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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 17:54

dictionnaire-libertin-M52409.jpgLe Dictionnaire libertin de Patrick Wald Lasowski est le genre d’ouvrage dont il est bon de conserver la reliure, non pas au fond d’une bibliothèque hantée de poussière, mais dans le sillage de nos pérégrinations ordinaires. 

Que se soit au lever, une tasse de thé bouillant à la main – ou de tout autre breuvage à la convenance de chacun ; le soir juste avant le coucher, favorisant de la sorte les vapeurs des humeurs volages ; ou encore avant les siestes crapuleuses des après-midi alanguies – ou après, en guise de méditation métaphysique : c’est toujours réjouissance exquise que de savourer à minces gorgées le docte badinage qui suinte des pages de ce manuel à l’usage des grammairiens de la bagatelle, qui, soit dit en passant est « une petite chose, ou chose frivole, à laquelle les petits-maîtres et les gens oisifs donnent un prix infini ». 

 

Les méthodiques ou les plus studieux, seront sans doute tenté de lire le livre dans l’ordre alphabétique des entrées, commençant par cet incontournable  AAAAAH… avant d’aller jeter le regard sur la page suivante au mot ACCIDENT, ou l’on découvre le malheur d’un sujet frappé d’impuissance. « Bigore s’excuse comme il peut dans La Comtesse d’Olonne de Grandval père (1738) :

SENAC-DE-MEILHAN---ATTRIBUE-A.jpg

Bigdore. – Madame, pardonnez à ce triste accident,

     Il vient d’un trop plein d’amour

Argémie. – Ah ! ne m’aimez pas tant.

      Si votre trop d’amour cause votre impuissance,

      Honorez-moi, seigneur, de votre indifférence.

 

Les esprits se voulant anti-conformistes par principes, pourront bien prendre le livre a rebours et, commençant par le Z, apprendre que cette lettre « est la lettre-fleur dans la confusion des sexes ; lettre-foudre, qui marque le désir ; lettre-paillette, dont Voisenon éblouit ses lecteurs avec Zulmis, Zelmaïde, Zémangire,… ».

 

Quant aux dilettantes, ouvrant l’ouvrage au hasard, y puiseront le délice des rencontres fortuites. Ainsi la CANTHARIDE.

 

 

 

Du même auteur, on lira avec profits L’amour au temps des libertins.

 


CANTHARIDE

(Dictionnaire libertin)

 

La cantharide des boutiques, mouche d’Espagne ou de Milan, est un coléoptère qui sécrète une substance employée en pharmacie comme vésicatoire. On l’utilise également comme aphrodisiaque. Ambroise Paré rapporte la mésaventure d’un abbé à qui une prostituée offre une confiture « en laquelle y entraient des cantharides, pour mieux l’inciter au déduit vénérique ». Les conséquences sont épouvantables. L’abbé meurt « avec gangrène de la verge ».

Il faut dire de l’usage aphrodisiaque de la mouche ce que François La Mothe Le Vayer dit des flatteurs : « Il y a toujours quelque cantharide cachée sous la rose qu’ils présentent ».

 

(…)

 

Cela n’empêche pas le duc de Richelieu de les répandre autour de lui. Les pastilles à la Richelieu sont destinées aux femmes, qu’elles doivent rendre « folles d’amour ». Même usage chez le marquis de Sade, condamné à mort pour avoir empoisonné des filles à Marseille, en juin 1772, en leur faisant absorber une grande quantité de cantharides. Pidansat de Mairobert rapporte ces horreurs, devenues légendaires :

 

« Donnant, il y a quelques années, un bal à Marseille, il avait empoisonné ainsi tous les bonbons qu’il y distribuait, et bientôt toutes les femmes brûlées d’une fureur utérine, et les hommes devenus autant d’Hercules, convertirent cette fête en lupercales, et la salle du bal en un lieu public de prostitution »

 

(…)

ABBE-DUVERNE---Les-devotions-de-Madame-de-.jpg
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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 18:53

Quantom-13-quanto9.jpg

 

C’était la fin des années 80, l’époque où Les enfants du rock avaient substitué leur vieux générique,  New Order avec l’instrumental de Confusion, par The cure (Just like heaven)… J’aurai dû alors y songer : le remède au paradis, au lieu de cette vague de confusion synthétique aux contours ambigus ; cela ne pouvait que mal finir ! 

Ian Curtis était mort et, les doigts trop gourds pour faire de la guitare, je commençais tout juste à triturer un ordinateur doté de quelques kilos octets de mémoire vive – un Commodore, griffé Vic 20 en l’occurrence. Cela me permit de tirer quelques sons aux accents métalliques que j’assaisonnais de percutions bricolées avec des ustensiles de cuisine et de bruits divers, dont les pleurs de mon petit frère, que je sollicitais par de méchantes traîtrises  – la pénurie de moyen rend imaginatif. 

 

Miscellaneous.jpgPlus tard, tandis que les grandes années New wave s’exténuaient en mille mouvances plus ou moins obscures ; du sautillant au dépressif absolu, mon matériel s’étoffa : un clavier style supermarché et une véritable boite à rythme qui fit un temps ma fierté. Mais l’acmé de mes escapades musicales survint avec l’acquisition d’un sampleur, alors véritable boite à outil des musiques électroniques. Objet désirable entre tous ! Avec cette nouvelle machine je me mis à n’en plus finir à  boucler les sons les plus divers, du bruit d’un feu de cheminée aux extraits de films, passant par le singe en peluche poussant son cri, les triturant et les passants ensuite dans le lavoir d’effets de toutes sortes (reverb, delay crossover, etc.).

Avec le recul, je me rends compte que ce que j’aimais en particulier dans l’utilisation de ce style d’outils musicaux, étant de tempérament sauvage, c’était de pouvoir tout orchestrer seul ; me suffisant à moi-même. Ce qui n’empêcha pas mon frère, une fois grandi de rejoindre le projet et y associer une note de gothique au travers sa guitare. 

 

D’ordinaire on nous classait dans la case « coldwave » ou « darkwave ». Et si je n’ai jamais aimé les étiquettes, il demeure difficile de tout à fait les ignorer. 


Le morceau instrumental Elle est belle votre religion…date de la dernière époque de Quantom 1+3 et me fus inspiré par film que je trouvais alors fulgurant, Angel Heart (je ne l’ai pas revu depuis lors). D’ou l’idée de ce petit montage…

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 10:57

POSTER.jpg

Plutôt que de narrer l’histoire du Wing Chun, au demeurant passionnante, mais pour laquelle il me faudrait compiler plusieurs sources, n’étant moi-même pas véritablement au fait de la chose ; plutôt aussi qu’un exposé technique qui nécessiterait de ma part, pour m’y compromettre, une bonne dose de fatuité, j’ai choisi de simplement reprendre le texte de mon cahier - sans en retrancher le moindre mot - qui relate l’expérience, éminemment subjective, que j’ai tirée de ce stage de Sifu Lo Man Kam


Ce faisant je suis conscient de la totale inutilité de la démarche. Mais la vie n’est-elle pas, d’une certaine manière, cette suite de ronds dans l’eau qui, mis bout à bout, finissent par ricochet à faire sens - ou du moins voudrait-on s’en persuader par peur du vide ? – La surface de l’onde, à peine froissée, redevenant aussi vite étale. 

 


 

25 février au 02 mars 2013

 

LTR-2267551.jpgStage Wing Chun avec Lo Man Kam, le dernier semble-t-il avec lui, puisqu’à l’approche de 80 ans il en a décidé ainsi - quoi qu’il ne soit pas si formel… 

 

Si mon corps me soutient, j’aimerai assez afficher la même forme physique à cet âge-là. 

 

Cette semaine intensive (2h chaque soir, et le double le samedi et dimanche) m’aura en tout cas remotivé au-delà de toute expectative. A voir ce qu’il en sera dans la durée.


Troisième forme enfin commencée, je me sens gagner en précision et en efficacité, bien queLTR-3029321 mes soucis de coordination me rendent certains enchaînements hasardeux. A la vérité je pêche sur deux aspects essentiels ; en fait plutôt trois : tout d’abord, je ne m’investi pas assez mentalement, mon approche étant plutôt dilettante. S’en suit un manque de conviction dans les frappes et mouvements, trop souvent bâclés – aussitôt que je corrige tant soit peu l’éparpillement de mes pensées je constate une nette amélioration de ce côté là. C’est qu’il me manque cette rage de confrontation à l’adversaire, cette envie de passer tel ou tel enchaînement, voyant toujours mon vis-à-vis comme le partenaire d’un loisir, incapable que je suis de me projeter dans une situation réelle. S’ensuit une stagnation qui ne me satisfait pas, mais dont j’ai trop tendance à m’accommoder. Ensuite, il y a effectivement cet agaçant  problème de coordination qui découle du fait d’avoir été un gaucher contrarié. Et ce qui me fut un gros avantage dans la pratique du football empoisonne ici le moindre de mes mouvements : confondant droite et gauche, sautillant en trois gestes approximatifs - soubresauts intempestifs - lorsqu’il faudrait juste reculer d’un pas net, empêché de rotations fluides parce qu’il me faut réfléchir à chaque fois pour éviter de partir à l’inverse de ce que la situation réclame, ou encore m’embrouillant dans des effets miroirs ruinant la limpidité de mes placements - que ce soit des bras ou des jambes. Enfin il y a cette rigidité atavique couplée à un manque de décontraction musculaire qui m’incite, à mon détriment, aux passages en force ; c’est ainsi que je me détruit les épaules en pure perte. « relax ! » ne cesse de dire le maître. Mais dès que je cesse d’y songer - ou à la moindre mise en difficulté – le naturel revient au galop et tétanise mes muscles. 


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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 18:21

Baldridge-Jamie-01.jpg

En ce jour de farces, voici quelques citations délibérément choisies, autour du thème de la psychanalyse, et particulièrement autour de sa prétention à la scientificité. 

Un certain nombre des textes tirés ici sont induits par la lecture de l’essai de Jacques Bouveresse intitulé Philosophie, mythologie et pseudo-science, sous-titré, Wittgenstein lecteur de Freud. 

 

Philosophie--mythologie-et-pseudo-science.jpgIl n’est pas toujours aisé d’extraire telle ou telle citation, qui, une fois sortie de son contexte, sans forcément induire une interprétation biaisée, ne fait tout simplement pas sens. Ainsi, par exemple, pris isolément, cette citation de Sulloway demeure assez plate : « La collaboration de Breuer avec Freud a pris fin lorsque Freud a commencé à soutenir que la sexualité était cause essentielle de toute hystérie comme la plupart des autres névroses ». Ce qu’éclaire la suite du texte de J.Bouveresse : « Ce que Freud ne comprenait tout simplement pas est le genre de scrupule qui empêchait Breuer de généraliser, et de publier le plus vite possible ses résultats.(…) Freud raisonne comme un homme qui est convaincu qu’une fois qu’on aura accepté la bonne explication (la sienne), on se rendra compte qu’il n’y a fondamentalement qu’une seule espèce d’hystérie, de rêve, de lapsus, de mot d’esprit, etc. Il se comporte donc, aux yeux de Wittgenstein, non pas comme un scientifique proprement dit, mais plutôt comme un philosophe qui est convaincu de devoir et de pouvoir expliquer les ressemblances qui existent entre une multitudes de cas (…) par la reconnaissance de l’existence d’un état de chose extrêmement général qui leur est commun à tous, mais qui est dissimulé à une certaine profondeur sous la diversité des apparences ».

 

Je me suis par ailleurs questionné sur la pertinence ou non, d’organiser ces citations dans un certain ordre : par nom d’auteur, ou par thème. Je n’ai vu que de l’arbitraire et de la difficulté à placer telle saillie dans telle catégorie plutôt que telle autre. Aussi me suis-je contenté de laisser ces saillies dans l’ordre ou je les aie collectées.


Ceci posé, bonne lecture. 

 


 

« Freud prétend constamment être scientifique. Mais ce qu’il fournit est de la spéculation – quelque chose qui est antérieur même à la formulation d’une hypothèse ».

Wittgenstein, Lectures et conversations.

 

« Freud considérait comme indispensable de créer une école pour diffuser ses idées et imposer progressivement les vérités révolutionnaires qu’il était convaincu d’avoir découvertes. Wittgenstein ne croyait pas que la philosophie ait des vérités nouvelles à communiquer et ne voulait pas créer d’école ».

Jacques Bouveresse, Philosophie, mythologie et pseudo-science 

 

« Moi aussi, j’ai été très impressionné lorsque j’ai lu Freud pour la première fois. Il est extraordinaire. – Bien sûr, il est plein d’idées qui ne sont pas nettes, et son charme et le charme de son sujet sont tellement grands que vous pouvez aisément être mystifié. Il souligne toujours quelles grandes forces dans l’esprit, quels puissants préjugés travaillent contre l’idée de psychanalyse, mais il ne dit jamais quel charme énorme cette idée a pour les gens, exactement comme elle en a pour lui. Il peut y avoir de puissants préjugés qui vont contre l’idée de découvrir quelque chose de dégoûtant, mais c’est parfois infiniment plus attrayant que repoussant. A moins que vous ne pensiez très clairement, la psychanalyse est une pratique dangereuse et malpropre, et elle a fait un mal infini et, comparativement, très peu de bien. ».

Extrait lettre de Wittgenstein à Malcolm (1945)

 

« La psychanalyse est cette maladie mentale qui se prend pour sa propre thérapie »

Karl Kraus

Mars-Felip-01.jpg 

« La seule chose qu’en toute conscience j’aie à craindre de la psychanalyse, c’est la reproduction non autorisée d’un de mes textes. Voilà qui est sûr, mais qui se portera garant de mon inconscient ? Moi, je n’en savait rien, seules les psychanalystes en savent quelque chose. Ils savent où s’enterre le traumatisme et ils entendent l’herbe pousser sur un complexe. Ces commis des pulsions obsessionnels sont partout : ils n’ont pas laissé échapper le cas Grillparzer, Lenau ou Kleist, quant à l’apprenti sorcier de Goethe, ils n’ont pas encore réussi à se mettre d’accord pour dire s’il s’agit d’une sublimation ou incontinence. Si je leur dit que je me fiche d’eux, c’est que j’ai un problème anal. Pas de doute, déclarent les sceptiques, mon combat est une révolte contre le père et le motif de l’inceste se cache derrière chacune de mes phrases. Les apparences sont contre moi. Ce serait peine que de prouver mon alibido – ils m’ont repéré ! »  

Karl Kraus, Psychologie non autorisée 

 

« Freud n’hésite pas à affirmer qu’un contre-exemple apparent a été simplement produit par le désir (inconscient) de réfuter la théorie qu’il avance et à la transformer ainsi immédiatement en une confirmation supplémentaire. (…) Il est, du reste, curieux de constater que Freud éprouve manifestement beaucoup moins d’empressement à admettre la possibilité de rêves de complaisance ». 

Jacques Bouveresse

 

« Notre hypothèse d’un appareil psychique spatialement étendu, composé de façon appropriée, développée par les besoins de la vie, qui donne naissance qu’à un endroit déterminé et dans certaines conditions aux phénomènes de la conscience, nous a mis en position d’ériger la psychanalyse sur un fondement semblable à celui de n’importe qu’elle autre science de la nature, comme par exemple la physique. (…). Nous avons trouvé les moyens techniques qui permettent de combler les lacunes de nos phénomènes conscients, dont nous nous servons par conséquent comme les physiciens expérimentaux ».

Freud, Abrégé de psychanalyse

 

« De nombreux aspect de la théorie Freudienne ne trouvent pas de soutien, pas d’équivalent, dans les sciences cognitives contemporaines. La notion d’un inconscient qui serait intelligent, qui serait doté en soi d’intentions ou de désirs qui lui sont propres, l’idée que l’infantile est la source de tout l’inconscient, l’idée qu’il y ait un processus actif de refoulement qui renvoie vers le non-conscient des idées qui seraient dangereuses ou qui demanderaient à être censurées, ces questions là n’ont pas d’équivalent dans la psychologie contemporaine »

Stanislas Dehaene, le 6 janvier 2009 (L'inconscient cognitif : une introduction historique et critique).

 

 « Notre pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué… Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession... Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse. »

 Jacques  Lacan, le 26 janvier 1977 - Conférence de Bruxelles

 

« Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce [la psychanalyse] n'est pas une science du tout, parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique qui durera ce qu'elle durera. C'est une pratique de bavardage

Jacques  Lacan, Le séminaire de Jacques Lacan. Ornicar? 1979.

 

« Le freudisme a pour les consciences faibles quelque chose de fascinant que traduit bien son succès mondain ; ce succès n'est point étranger à son essence, mais en exprime l'incidence inévitable dans la conscience moderne. Celle-ci y pressent sa ruine et peut-être que toute passion, qui est un certain vertige de la liberté, y suppute, avec une perspicacité diabolique, son meilleur alibi. La conscience cherche une irresponsabilité de principe dans sa propre régression au vital, à l'infantile, et à l'ancestral ; le goût pour les explications freudiennes, en tant qu'elles sont une doctrine totale(en italique)de l'homme en chacun, c'est le goût pour les descentes aux enfers, afin d'y invoquer les fatalités d'en bas »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté

 

« Quelqu’un a-t-il un rêve d’angoisse à propos de la mort d’une personne aimée ? N’ayez aucune crainte ; cela aussi est la réalisation d’un désir ; car cela représente une résurgence d’un matériau psychique archaïque qui révèle qu’à un certain point dans la vie infantile du rêveur la mort de la personne était effectivement désirée. Le rêve d’anxiété a-t-il trait à la propre mort du rêveur ? Un autre cas de désir cette fois d’auto-punition à cause d’un complexe de culpabilité ».

Sebastiano Timpanaro

 

« Pourquoi est-ce que les confessions faites sous la torture, ressemblent tant aux communications faites par nos malades en cours de traitement ? »

Freud - (Lettre à Fliess du 17/01/1897)

 

« Technique que nous pratiquons à nos dépens, la psychanalyse dégrade nos risques, nos dangers, nos gouffres ; elle nous dépouille de nos impuretés, de tout ce qui nous rendait curieux de nous-mêmes. »

Cioran - Syllogismes de l’amertume

 

« La psychanalyse s'arrête quand le patient est ruiné. »

Carl Gustav Jung, Dialectique du moi et de l’inconscient.

 

« L'hypothèse psychanalytique selon laquelle les rêves ont la plus haute valeur significative est en fait rendue nécessaire par cette autre hypothèse encore plus fondamentale qu'est l'existence de l'inconscient freudien. Lire une description de l'inconscient faite par le psychanalyste, c'est lire un conte de fées. Tout y est terriblement excitant et dramatique. L'inconscient, nous explique-t-on, est une sorte d'antre ou d'enfer où sont envoyés les mauvaises pensées et les vilains désirs qui entrent en conflit avec nos devoirs sociaux du monde extérieur. A la porte de ce repaire, un être mystérieux qu'on appelle le censeur monte la garde afin de s'assurer qu'ils ne s'échappent pas [pour tenter d'atteindre la conscience] »

Aldous Huxley, Une supercherie pour notre siècle (1925)

 

« Le problème n’est plus démontrer qu’un acte manqué a un sens, mais plutôt de savoir comment on pourrait démontrer qu’il n’en a pas »

Jacques Bouveresse. 

 

« Wittgenstein soupçonne ouvertement Freud de faire, sous le nom de science et au nom de la science, de la (mauvaise) philosophie, c’est-à-dire d’ériger en vertu scientifique les vices les plus caractéristiques du comportement philosophique ordinaire »

Jacques Bouveresse

 

« Chaque fois que j’ai parlé de mes troubles de tout ordre à quelqu’un plus ou moins versé dans la psychanalyse, l’explication qu’il m’en a donné m’a toujours semblé insuffisante, voire nulle. Elle ne « collait » pas, tout simplement.  D’ailleurs je ne crois qu’aux explications biologiques  ou alors théologiques  des phénomènes psychiques.  La biochimie d’un côté -  Dieu et le Diable de l’autre »

Cioran, Cahiers 1957-1972

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 10:02

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N’ayant point d’appétence particulières aujourd’hui pour rédiger un nouveau billet avec quelques matières personnelles, je me contenterai de reprendre ici la citation de Frida Kahlo, tirée d’une lettre, qui charpente le cinglant commentaire du Chêne parlant, publié sur l’espace du Lorgnon en réponse à l’aigreur surréaliste d’un autre commentateur.

 

Je précise avoir lu à l’âge de 20 ans Les Chants de Maldoror, et que la complainte de Ducasse m’avait alors fait un effet tel qu’il me fallut relire le livre dans la foulée. 

Il me faut ajouter - ceci expliquant peut-être pour part cela - qu’alors j’écoutais en boucle le premier album de Noir désir, et en particulier le titre Les écorchés, où l’on pouvait entendre : 

 

« Allez enfouis-moi / Passe-moi par-dessus tous les bords / Mais reste encore / Un peu après / Que même la fin soit terminée / Moi j'ai pas allumé la mèche / C'est Lautréamont / Qui me presse / Dans les déserts / Là où il prêche / Ou devant rien / On donne la messe »


 

.

Je ne sais absolument pas quel serait aujourd’hui l’effet produit par une telle prose sur mes neurones.

Quoiqu’il en soi je n’ai jamais vraiment aimé Breton que j’ai toujours vu comme le gourou d’une sorte de secte. Aussi l’appréciation de Frida Kahlo me ravit-elle, elle qui ne s’est jamais considéré surréaliste, malgré bien des tentatives de récupérations. 

 


 

« Tu ne peux pas imaginer combien ces gens sont des fils de pute », écrivit-elle (1937) à Nicolas Muray en février, pleine de mépris pour les artistes parisiens. « Ils me font vomir. Ils sont si foutûment ‘intellectuels’ et dépravés que je ne peux vraiment pas les supporter plus longtemps. (…) Cela valait la peine de venir jusqu’ici rien que pour voir pourquoi l’Europe pourrit et que tous ces bons à rien sont la cause de tous les Hitlers et Mussolinis. Je donnerais ma tête à couper qu’aussi longtemps que je vivrai je haïrai cet endroit et ses habitants ».

 

Kahlo – Andrea Kettenmann – Taschen, P 51

Frida KHALO Muse e imaginaire la colonne Brise e 1944

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 15:12

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Il y a 20 ans, jour pour jour, il faisait grand soleil, le printemps pointait son nez et la température était douce. Le souvenir en est profondément ancré. 

P1060541.jpgCe matin c’est une toute autre musique. La neige recouvre la nature d’un manteau épais et vent souffle en blizzard, balayant les étendues vides, accumulant la poudre blanche en tas énormes. 

 

Bien dressé nous tentons néanmoins de prendre la voiture et au pas prendre la direction de la métropole. Il est tôt et la campagne encore déserte – du moins le croyons nous. Mais bientôt nous rattrapons le cortège funèbre des autres véhicules en perdition. Certains pour avoir été trop véloces reposent dans le fossé, tandis que d’autres, trop timorés ou maladroits se sont enlisés, parfois au milieu de la route. Nous persévérons cependant. Peine perdue. Un accident est annoncé à mi-chemin, contraignant à rebrousser. 


A la gare du village nous croisons des regards congelés aux mains agrippées à leurs cellulaires comme à des bouée de sauvetage. L’attente perdure, dans l’espoir d’un train, chacun nourrissant, malgré l’impuissance, un sourd sentiment de culpabilité. « Et si un collègue parvenait à se rendre malgré tout au travail, que penserait-on de nous ? », semblent dire les regards mi-navrés mi- perplexes. Ainsi va le naufrage… Tout ces travailleurs, décrits bien souvent par leur hiérarchie comme fainéants ou pas assez motivés, ils sont là, battant semelle sous la neige au bord des rails, anxieux. Les managers, du moins la cohortes de ceux qui ne dépendent que d’eux-mêmes - je parle d’expérience - n’ont pas les mêmes scrupules et sont restés au chaud, sans même tenter, dans leur véhicule de fonction, la moindre sortie. L’ouvrier ou l’employé, lui, risque le quart de sa paye si par malheur il verse au talus. Mais ainsi vont les choses.

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L’esprit rebelle –ou le détachement, je ne sais - est ici d’utilité. Et d’un ennui il faut savoir tirer un bénéfice.


Aussi, lâchant tout ce monde aux abois, c’est le retour en nos pénates, suivi de la décision de profiter de cette journée que nous accorde les intempéries. 

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Et aussitôt dans la campagne, avec mon fils et ma fille, dans le petit sentier qui courre loinP1060508.jpg derrière chez nous, entre les champs séparé d’un petit maquis par un ruisseau, c’est une autre journée qui commence. Une aventure qui nous conduit aux confins de notre petit univers, transfiguré par la tourmente. Le vent, rasant les champs en bourrasque nous pique le visage et nous rions. Nous nous imaginons dans la série « Game of throne », au-delà du mur, cernés par les marcheurs blancs. 

Suivant la trace des animaux nous rencontrons une compagnie de perdrix, un couple de faisans, un amoncellent de vanneaux huppés, une mésange charbonnière, venue très proche nous observer, puis, au détour d’un sentier, un chevreuil en quête de nourriture. 

Pas le moindre hominidé sur le l’horizon. Que du bonheur ! 

L’appétit et la fatigue venants, nous voltons alors dans la neige, non sans un dernier détour vers une petite mare ou nous nous rendons épisodiquement au cours de nos promenades depuis des années. Tout est y figé. Solennel. De la vieille cabane ne reste que quelques planches branlantes.

Cette journée sera inoubliable.

 

Et aujourd’hui, jour pour jour, ma fille a 20 ans. 

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 10:58

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Celui qui fut la voix de Taxi Girl vient de s’éteindre.

 

C’est tout un pan de ma jeunesse qui, à flots discontinus, me remonte aujourd’hui. Comme cette nuit, après les noces de la sœur d’un ami d’enfance, ou nous étions restés après le départ des convives à « garder la salle ». Ivres au-delà du raisonnable – mais pas assez pour tout oublier, nous avions mis la main sur une boîte de cigares. Et, alors que je ne fumais pas, je me mis à manger la fumée avec voracité, comme si je voulais me consumer ou saturer mes poumons de violence rentrée. Nous tanguions autour des tables saccagées, finissant les verres entamés entre deux éclats de rires. « Nous étions jeunes et fiers » ! 

Il me revient, sur la scène désertée, que je me mis à chanter, avec les intonations graves de celui qui alors me fascinait de ses accents sombres. Quelques mots tout d’abord, puis ce qui me revenait du texte entier, que je connaissais presque par cœur à force de l’avoir écouté. Pour quelques instants j’étais un ange noir, un écorché de l’âme tout comme lui, habité par « Avenue du crime », cette mélopée de sinistre beauté datée de 1981. 

C’était l’époque des radios libres et le lendemain matin nous étions sensés assurer, pour une poignée d’auditeurs qui devaient se compter sur la main, notre émission « Radio wave ». Ce que nous fîmes dans un état second. 

 

.

Il y eut aussi cet épisode un peu plus tard en Bourgogne en plein hiver, où mon cousin m’avait présenté à ses amis. De jeunes gens sympathiques, mais sans teinte particulière. Nous étions partis au milieu de la nuit gelée, en 2 CV, dans une boîte de nuit - un complexe énorme situé fort loin - ou ne passaient que des tubs disco, de la variété anglo-saxonne. C’était alors l’acmé de ma période branchée, et, avec ma tête du « Cure », passait pour un extraterrestre, une bête curieuse qu’on est fier d’avoir à ses côtés, mais que l’on tient à distance – sans doute par peur de contamination. Ma soirée était ruinée. Et, bientôt, seul dans la foule, je m’affalai sur une banquette pour ruminer mes mauvaises pensées. Je fus réveillé de ma torpeur par une mélodie faussement traînante, un timbre de voix teinté de sarcasme : « On ne sait pas ce qu'on attend, mais ça n'a pas d'importance parce que ça ne viendra pas ».

Taxi girl encore ! 

 

P.A.R.I.S.

 

Hé mec, c'est Paris ! 

Tu m'entends ? 

P-A-R-I-S.

Paris !

Respire le bon air mais fais gaffe quand meme. Tous les jours des mômes meurent d'en avoir respire un peu trop. Alors fais attention, et marche dans les rues, va au hasard ! 

À n'importe quel coin de n'importe quelle rue, tu rencontreras n'importe quel type, qui te proposera n'importe quoi : des diamants, si purs, mais… mais prend les dans tes mains, et jette-les par terre, tu verras, ils se brisent comme du verre. 

 

C'est Paris. 

À Paris, rien n'est pareil. Tout a tellement changé que c'est même plus une ville, c'est juste une grande poubelle.

La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus de place pour nos déchets à nous. C'est Paris, et à Paris, y'a rien a faire, juste marcher dans les rues, marcher dans les rues pendant qu'il fait jour, et attendre; attendre qui fasse un peu plus chaud, qu'il fasse un peu plus jour, qu'il fasse un peu d'amour.

 

P-A-R-I-S.

Paris !

On ne sait pas ce qu'on attend, mais ça n'a pas d'importance parce que ça ne viendra pas 

C'est Paris, 1984. Belle année !

Nos parents ? Nos parents avaient l'Espagne, mais qu'est-ce qui nous reste à nous, le Liban ? Ah.. il fait trop chaud la-bas !

Remarque, ici il fait un peu froid. Et ça, aucun radiateur au monde n'y peut rien.

Il fait froid dans nos têtes.

C'est pas Tokyo, Londres, New York ou Amsterdam, non. Non ! C'est Paris. Et a Paris, y'a rien à faire.

 

Paris ! Ville de nos rêves…

La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus place pour nos déchets à nous.

Il ne reste rien a faire, juste marcher dans les rues. Marcher dans les rues et attendre qu'il fasse un peu plus jour, qu'il fasse un peu plus chaud, ou qu'il fasse un peu d'amour.

Ah ! Ville de mes rêves, que feras tu quand tu seras seule, pourrie, 

des ruines un peu partout …?

 

Tu sais comment j'écris ton nom ? 

P-A-R-I-S.

 

Hé mec ! Mec, comment t'épelles Paris ? 

Paris ?

P-A-R-I-S.

Non! non, non, non, non! Paris ça s'épelle M-E-R-D-E.

 

Tu sais, tu devrais trouver quelqu'un qui remplisse ton cœur d'amour ou de calmant…

Enfin, de quelque chose.

Parce qu'on arrive toujours par erreur, par hasard, et trop tard.

Et La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus de place pour nos déchets à nous.

C'est Paris.

Paris ! Ville de nos rêves.

Mais a Paris, y'a rien n'a faire, juste marcher dans les rues.

 

P-A-R-I-S.

 

Alors marche, et attends… attends… attends…


 

.

Il y avait du Rimbaud chez cet homme.

Rimbaud qu’il admirait tant.

 

 

R.I.P Daniel. 

 

.

Daniel Darc, morceaux choisis

 

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 15:12

Akselsen-Geir-02.jpg

Tocqueville, me semble-t-il, est revenu depuis quelques années à la mode. Il n’est pas un débat où il est question de Démocratie sans une citation du maître es  δημοκρατία. On vante le visionnaire et le démocrate ; on salue le considérable arpenteur de l’Amérique des années Jackson, celui qui a mis en mot l’irrésistible ascension de la démocratie dans le Nouveau Monde, ce mouvement qui entraine les sociétés modernes vers le développement de l’égalité.

 

« Aux Etats-Unis, écrit Raymond Aron, Tocqueville n'a pas été seulement, en voya-geur, observer les mœurs et coutumes d'autres hommes, il a voulu, en sociologue, tout à la fois décrire une communauté unique et comprendre les particularités dans lesquelles s'exprime, outre-Atlantique, la tendance démocratique commune à l'Ancien et au Nouveau Monde. Dans son étude de l'Ancien Régime, il n'a pas seulement tenté, à la manière d'un disciple de Montesquieu, de rendre intelligibles des événements, il s'est efforcé de saisir et d'expliquer le cours de l'histoire de France considéré comme un mode singulier d'accession à l'âge démocratique. » (1)

 

De-la-democratie-en-Amerique---tome-1.jpgIl ne m’en a pas fallu davantage pour me convaincre de me coltiner avec le premier des deux gros volumes constituant cette œuvre monumentale (le premier tome a été publié en 1835 et le second en 1840), rédigé dans le style sec propre aux grand commis de l’Etats ou aux experts (ou prétendus tels).
S’il n’est pas question pour moi de contester la richesse de l’œuvre de Tocqueville - cela serait bien pédant de ma part -, force est de constater, à la lecture donc du pavé que constitue le premier tome de cette aventure américaine, que si j’y ai trouvé de bons et nobles morceaux, d’autres m’ont parus nettement plus difficiles à mastiquer, lorsqu’ils n’étaient pas simplement indigestes. Un plaisir en demi-teinte donc. A se demander, d’ailleurs, si absolument tous ceux qui disent vantent la fraicheur de l’entreprise Tocquevillienne l’ont vraiment lu.

 

On sait que Tocqueville, d’extraction noble, ne fut démocrate qu’à reculons. Mais ce n’est pas rien, si on en juge par ses parents ultra-royalistes. Mon but n’est pas ici d’y revenir ni de faire une exégèse d’une si monumentale œuvre, chose dont je n’ai ni le goût, ni le loisir, ni la capacité, mais de livrer à la réflexion de chacun quelques phrases picorées ici ou là au fil de ma lecture. Sans doute pourra-t-on trouver le procédé un peu vachard. Mais quoi ! Chacun tire Tocqueville du côté de ses propres préjugés et de l’idéologie du moment chère à son cœur ; et face à un écrit si épais et si dense la chose n’est pas supérieurement difficile. Ainsi d’aucuns affirmerons sans ambages que c’est « pour son libéralisme que Tocqueville est critiqué depuis un demi-siècle. Aron l’aurait tiré de l’oubli uniquement pour lutter contre le marxisme à une époque où il était en concurrence avec Jean-Paul Sartre ». D’autres iront chercher « dans les ouvrages de Tocqueville les arguments d'un plaidoyer pour le libéralisme économique ou ceux d'une critique du socialisme » et certains penseront, au contraire, que son travail sur la paupérisation «  permet d'introduire des nuances dans le libéralisme de Tocqueville ». Au final, au vu d’une telle diversité, mon procédé ne m’apparait pas si mauvais. Et puis, aux curieux d’aller lire l’ouvrage en son entier pour se faire leur propre idée.

 

Quoi qu’il en soit, et avant d’entrer dans le vif de ces quelques pauvres citations tirées de La démocratie en Amérique, qu’il me soit permis de clamer haut et fort ma préférence envers le simple voyageur qui rédigea Quinze jours au désert, à la statue intimidante du descendant de Saint Louis.

  Sarolta-Ban-01.jpg

« L’aristocratie est infiniment plus habile dans la science du législateur que ne saurait l’être la démocratie. Maîtresse d’elle-même, elle n’est point sujette à des entraînements passagers ; elle a de longs desseins qu’elle sait mûrir jusqu’à ce que l’occasion favorable se présente. L’aristocratie procède savamment ; elle connaît l’art de faire converger en même temps, vers un même point, la force collective de toutes ses lois ».

 

« en Amérique la législation est faite par le peuple et pour le peuple. Aux Etats-Unis, la loi se montre donc favorable à ceux qui, partout ailleurs, ont le plus d’intérêts à la violer. »

 ALEXIS DE TOCQUEVILLE

« … cette perception claire de l’avenir, fondée sur les lumières et l’expérience, qui doit souvent manquer à la démocratie. Le peuple sent bien plus qu’il ne raisonne ; »

 

« Cette faiblesse relative des républiques démocratiques, en temps de crise, est peut-être le plus grand obstacle qui s’oppose à ce qu’une pareille république se fonde en Europe ».

 

« Il se découvre, dans la corruption de ceux qui arrivent par hasard au pouvoir, quelque chose de grossier et de vulgaire qui la rend contagieuse pour la foule ; il règne, au contraire, jusque dans la dépravation des grands seigneurs, un certain raffinement aristocratique, un air de grandeur… »

 

« Le pauvre ne se fait pas une idée distincte des besoins que peuvent ressentir les classes supérieures de la société. Ce qui paraîtrait une somme modique à un riche, lui paraît une somme prodigieuse, à lui qui se contente du nécessaire ; et il estime que le gouverneur de l’Etat, pourvu de ses deux milles écus, doit encore se trouver heureux et exciter l’envie ».

 

« Le vote universel donne réellement le gouvernement des sociétés aux pauvres. L’influence fâcheuse que peut quelquefois exercer le pouvoir populaire sur les finances de l’Etat se fit bien voir dans certaines républiques démocratiques de l’antiquité, où le trésor public s’épuisait à secourir les citoyens indigents… »

 

captain-america2.jpg« Les grands talents et les grandes passions s’écartent en général du pouvoir, afin de poursuivre la richesse ; (…) C’est à ces causes autant qu’aux mauvais choix de la démocratie qu’il faut attribuer le grand nombre d’hommes vulgaires qui occupent les fonctions publiques. Aux Etats-Unis, je ne sais si le peuple choisirait les hommes supérieurs qui brigueraient ses suffrages, mais il est certains que ceux-ci ne les briguent pas ».

 

« Il se répand de plus en plus, aux Etats-Unis, une coutume qui finira par rendre vaines les garanties du gouvernement représentatif : il arrive très fréquemment que les électeurs en nommant un député, lui tracent un plan de conduite et lui imposent un certain nombre d’obligations positives dont il ne saurait nullement s’écarter ».

 

« Je ne connais pas de pays où il règne, en général, moins d’indépendance d’esprit et de véritable liberté de discussion qu’en Amérique ».

 

« Si l’Amérique n’a pas encore de grands écrivains, nous ne devons pas en chercher ailleurs les raisons (la tyrannie de la majorité) : il n’existe pas de génie littéraire dans liberté d’esprit, et il n’y a pas de liberté d’esprit en Amérique ».

Tocqueville-par-Daumier-Honore.jpg


(1) Raymond Aron, Idées politiques et vision historique de Tocqueville, Revue française de science politique, année   1960   - Volume   10

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 09:49

Janke.jpgAyant, lors d’un billet précédent, quelques peu écorné l’image de Vladimir Jankélévitch, pour rétablir un plus juste équilibre, voici tiré un petit passage de l’admirable livre d’entretien « Quelque part dans l’inachevé »(Gallimard, 1978).


De quoi me réconcilier avec le philosophe du je ne sais quoi et du presque rien... 

Jankelevitch---entretien.jpg

« C’est vrai que par instinct plutôt que par préférence expresse je me suis toujours adressé non pas à des personnes spécialisées dans la profession philosophique, mais à des gens simples que n’embarrassent ni une problématique conceptuelle ni une technique verbale ni les auteurs du programme. Vingt-cinq ans de cours radiodiffusés à Radio-Sorbonne m’ont convaincu de cette double vérité : la demande philosophique est restée très forte dans le public, et non seulement chez les gens simples, mais en général chez ceux qui ne sont pas du métier : médecins, juristes, mathématiciens... ; et de même la curiosité spéculative, le goût des idées, de l’analyse et de la discussion sont toujours aussi vifs chez les Français. Profanes, employés, étudiants désintéressés, ce sont eux les vrais défenseurs de la philosophie ; ce sont eux qui sauveront la philosophie contre la coalition des saboteurs et des pédants, des radoteurs et des terroristes. C’est à eux que je m’adresse. Je ne me sens vraiment à mon aise que parmi eux. C’est leur opinion à eux qu’importe. C’est leur estime à eux que je voudrais mériter. Non pas l’estime des snobs et des prétentieux ». 

 

 

« Je fais depuis très longtemps, un cours radio - diffusé, les lundis, et qui me vaut un auditoire invisible, n’est-ce pas. Pas très nombreux, mais quand même un auditoire ouvert, indéterminé, que je ne connais pas, et qui me vaut de temps en temps des lettres. Pas très souvent, mais de temps en temps. Et puis des auditeurs qui pour moi sont des auditeurs par excellence. C’est-à-dire un commerçant qui m’écoute à la radio parce que c’est son plaisir. Il ne veut pas faire une thèse avec moi, il ne demande rien, il n’attend rien de moi, mais ça l’intéresse d’écouter un cours sur cours sur n’importe quoi ; l’absence, l’hypocrisie... Je fais mon cours le lundi. Le lundi les magasins sont fermés et je suis très écouté par les commerçants du quartier Saint-Martin ; j’ai comme ça des amis invisibles. »

(Ce passage n'est pas sans faire Songer à l'entretien avec Jean-Claude Michéa ; cf philosphe pour boulangers)
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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 12:11

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L’œil amorphe, un thé bouillant à la main, je feuillette à peine réveillé le dernier Philosophie magasine. Il est question de Platon vu travers la lentille d’un très platonicien  professeur.Virtuel.jpg
Se trouve faite une opposition entre réel et virtuel ; entre l’analogique (physique) et le numérique (mathématique). Ainsi, les images anciennes, parce que de nature analogiques seraient plus véridiques que les images numériques.
Tartinant mon pain de confiture à la rhubarbe, tout récurant mon esprit après un beau rêve emplis d’oiseaux - d’avocettes et de garrots œil d’or en particulier -, je me met à songer que cette opposition n’a aucun sens ni fondement, et ne sert le propos de l’auteur que pour faire écran de fumée.
C’est là l’exemple typique d’un détournement prétendu docte, du fallacieux lyrisme technique qui ne cache à la vérité que la pauvreté d’une démonstration animée par un parti pris idéologique. En l’occurrence de conforter l’idée sempiternelle du « c’était mieux avant ». Car qui pour ne pas voir, mon bon monsieur, que sacrer le virtuel et  « tourner le dos à la réalité »,  « est porteur de lourdes menaces » ? 

Numérique - AnalogiqueMais revenons-en à nos moutons – ou nos chèvres. Un signal analogique n’est, en effet, que le reflet d’une grandeur qui varie continûment au cours du temps, et qui peut prendre n’importe quelles valeurs en amplitudes. C’est ce type de signal que l’on stockait jadis sur bandes magnétiques et les disques vinyles. Ce type de signal est aujourd’hui toujours utilisé dans l’industrie pour rendre compte de la variation d’une grandeur (par exemple une variation de pression, traduite par la variation d’un signal 4-20 mA ou 0-10V).
Un signal numérique, quant à lui, ne prend que deux valeurs au cours du temps. Ces valeurs correspondent aux niveaux logiques 0 ou 1 ; ce pourquoi on dit que ce signal est binaire.
Toute la rouerie (ou l’incompétence) du philosophe consiste donc ici à confondre la grandeur physique, soit la source du signal, et la manière de transcrire ce signal. Et quant à l’étymologie, Αναλογος ne signifie rien d’autre que « qui est en rapport avec, proportionnel ».

Un livre déjà ancien de Sokal et Brickmont qu’il serait bon de rééditer, Les impostures intellectuelles, avait en son temps épinglé une belle volée de philoso-fuligineux abusant d’un vocabulaire mathématique et scientifique qu’ils ne maitrisaient pas. Si les intéressés et leurs séides poussèrent des cris d’orfraie, y voyant – pour couper court à tout débat de fond – un « complot antifrançais ou antiphilosophique », l’ouvrage avait reçu, entre autres, le soutien de Jacques Bouvresse, qui a la foulée publia Prodiges et vertiges de l'analogie, ou il dénonçait un usage abusif du fameux théorème de Gödel.

« Tant de paroles pour les paroles seules » s’exclamait à raison Montaigne. Et cette boursouflure de l’ego de ces maîtres en « grande robe de pédant », cette façon de faire le paon dans un domaine dans lequel on est notoirement incompétent,  s’il relève bien évidement de l’escroquerie intellectuelle nimbé d’un certain goût pour la sophisterie, parce qu’il agit précisément comme « véritable intoxication verbale », mérite tant le panthéon de la fatuité que l’âpreté de la riposte.
The_making_of_avatar_front_cover.jpg
Pour finir sur une anecdote, hier soir lisant quelques pages de la très belle Histoire de la philosophie de Bertrand Russel, je soulignais à propos de Sparte :


« L’Etat de Sparte nous apparait comme modèle en miniature du régime que le nazisme aurait établit s’il avait été victorieux. Les grecs pensent autrement ». Bertrand Russel fait bien d’ajouter cette précision et de développer le propos ; cela évite toute tentation de transposition et d’amalgame douteux. Car si certains grecs admiraient Sparte, l’un des motifs en était sa stabilité politique. Ceci dit, et en écho à un passage de l’excellent « Démocratie athénienne au temps de Démosthène » de M.H Hansen dont je suis occupé à faire une fiche de lecture, rien n’empêche de considérer que Platon, en glorifiant Sparte mais vivant à Athènes, était bien aise de cracher de la sorte dans la soupe. Et comme l’indique un discours de Démosthène en 355, il pas inutile de relever que « la différence la plus importante entre les systèmes politiques de Sparte et d’Athènes est qu’à Athènes il est permis de louer celui de Sparte et de dénigrer le sien propre, tandis qu’à Sparte nul ne peut louer aucun autre système que celui de Sparte ».

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