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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 07:49

LeonSpilliaert---Autoportrait-1907.jpg

 

Lorsque animé de l’idée saugrenue, il y a de cela désormais un peu plus de deux ans, d’ouvrir un blog, ma principale idée était d’y rassembler, à la manière d’un herbier, outre de menues notes de lectures, les matières collectées lors de mes pérégrinations sur la toile. Le motif en était simple, prosaïque, quelque peu égoïste : pouvoir retrouver et consulter à loisir poèmes, conférences, bons mots, écrits, etc. depuis n’importe quel endroit ; particulièrement depuis ma cellule professionnelle. Je trouvais cette façon plus élégante que de piteux signets, marque-pages, clés USB toujours dans la poche, et si cela pouvait profiter à autrui pourquoi non ?

 
Et puis, je conviens, œuvrer secrètement dans mon coin à une forme d’esthétique virtuelle, de mise en musique de mes photographies mentales, habillait parfois cet ennui dont se trouvent accablés les dépris du travail – mais qui doivent faire comme si. J’appliquais alors sans le savoir une méthode tirée des arts martiaux chinois, le non agir agissant, fort bien décrite dans ce qui devint pour moi le véritable bréviaire du ‘motivé’ résistant, des efficaces à la lisière ; je veux parler de cette Eloge de la démotivation de Guillaume Paoli, brûlot (porté à l’index chez les DRH) dont je relis assez régulièrement – particulièrement les jours de piqûres managériales - les passages mis en partage ici.

 

C’est ainsi que, fidèle au principe que je m’étais donné, mes premiers billets ne furent que la mise en ligne de textes et d’images livrés quasi ex-abrupto.
Cela prit ensuite, peu à peu, des proportions que je n’avais pas prévues. La faute m’en incombe, avec le partage de quelques récits de voyages et les premiers textes pouvant prêter à polémique. Pourquoi avais-je ainsi infléchi mes résolutions ? La griserie sans doute y a bonne part, tant il me flattait de constater une certaine activité sur cet ilot famélique. Cela me valut le plaisir d’un compagnonnage islandais et de cheminer ainsi un temps non loin de Minerve. Cela me valut aussi les premiers commentaires, les premières objections. Et il me fallut, honnêteté oblige, y répondre et parfois entrer dans le débat.

  

La toute première fois cela se trouva être à propos de la psychanalyse, le souvenir en reste vif. magritte_la_reproduction_interdite-1937.jpgJ’avais titré, il faut dire : « Psychanalyse : Huxley – une supercherie pour notre siècle ». Aujourd’hui j’en assume toujours la moindre virgule ; je me serai même radicalisé sur le volet des prétentions thérapeutiques de cette pseudoscience – l’anthropologie, et la vision du monde de Freud est un autre sujet. Passons.


Survint ensuite l’épisode déjà narré d’une dispute à propos de la meilleure façon de lire Montaigne, différent qui se révéla être en réalité plutôt malentendu que désaccord de fond.
Ce qui est sûr, c’est que je dus alors me hausser sur la pointe des pieds pour ne point apparaître trop falot. Et tant le feu du style que l’érudition de la docte contradiction, me contraignirent à un exercice salutaire de mise au clair de ses pensées.

  

La tenue d’un blog peut être ainsi un fort bon métier à tisser, ou le tas du forgeron ; un lieu où l’on s’essaye, se confronte, s’éprouve ; un lieu de partage et d’expression sur le principe des affinités électives… Un lieu qui trouve aussi ses limites et ses biais.
Aujourd’hui je me trouve rendu à un rythme de croisière, tachant d’alterner billets qui me prennent du temps à rédiger, à ceux repris de mon grenier qu’il m’est possible de mettre en forme en un tour de main ; ceux encore nécessitant investissement – ou engagement - personnel et ceux que je contemple d’un œil étranger. Mouvement de balancier régulier, tic-tac de la mise en danger et de la prise de distance tout à la fois, alternance ou l’on abandonne, qu’on le veuille ou non – sinon quel intérêt ?, quelques miettes de soi-même. L’objectif, sinon la finalité, au moins publier un peu de son humeur une fois la semaine.

 

Ainsi suis-je mon propre bourreau. Mais, outre l’addiction, le plaisir que j’en retire étant toujours supérieur à la somme des peines, en bon utilitariste - ce que je ne crois pas être sur le fond – je ne vois point de motif à suspendre l’édification des tourelles et des remparts de ce château de sable qu’un clic suffirait à détruire.


Qui sait combien de temps encore tel état d’âme perdurera. Ce qui est sûr, c’est que sous le charme d’une semaine consacrée au romancier nouvelliste sur les NCC, mon intention première était de parler de Maupassant, et que je n’en ai rien fait !
Demain est un autre jour.

 Le-Parmesan---Autoportrait-dans-un-miroir-convexe---ver.jpg

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Marilyn Manson – Born Vilain

« Life is but a walking shadow, a poor player that struts and frets his hour upon the stage and then is heard no more: this is a tale told by an idiot, full of sound and fury,that signifies nothing »

 

La vie n'est qu'une ombre qui marche, un pauvre acteur qui se pavane et s'agite à son heure sur la scène et puis qu'on n'entend plus : il s'agit d'un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, cela ne signifie rien.

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Published by Axel Evigiran - dans Bouteilles à la mer
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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 22:13

Paul-Delaroche-Napoleon-a-Fontaineblau.jpg

 

« Ce qu'il a commencé par l'épée , je l'achèverai par la plume ... » se serait un jour écrié Balzac, grand admirateur de Napoléon. Autre indéfectible partisan du général corse fut celui qui sera nommé sous-lieutenant au sein du 6e régiment de dragons après Marengo, Stendhal. A l’étranger, chez l’ennemi même, certains éprouveront ce genre d’émoi. Ainsi Hegel et son petit mot devenu célèbre : « J'ai vu l'Empereur — cette âme du monde — sortir de la ville pour aller en reconnaissance ». Bien d’autres suivront dans les générations à venir ; des simples admirateurs aux dévots les plus furieux.

 

De la même façon, longtemps, au souvenir de mes leçons d’histoires en classes de primaire et au collège, Napoléon m’apparut tel un phare incontournable dressé sur la tempête de notre récent passé.
Du général de génie, de l’inventeur du Code civil, de l’Empereur de tous les français, qui avait réussi à étirer les frontières jusqu’aux confins de l’Europe, de tout cela on m’avait rebattu les oreilles, aussi bien à l’école que dans mon entourage immédiat.
Je fus un élève placide – à dire vrai moyennement intéressé par la période de l’Empire, préférant nettement le Moyen Age, la préhistoire et les civilisations antiques - , peu porté donc à la contestation de la parole des maîtres et des adultes porteurs de l’autorité.
Ce ne fut que plus tard, lorsque confronté à d’autres avis sur le bonhomme que me prit l’envie de vérifier les dires que j’avais, jusqu’alors, engrangés pour monnaies sonnantes et trébuchantes. Je pressentais bien que cette affaire épique participait sourdement au roman national, que cette biographie du grand homme relevait peut-être, de ce qu’on appellera plus tard le ‘story telling’. Mais je ne songeais point y trouver ce qui me sembla alors relever de la falsification des mémoires.

 

Je lus deux livres à charge.Napoleon-imposture.png
Celui de Roger Caratini tout d’abord,  l’année même de sa parution (1998) Napoléon, une imposture. La préface commençait de la sorte : « Ce livre n’est ni une biographie, ni un pamphlet contre Napoléon Bonaparte : il dénonce l’imposture qui a consisté à le dépeindre comme une des plus grandes gloires de l’histoire de France ». Si l’ouvrage est controversé – y figurerait certains côtés outranciers ou anachroniques -, il n’en demeure pas moins une lecture décapante et argumentée valant détour. 
Ensuite me fut offert Le crime de Napoléon de Claude Ribbe sorti en 2005, livre qui relatait les circonstances du rétablissement de l’esclave et la traite aux Antilles en 1802.

 

Il me manquait cependant une approche plus neutre, plus ‘universitaire, dirai-je, pour parfaire ou contredire mon sentiment sur l’épopée napoléonienne. C’est chose désormais faite avec la lecture de L’empire de Napoléon d’Annie Jourdan, étude synthétique rondement menée et agrémentée d’un glossaire critique fort utile. C’est là un livre que j’ai piqué dans la bibliothèque de ma fille ; il faisait partie de son nécessaire du début d’année scolaire.

 


Voici les notes de lectures – très partielles – que j’en ai tiré. Puissent-elles susciter l’envie de se plonger dans le livre.


Jourdan-titres.jpg

Une vie
Naissance d’une ambition
Un jeune homme solitaire
Empire-Napoleon.jpgA l’école militaire de Brienne, il a neuf ans (…). A cette date, ce n’est pas son génie qui frappe ses professeurs, mais ses lacunes. Médiocre dans les lettres et les langues, peu brillant en histoire et en géographie, s’il excelle, c’est dans les mathématiques et le calcul. (…) Sa solitude, il ne tarde pas à le meubler de lectures…
Entre-temps décède le père, Charles Bonaparte. Napoléon est promu chef de famille et compense le manque affectif et l’isolement par une maturité précoce et un sens pratique inédit.
A en croire Joseph, « ses habitudes étaient celles d’un jeune homme appliqué et studieux (..), un admirateur passionné de Rousseau, amateur des chef-d’œuvre de Corneille, de Racine, de Voltaire », qui lisait Platon, Cicéron, Tite-live et Tacite, Montaigne, Montesquieu et Raynal.
Depuis 1786, il est officier, sorti 42e sur 58 de sa promotion et doit apprendre le métier d’artilleur à Auxonne, ce qui ne l’empêche ni de poursuivre ses études littéraires et historiques, ni d’accumuler les congés dans son île natale.

 

En Corse, à plusieurs reprises, confronté à de vives déconvenues, Bonaparte en conclut que, vus de près, « les hommes valent peu la peine que l’on se donne (…) pour mériter leur faveur ». Il n’en continue pas moins d’admirer Paoli et de le soutenir. Jusqu’en juin 1793, il se refuse à croire en la perfidie du patriarche.
Menacé d’arrestation, rejeté de ses compatriotes, obligé de fuir au plus vite avec sa famille, Bonaparte n’a d’autre choix que de rentrer en France.
Sa première et véritable mission : la libération de Toulon. Entre juin et septembre 1793, le jeune capitaine s’affirme non seulement comme patriote, mais encore comme patriote jacobin. (…)
Sa lettre du 22 juin 1792 en dit long à ce sujet, où il taxe les jacobins de « fous ». (…) Si, dans la plupart de ses lettres et de ses textes, il célèbre l’union et la modération, il encourage malgré tout Joseph à « ménager ceux qui peuvent être et ont été nos amis ». Déjà apparaît chez le jeune officier l’opportunisme qui lui sera propre et que dénonce à la même époque son frère Lucien : « … je le crois capable de volter casque ».

 


Un militaire cultivé et la découverte d’une ambition
Jean-Auguste-Dominique-Ingres-Napoleon-Ier-sur-le-trone-i.jpgChasser les anglais de Toulon : La fameuse victoire du 29 frimaire an II (23 décembre 1793) ne transforme pourtant pas du jour au lendemain le jeune officier corse en héros national, tout juste en général de brigade. (…)
Dans les 6 mois qui suivent, le général de brigade reçoit le commandement de l’artillerie à l’armée d’Italie et conçoit ses premières stratégies en vue de la campagne à venir. Campagne qui ne verra pas son accomplissement, car le célèbre Carnot s’y oppose, et la chute de Robespierre et de ses partisans coupe net tout espoir d’imposer d’autres vues. Bonaparte, qui a donc échappé de justesse à la répression thermidorienne, doit se contenter d’un poste au bureau topographique de la Guerre.
Bonaparte ne perd pourtant pas son temps (…) mais cultive des relations de tous genres dans l’espoir d’un avenir plus clément. Qu’il ait des raisons d’espérer, c’est ce que confirme la décision de Barras de l’avoir à ses côtés le 13 vendémiaire an IV, pour mettre un terme aux agissements  des sections royalistes : une journée qui transforme l’inconnu du bureau topographique en général Vendémiaire. (…) Ces  premiers succès ne brisent point son rêve d’une brillante campagne italienne et il assiège le Directoire des projets les plus audacieux. (…) Carnot se décide à le nommer commandant de l’armée d’Italie. Entre-temps, le général a rencontré Joséphine de Beauharnais, dont il est tombé amoureux. Il est un proche du directeur Barras. L’une et l’autre lui facilitent l’entrée dans le ‘beau monde’ parisien. C’est ainsi que meurt le 4 germinal an IV Buonaparte et que naît Bonaparte. L’étranger s’est définitivement francisé.

 

Ce qui séduisit Barras, ce fut le contraste entre la faiblesse corporelle du jeune homme et la force de son énergie, l’agitation de son esprit, « le mérite d’une activité courageuse ». (…) Mais sans doute pensait-il également que ce protégé se laisserait aisément diriger et serait un soutien énergique et fidèle au Directoire exécutif.
Envoyé en Italie en 1796, il a conquis en mai le Piémont et la Lombardie (…). Les victoires audacieuses du jeune général, la puissance de ses vues et l’énergie de l’exécution contribuent à raffermir cet ascendant auprès des soldats et des officiers.
A l’admiration s’ajoute bientôt la reconnaissance. Car le paiement de la solde se fait en numéraire, le pillage est parfois toléré. (…) Au fil de ses succès italiens, Bonaparte découvre aussi son talent de stratège. Il instaure des pratiques qui lui concilient les militaires : nouveaux grades, récompenses symboliques ou matérielles, avantages particuliers, armes d’honneur.
Auprès des civils qui le rejoignent à Milan, une autre tactique s’impose. Il ne s’agit plus de briller en tant que général victorieux, mais de séduire par les activités de l’esprit. (…)  Décrit par le botaniste Thouin, Bonaparte fait preuve d’une grande amabilité vis-à-vis de ses visiteurs. Le général en chef, écrit-il, fête ‘beaucoup les personnes invitées, rappelant à chacune ce qu’elle avait produit de plus marquant et parlant de ses ouvrages en homme de goût’. Ce qui frappe ici c’est que Bonaparte soit si bien informé. (…) Un des visiteurs – l’écrivain Arnault – en vient à se demander si la déférence de Bonaparte envers, écrivains, artistes et savants émane d’une véritable sympathie ou d’un calcul politique et si l’amitié que lui voue le général ne découle pas du désir d’avoir ‘à sa disposition un représentant de la littérature de l’époque’. (…) Mieux que personne avant lui, Bonaparte a compris de quel poids pèse l’opinion publique dans la renommée.
Son génie consiste plus précisément à parler à chacun son langage et à témoigner un vif intérêt à quiconque jouit d’une certaine réputation.

Peinture-de-Meissonier--1814-Campagne-de-France---Apres-la.jpg 

Les lettres dont il assaille le Directoire trahissent une autorité impérieuse et la conscience de sa valeur et de sa puissance. Il est le maître de l’Italie. Et il le sait. (…) C’est donc un tout autre homme qui revient en France. Un homme qui, entre-temps, s’est acquis une clientèle, celle de Talleyrand, par exemple.
La campagne d’Egypte qui s’amorce quelques mois après le retour à Paris va permettre à Bonaparte de réaliser un rêve de jeunesse : le fameux rêve oriental… (…) N’a-t-il pas avoué à Bourienne : ‘l’Europe n’est qu’une taupinière. Tout s’use ici. Il faut aller en Orient ; toutes les gloires viennent de là’ ? Le nouvel Alexandre perçoit dans cette expédition le moyen ou jamais de rester dans les mémoires (…).
Le but visé en est précis, même s’il ne s’exprime pas ouvertement : valoriser l’étrange figure de Bonaparte. (…)
Bonaparte savait séduire les hommes par une apparence d’équité, d’humanité, de sincérité, par son activité et son énergie, sa curiosité et son intérêt pour les sciences, les lettres et les arts, et par ses initiatives débordant d’admirables promesses.

  ous l'Empire, Girodet profitant d'une messe au château de

Sur la terre des anciens pharaons, l’aventure sera moins agréable que prévu. (…) (Et si) la création de l’Institue d’Egypte et de La Décade égyptienne contribue au prestige de la campagne et assure Bonaparte d’une curiosité soutenue et d’une réputation scientifique accrue, en fructidor an VII, de plus en plus de voix s’élèvent, jusqu’au Conseil des Cinq-Cents, pour regretter son absence, pour s’interroger sur une expédition qui, avec le recul du temps et la situation déplorable, apparaît comme un piège tendu par Pitt et Talleyrand pour se défaire du Héros. (…) Les pires rumeurs circulent, stimulées par la presse étrangère. Bonaparte serait malade, blessé, voire assassiné. Et puis arrive l’incroyable nouvelle : tel Ulysse, le général débarque à l’improviste. De Fréjus à Paris, la traversée est un voyage triomphale.

 

L’impossible légitimité
Le 18 brumaire, ou la journée des Dupes ?
A son arrivée à Paris, un enthousiasme général accueille la Vainqueur de l’Egypte. (…) Le bruit court, adroitement colporté, que Bonaparte revient pour conclure un traité avec la Turquie, ce qui permet évidemment d’occulter le fait que le vainqueur a abandonné son armée. (…) Le héros, tout comme à son retour d’Italie, s’enveloppe de mystère. Il affiche une simplicité, une modestie, une réserve qui font l’admiration des parisiens. Il attend son heure et affecte de se plaire auprès des savants, des écrivains, des musiciens et des artistes, tandis qu’il reçoit discrètement de futurs acolytes : Regnaud de Saint-Jean d’Angély, Roederer, Talleyrand et qu’il tente de se concilier les membres influents des deux Conseils.
En ce mois d'octobre 1799, Bonaparte a-t-il été réellement sollicité, ainsi qu'il le prétendra plus tard, par divers partis : démocrates, Clichyens, royalistes, parti de Barras ou modérés, dont Sieyès est le chef ? De fait, les Clichyens se terrent et se taisent, les royalistes complotent certes, mais sans succès. (...) Les démocrates n'ont aucune raison de détruire un édifice qu'ils croient capable de fonctionner. (...) Quant à Barras, ses velléités conspiratrices sont relativement modestes. Il souhaite tout au plus modifier la composition du Directoire (...). Libéraux, idéologues et modérés souhaitent réviser la constitution et renforcer l'exécutif. (...) Aucun des projets n'envisage une dictature, bien au contraire, puisque chacun a conçu un garde-fou – un tiers pouvoir – à opposer à une éventuelle usurpation.
Parmi les conjurés invoqués après coup, il y en a donc peu de réels. Seul Sieyès est prêt. Seul, il cherche véritablement une ‘épée’. (…) Talleyrand depuis l’an IV est un partisan – quoique modéré – du Héros italique. L’idée initiale est d’opérer un coup d’Etat qui permette de réviser la Constitution de l’an III, de manière à renforcer le pouvoir exécutif, sans détruire pour autant la République. L’intervention militaire doit avoir avant tout un effet dissuasif, et le sabre, à peine brandi, réintégrerait son fourreau. C’est compter sans le talent de manipulateur de Bonaparte, qui n’entend pas demeurer dans un rôle subalterne.
Francois-Bouchot.jpgAdvient alors le 18 brumaire, où, sous prétexte d’un complot jacobin, les Conseils décident de se transporter au palais Saint-Cloud, ainsi que le stipule la Constitution. Leur garde est confiée à Bonaparte, qui reçoit le commandement de la garnison parisienne. Ce fameux jour, justement, le général bouge à peine de chez lui, si ce n’est pour aller au Luxembourg prendre connaissance de la décision des Conseils. (…) La date qui est entrée dans l’Histoire ne fut donc qu’une journée préparatoire. Et c’est le lendemain seulement que s’effectua le véritable coup d’Etat. (…) Le 18, tout fut « à la ruse », le lendemain y ajouterait la violence. Arrivé le 19 à Saint-Cloud à la tête de ses troupes, Bonaparte croit facilement impressionner les Conseils. Les députés ne l’entendent pas ainsi et s’insurgent au cri de « à bas, le Dictateur » ! On lui ôte la parole, on se saisit de lui. Le militaire est Lucien, alors président du Conseil, qui sut réconforter son frère et persuader les soldats qui les « représentants du poignard » avaient osé porter la main sur leur général. L’affaire est alors rondement menée. Murat et ses hommes dispersent les députés, en rassemblent suffisamment pour former un simulacre d’assemblée qui se voit confier la tâche de suspendre provisoirement le Corps législatif, de dissoudre le Directoire et de nommer deux commissions législatives et une commission exécutive, avec pour membres : Sieyès, Ducos et Bonaparte.
Pourquoi avoir imposé à l’Histoire la date du 18 brumaire, qui ne fut qu’une journée préliminaire et qui ne peut être confondue avec l’événement ? (…) Quinet ici aussi, révèle la supercherie – et, après lui, bien des historiens actuels. Car, au 18 brumaire la patrie ne courait plus aucun danger. Les armées étaient partout victorieuses, la situation économique , financière et sociale se redressait ; la République se consolidait. Si un danger réel menaçait la France, c’était seul celui que présentait les conjurés.
La partie libérée des soi-disant dangers, restait à Bonaparte à s’imposer dans le nouveau gouvernement. (…) Le jeune militaire réussit à imposer ses vues, entre autres dans la nomination des ministres – son ami Berthier devient ministre de la Guerre. Bonaparte s’affiche en outre comme le conciliateur face à Sieyès qui envisage de faire arrêter les néojacobins du Conseil des Cinq-Cents, et, surtout, il s’entend admirablement à le faire savoir aux français, par l’entremise de la presse. Bref, le 18 brumaire prend une autre tournure que celle qu’avait prévue Sieyès, qui fait bientôt figure de dupeur de dupé. (…) De ce point de vue, le 22 frimaire an VIII est une victoire décisive. Bonaparte, devenu premier consul, l’emporte définitivement sur son acolyte, confiné à la présidence du Sénat. (…) Qu’il en allât (ainsi) incite non point à en conclure à l’ascendant irrésistible du Héros, mais à s’interroger sur les appuis qu’il a trouvés et leurs motivations. (…) Ce qui ne fait aucun doute, c’est que Bonaparte cacha son jeu aussi longtemps qu’il le put et arbora le masque de Washinghton, alors que lui-même se rêvait en César.
Le 18 brumaire est une des plus grosses supercheries de l’histoire de France.

Raffet-Ils-grognaient--et-le-suivaient-toujours.jpg  


Le Premier consul : d’un coup d’Etat à l’autre
La France n’a pas applaudi unanimement à l’instauration du Consulat. A Paris, en effet, le peuple ne manifeste qu’indifférence. (…) En province plusieurs départements refusent de publier le décret du 19 brumaire, qui proclame l’institution du Consulat provisoire. La plupart des clubs jacobins et des cercles constitutionnels protestent contre l’usurpation. un mois après le 18 brumaire, il semblerait même que 20 départements français n’aient pas encore communiqué leurs adresses de félicitations, tandis que 13 seulement auraient adhéré au coup d’Etat dès le 27 brumaire. (…) Dans l’armée, l’allégeance au Héros italique, n’est pas inconditionnelle ni générale. Et fort nombreux sont les mécontents parmi les soldats et les officiers.
Cette image d’une France divisée, méfiante, indifférente, n’était pas pour plaire au nouveau chef de la République. (...) Le coup d’Etat fut suivi d’une épuration du personnel administratif. A Paris, 70% du personnel municipal aurait ainsi été destitué. Plus violentes sont les mesures mises en œuvre dans les provinces, où des tribunaux militaires sont chargés de mettre fin au brigandage, à la désertion, ou tout simplement à l’opposition. En Provence et dans le Bas-Languedoc, 461 personnes sont jugées et 266 condamnés à mort. (…) La repression est sévère dans les mois qui suivent l’instauration du Consulat. (…)
Répressions militaires et judiciaires, mais aussi censure, pour imposer le silence aux voix dissonantes. Dès février 1800, sur 73 journaux, seuls 13 sont maintenus. Au théâtre, Fouché exige un examen préalable des pièces à l’affiche. (…) Le Constitution de l’an VIII est portée au suffrage universel et acceptée à une vaste majorité par la grâce des manipulations du ministère de l’Intérieur qui gonfle le nombre de participations et compte les abstentions comme votes positifs.Fouche.jpg
Les quelques réalisations entreprises au cours des premiers mois ne suffisent pas pour poser Bonaparte en chef suprême. (…) Les brumairiens furent rapidement déçus par le cours autoritaire insufflé au régime ; quant aux démocrates et aux royalistes, nombreux étaient furieux de s’être abusés (…) L’insatisfaction est perceptible dès la deuxième campagne italienne de Bonaparte (mai-juin 1800) Au rythme des déconvenues corses, des trahisons de Joséphine, des intrigues de ses proches et des prétentions de ses frères, Bonaparte s’est dépouillé de ses illusions d’antan. Il est devenu méfiant, soupçonneux. (…) De retour de Marengo, auréolé de gloire et accueilli avec enthousiasme par la population, il demeure taciturne et mécontent.
Les complots plus ou moins sérieux qui se succèdent dans l’été et l’automne 1800 vont lui permettre de se débarrasser des opposants jugés dangereux et de décréter des tribunaux spéciaux, dépourvus de jury (…) Cette nouvelle vague de répression s’amorce par l’arrestation de 130 ‘anarchistes’ et l’exécution des coupables ou d’hommes présumés coupables. (…)
En 1800 – 1801, quand le Premier consul accélère l’élaboration du Code civil, dont les articles sont portés successivement devant le Tribunat et le Corps législatif, plusieurs sont rejetés. A la grande fureur de Bonaparte, qui suspend la présentation des projets. Le Sénat, quant à lui, a la fâcheuse idée de manifester des velléités libertaires (…) Nouvelle fureur de Bonaparte, qui ressent cela comme ‘une injure personnelle’ (…) La réaction violente du Premier consul ébranle l’opposition des sénateurs, mais non celle des tribuns. Qu’à cela ne tienne ! La loi portant que le premier renouvellement du Corps législatif et du Tribunat doit avoir lieu en l’an X, Bonaparte décide sans plus attendre de renouveler le cinquième des deux corps et de se débarrasser « de 12 à 15 métaphysiciens bons à jeter à l’eau ». Parmi eux, Benjamin Constant, qui avait osé révéler les défauts du système et dénoncer le despotisme naissant.


Le dictateur de la République
talleyrand.jpgLe plébiscite de 1802 en faveur du Consulat à vie sonne la victoire de Bonaparte et le véritable début de sa puissance. (…) Le général devenu législateur et magistrat se fait dictateur. (…)
Il en profite tout aussitôt pour modifier la Constitution et mutiler les prérogatives des parlementaires. Le Tribunat et le Corps législatif perdent toute prééminence au profit du Sénat, lui-même placé sous prétexte d’efficacité, mais aussi de sorte à garder le secret des délibérations. Reste donc un simulacre de représentation nationale. (…)
Tout au long de l’année se succèdent ainsi des mesures qui vont dans le sens d’un affermissement du pouvoir, ou plutôt d’une usurpation, puisque Bonaparte impose son impérieuse volonté. (…) Il en va donc ainsi du Consulat à vie, mais aussi de l’institution de la Légion d’honneur (…) Le Concordat ne fait pas non plus l’unanimité, surtout dans les armées, non plus qu’au Tribunat ou au Corps législatif (…) Le rétablissement de l’esclavage et la loi sur l’instruction publique suscitent la désapprobation tant du Tribunat que des députés. (…) En vain. Désormais, seuls importent les intérêts des notables. (…)
Certes, les insoumis et les incorruptibles ne sont qu’une minorité, mais c’est une minorité opiniâtre, qui ne se lasse pas de protester et ne se laisse ni rebuter par la crainte ni séduire par les récompenses. Parmi eux, Volney, Cabanis, Destuttt de Tracy, Garat, Lanjuinais, Lambrechts, Grégoire, Carnot, Constant, Chénier, Daunou, Ginguné, et d’autres encore. (…) Ce qui est certain, c’est que Napoléon dispose tout à la fois des armées, de la police, des finances, de l’administration, des postes, de la presse, des ministères, tandis qu’il contrôle les trois corps législatifs et le Conseil d’Etat. (…)
En 1804, quand il est question de proclamer l’Empire, au Conseil d’Etat, 7 voix sur 20 s’y opposent. (…) Carnot met en garde les français : Napoléon ne va-t-il pas avoir « toute la force exécutive dans les mains et toutes les places à donner » ? En vain. La majorité silencieuse accepte cet ultime abus de pouvoir (…) L’Empire proclamé, les résistances persistent (…). En 1808, Grégoire s’insurge : contre l’adresse de félicitation votée par le Sénat à l’occasion du rétablissement de la noblesse…
Au vrai, et on a tendance à les passer sous silence, les résistances sont perceptibles dans tous les corps de l’Etat. (…) Le clergé, depuis l’excommunication de Napoléon par pie VII, manifeste ouvertement son désaccord ; la bourgeoisie de négoce, de banque et de rente mène une guerre « couverte » contre l’Empereur (…) Les préfets eux-mêmes ne sont pas toujours des modèles d’obéissance. Enfin il y a les individus qui n’accepteront jamais le nouvel ordre des choses. (…) Germaine de Staël et Benjamin Constant, condamnés à l’exil ; Chateaubriand qui, depuis la mort du duc d’Enghien, se refuse à toute concession. (…)
L’acceptation volontaire ou forcée est certes motivée en partie par les intérêts – places, honneurs, titres, récompenses-, par la crainte – exil, destitution, disgrâce, misère-, mais tout autant par l’impuissance. (…) Tel fut le sort du poète Désorgues, enfermé à Charenton pour son célèbre épigramme : « Oui, le grand Napoléon est un grand Caméléon »…  La séduction opère de même, ces fameux « hochets », conçus par Napoléon pour mener les hommes.

naplouvre.jpg 


Le machiniste ou l’art de la manipulation
Napoléon excelle dans la manipulation (…) Grégoire affirme que celui qui institue l’Empire donna lieu à de nouvelles falsifications pour grossir la prétendue majorité des votes et compter les abstentions comme autant de votes positifs.(…)
Parallèlement aux infractions discrètes, Napoléon, afin de mieux tirer encore (des récompenses honorifiques), donne aux uns pour attiser l’envie des autres. Aussi ceux qui se voient dotés de sénatoreries sont-ils jalousés par les moins chanceux qui espèrent faire partie des prochaines dotations et, pour ce faire, adoptent l’attitude qu’exige Napoléon. (…) Bref, un autre de ses talents consiste à diviser pour mieux régner.
Les manipulations s’exercent sur les lois et les institutions, sur la presse et l’imprimerie, les élections et le mode de suffrage, mais aussi sur ce qui touche à la conscription ou aux finances (…)


Une œuvre
« Il a toujours gâté la plume à la main ce qu’il avait fait avec l’épée » affirme Stendhal. Propos surprenants de la part d’un admirateur de Napoléon.


Napoléon, politique

Les institutions : nouveauté ou héritage ?
Après la pacification intérieure et extérieure réalisée durant le Consulat, le 21 mars 1804, estcode-civil.jpg promulgué le Code civil, ne comprenant pas moins de 36 lois et 2281 articles. Ce code, le ‘code du siècle’ d’après Napoléon, ratifie les acquis de 1789 : l’égalité civile devant la loi, l’abolition du régime féodal, la liberté individuelle, la liberté de travail, de conscience, la laïcité de l’Etat. Il entérine le droit de propriété – et l’irréversibilité de la vente des biens nationaux. Mais il interprète à sa façon l’égalité des droits, en faveur des employeurs et aux dépens des ouvriers, en faveur des maris et aux dépens des femmes, en faveur du père et aux dépens des enfants. Ces réalisations rapides et spectaculaires feront la fierté du Premier consul et de l’Empereur, à tel point qu’il s’en attribue la paternité. Le code est baptisé Code Napoléon.
Mais c’est passer sous silence tout ce que cette législation civile doit à la Révolution. (…)
Parmi les autres réalisations dont se félicitera l’exilé de Sainte-Héléne, il y a encore les préfets, la justice, les finances et la fiscalité, la Banque de France et l’armée. Mais ici aussi, Bonaparte parachève plus qu’il n’innove. (…)
Le Code pénal, terminé en 1810, diffère de celui crée en septembre 1791 par l’aggravation des peines, mais introduit en revanche le concept de ‘circonstances atténuantes’. (…)
La conscription : décrétée sous le Directoire, à l’époque de la crise de 1798. Sous l’Empire elle deviendra un des devoirs incontournables des français.


Le mépris des hommes
Fouché s’avère indispensable à la police dont le ministère lui avait été confié sous le Directoire, tandis que Talleyrand redevient ministre des Affaires extérieures (…)
Malgré la défiance croissance que manifeste l’Empereur pour son ministre de la Police et les manœuvres intempestives de ce dernier, Napoléon ne se résout à lui ôter définitivement sa place qu’en 1810. Pourtant, dès Marengo, Fouché avait comploté et il complotera jusqu’en 1815, où il est responsable de la seconde abdication.
Aux affaires étrangères se trouve l’autre génie de l’intrigue : Talleyrand. (…) En 1808, il se concerte avec Fouché pour désigner un successeur à l’Empereur (…) Tombé en disgrâce, Talleyrand perd sa place de grand chambellan. (…) Fouché ‘le crime’ et Talleyrand ‘le vice’ se concerteront plusieurs fois encore, toujours au détriment de leur Empereur, et, de plus, en vue de satisfaire leurs propres ambitions. (…) Napoléon fit l’erreur de les sous-estimer (…)
De l’indulgence, Napoléon en a eu aussi paradoxalement pour Chateaubriand, relativement peu inquiété sous l’Empire en dépit de ses impertinences, tandis qu’à l’inverse, Mme de Staël est interdite de séjour en France, en dépit de tout ce qu’elle envisage de concéder. (…)
L’aveuglement tragique de Napoléon démontre à quel point il se voit et se croit irrésistiblement et infiniment supérieur, sous prétexte de son génie, mais aussi des faveurs, fortunes, titres et places qu’il distribue arbitrairement. Oublie-t-il que ces hommes, il les a blessés, humiliés, tyrannisés ?


L’Europe de Napoléon
On peut difficilement imputer aux seules puissances européennes la tragédie impériale. Ce qui précède démontre que si l’Angleterre en porte une part non négligeable, bien des responsabilités incombent à Napoléon lui-même, qui, fort de ses succès, ne sut presque jamais résister au désir de profiter de ses victoires (…) Et ce qu’il regrette, ce qu’il pleure, c’est non d’avoir mis l’Europe à feu et à sang, mais d’avoir échoué dans la réalisation de son grand dessein. napsainthelene.jpg

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Published by Axel Evigiran - dans Histoire
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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 16:11

 

Entre deux averses, mettant à profit une mince trouée de ciel bleu avec ce sentiment d’urgence qui caractérise l’homo farnientus des climats mitigés, je m’affale sur le gazon après avoir compté mes pissenlits.
Mais à peine avoir calé ma lecture contre le moelleux d’un coussin, que me voici assaillit par un essaim de minuscules mouches, dont certaines viennent de se suicider dans mon thé !
Et me voila aussitôt occupé à tenter de dénombrer ces grains volatils ; à suivre leur ronde absurde…

 

Rien de mieux, ne manqueront pas d’observer les plus espiègles, pour illustrer telles velléités de lecture.

 

mouches-Ecclesiaste.jpg

 

Peu avant, j’apprenais rêveur dans un recueil de qualité que (relativement) non loin de ma retraite se trouvait Beloeil, petite ville de Wallonie dont le renom vaut pour son château et ses jardins, appartenant à la Maison de Ligne.
Docte savoir qui me servit alors à caler ma page afin d’immortaliser ces vaporeuses secondes… 

 

Je tire pour la circonstance de ce fort bel objet la citation suivante : « Il n’y a pas d’apparences que je croie valoir le divin Montaigne, La Bruyère et La Rochefoucauld. Si je m’avise d’écrire quelquefois sur le même sujet, c’est que les circonstances différentes des leurs, peuvent m’avoir donné d’autres aperçus. Les passions ne changent pas ; les nuances, les usages, les opinions changent. Les écrivains ne sont pas du même âge, ni du même monde. »

Ligne (1735-1815), tiré de Trésor des moralistes du XVIIIe siècle de Cyril Le Meur.

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Published by Axel Evigiran - dans Bouteilles à la mer
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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 10:43

Pissenlits---baniere.jpg

 

Pissenlits-et-paquerettes.jpgPassant outre les sages conseils de mieux avisés que moi – ah, impétueuse jeunesse – cela fait désormais des années que je ne répands plus de pesticides sur ma famélique clairière. Aujourd’hui le sacrilège est  consommé et j’en paye le prix fort ! Ce ne fut pourtant pas faute d’injonctions réitérées à me plier à la coutume du ‘bon jardinier’ sous peine de me voir débordé par les mauvaises herbes et autres furoncles broussailleux…
Mais, par un effet naturel de ma tendance à faire exactement le contraire de ce qu’on attend de moi, ces perspectives de chaos me passèrent par dessus la tête…. Je me souviens même, plus d’une fois, m’être gaussé à gorge déployée, un brin de provocation tapis au fond des prunelles, à l’écoute de la prose terrible de ces bienveillants jardinistes m’exposant les périls prêts à envahir ma tranquillité dilettante. Que risquais-je donc de si affreux ? De la mousse peut-être ? Oui de la mousse précisément, et dont le propre, comme son nom l’indique, est de ne point être du gazon. Telle me fut la docte réponse de plus d’un de ces fins observateurs de la nature en pot ! Ce n’était pas tout… Bien d’autres maux vivaces menaçaient, tels ces épidémies de trèfles, de chardons, de pissenlits, que sais-je encore !

 

La lèpre s’est installée et il n’est désormais plus temps de cultiver le regret, c’est le jardin que j’aurai dû pulvériser.  A la coutume de l’offrande de la terre j’aurai dû me soumettre et le glyphosate acide couler à flots…
Lorsque j’y pense à présent, animé d’une haine coupable retournée contre mon esprit rebelle, quel émoi à l’évocation si douce de cet élixir dont la dénomination même, résonne tel un baume sur mon cœur : ‘désherbant total folliaire systémique’.
En outre, je le sais, souscrire au canon du jardin bien entretenu aurait eu d’autres effets bénéfiques. Celui de participer à la croissance du béni PIB n’en est pas des moindres - il n’y a pas de modestes contributions en la matière (il faudrait instaurer, j’en suis désormais convaincu, une taxe pour sanctionner les mauvais consommateurs de mon espèce !).

 Pissenlits-de-pres.jpg

A ma peine immense s’ajoute la honte d’avoir privé, par mon geste insensé, la firme pourvoyeuse du nectar du jardinier de substantiels bénéfices, si utiles pour alimenter ses recherches OGM afin d’éradiquer le fléau des famines dans le monde. Et c’est l’âme attendrie que je songe aujourd’hui au sacerdoce de ces travailleurs désintéressés qui ont jadis, sans compter, déversé le fruit de leur recherche, sur les populations récalcitrantes de l’Asie du Sud-Est.
Ô, molécules herbicides ; Gloire du génie humain ! Agent orange – mécanique… Décoction de dioxine, si stable, si parfaite qu’on en trouve de nos jours  encore à la pelle dans les sols et les sédiments : cécité, diabète, malformations, cancer…. Lait céleste répandu durant l'Opération Ranch Hand, et qui fit dire à la pauvre Perette : « adieu veau, vache, cochon, couvée ; »

 

Mais je m’égare !

 

Revenons à nos jardin, qui comme le clame avec sagesse Candide, il faut (soigneusement) cultiver.
Et ce soin à l’entretien de ce qui me tenais à cœur - m’a manqué…
Je peux bien alors avoir l’air d’un Paul de Tarse, et retourner avec rage destructrice contre ses anciens coreligionnaires du laisser-aller.
Mais comment réagir autrement à la vue de ces pustules jaunes crépitant sur la peau verte de mon gazon ? Pelouse d’ailleurs comme prédit mangée de mousse, de pâquerettes et de trèfles…

 

Mais il y a pire à confesser.
Au lieu d’éradiquer comme il se doit cette engeance envahissante, pris d’une incompréhensible sensiblerie, sous le joug même d’un délétère élan esthétique, m’a pris la folie, lors de ma tonte presque hebdomadaire, de contourner comme je l’ai pu ces horribles furoncles, et qui restent désormais posés là, comme une irréparable faute de goût, sur la moquette où, si le temps le permettait, j’aimerais me prélasser un bon livre à la main…

 

 Pissenlits.jpg

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:55

Devant-La-jeune-martyr-de-Paul-Delaroche.jpgThomas Bernhardt dans Maître anciens met en scène un vieux monsieur, Reger, qui depuis plus de trente ans se rend au Kunsthistorisches Muséum de Vienne, et s'assied sur la même banquette, dans la salle dite Bordone, face à L'homme à la barbe blanche de Tintoret."Il a suffit d'un tout petit pot-de-vin pour m'assurer pour toujours la banquette dans la salle Bordone, voilà ce qu'a dit un jour Reger, il y a des années".

 

Je ne trouve rien d'étrange à cela. Tout au contraire, il est bon, me semble-t-il, de se sentir familier d’un lieu, particulièrement d'un musée ayant quelque patine… La force de l’habitude, les connivences secrètes et le plaisir de se sentir en quelque sorte chez soi dans une place publique n'y sont probablement pas pour rien… Le corolaire livresque d'un tel état d'esprit est sans doute cette manière lente, décrite par Nietzsche, de remastiquer les nourritures érudites ou poétiques. "Il est vrai que, pour pratiquer de la sorte la lecture comme un art, une chose est nécessaire que de nos jours on a parfaitement oubliée (...), une chose pour laquelle il faut être presque bovin et, en tout cas, rien moins qu’ « homme moderne » : la rumination ».(Nietzsche, 1887, Généalogie de la morale)

 

Ainsi, sans pousser le vice ou l'infortune dans ses plus extrêmes retranchements, me plait-il plusieurs fois l'an - profitant de la gratuité mensuelle des musées nationaux  (1) - de remettre mes pas dans une certaine tanière à la devanture de pierre blanches.
D'y découvrir des toiles que je n'avais fait qu'effleurer du regard, à défaut de les avoir tout à fait dédaignées, de me trouver fortuitement placé de telle sorte qu'apparaissent, sous l'effet des jeux de lumière saisonniers, de nouvelles couleurs, des tonalités conférant aux œuvres un caractères que je n'aurai soupçonné, de déambuler encore parmi les sculptures, finir par m'accoutumer et à aimer même cette forme artistique dont mes sens, entre méfiance et inquiétude, me tenaient jusqu'alors sur les franges, d'arpenter le dédale vouté des galeries inférieures, parmi les Christs désarticulés et les dorures médiévales, de me délecter pareillement du spectacle de ces vases canopes, dont les égyptiens du Nouvel Empire faisaient grand cas, les remplissant des viscères des trépassés... Tout cela me charme.
Et je goûte ces jeux dilettantes à leur juste mesure. Savourant l'inutilité précieuse de ces doctes flâneries avec cette paisible langueur des dimanches après-midi où les au revoir ne sont jamais d'irrémédiables adieux.

 

Le long des cimaises s'élaborent de la sorte peu à peu mes lieux de prédilection. Etapes privilégiées d'un pèlerinage délicieux, où l'impromptu se mêle à l'attendu, un peu à la manière de ces rencontres en forêt, lorsque soudain le pas d'un chevreuil, le tambourinement d'un pic ou le vol d'un épervier effleure l'enivrante torpeur des sous-bois.

 

Voici quelques uns de ces étonnements.

Esquisse-pour-paradis---Veronese.jpg Esquisse-detail-.jpg

Ce rouge de fond de ciel, ne m'avait jamais tant frappé que se soir là d'automne - il n'est pas même certain que je visse la toile lors de mon précédent passage.
Gradin d'une Babel céleste, amphithéâtre à-rebours, avec la scène placé à son sommet et étirée tout en largeur : telle m'apparut cette paradoxale Esquisse pour paradis, à la saveur d'enfer. Cette étrange composition fût réalisée par Véronèse à l'occasion d'un concours organisé pour remplacer la fresque de Guariento (1365), détruite par un incendie, et qui ornait l'arrière-plan de la tribune du doge dans la salle de grand palais ducal de Venise. Bien qu'il remportât la compétition, pour des motifs inconnus le coloriste italien ne peignit jamais ce ciel de chaudron dans le dos du doge. Et cela sera le fils du Tintoret, Domenico, qui, suivant le programme de son père, dirigera l'équipe qui se chargera au final de la réalisation de l'œuvre.   

 

 Esquisse-pour-paradis--2----Veronese.jpg

Esquisse pour Paradis - Véronèse

(selon l'éclairage, et le réglage de l'appareil photo, le rendu est sensiblement différent. Cette teinte me paraît plus proche de l'original... mais peut-être est-ce effet de mon imagination)

 

 "Cléopâtre, s'écria-t-il, je ne me plains pas d'être privé de toi, puisque je vais te rejoindre dans un instant ; ce qui m'afflige, c'est qu'un empereur aussi puissant que moi soit vaincu en courage et en magnanimité par une femme". Tels sont les mots d'Antoine, selon la version qu'en donne Plutarque dans les Vies parallèles, à l'annonce de la mort de Cléopâtre avant de se plonger lui-même l'épée dans la poitrine. Mais la fille du roi d'Egypte, Ptolémée XII, retranchée dans son mausolée, n'était pas morte. Pas plus d'ailleurs que la blessure d'Antoine n'était de nature à lui offrir une prompte mort.


Laissons à l'historien romain d'origine grecque conter la suite de cette tragédie :

 

Cleopatre--2-.jpg"Antoine, apprenant qu'elle vivait encore, demande instamment à ses esclaves de le transporter auprès d'elle ; et ils le portèrent sur leurs bras à l'entrée du tombeau. Cléopâtre n'ouvrit point la porte; mais elle parut à une fenêtre, d'où elle descendit des chaînes et des cordes avec lesquelles on l'attacha; et à l'aide de deux de ses femmes, les seules qu'elle eût menées avec elle dans le tombeau, elle le tirait à elle. Jamais, au rapport de ceux qui en furent témoins, on ne vit de spectacle plus digne de pitié. Antoine, souillé de sang et n'ayant plus qu'un reste de vie, était tiré vers cette fenêtre ; et, se soulevant lui-même autant qu'il le pouvait, il tendait vers Cléopâtre ses mains défaillantes. Ce n'était pas un ouvrage aisé pour des femmes que de le monter ainsi : Cléopâtre, les bras roidis et le visage tendu, tirait les cordes avec effort, tandis que ceux qui étaient en bas l'encourageaient de la voix, et l'aidaient autant qu'il leur était possible. Quand il fut introduit dans le tombeau et qu'elle l'eut fait coucher, elle déchira ses voiles sur lui, et, se frappant le sein, se meurtrissant elle-même de ses mains, elle lui essuyait le sang avec son visage qu'elle collait sur le sien, l'appelait son maître, son mari, son empereur : sa compassion pour les maux d'Antoine lui faisait presque oublier les siens. Antoine, après l'avoir calmée, demanda du vin, soit qu'il eût réellement soif, ou qu'il espérât que le vin le ferait mourir plus promptement . Quand il eut. bu il exhorta Cléopâtre à s'occuper des moyens de sûreté qui pouvaient se concilier avec, son honneur (...). Il la conjura de ne pas s'affliger pour ce dernier revers qu'il avait éprouvé ; mais au contraire de le féliciter des biens dont il avait joui dans sa vie, du bonheur qu'il avait eu d'être le plus illustre et le plus puissant des hommes, surtout de pouvoir se glorifier, à la fin de ses jours, qu'étant Romain, il n'avait été vaincu que par un Romain. En achevant ces mots, il expira (...)".

 

Peu après, lorsque l'on eût mis au tombeau l'Empereur d'Orient, Cléopâtre se donna elle-même la mort. Les gens d'Auguste, arrivés trop tard, " la trouvèrent sans vie, couchée sur un lit d'or, et vêtue de ses habits royaux".


On a beaucoup glosé sur le suicide de la maîtresse d'Antoine et les versions divergent. La postérité retiendra la morsure d'un aspic.
" On prétend qu'on avait apporté à Cléopâtre un aspic sous ces figues couvertes de feuilles; que cette reine l'avait ordonné ainsi, afin qu'en prenant des figues elle fût piquée par le serpent, sans qu'elle le vît : mais l'ayant aperçu en découvrant les figues : « Le voilà donc! s'écria-t-elle; et en même temps elle présenta son bras nu à la piqûre. D'autres disent qu'elle gardait cet aspic enfermé dans un vase, et que l'ayant provoqué avec un fuseau d'or, l'animal irrité s'élança sur elle, et la saisit au bras. Mais on ne sait pas avec certitude le genre de sa mort. Le bruit courut même qu'elle portait toujours du poison dans une aiguille à cheveux qui était creuse, et qu'elle avait dans sa coiffure. Cependant il ne parut sur son corps aucune marque de piqûre, ni aucune signe de poison; on ne vit pas même de serpent dans sa chambre : on disait seulement en avoir aperçu quelques traces près de la mer, du côté où donnaient les fenêtres du tombeau. Selon d'autres, on vit sur le bras de Cléopâtre deux légères marques de piqûre, à peine sensibles : et il paraît que c'est à ce signe que César ajouta le plus de foi; car, à son triomphe, il fit porter une statue de Cléopâtre dont le bras était entouré d'un aspic. Telles sont les diverses traditions des historiens. César, tout fâché qu'il était de la mort de cette princesse, admira sa magnanimité; il ordonna qu'on l'enterrât auprès d'Antoine, avec toute la magnificence convenable à son rang; il fit faire aussi à ses deux femmes des obsèques honorables. Cléopâtre mourut à l'âge de trente-neuf ans, après en avoir régné vingt-deux, dont plus de quatorze avec Antoine, qui avait à sa mort cinquante-trois ans, et, suivant d'autres, cinquante-six."

 Cleopatre.jpg

Nombreuses œuvres peintes, ou sculptées, relatent cet épisode célèbre du suicide de Cléopâtre, bien plus d'ailleurs que ceux représentant le coup d'épée d'Antoine. C'est que les artistes y ont trouvé, bien souvent, le prétexte à la mise en scène d'une composition teintée d'un érotisme où le macabre se pare d'atours équivoques. Et l'expiration de la princesse égyptienne, l'exhalaison de son dernier souffle prend les allures de cette petite mort dont le XIXe, notamment, engoncé dans sa pruderie bourgeoise en haut-de-forme n'osait directement montrer.
Le plâtre de Charles Gauthier (1831 - 1891), artiste dont on ne sait presque rien, n'échappe pas à la règle. Son œuvre s'intitule tout simplement Cléopâtre (1880).

 

 Marie-Madeleine-agenouillee--1897----Georges-Lacombe.jpg

Marie Madeleine agenouillée (1897) - Georges Lacombe

(en arrière-plan, une toile d'Odilon redon, et une autre d'Emile Bernard)

 

 Emile-Breton---La-nuit-de-noel--1892-.jpg

Emile Breton - La nuit de noël (1892)


(1) Passant, parler de culture pour tous me parait bien excessif. Le musée reste généralement un endroit onéreux (Pour une famille de 4 personnes, par exemple, avec deux adolescents, la visite d’un musée national revient en moyenne entre 20 et 30 €. Ceci sans compter le complément à ajouter pour les expositions temporaires, ce qui, grosso modo, double la mise). Mais c'est un bien autre sujet.

 

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Published by Axel Evigiran - dans Peinture
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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 12:51

Midway atoll

http://www.midwayfilm.com/

http://www.midwayjourney.com/

 

Entre l’homme et l’albatros c’est une vieille histoire…
Mais avec Midway nous sommes loin de sévices que faisaient endurer au ‘prince des nuées’ quelques marins désœuvrés.


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.



Charles Baudelaire (1821-1867), Les Fleurs du Mal (1857), II.

 

A Midway personne ne cherche à nuire au grand oiseau blanc ; mais le désœuvrement de l’espèce humaine s’y coagule sous forme de millions de tonnes de déchets.
Le poète dans la société serait-il semblable à l’albatros ? C’est une possibilité. Pour s’en assurer il n’est qu’à sonder ses entrailles….
Funestes augures !

Pour le reste, les images se passent de commentaires.

(cliquer sur l'image pour le film)

Midway

Qu’est-ce que Midway ?
Midway Atoll is located near the apex of what is being called the Pacific Garbage Patch, a swirling soup of millions of tons of plastic pollution. In fact, much of this plastic can not be seen at, but it can’t be avoided as it comes ashore on these pristine beaches and in the stomachs of the birds. The islands are literally covered with plastic garbage, illustrating on several levels the interconnectedness and interdependence of the systems on our finite planet”

 

Midway 01

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Published by Axel Evigiran - dans Ecologie politique
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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 20:50

cap-croc-3.jpg

 

De-cape-et-de-croc-10.gifIl fut, il y a de cela une poignée de jours, question de belle langue et d’orthographe dans un billet rédigé avec toute la délicatesse qui s’impose lorsqu’on effleure des sujets controversés.

 

Aussi, vagabondant par association d’une idée l’autre, saluerai-je la parution de l’acte X de la délicieuse série BD De cape et de crocs.
En voici une goûteuse BD à la langue suspendue haut perchée dans les nues.

 

Honneur, panache, amour courtois, songes, machineries extraordinaires et joute de vers…

 

Avec dans le rôle du maître d’arme un certain Cyrano, celui-là même secrètement épris d’une gent damoiselle, la douce Séléné.
Rêveuse à son balcon la belle, qui endossera bientôt le rôle de Roxane, s’émeut des vers déclamés par un amant inconnu. Par un renversement de la célèbre histoire, le versificateur amoureux n’est point Cyrano, mais monsieur de Maupertuis, le renard. Ce dernier, caché dans les aubépines, déclare sa flamme, mais la belle se méprend ; elle en aime un autre…
Au comble du désespoir, sous les étoiles, peu après monsieur de Maupertuis apostrophe sans détour son rival : « Son bonheur vous importe-il ? ». « S’il m’importe ? !, s’exclame Cyrano, ah, Monsieur, plus que ma vie ! ». « En ce cas courez la rejoindre ! », répond tout sourire le canidé gentilhomme contrefaisant sa peine immense…cap-croc-1.jpg
Mais ce n’est ici qu’un mince épisode de ces aventures trépidantes sur la lune.

 

Il est question de masques et de retour sur terre ; mais pour cela encore bien des épreuves attendent nos héros.

 

J’ai évoqué brièvement les figures du maître d’arme, de Séléné et de monsieur de Maupertuis. Mais comment ne pas admirer encore Don Lope, le loup, hidalgo haut en couleurs et indéfectible ami de monsieur de Maupertuis. Comment ne pas être fasciné, à rebours, par la noire ambition du capitan Mendoza, de se prendre de passion pour la trajectoire du navire pirate projeté dans les froids espaces par Bombastus, savant fou allemand…
Il y a tant d’autres personnages encore, qui confèrent à cette saga un cachet si particulier. L’avare, bien sûr, mais aussi Eusèbe, point si naïf qu’il en a l’air, le Raïs Kader, ancien janissaire d’un Sultan et veille jalousement sur sa fille Yasmina. Tant d’autre encore…

 

Des pages ne suffiraient point à dire tout le bien que je pense de Cape et de Crocs. Ce nouvel opus, on l’aura compris, pour moi c’est que du bonheur.


Et je laisse chacun méditer sur la manière dont on règle, sur la lune, les affaires d’honneur.

 

cap-croc-2.jpg

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 16:25

Narsaq---vue-du-bateau.jpg

 

terra-incognita.jpgJe ne suis pas de ces voyageurs frénétiques toujours en partance… De ces voraces de la nouveauté au pas de charge qui, à peine posés en un endroit, ne rêvent déjà plus que du suivant. Tout à rebours, je goûte la lenteur et la macération… Et longtemps après avoir rangé mes valises je me plais à me laisser imprégner des sensations et des couleurs dont j’aspire à garder la trace. Voyager mais point trop : ne pas céder aux ivresses de vins débouchés trop jeunes et toujours renouvelés. Laisser décanter cet alcool fort de l’esprit dilettante transplanté en terra icognita… 

 

Sur les motifs de ce sourd besoin à se rendre là où mes yeux n’ont jamais traîné, je n’ai pas de réponse bien nette. Sans doute l’attrait des ruines, des paysages singuliers, des vastes espaces, des forêts et des marécages plus que le désir de rencontrer autrui. J’assume cette paradoxale réserve a priori à l’endroit de mes congénères. 
Cette envie « d’ailleurs » n’est cependant pas une fuite. Ce pourquoi, pour le coup, je me sens plus proche de Sénèque lorsqu’il dit : « A quoi sert de voyager si tu t’emmènes avec toi ? C’est d’âme qu’il faut changer, non de climat », plutôt que de Montaigne : « Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent la raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche ». Mais on sait, au-delà de la gravelle, ce qui poussa l’auteur des Essais sur les routes d’Italie : « « Il faut croire que sa liberté, sa tranquillité et ses loisirs furent un temps perturbés par les tracasseries d’un séjour encombré de ses trois femmes – sa mère, sa femme et sa fille -, pour qu’il décidât, les 2 premiers livres de ses Essais tout frais publiés dans la poche, de s’arracher au sein des doctes Vierges… ».

 

narsaq_map.pngL’un des lieux dont l’empreinte demeure à vif en mon esprit est sans doute Narsaq.
Minuscule amoncellement de couleurs posées au détour d’un fjord à l’eau d’un bleu céruléen, la commune groenlandaise, fondée en 1830, aujourd’hui compte moins de 2000 âmes. A l’origine simple comptoir destiné à assurer le commerce entre les marchands venus d’Europe et les Inuits qui proposaient là peaux et graisse de phoque, la cité demeure cernée de glace, même en été. Mais, en juillet, ce ne sont plus là que des icebergs en déliquescence ; monstres blancs à la dérive, exténués par un soleil pale. Lorsque j’évoque d’ailleurs le blanc de ces blocs d’eau douce, je ne leur rends pas justice. En effet leur teinte est un véritable kaléidoscope où, reflété par la lumière, au blanc immaculé se mêlent les fragrances de l’opaline à celles deParmi-les-icebergs.jpg toute une palette de bleu, allant de l’azur au saphir. Parfois même, le souffle tellurique des volcans, vient saupoudrer ces voyageurs solitaires des mers glacées d’une garniture de noir et de gris. A l’agonie, portés au gré des courants, sous l’effet de la chaleur ils prennent des formes biscornues propices à la rêverie. Trolls polaires, ours faméliques, châteaux merveilleux, nefs fantomatiques ou cartes de territoires imaginaires ils craquent, gémissent et se tordent sous les assauts des éléments. Songes incarnés, ce sont là des nuages de la mer…
Mais assez de ces flâneries.

 

Nous arrivâmes au débouché du Tunulliarfik fjord par un matin de crachin, sous un ciel bas. Une brume tenace au ras de l’eau conférait à l’endroit un air de majesté sauvage. Calés derrière la vitre du restaurant du bateau ou nous buvions un café chaud avant de débarquer, nous observions silencieux, dispersées sur un socle de roche et de mousse, les habitations jaunes, bleues, rouges et vertes de Narsaq. Je ne pus m’empêcher alors de songer que cette explosion de couleurs vives n’était qu’un contrepoison destiné à conjurer la morne solitude de ces terres sans arbres ; d’oublier aussi les rigueurs du climat…

 

Pourtant, selon les critères groenlandais, Narsaq dont le nom signifie ‘vallée’ dans la langue locale, bénéficie d’un climat fort doux, ce qui en fait une contrée de prédilection pour l’élevage. Mais ne nous vîmes pas ce jour là de ces troupeaux de moutons pâturant alentour, parmi la caillasse et les herbes rases.

 Narsaq---bird-watching.jpg

Des arbres, ici, il n’y en a pas. Cependant certaines espèces oiseaux fréquentent ces paysages peu hospitaliers aux hommes. C’est ainsi que nous rencontrâmes le croassement lugubre et solitaire d’un grand corbeau (corvus corax) qui, perché sur un lampadaire nous accompagna ensuite jusqu’au sortir de la ville, survolant de ses ailes fuligineuses notre entêtement à progresser dans l’herbe spongieuse du plateau situé en surplomb de cette enfilade disparate de maisonnées situées à quelques encablures de l’endroit où, jadis, Erik le Rouge et ses vikings fondèrent une colonie  dont l’histoire fixera la mémoire sous le nom d’Etablissement de l’Est. C’était aux alentours de l’an mille.
Narsaq---into-the-wild.jpgIl faut dire qu’Eirik Raudi, surnommé le Rouge probablement à cause de la couleur de ses cheveux, n’en était pas à son coup d’essai au Groenland. Ce dernier, banni d’Islande trois années pour meurtre de sang froid, suivant les indications de Gunnbjorn Ulfsson, le premier navigateur à avoir signalé une terre au nord, avait en effet réussi à contourner le cap Farewell pour s’implanter avec sa famille en un lieu libre de glace. Sa peine purgée, revenu en Islande il parviendra à convaincre plus de 1000 colons à s’embarquer avec lui pour le Grønland (en danois « terre verte » (1) ). L’aventure tournera à la catastrophe et c’est seulement environ 450 personnes qui parviendront à s’établir à Brattahild (aujourd’hui Qassiarsuk, près de Narsaq). Quoi qu’il en soit la colonie perdura cinq siècles avant de s’éteindre mystérieusement. Parmi les explications avancées, celle de  Jarred Diamond dans « Effondrement » qui, au terme de deux gros chapitres consacrés au viking du Groenland conclut : « La structure sociale de la société viking créa donc un conflit entre les intérêts à court terme des détenteurs du pouvoir et les intérêts à long terme de l’ensemble de la société. La plupart des intérêts qui étaient défendus par les chefs et le clergé se révélèrent dommageable à la société dans son ensemble ; les valeurs socialement partagées qui étaient à l’origine même de sa force le furent finalement de ses faiblesses. Les vikings du Groenland parvinrent à élaborer un modèle de société européenne unique à l’avant-poste le plus éloigné de l’Europe. En même temps, ils se montrèrent capables de survivre plus de 450 ans. (…) Les chefs vikings finirent par voir disparaître tous leurs partisans. Le dernier privilège qu’ils purent s’attribuer fut celui d’être les derniers à mourir de faim » (2).
Aujourd’hui, non loin de Qassiarsuk, se lisent encore les ruines de cette implantation viking : la maison et la ferme où vécurent Erik le Rouge et les siens, l’église dites ‘de Thiodhild’, son épouse, mais aussi nombre de sépultures disposées en U autour du sanctuaire.

Traces-erik-le-rouge.jpgNarsaq---ecole.jpg 

Retour au proche passé, en ce jour symbolique du 30 juillet :
Nous avions pris le parti de prendre un chemin à rebours de celui emprunté par la majorité de ceux montés dans les chaloupes pour rejoindre la terre ferme. Le désir de nature et de tranquillité, le refus de l’instinct grégaire, que sais-je encore…
Aussi piquâmes-nous droit au sud, pour en arriver à cette sorte de plate-forme située au-Narsaq-hotel.jpgdessus de Narsaq, d’où le regard, après s’être  abîmé le long de la coque du Princess Danae,  se perdait à l’infini entre les icebergs, au-delà de l’embrouillaminis des îlots habités.
Chemin faisant, avions épinglés le souvenir de l’école de Narsaq, sans omettre au passage de souligner et d’immortaliser le nom du probable unique hôtel - ou peu s’en faut - de la contrée, l’hôtel Niviarsiaq, cube bleu-vert auquel se trouvait rattaché une enfilade de baraquements plantés face au fjord le long d’une maigre route.

Narsaq---overview.jpg 

Plus tard, dévalant la pente, nous traversâmes la ville pour rejoindre le port minuscule lové dans une enclave naturelle. Y dormaient quelques navires en mal de pêche, dont un frêle esquif à la bouée écarlate qui me vaudra, une fois revenu, quelques agréments. Le crachin avait cessé.
Résolus de filer au nord, longeant l’eau désormais sous le joug de l’horloge, nous fûmes alors surpris par de fortes odeurs d’entrailles ; les restes de découpe de poissons - et peu être de phoques - abandonnés aux charognards. Le dégoût des uns constitue l’ordinaire des autres. Ainsi va la vie. 
C’est alors que dans le lointain, à l’angle d’une montagne, perça le soleil. Ce n’était qu’une trouée de lumière jouant des coudes avec la grisaille, mais cette présence subite, ce contraste évanescent d’avec l’atonie générale du ciel me fit entrevoir ce sentiment trouble qui s’empare des âmes inquiètes, lorsque secouées loin de chez elles. C’était une sorte de saisissement devant l’immensité écrasante du monde. Une stupeur admirative face aux changements perpétuels de la nature ; la prise de conscience de ce souffle éternel devant lequel nous ne sommes rien ! Flux et reflux perpétuel, pulsation de l’ouroboros… Phénomène imparable qui fit dire un jour, à un sage désabusé : « Une génération passe, une génération vient, et la terre subsiste toujours ». Et c’est cette crainte instinctive des ténèbres qui, à ce moment là, je crois, m’étreignit.

Narsaq-lumiere.jpg 

Mais les périples s’achèvent toujours par le regret d’avoir manqué quelque chose. Et il nous fallut bien refluer vers le navire. Nous attendaient encore deux rencontres – deux anecdotes que je narre brièvement.

 

 Tout d’abord, alors que la pluie avait repris par intermittence, nous fumes hélés par un Inuit sorti de chez lui avec un vieil appareil photo qu’il brandissait sous nos yeux tout en s’expliquant dans une langue que nous ne pouvions évidemment comprendre. Nous crûmes d’instinct (c’est là un préjugé d’occidental) qu’il voulait nous signifier de le prendre avec notre propre appareil, moyennant sans doute quelques pièces. Il n’en était rien et, à la vérité, sa requête renversa tout à fait les perspectives. C’est qu’il ne s’agissait pas moins, pour lui, d’immortaliser sur sa pellicule, le passage d’une famille à ses yeux probablement digne de figurer dans sa collection de curiosités. Et c’est de la sorte qu’aujourd’hui nous figurons peut-être rangés dans le tiroir d’une commode groenlandaise, placés dans un album ethnologique entre un couple d’allemand et un groupe de touristes japonais.

 

 

Enfin, alors que désormais l’averse redoublait, nous trouvâmes belle illustration de ce que peuvent les forces de l’amour. Nous avions en effet trouvé refuge au syndicat d’initiative de Narsaq. Dans l’attente d’une accalmie, tout farfouillant de ci de là parmi les babioles proposées aux voyageurs, la conversation s’engagea et nous apprîmes bientôt que le gérant des lieux était de nationalité espagnole. Devant notre étonnement ce dernier s’empressa aussitôt d’expliquer que le motif principal en était son mariage avec la charmante danoise tenant boutique avec lui. A la question : regrettez-vous parfois le soleil de l’Espagne ? il se lança dans une longue explication, vantant les mérites incomparables des terres du nord, la paix des  grands espaces enneigés, le bonheur des jours interminables en été et du plaisir à vagabonder dans la nature à perte de vue. Cependant, alors qu’il parlait, son regard avec pris la teinte grise des nostalgies inconsolables.
 
On doit à Barbay d’Aurevilly la sentence suivante : « Qu’est-ce qu’en général qu’un voyageur ? C’est un homme qui s’en va chercher un bout de conversation au bout du monde ». Si l’on entend par conversation un échange avec soi-même, cette définition me va.

Narsaq---Princess-danae.jpg 

Quoi qu’il en soit, ce jour là, cette croisière philosophique prit là tout son sens.


(1) On a beaucoup glosé sur l’appellation de « terre verte » utilisée par Erik le Rouge. Aurait-il délibérément voulu tromper les candidats à l’implantation au Groenland ? Il semble bien que non. « Elle l’est (verte) d’autant plus que l’époque où Erik entreprend sa grande aventure est celle de ce que l’on appelle ‘l’optimum climatique médiéval’. Il s’agit d’un moment de réchauffement général du climat, qui commence vers le début du Xe siècle et qui va durer jusque vers le milieu du Xve siècle. Il englobe donc exactement l’épopée viking au Groenland, et est sans doute largement lié à sa fin ». (Texte entre guillemets tiré de la brochure ‘L’aventure de la raison’)
 

(2) Jared Diamond, Effondrement, page 449-45

 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 22:09

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La tenue d’un blog est parfois fastidieuse… Passées les délectations des premiers billets, une fois relégués au fin fond de notre espace les premiers échanges par commentaires ou courriels interposés, une espèce de routine s’installe. A chacun selon son rythme et son humeur ? Pas si sûr dirais-je. Car une fois notre tribune ouverte nous nous prenons au jeu. Et ce qui n’était, somme toute, qu’un passe temps anodin prend les allures d’une addiction. N’a t-on pas fait au minimum son billet hebdomadaire (ou quotidien, bi-mensuel, etc.), voit-on sa fréquentation en berne ? La tension monte, le pouls s’accélère…Vite, vite !

 

Et c’est avec un goût d’urgence dans la bouche, prestissimo, qu’on va chercher dans les replis de notre clavier de menues semences à mettre fissa en culture, à moins que, plus prévoyant, n’ayons déjà en réserve quelques récoltes dont il ne reste plus qu’à faire la mise en caisse avant de les proposer à la consommation.
Une autre option est de recycler un écrit destiné initialement à un autre usage. J’y reviendrai.

 

Dans le genre addictif, le rituel de la consultation des statistiques joue aussi son petit rôle. Et les données sur l’évolution de la fréquentation d’un blog agissent exactement de la même manière que le passage des niveaux de votre personnage dans un jeu vidéo (j’en sais quelque chose). A peine votre ensorceleur elfe niveau 12, et alors que vous vous êtes donné tant de mal  pour y parvenir, que vous voici blasé. Vous lorgnez déjà sur les sorts disponibles au niveau 13…

 

Revenons aux statistiques mises à dispositions des blogueurs, comme autant d’indicateurs de performance dignes des plus capitalistiques firmes. A chaque plate-forme son système (je suppose qu’ils se ressemblent tous plus ou moins). Chez Overblog, par exemple, existe ce qu’on appelle le Blog rank, nombre magique basé sur un calcul occulte, prenant en compte nous dit-on moult paramètres (les valeurs apparaissent parfois surprenantes, si ce n’est farfelues : genre un BR qui augmente avec beaucoup moins de visiteurs et moins de pages vues). Ce nombre est mis à jour quotidiennement et vous pouvez suivre son évolution sur une courbe (il va de 0 à 100). Cela conduit à d’étranges comportements chez certains, comme : « Dis t’as vu mon gros BR ? », sans compter ceux qui vont claironner, ou carrément afficher sur leur page ce fameux BR (évidemment élevé). Le nec plus ultra étant d’obtenir la petite étoile des top blog – distinction des distinctions ; véritable rosette arborée avec fierté au revers de votre veston résolution 1366x768 – ou mieux…  

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D’où un sérieux dilemme : rester indifférent aux sirènes de la visibilité (ou se déclarer tel – mais qui, hormis le soiïste, assez insensé pour s’affirmer imperméable à toute influence insidieuse ?), ou y compromettre parfois son intégrité par un petit billet (ou une image) plus racoleur que les autres ? …

 

Car dans ces fameuses statistiques dansant sous l’œil du blogueur outre le nombre de visiteurs et de pages vues quotidiennement vous avez accès au nombre de visites sur chaque billet (jour / semaine / mois). Ainsi ai-je rédigé, fut un temps, un petit article sur un livre qui m’avait beaucoup plu : Limonov. Coup de bol, le roman fut primé. Mais si aujourd’hui j’ai toujours tant de visites sur cet article ce n’est pas tant – à mon grand désarroi – pour la qualité intrinsèque de mon écrit que pour la photographie de la sulfureuse Elena. En effet, Overblog donne aussi accès aux mots clés tapés par les internautes ayant atterris sur votre espace.  Et c’est parfois atterrant. CommeLimonov elena d’attirer des chasseurs intéressés par « le fusil le plus cher du monde » alors que j’ai publié un billet reprenant la lettre de Romain Gary en faveur de la protection des éléphants ! – je passe aussi tous ceux tombés chez moi pour avoir tapé « blog libertin », au motif que j’ai un billet intitulé « sagesses libertines » et un autre, beaucoup récent « l’amour au temps des libertins »…Je comprends leur déception.
Bref, je ne vais pas ici énumérer toutes les statistiques proposées à l’appétit voraces du blogueur en mal d’évaluations chiffrées, et conclurai ce chapitre disant que n’être que peu fréquenté, n’est pas un meilleur gage de qualité que d’être référencé dans les top blog. L’inverse est aussi vrai. 

Top-article.jpg

 

Plus généralement, n’écrit-on pas pour être lu ? Certes. Mais pourquoi persévérer et poursuivre sur sa lancée, semaines après semaines ? L’explication tient peut-être pour part, dans la théorie de l’âne, du bâton et de la carotte tel qu’expliqué par Guillaume Paoli. Et une fois l’animal bien installé dans sa routine il va « … va continuer sur sa lancée, par vitesse acquise, pour ainsi dire, sans plus se poser la question du pourquoi. Plus exactement, cette question va s’inverser pour lui. Il se demandera : quelle raison aurais-je donc de m’arrêter ? ».
C’est vrai ça. Pourquoi s’arrêter ? D’autant qu’au fil du temps se sont formées certaines affinités électives virtuelles dont on aurait désormais peine à se couper. Et puis, à portée de quelques clics, brille ce petit esprit communautaire sympathique auquel on s’est accoutumé ; cette forgerie d’idée toujours en mouvement, ces élans de singularité partagée, ces saillies délicieuses et ces pointes fulgurantes, ces obscurités seules comprises d’un petit nombre « d’initiés », ces traits d’humours et ces alliances tacites, ces courtoisies amicales et ces divergences admises – sinon dépassées, etc., etc.
Bref, autant d’attaches qui, quelque part, préservent du vide insondable de l’isolement numérique.
Mais cela ne répond pas tout à fait à la question. Pourquoi persister à se vouloir tenancier d’auberge plutôt que pilier de quelques comptoirs choisis ? Il y a fort à parier que l’Ecclésiaste ait ici raison : « Vanité des vanités ! dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. »
Sans doute, sans doute…

 

Mais voilà que je me suis encore laissé entraîné bien loin de mes intentions initiales. Car je ne voulais rédiger que quelques lignes d’introduction pour précisément justifier de l’emploi d’un texte rédigé ce matin au titre de commentaire sur le fil d’un forum rattaché à une émission radiophonique. Il y était question d’écologie.
Je me le garde donc en réserve pour une prochaine fois.

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Published by Axel Evigiran - dans Société
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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 17:41

«    Nous ouvrirons, nos yeux nos ailes, vers la lumière crue du soleil éternel…    »

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Telle est la complainte post-modern assénée par un duo français que j’affectionne tout particulièrement : Krystal System.

 
Peinture sonore d’une époque. La solitude des réseaux dégoulinante de couleurs, l’hubris désincarnée, les guerres presse-bouton, les terroristes et les affamés… Champagne sous les sunlights tandis que la légion des réfugiés climatiques refluent, finance en délire sur fond d’effondrement généralisé.

 

Enjoy !

 

Stoïcisme contemporain

 

Suicide marchandisé :
Au bout du rouleau ? Un seul coup de fil suffit !

 

Thank you for calling 1 * 800 - SUICIDE
If you wish to self terminate by electric shock, press 1.
For termination by overdose, press 2.
If you would like to make a reservation to visit our drowning pool, please press 3.
For termination by hanging, please press 4.
For death by self Inflicted gunshot, press 5.
To speak to a representative, stay on the line.
If you do not wish to die, please hang up now.

 

(Texte extrait de Dr Online du groupe Zeromancer)

 

 

Eloge de la consommation ; haine de la gratuité

 

« L'un des étudiants leva la main ; et, bien qu'il comprît fort bien pourquoi l'on ne pouvait pas tolérer que des gens de caste inférieure gaspillassent le temps de la communauté avec des livres, et qu'il y avait toujours le danger qu'ils lussent quelque chose qui fît indésirablement « déconditionner » un de leurs réflexes, cependant... en somme, il ne concevait pas ce qui avait trait aux fleurs. Pourquoi se donner la peine de rendre psychologiquement impossible aux Deltas l'amour des fleurs ? Patiemment, le D.I.C. donna des explications. Si l'on faisait en sorte que les enfants se missent à hurler à la vue d'une rose, c'était pour des raisons de haute politique économique. Il n'y a pas si longtemps (voilà un siècle environ), on avait conditionné les Gammas, les Deltas, voire les Epsilons, à aimer les fleurs – les fleurs en particulier et la nature sauvage en général. Le but visé, c'était de faire naître en eux le désir d'aller à la campagne chaque fois que l'occasion s'en présentait, et de les obliger ainsi à consommer du transport.
- Et ne consommaient-ils pas de transport ? demanda l'étudiant.
- Si, et même en assez grande quantité, répondit le D.I.C., mais rien de plus. Les primevères et les paysages, fit-il observer, ont un défaut grave : ils sont gratuits. L'amour de la nature ne fournit de travail à nulle usine. On décida d'abolir l'amour de la nature, du moins parmi les basses classes, d'abolir l'amour de la nature, mais non point la tendance à consommer du transport. Car il était essentiel, bien entendu, qu'on continuât à aller à la campagne, même si l'on avait cela en horreur. Le problème consistait à trouver à la consommation du transport une raison économiquement mieux fondée qu'une simple affection pour les primevères et les paysages. Elle fut dûment découverte. - Nous conditionnons les masses à détester la campagne, dit le Directeur pour conclure, mais simultanément nous les conditionnons à raffoler de tous les sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l'emploi d'appareils compliqués. De sorte qu'on consomme des articles manufacturés, aussi bien que du transport. D'où ces secousses électriques ». 

Huxley, Le meilleur des mondes

 

De l’alimentation

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Usage de la langue

 

« Le ministère de la Vérité - Miniver, en novlangue - frappait par sa différence avec les objets environnants. C’était une gigantesque construction pyramidale de béton d’un blanc éclatant. Elle étageait ses terrasses jusqu’à trois cents mètres de hauteur. De son poste d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription artistique des trois slogans du parti.

 

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE »

 

Orwell, 1984

 

Pour finir en beauté

 

 

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