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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 10:46

Pour qui aime les ambiances médiévales… Ou du moins, n’y est pas tout à fait allergique.

Un pas de côté, léger sous la brise du soir. Tiré du dernier album de Faun, Von den Elben, sorti en début de cette année…

 

Une aguiche, en premier lieu, que j’agrémenterai d’une citation de Pessoa, puisque Le livre de l’intranquillité se trouve déjà ouvert près de moi, à une page que je n’ai pas choisie :

 

« Mon âme est un orchestre caché ; je ne sais de quels instruments il joue et résonne en moi, cordes et harpes, timbales et tambours. Je ne me connais que comme symphonie ».

 

.

Ensuite, le morceau de consistance, second titre de l’album, « Diese kalte Nacht », ou « Cette nuit froide », à en croire les sites de traduction en ligne. 

Le décors manque ici de ruines…


Mais suivront des mélodies plus sombres, plus déchirées aussi.

 

.

Avec Faun, suintent aussi des ambiances aliénantes, avec des percussions, des trilles de cornemuses hypnotiques.

Mais depuis Clément Rosset, se raconte que « la musique n’en dit jamais plus que ce qu’elle dit », sauf, bien évidement, à invoquer des « rêveries personnelles et purement extra-musicales ».

Alors oui, je me prend à rêver, me disant que tout de même, avec Andro, si ce n’est point délibéré, la musique ici résonne et cogne ma carcasse d’une manière telle que l’on penserait que c’est à dessein que ma tête se met à osciller en rytme, que mes épaules s’animent de leur propre volonté… 

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Published by Axel Evigiran - dans Musique - Med-folk & Metal
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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 08:29

« Quand les bobos se déguisent en pauvres, ils doivent faire leur lessive eux-mêmes ». (1)

 

Je sais bien cette que citation, tirée de L’égoïste romantique de F.Beigbeder, est incompréhensible hors son contexte. Il n’empêche : nous sommes vendredi et c’est le printemps, même si ici le ciel s’est effondré sur les toits de tuiles rouges. 


De plus je suis en vacances ! 

l-egoiste-romantique_couv.jpg

« Vous partez ou ? »fit mon chef mi-doucereux, mi dédaigneux me serrant la main avec un air important. « Mais nulle part », répondis-je. J’aurai tout aussi bien dire, si j’en avais eu la présence d’esprit : « Dans mon jardin, à l’abri des sots , en épicurien », ou encore « A la recherche du temps retrouvé, à l’ombre d’une abbaye en ruine » ; que sais-je encore… 


Mais j’ai juste dis « Nulle part ». Et lui, aussitôt de rétorquer, avec une mine de supériorité réjouie : « En congé ! Vous allez donc en congé, en vacances c’est lorsque l’on part ! ».


Moi : « Pourtant il me semble bien que le mot vacances proviens du terme latin vacans, participe passé de vacare et qui correspond au temps libre, au temps passé à ne rien faire ».


Je l’avoue, cette répartie ne m’est pas venue toute seule, puisque, en créature malfaisante que je suis, je l’avais préparée de longue date déjà, ou cas ou ce fat ressortirai sa fameuse distinction. Ce présomptueux qui d’ailleurs, n’ayant jamais mis les pieds à Madrid mais voulant se faire mousser devant un collègue – a qui il conseillait évidemment une autre ville d’Espagne -  a appelé, pour notre plus grand bonheur, le musée du Prado le Pardo ! 

 

Et dire que ce genre d’anecdotes j’en ai un plein carton… 

 



 


(1) voir, pour meilleure compréhension, pages 183 / 184 de ce roman écrit sous forme d'un journal - un vendredi de printemps précisément. 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 08:11

La Paz

 

Comme la plupart des gens âgés, ma mère est affectée de cette propension maladive à se débarrasser de tout ce qui l’encombre. Ainsi, chaque semaine, anticipant ma venue, vide-t-elle son grenier et ses placards innombrables truffés d’ustensiles tous plus obsolètes les uns que les autres, histoire de me les refiler avec un air de satisfaction. « Tiens ça fera plaisir aux enfants », dit-elle cette fois, présentant un sac Cora rempli de vielles peluches élimées sorties dont on ne sait où. Une autre fois c’est un moulin à café électrique hors d’usage ou un gros téléphone portable de première génération cassé. « Je sais que ton fils aime démonter tout ce qui est électronique »…

 

A la vérité je sais bien, depuis la mise en place du tri sélectif, qu’elle a juste eu la flemme d’aller se défaire de ces vestiges des années du consumérisme triomphant à la déchèterie locale. Mais, en fils bien éduqué – la sachant aussi assez « soupe au lait », j’évite de la contrarier et dit simplement merci, un vague sourire de circonstance aux lèvres. C’est là le pris de ma tranquillité.

 P1160672.jpg

Il arrive que s’y mêlent des objets plus incongrus, comme cette vielle boite en tôle de cigarillos « La Paz » remplie d’un assortiment de clous à moitié rouillés, d’écrous, de vis diverses, un trombone, une cheville en plastique et même un bouton – Elle sait pourtant que je ne bricole pas. Mais, me dis-je alors, c’est toujours mieux que de retrouver tout ça bien emballé, avec les petits autocollants idoines, aux noëls ou aux anniversaires ; ainsi cette fois ou ma cousine reçut un appareil photo argentique antédiluvien – genre Kodak à bas prix.
A ces purges hebdomadaires se joint la cohorte incontournable des journaux et revues, auxquels se mêlent parfois quelques livres. Il faut préciser que ma mère vivant dans une impasse où la moyenne d’âge doit avoisiner les 70 ans, on se refile allègrement ces magazines people que personne, évidemment, n’achète. Et le point de concentration de tout ce fatras, après circulation, c’est chez elle.

 

Entre les bourrelets de telle star d’un jour et les infidélités de tel autre sportif paillette, trônent un certains nombre de Figaros cornés à mon attention : soit sur les invasions de Roms, soit sur les dépenses somptuaires de la gauche caviar ou sur l’énorme gâchis dépenses sociales, soit encore sur les délits des « soi-disant » français et sur l’insécurité galopante. Il arrive que s’y perde parfois un Nouvel Obs., mais alors c’est parce qu’il contient un article sur le Bio, lui aussi, nous dit-on, saturé de pesticide, comme l’atteste d’ailleurs ces phrases cinglantes stabilotées au jaune, un air de dire « Tu vois !… ».

 

Je ne serai pas complet si j’omettais de préciser qu’à tout cela s’ajoute la grosse pile de Voix du Nord (utile en hiver pour faire partir la cheminée), mais aussi des paquets de prospectus publicitaires les plus divers sur des magasins ou je ne mettrai jamais les pieds, des programmes TV périmés et des livrets d’expositions divers et variés, genre « l’histoire du tricot », que ma mère à piqué par poignées, juste animée de l’idée : c’est gratuit je prends ! 

 

Mais un miracle peut arriver.
Et ce fut le cas ce mercredi, avisant un roman des collections France Loisir : C’était La carte et le territoire de Houellebecq.
Je n’avais plus rien lu de lui depuis Les particules élémentaires.

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Published by Axel Evigiran - dans Société
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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 17:54

dictionnaire-libertin-M52409.jpgLe Dictionnaire libertin de Patrick Wald Lasowski est le genre d’ouvrage dont il est bon de conserver la reliure, non pas au fond d’une bibliothèque hantée de poussière, mais dans le sillage de nos pérégrinations ordinaires. 

Que se soit au lever, une tasse de thé bouillant à la main – ou de tout autre breuvage à la convenance de chacun ; le soir juste avant le coucher, favorisant de la sorte les vapeurs des humeurs volages ; ou encore avant les siestes crapuleuses des après-midi alanguies – ou après, en guise de méditation métaphysique : c’est toujours réjouissance exquise que de savourer à minces gorgées le docte badinage qui suinte des pages de ce manuel à l’usage des grammairiens de la bagatelle, qui, soit dit en passant est « une petite chose, ou chose frivole, à laquelle les petits-maîtres et les gens oisifs donnent un prix infini ». 

 

Les méthodiques ou les plus studieux, seront sans doute tenté de lire le livre dans l’ordre alphabétique des entrées, commençant par cet incontournable  AAAAAH… avant d’aller jeter le regard sur la page suivante au mot ACCIDENT, ou l’on découvre le malheur d’un sujet frappé d’impuissance. « Bigore s’excuse comme il peut dans La Comtesse d’Olonne de Grandval père (1738) :

SENAC-DE-MEILHAN---ATTRIBUE-A.jpg

Bigdore. – Madame, pardonnez à ce triste accident,

     Il vient d’un trop plein d’amour

Argémie. – Ah ! ne m’aimez pas tant.

      Si votre trop d’amour cause votre impuissance,

      Honorez-moi, seigneur, de votre indifférence.

 

Les esprits se voulant anti-conformistes par principes, pourront bien prendre le livre a rebours et, commençant par le Z, apprendre que cette lettre « est la lettre-fleur dans la confusion des sexes ; lettre-foudre, qui marque le désir ; lettre-paillette, dont Voisenon éblouit ses lecteurs avec Zulmis, Zelmaïde, Zémangire,… ».

 

Quant aux dilettantes, ouvrant l’ouvrage au hasard, y puiseront le délice des rencontres fortuites. Ainsi la CANTHARIDE.

 

 

 

Du même auteur, on lira avec profits L’amour au temps des libertins.

 


CANTHARIDE

(Dictionnaire libertin)

 

La cantharide des boutiques, mouche d’Espagne ou de Milan, est un coléoptère qui sécrète une substance employée en pharmacie comme vésicatoire. On l’utilise également comme aphrodisiaque. Ambroise Paré rapporte la mésaventure d’un abbé à qui une prostituée offre une confiture « en laquelle y entraient des cantharides, pour mieux l’inciter au déduit vénérique ». Les conséquences sont épouvantables. L’abbé meurt « avec gangrène de la verge ».

Il faut dire de l’usage aphrodisiaque de la mouche ce que François La Mothe Le Vayer dit des flatteurs : « Il y a toujours quelque cantharide cachée sous la rose qu’ils présentent ».

 

(…)

 

Cela n’empêche pas le duc de Richelieu de les répandre autour de lui. Les pastilles à la Richelieu sont destinées aux femmes, qu’elles doivent rendre « folles d’amour ». Même usage chez le marquis de Sade, condamné à mort pour avoir empoisonné des filles à Marseille, en juin 1772, en leur faisant absorber une grande quantité de cantharides. Pidansat de Mairobert rapporte ces horreurs, devenues légendaires :

 

« Donnant, il y a quelques années, un bal à Marseille, il avait empoisonné ainsi tous les bonbons qu’il y distribuait, et bientôt toutes les femmes brûlées d’une fureur utérine, et les hommes devenus autant d’Hercules, convertirent cette fête en lupercales, et la salle du bal en un lieu public de prostitution »

 

(…)

ABBE-DUVERNE---Les-devotions-de-Madame-de-.jpg
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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 18:53

Quantom-13-quanto9.jpg

 

C’était la fin des années 80, l’époque où Les enfants du rock avaient substitué leur vieux générique,  New Order avec l’instrumental de Confusion, par The cure (Just like heaven)… J’aurai dû alors y songer : le remède au paradis, au lieu de cette vague de confusion synthétique aux contours ambigus ; cela ne pouvait que mal finir ! 

Ian Curtis était mort et, les doigts trop gourds pour faire de la guitare, je commençais tout juste à triturer un ordinateur doté de quelques kilos octets de mémoire vive – un Commodore, griffé Vic 20 en l’occurrence. Cela me permit de tirer quelques sons aux accents métalliques que j’assaisonnais de percutions bricolées avec des ustensiles de cuisine et de bruits divers, dont les pleurs de mon petit frère, que je sollicitais par de méchantes traîtrises  – la pénurie de moyen rend imaginatif. 

 

Miscellaneous.jpgPlus tard, tandis que les grandes années New wave s’exténuaient en mille mouvances plus ou moins obscures ; du sautillant au dépressif absolu, mon matériel s’étoffa : un clavier style supermarché et une véritable boite à rythme qui fit un temps ma fierté. Mais l’acmé de mes escapades musicales survint avec l’acquisition d’un sampleur, alors véritable boite à outil des musiques électroniques. Objet désirable entre tous ! Avec cette nouvelle machine je me mis à n’en plus finir à  boucler les sons les plus divers, du bruit d’un feu de cheminée aux extraits de films, passant par le singe en peluche poussant son cri, les triturant et les passants ensuite dans le lavoir d’effets de toutes sortes (reverb, delay crossover, etc.).

Avec le recul, je me rends compte que ce que j’aimais en particulier dans l’utilisation de ce style d’outils musicaux, étant de tempérament sauvage, c’était de pouvoir tout orchestrer seul ; me suffisant à moi-même. Ce qui n’empêcha pas mon frère, une fois grandi de rejoindre le projet et y associer une note de gothique au travers sa guitare. 

 

D’ordinaire on nous classait dans la case « coldwave » ou « darkwave ». Et si je n’ai jamais aimé les étiquettes, il demeure difficile de tout à fait les ignorer. 


Le morceau instrumental Elle est belle votre religion…date de la dernière époque de Quantom 1+3 et me fus inspiré par film que je trouvais alors fulgurant, Angel Heart (je ne l’ai pas revu depuis lors). D’ou l’idée de ce petit montage…

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 10:57

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Plutôt que de narrer l’histoire du Wing Chun, au demeurant passionnante, mais pour laquelle il me faudrait compiler plusieurs sources, n’étant moi-même pas véritablement au fait de la chose ; plutôt aussi qu’un exposé technique qui nécessiterait de ma part, pour m’y compromettre, une bonne dose de fatuité, j’ai choisi de simplement reprendre le texte de mon cahier - sans en retrancher le moindre mot - qui relate l’expérience, éminemment subjective, que j’ai tirée de ce stage de Sifu Lo Man Kam


Ce faisant je suis conscient de la totale inutilité de la démarche. Mais la vie n’est-elle pas, d’une certaine manière, cette suite de ronds dans l’eau qui, mis bout à bout, finissent par ricochet à faire sens - ou du moins voudrait-on s’en persuader par peur du vide ? – La surface de l’onde, à peine froissée, redevenant aussi vite étale. 

 


 

25 février au 02 mars 2013

 

LTR-2267551.jpgStage Wing Chun avec Lo Man Kam, le dernier semble-t-il avec lui, puisqu’à l’approche de 80 ans il en a décidé ainsi - quoi qu’il ne soit pas si formel… 

 

Si mon corps me soutient, j’aimerai assez afficher la même forme physique à cet âge-là. 

 

Cette semaine intensive (2h chaque soir, et le double le samedi et dimanche) m’aura en tout cas remotivé au-delà de toute expectative. A voir ce qu’il en sera dans la durée.


Troisième forme enfin commencée, je me sens gagner en précision et en efficacité, bien queLTR-3029321 mes soucis de coordination me rendent certains enchaînements hasardeux. A la vérité je pêche sur deux aspects essentiels ; en fait plutôt trois : tout d’abord, je ne m’investi pas assez mentalement, mon approche étant plutôt dilettante. S’en suit un manque de conviction dans les frappes et mouvements, trop souvent bâclés – aussitôt que je corrige tant soit peu l’éparpillement de mes pensées je constate une nette amélioration de ce côté là. C’est qu’il me manque cette rage de confrontation à l’adversaire, cette envie de passer tel ou tel enchaînement, voyant toujours mon vis-à-vis comme le partenaire d’un loisir, incapable que je suis de me projeter dans une situation réelle. S’ensuit une stagnation qui ne me satisfait pas, mais dont j’ai trop tendance à m’accommoder. Ensuite, il y a effectivement cet agaçant  problème de coordination qui découle du fait d’avoir été un gaucher contrarié. Et ce qui me fut un gros avantage dans la pratique du football empoisonne ici le moindre de mes mouvements : confondant droite et gauche, sautillant en trois gestes approximatifs - soubresauts intempestifs - lorsqu’il faudrait juste reculer d’un pas net, empêché de rotations fluides parce qu’il me faut réfléchir à chaque fois pour éviter de partir à l’inverse de ce que la situation réclame, ou encore m’embrouillant dans des effets miroirs ruinant la limpidité de mes placements - que ce soit des bras ou des jambes. Enfin il y a cette rigidité atavique couplée à un manque de décontraction musculaire qui m’incite, à mon détriment, aux passages en force ; c’est ainsi que je me détruit les épaules en pure perte. « relax ! » ne cesse de dire le maître. Mais dès que je cesse d’y songer - ou à la moindre mise en difficulté – le naturel revient au galop et tétanise mes muscles. 


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Published by Axel Evigiran - dans Wing chun
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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 18:21

Baldridge-Jamie-01.jpg

En ce jour de farces, voici quelques citations délibérément choisies, autour du thème de la psychanalyse, et particulièrement autour de sa prétention à la scientificité. 

Un certain nombre des textes tirés ici sont induits par la lecture de l’essai de Jacques Bouveresse intitulé Philosophie, mythologie et pseudo-science, sous-titré, Wittgenstein lecteur de Freud. 

 

Philosophie--mythologie-et-pseudo-science.jpgIl n’est pas toujours aisé d’extraire telle ou telle citation, qui, une fois sortie de son contexte, sans forcément induire une interprétation biaisée, ne fait tout simplement pas sens. Ainsi, par exemple, pris isolément, cette citation de Sulloway demeure assez plate : « La collaboration de Breuer avec Freud a pris fin lorsque Freud a commencé à soutenir que la sexualité était cause essentielle de toute hystérie comme la plupart des autres névroses ». Ce qu’éclaire la suite du texte de J.Bouveresse : « Ce que Freud ne comprenait tout simplement pas est le genre de scrupule qui empêchait Breuer de généraliser, et de publier le plus vite possible ses résultats.(…) Freud raisonne comme un homme qui est convaincu qu’une fois qu’on aura accepté la bonne explication (la sienne), on se rendra compte qu’il n’y a fondamentalement qu’une seule espèce d’hystérie, de rêve, de lapsus, de mot d’esprit, etc. Il se comporte donc, aux yeux de Wittgenstein, non pas comme un scientifique proprement dit, mais plutôt comme un philosophe qui est convaincu de devoir et de pouvoir expliquer les ressemblances qui existent entre une multitudes de cas (…) par la reconnaissance de l’existence d’un état de chose extrêmement général qui leur est commun à tous, mais qui est dissimulé à une certaine profondeur sous la diversité des apparences ».

 

Je me suis par ailleurs questionné sur la pertinence ou non, d’organiser ces citations dans un certain ordre : par nom d’auteur, ou par thème. Je n’ai vu que de l’arbitraire et de la difficulté à placer telle saillie dans telle catégorie plutôt que telle autre. Aussi me suis-je contenté de laisser ces saillies dans l’ordre ou je les aie collectées.


Ceci posé, bonne lecture. 

 


 

« Freud prétend constamment être scientifique. Mais ce qu’il fournit est de la spéculation – quelque chose qui est antérieur même à la formulation d’une hypothèse ».

Wittgenstein, Lectures et conversations.

 

« Freud considérait comme indispensable de créer une école pour diffuser ses idées et imposer progressivement les vérités révolutionnaires qu’il était convaincu d’avoir découvertes. Wittgenstein ne croyait pas que la philosophie ait des vérités nouvelles à communiquer et ne voulait pas créer d’école ».

Jacques Bouveresse, Philosophie, mythologie et pseudo-science 

 

« Moi aussi, j’ai été très impressionné lorsque j’ai lu Freud pour la première fois. Il est extraordinaire. – Bien sûr, il est plein d’idées qui ne sont pas nettes, et son charme et le charme de son sujet sont tellement grands que vous pouvez aisément être mystifié. Il souligne toujours quelles grandes forces dans l’esprit, quels puissants préjugés travaillent contre l’idée de psychanalyse, mais il ne dit jamais quel charme énorme cette idée a pour les gens, exactement comme elle en a pour lui. Il peut y avoir de puissants préjugés qui vont contre l’idée de découvrir quelque chose de dégoûtant, mais c’est parfois infiniment plus attrayant que repoussant. A moins que vous ne pensiez très clairement, la psychanalyse est une pratique dangereuse et malpropre, et elle a fait un mal infini et, comparativement, très peu de bien. ».

Extrait lettre de Wittgenstein à Malcolm (1945)

 

« La psychanalyse est cette maladie mentale qui se prend pour sa propre thérapie »

Karl Kraus

Mars-Felip-01.jpg 

« La seule chose qu’en toute conscience j’aie à craindre de la psychanalyse, c’est la reproduction non autorisée d’un de mes textes. Voilà qui est sûr, mais qui se portera garant de mon inconscient ? Moi, je n’en savait rien, seules les psychanalystes en savent quelque chose. Ils savent où s’enterre le traumatisme et ils entendent l’herbe pousser sur un complexe. Ces commis des pulsions obsessionnels sont partout : ils n’ont pas laissé échapper le cas Grillparzer, Lenau ou Kleist, quant à l’apprenti sorcier de Goethe, ils n’ont pas encore réussi à se mettre d’accord pour dire s’il s’agit d’une sublimation ou incontinence. Si je leur dit que je me fiche d’eux, c’est que j’ai un problème anal. Pas de doute, déclarent les sceptiques, mon combat est une révolte contre le père et le motif de l’inceste se cache derrière chacune de mes phrases. Les apparences sont contre moi. Ce serait peine que de prouver mon alibido – ils m’ont repéré ! »  

Karl Kraus, Psychologie non autorisée 

 

« Freud n’hésite pas à affirmer qu’un contre-exemple apparent a été simplement produit par le désir (inconscient) de réfuter la théorie qu’il avance et à la transformer ainsi immédiatement en une confirmation supplémentaire. (…) Il est, du reste, curieux de constater que Freud éprouve manifestement beaucoup moins d’empressement à admettre la possibilité de rêves de complaisance ». 

Jacques Bouveresse

 

« Notre hypothèse d’un appareil psychique spatialement étendu, composé de façon appropriée, développée par les besoins de la vie, qui donne naissance qu’à un endroit déterminé et dans certaines conditions aux phénomènes de la conscience, nous a mis en position d’ériger la psychanalyse sur un fondement semblable à celui de n’importe qu’elle autre science de la nature, comme par exemple la physique. (…). Nous avons trouvé les moyens techniques qui permettent de combler les lacunes de nos phénomènes conscients, dont nous nous servons par conséquent comme les physiciens expérimentaux ».

Freud, Abrégé de psychanalyse

 

« De nombreux aspect de la théorie Freudienne ne trouvent pas de soutien, pas d’équivalent, dans les sciences cognitives contemporaines. La notion d’un inconscient qui serait intelligent, qui serait doté en soi d’intentions ou de désirs qui lui sont propres, l’idée que l’infantile est la source de tout l’inconscient, l’idée qu’il y ait un processus actif de refoulement qui renvoie vers le non-conscient des idées qui seraient dangereuses ou qui demanderaient à être censurées, ces questions là n’ont pas d’équivalent dans la psychologie contemporaine »

Stanislas Dehaene, le 6 janvier 2009 (L'inconscient cognitif : une introduction historique et critique).

 

 « Notre pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué… Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession... Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse. »

 Jacques  Lacan, le 26 janvier 1977 - Conférence de Bruxelles

 

« Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce [la psychanalyse] n'est pas une science du tout, parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique qui durera ce qu'elle durera. C'est une pratique de bavardage

Jacques  Lacan, Le séminaire de Jacques Lacan. Ornicar? 1979.

 

« Le freudisme a pour les consciences faibles quelque chose de fascinant que traduit bien son succès mondain ; ce succès n'est point étranger à son essence, mais en exprime l'incidence inévitable dans la conscience moderne. Celle-ci y pressent sa ruine et peut-être que toute passion, qui est un certain vertige de la liberté, y suppute, avec une perspicacité diabolique, son meilleur alibi. La conscience cherche une irresponsabilité de principe dans sa propre régression au vital, à l'infantile, et à l'ancestral ; le goût pour les explications freudiennes, en tant qu'elles sont une doctrine totale(en italique)de l'homme en chacun, c'est le goût pour les descentes aux enfers, afin d'y invoquer les fatalités d'en bas »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté

 

« Quelqu’un a-t-il un rêve d’angoisse à propos de la mort d’une personne aimée ? N’ayez aucune crainte ; cela aussi est la réalisation d’un désir ; car cela représente une résurgence d’un matériau psychique archaïque qui révèle qu’à un certain point dans la vie infantile du rêveur la mort de la personne était effectivement désirée. Le rêve d’anxiété a-t-il trait à la propre mort du rêveur ? Un autre cas de désir cette fois d’auto-punition à cause d’un complexe de culpabilité ».

Sebastiano Timpanaro

 

« Pourquoi est-ce que les confessions faites sous la torture, ressemblent tant aux communications faites par nos malades en cours de traitement ? »

Freud - (Lettre à Fliess du 17/01/1897)

 

« Technique que nous pratiquons à nos dépens, la psychanalyse dégrade nos risques, nos dangers, nos gouffres ; elle nous dépouille de nos impuretés, de tout ce qui nous rendait curieux de nous-mêmes. »

Cioran - Syllogismes de l’amertume

 

« La psychanalyse s'arrête quand le patient est ruiné. »

Carl Gustav Jung, Dialectique du moi et de l’inconscient.

 

« L'hypothèse psychanalytique selon laquelle les rêves ont la plus haute valeur significative est en fait rendue nécessaire par cette autre hypothèse encore plus fondamentale qu'est l'existence de l'inconscient freudien. Lire une description de l'inconscient faite par le psychanalyste, c'est lire un conte de fées. Tout y est terriblement excitant et dramatique. L'inconscient, nous explique-t-on, est une sorte d'antre ou d'enfer où sont envoyés les mauvaises pensées et les vilains désirs qui entrent en conflit avec nos devoirs sociaux du monde extérieur. A la porte de ce repaire, un être mystérieux qu'on appelle le censeur monte la garde afin de s'assurer qu'ils ne s'échappent pas [pour tenter d'atteindre la conscience] »

Aldous Huxley, Une supercherie pour notre siècle (1925)

 

« Le problème n’est plus démontrer qu’un acte manqué a un sens, mais plutôt de savoir comment on pourrait démontrer qu’il n’en a pas »

Jacques Bouveresse. 

 

« Wittgenstein soupçonne ouvertement Freud de faire, sous le nom de science et au nom de la science, de la (mauvaise) philosophie, c’est-à-dire d’ériger en vertu scientifique les vices les plus caractéristiques du comportement philosophique ordinaire »

Jacques Bouveresse

 

« Chaque fois que j’ai parlé de mes troubles de tout ordre à quelqu’un plus ou moins versé dans la psychanalyse, l’explication qu’il m’en a donné m’a toujours semblé insuffisante, voire nulle. Elle ne « collait » pas, tout simplement.  D’ailleurs je ne crois qu’aux explications biologiques  ou alors théologiques  des phénomènes psychiques.  La biochimie d’un côté -  Dieu et le Diable de l’autre »

Cioran, Cahiers 1957-1972

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Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 10:02

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N’ayant point d’appétence particulières aujourd’hui pour rédiger un nouveau billet avec quelques matières personnelles, je me contenterai de reprendre ici la citation de Frida Kahlo, tirée d’une lettre, qui charpente le cinglant commentaire du Chêne parlant, publié sur l’espace du Lorgnon en réponse à l’aigreur surréaliste d’un autre commentateur.

 

Je précise avoir lu à l’âge de 20 ans Les Chants de Maldoror, et que la complainte de Ducasse m’avait alors fait un effet tel qu’il me fallut relire le livre dans la foulée. 

Il me faut ajouter - ceci expliquant peut-être pour part cela - qu’alors j’écoutais en boucle le premier album de Noir désir, et en particulier le titre Les écorchés, où l’on pouvait entendre : 

 

« Allez enfouis-moi / Passe-moi par-dessus tous les bords / Mais reste encore / Un peu après / Que même la fin soit terminée / Moi j'ai pas allumé la mèche / C'est Lautréamont / Qui me presse / Dans les déserts / Là où il prêche / Ou devant rien / On donne la messe »


 

.

Je ne sais absolument pas quel serait aujourd’hui l’effet produit par une telle prose sur mes neurones.

Quoiqu’il en soi je n’ai jamais vraiment aimé Breton que j’ai toujours vu comme le gourou d’une sorte de secte. Aussi l’appréciation de Frida Kahlo me ravit-elle, elle qui ne s’est jamais considéré surréaliste, malgré bien des tentatives de récupérations. 

 


 

« Tu ne peux pas imaginer combien ces gens sont des fils de pute », écrivit-elle (1937) à Nicolas Muray en février, pleine de mépris pour les artistes parisiens. « Ils me font vomir. Ils sont si foutûment ‘intellectuels’ et dépravés que je ne peux vraiment pas les supporter plus longtemps. (…) Cela valait la peine de venir jusqu’ici rien que pour voir pourquoi l’Europe pourrit et que tous ces bons à rien sont la cause de tous les Hitlers et Mussolinis. Je donnerais ma tête à couper qu’aussi longtemps que je vivrai je haïrai cet endroit et ses habitants ».

 

Kahlo – Andrea Kettenmann – Taschen, P 51

Frida KHALO Muse e imaginaire la colonne Brise e 1944

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Published by Axel Evigiran - dans Citations d'outre-tombe
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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 15:12

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Il y a 20 ans, jour pour jour, il faisait grand soleil, le printemps pointait son nez et la température était douce. Le souvenir en est profondément ancré. 

P1060541.jpgCe matin c’est une toute autre musique. La neige recouvre la nature d’un manteau épais et vent souffle en blizzard, balayant les étendues vides, accumulant la poudre blanche en tas énormes. 

 

Bien dressé nous tentons néanmoins de prendre la voiture et au pas prendre la direction de la métropole. Il est tôt et la campagne encore déserte – du moins le croyons nous. Mais bientôt nous rattrapons le cortège funèbre des autres véhicules en perdition. Certains pour avoir été trop véloces reposent dans le fossé, tandis que d’autres, trop timorés ou maladroits se sont enlisés, parfois au milieu de la route. Nous persévérons cependant. Peine perdue. Un accident est annoncé à mi-chemin, contraignant à rebrousser. 


A la gare du village nous croisons des regards congelés aux mains agrippées à leurs cellulaires comme à des bouée de sauvetage. L’attente perdure, dans l’espoir d’un train, chacun nourrissant, malgré l’impuissance, un sourd sentiment de culpabilité. « Et si un collègue parvenait à se rendre malgré tout au travail, que penserait-on de nous ? », semblent dire les regards mi-navrés mi- perplexes. Ainsi va le naufrage… Tout ces travailleurs, décrits bien souvent par leur hiérarchie comme fainéants ou pas assez motivés, ils sont là, battant semelle sous la neige au bord des rails, anxieux. Les managers, du moins la cohortes de ceux qui ne dépendent que d’eux-mêmes - je parle d’expérience - n’ont pas les mêmes scrupules et sont restés au chaud, sans même tenter, dans leur véhicule de fonction, la moindre sortie. L’ouvrier ou l’employé, lui, risque le quart de sa paye si par malheur il verse au talus. Mais ainsi vont les choses.

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L’esprit rebelle –ou le détachement, je ne sais - est ici d’utilité. Et d’un ennui il faut savoir tirer un bénéfice.


Aussi, lâchant tout ce monde aux abois, c’est le retour en nos pénates, suivi de la décision de profiter de cette journée que nous accorde les intempéries. 

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Et aussitôt dans la campagne, avec mon fils et ma fille, dans le petit sentier qui courre loinP1060508.jpg derrière chez nous, entre les champs séparé d’un petit maquis par un ruisseau, c’est une autre journée qui commence. Une aventure qui nous conduit aux confins de notre petit univers, transfiguré par la tourmente. Le vent, rasant les champs en bourrasque nous pique le visage et nous rions. Nous nous imaginons dans la série « Game of throne », au-delà du mur, cernés par les marcheurs blancs. 

Suivant la trace des animaux nous rencontrons une compagnie de perdrix, un couple de faisans, un amoncellent de vanneaux huppés, une mésange charbonnière, venue très proche nous observer, puis, au détour d’un sentier, un chevreuil en quête de nourriture. 

Pas le moindre hominidé sur le l’horizon. Que du bonheur ! 

L’appétit et la fatigue venants, nous voltons alors dans la neige, non sans un dernier détour vers une petite mare ou nous nous rendons épisodiquement au cours de nos promenades depuis des années. Tout est y figé. Solennel. De la vieille cabane ne reste que quelques planches branlantes.

Cette journée sera inoubliable.

 

Et aujourd’hui, jour pour jour, ma fille a 20 ans. 

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Published by Axel Evigiran - dans Société
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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 10:58

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Celui qui fut la voix de Taxi Girl vient de s’éteindre.

 

C’est tout un pan de ma jeunesse qui, à flots discontinus, me remonte aujourd’hui. Comme cette nuit, après les noces de la sœur d’un ami d’enfance, ou nous étions restés après le départ des convives à « garder la salle ». Ivres au-delà du raisonnable – mais pas assez pour tout oublier, nous avions mis la main sur une boîte de cigares. Et, alors que je ne fumais pas, je me mis à manger la fumée avec voracité, comme si je voulais me consumer ou saturer mes poumons de violence rentrée. Nous tanguions autour des tables saccagées, finissant les verres entamés entre deux éclats de rires. « Nous étions jeunes et fiers » ! 

Il me revient, sur la scène désertée, que je me mis à chanter, avec les intonations graves de celui qui alors me fascinait de ses accents sombres. Quelques mots tout d’abord, puis ce qui me revenait du texte entier, que je connaissais presque par cœur à force de l’avoir écouté. Pour quelques instants j’étais un ange noir, un écorché de l’âme tout comme lui, habité par « Avenue du crime », cette mélopée de sinistre beauté datée de 1981. 

C’était l’époque des radios libres et le lendemain matin nous étions sensés assurer, pour une poignée d’auditeurs qui devaient se compter sur la main, notre émission « Radio wave ». Ce que nous fîmes dans un état second. 

 

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Il y eut aussi cet épisode un peu plus tard en Bourgogne en plein hiver, où mon cousin m’avait présenté à ses amis. De jeunes gens sympathiques, mais sans teinte particulière. Nous étions partis au milieu de la nuit gelée, en 2 CV, dans une boîte de nuit - un complexe énorme situé fort loin - ou ne passaient que des tubs disco, de la variété anglo-saxonne. C’était alors l’acmé de ma période branchée, et, avec ma tête du « Cure », passait pour un extraterrestre, une bête curieuse qu’on est fier d’avoir à ses côtés, mais que l’on tient à distance – sans doute par peur de contamination. Ma soirée était ruinée. Et, bientôt, seul dans la foule, je m’affalai sur une banquette pour ruminer mes mauvaises pensées. Je fus réveillé de ma torpeur par une mélodie faussement traînante, un timbre de voix teinté de sarcasme : « On ne sait pas ce qu'on attend, mais ça n'a pas d'importance parce que ça ne viendra pas ».

Taxi girl encore ! 

 

P.A.R.I.S.

 

Hé mec, c'est Paris ! 

Tu m'entends ? 

P-A-R-I-S.

Paris !

Respire le bon air mais fais gaffe quand meme. Tous les jours des mômes meurent d'en avoir respire un peu trop. Alors fais attention, et marche dans les rues, va au hasard ! 

À n'importe quel coin de n'importe quelle rue, tu rencontreras n'importe quel type, qui te proposera n'importe quoi : des diamants, si purs, mais… mais prend les dans tes mains, et jette-les par terre, tu verras, ils se brisent comme du verre. 

 

C'est Paris. 

À Paris, rien n'est pareil. Tout a tellement changé que c'est même plus une ville, c'est juste une grande poubelle.

La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus de place pour nos déchets à nous. C'est Paris, et à Paris, y'a rien a faire, juste marcher dans les rues, marcher dans les rues pendant qu'il fait jour, et attendre; attendre qui fasse un peu plus chaud, qu'il fasse un peu plus jour, qu'il fasse un peu d'amour.

 

P-A-R-I-S.

Paris !

On ne sait pas ce qu'on attend, mais ça n'a pas d'importance parce que ça ne viendra pas 

C'est Paris, 1984. Belle année !

Nos parents ? Nos parents avaient l'Espagne, mais qu'est-ce qui nous reste à nous, le Liban ? Ah.. il fait trop chaud la-bas !

Remarque, ici il fait un peu froid. Et ça, aucun radiateur au monde n'y peut rien.

Il fait froid dans nos têtes.

C'est pas Tokyo, Londres, New York ou Amsterdam, non. Non ! C'est Paris. Et a Paris, y'a rien à faire.

 

Paris ! Ville de nos rêves…

La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus place pour nos déchets à nous.

Il ne reste rien a faire, juste marcher dans les rues. Marcher dans les rues et attendre qu'il fasse un peu plus jour, qu'il fasse un peu plus chaud, ou qu'il fasse un peu d'amour.

Ah ! Ville de mes rêves, que feras tu quand tu seras seule, pourrie, 

des ruines un peu partout …?

 

Tu sais comment j'écris ton nom ? 

P-A-R-I-S.

 

Hé mec ! Mec, comment t'épelles Paris ? 

Paris ?

P-A-R-I-S.

Non! non, non, non, non! Paris ça s'épelle M-E-R-D-E.

 

Tu sais, tu devrais trouver quelqu'un qui remplisse ton cœur d'amour ou de calmant…

Enfin, de quelque chose.

Parce qu'on arrive toujours par erreur, par hasard, et trop tard.

Et La poubelle est pleine depuis si longtemps qu'il n'y a plus de place pour nos déchets à nous.

C'est Paris.

Paris ! Ville de nos rêves.

Mais a Paris, y'a rien n'a faire, juste marcher dans les rues.

 

P-A-R-I-S.

 

Alors marche, et attends… attends… attends…


 

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Il y avait du Rimbaud chez cet homme.

Rimbaud qu’il admirait tant.

 

 

R.I.P Daniel. 

 

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Daniel Darc, morceaux choisis

 

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