’il avait des tendances suicidaires. En attendant c’est un vieux de la veille qui connait la musique. Les pompiers y passent tous un jour à l’autre, lâche-t-il un matin à Montag rongé par le doute quant au bien-fondé de son métier. C’est que pour la première fois de sa carrière, le pyromane joyeux s’est en effet porté malade après avoir appris la disparition de Clarisse. Cloitré chez lui, forçant Mildred horrifiée à l’écouter, il s’est mis à lire des livres volés lors de ses missions, reliques arrachés au feu sans trop savoir pourquoi.  
Il se souvient alors d’un vieil homme rencontré dans un parc, Faber, un professeur d’anglais à la retraite ; un lecteur qu’il n’a jamais dénoncé.

Lors de sa visite Beatty se montre didactique envers son subordonné, se veut compréhensif, persuasif même – mais il cherche à le persuader de quoi exactement ? 

Ecoutons-le : 

Fahrenheit_451_12.jpg« Nous ne naissons pas libres et égaux, comme le proclame la Constitution, on nous rend égaux. Chaque homme doit être l’image de l’autre, comme ça tout le monde est content ; plus de montagnes pour les intimider, leur donner un point de comparaison. Conclusion   Un livre est un fusil chargé dans la maison d’à côté. Brûlons-le. Déchargeons l’arme.  

(…)

Les gens veulent être heureux, d’accord ? N’avez-vous pas entendu cette chanson dans toute votre vie ? Je veux être heureux disent les gens. Eh bien, ne le sont-ils pas ? Ne veillons-nous pas à ce qu’ils soient toujours en mouvement, à ce qu’ils aient des distractions ? Nous ne vivons que pour ça non ? Pour le plaisir, l’excitation ? Et vous devez admettre que notre culture nous fournit tout ça à, foison ». 

Et de poursuivre : 

« Les Noirs n’aiment pas Little Black Sambo. Brûlons-le. La Case de l’oncle Tom met les blancs mal à l’aise. Brûlons-le. Quelqu’un a écrit un livre sur le tabac et le cancer des poumons ? Les fumeurs pleurnichent ? Brûlons le livre. La sérénité Montag. A la porte, les querelles. Ou mieux dans l’incinérateur ». 

La méthode est simple pourtant : endormir le chaland sous l’avalanche de l’information et refuser la philosophie :

« Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de ‘faits’, qu’ils se sentent gavés, mais absolument ‘brillants’ côté information. Ils auront alors l’impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du surplace. Et ils seront heureux parce que de tels faits ne changent pas. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. C’est la porte ouverte de la mélancolie. »

La mélancolie est donc proscrite. 
Mais Montag n’aura pas le temps de s’y appesantir car il vient d’être dénoncé et doit brûler sa propre maison, tout se considérant en état d’arrestation. 

fahrenheit_451.jpg
.
Il ne serait pas séant de conter la suite de l’histoire, sans nuire gravement au plaisir de lecture de qui voudrait se plonger dans Fahrenheit 451.
Aussi, tout ce que je m’autoriserai à dire encore, c’est que dans ce monde en carton-pâte, l’amour de la lecture n’est pas tout à fait éteint. Certains ont en effet jamais pu se résoudre à l’oubli et tentent encore de résister à la déferlante festive. Là, au-delà de la cité, alors que les bombardiers se mettent en branle, le long du fleuve dans la forêt, autour d’un grand feu se joue peut-être le destin d’une humanité à l’agonie. Certes la résistance dérisoire et incertaine. Mais n’en va-t-il pas toujours ainsi ? 

L’arrière-garde est vieillissante. Il lui faut du neuf.
Le monde est pourtant ouvert encore sur tous les possibles.

« Je tiens à vous présenter Jonathan Swift, l’auteur de cet ouvrage politique si néfaste, Les voyages de Gulliver ! Et cet autre est Charles Darwin, et celui-ci Schopenhauer… » 

Il ne manquait que l’Ecclésiaste !  


(1) Les spécialistes et les pédants parleront  ici de roman dystopique : « Une dystopie, également appelée contre-utopie, est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur, certains disent aussi que c'est une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie ». (Source Wikipédia)
Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Littérature contemporaine
commenter cet article
6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 15:20

charme.jpg

 

Siroter « Le charme des penseurs tristes », griffé par ces heures interminables éparpillées dans la brise ténue de septembre, entre langueur et ennui, me semble être le meilleur compliment que l’on puisse faire à ces flâneries élégantes aux airs d’entrechats au bord de l’abîme. 

 

Rien qui ne soit plus stylé, si désespérant aussi dans sa beauté, que ces trilles de rossignol des heurs incertains, dérangé dans sa tristesse par le pépiement tonitruant et joyeux d’oiseaux d’instinct plus grégaires. Et c’est là une joute perdue d’avance – entre le fa de l’ironie et le sol majeur de l’humour d’une partition superficielle par profondeur.  

 

Et si la nostalgie est ce sentiment étrange ravivant sans relâche les braises du passé, lointain ou proche, alors que nous savons qu’aujourd’hui sera bientôt son terreau, plutôt que de s’écrier : « qu’il est difficile de se satisfaire de ce famélique maintenant ! », lisons. Lisons jusqu’à plus soif, ou même sans soif, juste pour le plaisir de l’amertume subtile suintant au coin des pages de ce bel essai qui, immanquablement, nous transportera d’esprit sous les solives du plafond de Montaigne. 

 

Car, dans « Le charme des penseurs tristes », il y a de quoi satisfaire notre irrépressible goût de l’Otium, que ce soit allongé sur le sable de désirs vaporeux, ou assis sur la crête d’une vague ourlée de volutes semblant juste commises pour nourrir notre vague à l’âme…


Première partie de la causerie du 28 août qui s’est tenue à Paris au Thé des écrivains, ou l’auteur nous fait partager quelques pages de la préface.

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Philosophie
commenter cet article
12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 15:11

 

« Levé avec le soleil, il ramasse des graines pour les oiseaux qui viennent picorer à sa fenêtre, déjeune avec Thérèse et s’éclipse. Souvent il oublie l’heure….

Le 2 juillet, (…) comme Thérèse allait sortir, il lui recommanda de ne pas oublier de régler la note du serrurier, tandis que lui-même se rendrait au château pour donner une leçon de musique à la fille du marquis. Quelques minutes plus tard, Thérèse le trouva assis sur une chaise en gémissant. Il sentait des picotements pénibles à la plante des pieds, un grand froid dans le dos, des douleurs sourdes dans la poitrine. (…) Tout alla très vite. Il se tenait la tête à deux mains, disant ‘qu’il semblait qu’on lui déchirait le crâne’. Il était dix heures du matin quand il tomba soudain de sa chaise, visage contre terre ». 

 

Trousson-Roussseau.jpgCes quelques phrases sont tirées des dernières pages de la belle biographie de Rousseau, commise par Raymond Trousson (Gallimard 2011), éminent spécialiste, entre autre, du siècle des Lumières. Et c’est avec grand plaisir que j’avais lu, l’automne dernier, sous cette plume érudite, les péripéties de Jean-Jacques. 

L’histoire, plantée dans un siècle fort bien restitué, se lisait comme un roman, ne donnant ni dans l’hagiographie ni dans la dénonciation,  l’anachronisme ou le raccourci historique. S’y dessinait un portrait vivant, avec ses contradictions, ses maladresses, ses idées fixes et sa grandeur aussi. 

Hume, Voltaire, Mme de Vuarrens, Malesherbes, Thérèse, Diderot évidemment…Des amitiés rompues, des amours, des rencontres ; des persécutions réelles et supposées. 

Bref, c’était, dirions-nous, un texte rédigé à la bonne distance.  

 

Outre un essayiste de talent, Raymond Trousson fut un merveilleux conteur. Je l’avais découvert par hasard lors de l’un de ses passages dans les NCC, dont il fut, un invité régulier. 

Ce jour là il était question de Voltaire et le portrait qu’en fit le professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles, de sa voix mate et grave, modulée d’une manière délicieuse, était saisissant de véracité et d’une probité intellectuelle à saluer – qualité plutôt rare, les spécialistes de tel ou tel étant versé souvent dans la défense inconditionnelle de leur champion. 

Peu après, l'auteur "d'un Prométhée magistral" (je reprend ici les termes de sa biographie, précisant que je n'ai pas lu l'ouvrage), revint nous entretenir, pour notre plus grand plaisir, de Diderot et de Rousseau.

 Raymond-Trousson.jpg

Raymond Trousson s’est éteint à la fin du mois dernier. 

 

Voici, en guise d’épitaphe, les dernière ligne de l’hommage que lui a rendu Philippe Dewolf sur le site de la RTBF : 

 

« L’esprit des Lumières allait l’habiter jusqu’à la fin, survenue pour lui le 25 juin 2013. Et voilà envolé notre projet d’une nouvelle rencontre, dans le sillage de ce qu’il nous avait dit des contemporains de Mozart, cet autre voleur de feu. Raymond Trousson l’avait, tout comme Prométhée, sacré ».

 

Un autre hommage sur le site de Fabula par Jean-Daniel Candaux : Décès de Raymond Trousson

 

 

Plusieurs émissions de France Culture avec Raymond Trousson sont toujours écoutables à cette adresse : Raymond Trousson sur France culture.

 

Il fut également l’invité de Raphaël Enthoven sur Arte. Il nous y parlait de Rousseau, lors d’une belle promenade entre bois et rivière : ‘Philosophie, avec Raymond Trousson’

 


      Autour de Rousseau à Ermenonville

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Bouteilles à la mer
commenter cet article
28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 18:07

Fort.jpgAdolescent, je me rendais régulièrement à la bibliothèque municipale, une retraite fantastique bourrée de trésors, caverne retranchée à l’abri des murs épais d’un ancien fort, sous le couvert d’arbres d’âges vénérables. 

 

Pour un abonnement modique, j’y dévorais des kilos de bandes dessinées, des Tardi évidemment, avec la belle égérie des muséum enténébrés du début du XXe siècle, je veux nommer Adèle Blanc-Sec, ses ptérodactyles, ses savants fous et ses momies. Pas très loin attendaient les Hugo Pratt, sous l’œil de Corto Maltese et de son ami Raspoutine, ou de l’énigmatique Cush, celui-là n’aimant pas que l’on trouble le silence du désert et qui ne buvait jamais de thé avant cinq heures.  La compagnie était bonne avec les planches noires et blanches, teintées mystère de Comès. Y suintait cette sorte de magie rurale propre à faire hausser les épaules des citadins trop rationnels pour croire à ces histoires à dormir debout venues du fin fond des Ardennes ; délires à la limite de l’inquiétant, noyé dans la méchanceté ordinaire. Il y avait aussi Rork, ce héros étrange d’Andreas et ses labyrinthiques pérégrinations dans les décombres de cathédrales égarées dans les limbes du monde. 

 

Meyrink.jpgCe qui amène tout naturellement à Borges. Car au-delà des bandes dessinées, représentant un espace circonscrit dans la bibliothèque, assez famélique au final, les étagères dégoulinaient surtout de littérature. Dans les méandres de tous ces rayonnages, groupés par thèmes, ceux que j’affectionnait en particulier avaient pour étiquette ‘nouvelles et romans fantastiques’. M’y attendaient les Lovecraft, les Poe, et autres enchanteurs du bizarre. Une collection particulière avait un jour attiré mon attention. C’était de beaux objets d’une teinte gris taupe étirés en hauteur, et aux couvertures ornées d’un dessin donnant l’impression d’ouvrages d’un autre temps. On n’aurait su mieux faire pour mettre en humeur le lecteur. Cette collection s’appelait La bibliothèque de Babel, du nom d’une nouvelle fameuse du directeur de l’éphémère épopée, Jorges Luis Borges en personne, qui assura toutes les préfaces et présentations des auteurs et textes qu’il sélectionna.

 

Sorti initialement en France en 1977, dans des tirages limités à 4000 exemplaires, la collection sera réédité en 2006 - et ce jusqu’à la faillite de l’éditeur en 2009.

 

C’est sur une impulsion soudaine, teintée d’un zeste d’esprit de nostalgie, que je viens de me reconstituer partie de cette collection mythique.

 

Le premier de ces livres à m’être passé entre les mains est celui regroupant trois textes de Gustav Meyrinck, un auteur à ce qu’il me semble plutôt méconnu, doté d’un beau style mis au service d’une acuité existentielle toute particulière ; une lucidité qui fera dire à l’historien de la littérature Albert Soergel « que Meyrink avait commencé par éprouver que le monde était absurde et, par conséquence, irréel » (introduction de Borges). 

 

La première de ces nouvelles, suave et sombre à souhait, à donné le titre au recueil et s’intitule « Le cardinal Napellus ».

 

En voici une page : 

 

gustav-meyrink.jpg« Un moment plus tard, nous entendîmes des pas dans l’escalier. Mais ce n’était que le botaniste Eshcuid, rentré beaucoup plus tard que d’habitude de sa promenade, qui pénétrait dans la bibliothèque. Il tenait à la main une plante haute comme un homme et qui portait des fleurs éclatantes d’un bleu acier.

- C’est bien le plus beau spécimen de cette espèce que j’aie jamais trouvé ; je n’aurai jamais cru que l’aconit napel pouvait pousser à de pareilles hauteurs, dit-il d’une voix détimbrée après nous avoir salués. Puis, avec un soin extrême, afin que la plante ne perdît aucune de ses feuilles, il la plaça sur le rebord de la fenêtre.

L’idée me passa par la tête qu’il en allait de lui comme de nous et j’avais l’impression que M.Finch et Giovanni Braccesco à ce moment pensaient de même. Il erre sans cesse comme un vieillard sur la terre, comme un homme qui cherche sa tombe sans pouvoir ta trouver, ramasse des plantes qui demain seront flétries. Et cela dans quel dessein ? A quoi bon ? Il ne se le demande pas. Il sait qu’il agit sans but comme nous le savons pour nous-mêmes, mais ce qui est pire, la désolante certitude que tout est sans but, que tout ce qu’on a entrepris, grande ou petite chose, s’est épuisé au cours d’une existence, cette certitude-là devrait l’avoir glacé. Dès notre jeunesse nous sommes des agonisants dont les doigts palpent les couvertures avec inquiétude, sans savoir à quoi se raccrocher – des agonisants qui tout à coup prennent conscience que la mort est dans leur chambre… »

 aconitum_napellus_vulgare.jpg

Dans la nouvelle suivante, « Les sangsues du temps », les lettres vivo se trouvent être gravées sur la tombe du narrateur. Etranges circonvolutions qui le mèneront  à la séculaire « Société des Frères Philadelphes ». 

Un texte, pour reprendre l’expression de Borges, « qui excède la métaphore et l’allégorie ». 

 Meyrink-illustration.jpg

 « Les quatre frères de la lune » clos l’ouvrage. J’en reprendrait ici un mince passage, découpé arbitrairement en trois morceaux. Ces extraits, pas si à la marge que cela de l’intrigue principale, valent critique du progressisme, du primat de l’économique, du consumérisme marital. 

Des textes aisément transposables et qui ne laissent de surprendre par leur actualité : 

 

« Mais si les choses continuent comme nous l’espérons, au XXe siècle les gens n’auront bientôt plus guère le temps de voir la lumière du jour, tellement ils seront occupés à fourbir, à maintenir en bon état et à réparer la multitude sans cesse en augmentation de leurs machines.

 

(…)

 

‘Voyez plutôt : le père qui fait mourir son fils sous les mauvais traitements est condamné au plus à quinze jours de prison, tandis que celui qui endommage un vieux rouleau compresseur doit passer trois ans à l’ombre

 

(…)

 

‘Si jamais les femmes mettaient au monde des bicyclettes ou des pistolets à répétition, vous verriez comme il serait élégant de prendre soudain épouse, ou courrait au mariage à bride abattue ! » 

Marcin-Sacha-06.jpg

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Auteurs éternels
commenter cet article

_________________________

  • : Le blog d'Axel Evigiran
  • Le blog d'Axel Evigiran
  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
  • Contact