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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 18:15

What doesnt kill me....A propos d’un  « aspect actuel et particulier du ‘señoritisme’ » qui suscita, il y a de cela quelques jours, bien des remous…

 

 

 


 

 


Passe d’arme aux accents parfois surréalistes… Et qui atteignit le couronnement de son intensité dramatique dans la terrifique formule : « Mais je dois militer et combattre. J'ai deux filles magnifiques qui ne veulent pas mourir » !
Moi qui ai également deux enfants, serais-je ainsi de ces pères indignes, coupable de défaut de militantisme ?
Et de mesurer avec effroi l’abîme  de mon inertie…  Déserts emplis du sable de ma mauvaise conscience…
Par les sangs !

 

Vite vite écrire un livre engagé pour me laver l’âme de mes délétères scories dilettantes !
- Ou au moins, ce qui est davantage à ma portée, rédiger un billet cinglant… et aller illico le poster sur Agora Vox (Bon ça c’est déjà fait, et je me souviens m’en être senti ensuite beaucoup mieux… Ce qui tend à prouver que je ne suis pas si mauvais garçon…).

Au passage signer quelques pétitions...

 

militant_protest.jpg

 

« Mais je dois militer et combattre. J'ai deux filles magnifiques qui ne veulent pas mourir » !
Diantre quelle phrase !
Et aussitôt me jeter en prière ; contrition nécessaire avant, tête basse, de me ranger repenti sous la bannière de Badiou… Ce gourou ci, au moins, n’est pas un mou du genou… Au trou tous les déviants… Le prolixe Zizek, inénarrable zézéyeur, n’a qu’à bien tenir sa langue. Orthodoxie quand tu nous berces entre tes dents…
Hardi mes frères, arborons fiers les couleurs sanglantes de la guilde des redresseurs de torts. Poing dressé !

 

« Mais je dois militer et combattre. J'ai deux filles magnifiques qui ne veulent pas mourir » !
Je ne me lasse décidément pas de me passer cette dantesque sentence en boucle…
Qui ne sait que les révolutions finissent toujours mal ?…  les naïfs, les droits, les purs, les sans tache et autres apôtres de Vérité sans doute.
Mais allons, comme chacun sait, « on ne nettoie pas les écuries d’Augias avec un plumeau » !

 

« Mais je dois militer et combattre. J'ai deux filles magnifiques qui ne veulent pas mourir » !
Dans son dernier billet, ‘Dansez maintenant !’ V, ayant très opportunément épinglé l’insoutenable saillie, d’une seule phrase me plaça d’un coup devant l’évidence: « Sorties de leur contexte, on imagine très bien ces deux phrases sur le bandeau rouge d’un thriller en promo… ». Mais c’est tout à fait ça , me dis-je !

 

Et il se trouve qu’au moment même ou je lisais ces lignes j’écoutais un morceau hargneux d’un groupe de  metaleux hongrois…  Un morceau tiré d’un album aux accents très nietzschéen : What doesn’t kill me
Et une idée en amenant une autre, je pensai alors naturellement que ce genre de film se doit fatalement d’avoir une musique ‘destroy’ ; des riffs rageurs rehaussés de couplets de « Warriors » !..

 


Ainsi les paroles éructées par le chanteur d’Ektomorf pourraient sans soucis être endossées par tout bon philosophe militant :

 

What I feel is pain
So much fucked up fear
And I know it's not real

I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live

I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live
There is so much
Motherfuckin' thoughts
They wanna make my
Make my head explode
But love will win this war

I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live

I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live

There is so much inside
I give you all
There is so much inside
I give you all

militant.png 

 

Poing dressé compagnons !

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Published by Axel Evigiran - dans Musique - Med-folk & Metal
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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 19:16

2012 02 - Oiseaux dans le jardin001

 

Je ne sais plus dans quelle nouvelle j’ai lu, il y a de cela bien des années, que quelqu’un qui s’intéressait aux oiseaux ne pouvait être foncièrement mauvais… C’était là le jugement définitif d’un personnage à propos d’un quidam soupçonné de crime… Ma mémoire a effacé le reste et je serai bien incapable de dire aujourd’hui s’il était ou non coupable. Au-delà de l’anecdote il faut reconnaître que les références aux oiseaux, que se soit dans la littérature ou la philosophie, sont plutôt rarissimes.
Certes il y a, parmi les poètes, l’Albatros de Baudelaire dont s’amusent les hommes d’équipage, le bestiaire de La Fontaine, comprenant lui aussi quelques volatils (du corbeau à la cigogne passant par l’hirondelle), ou encore chez Rimbaud cette Tête de Faune où « l'on voit épeuré par un bouvreuil Le Baiser d'or du Bois, qui se recueille ». Mais le butin demeure famélique. Quant aux philosophes, hormis Kant et son Rouge-gorge le paysage a hélas des allures de toundra désertique. Reste, à mi-chemin entre philosophie et poésie, cette petite mention à propos de la gent avienne  que j’ai relevé hier soir chez Lucrèce ; lorsqu’il est question de la « Mère des Enéades ». Voici ce passage : « tout d’abord les oiseaux des airs te célèbrent, ô Déesse. (….) parmi les demeures feuillues des oiseaux et les plaines verdoyantes, enfonçant dans tous les cœurs les blandices de l’amour, tu inspires, à tous les êtres le désir de propager leur espèce ».

 
Pour l’heure l’essentiel soucis des merles, des grives et autres mésanges est de se nourrir pour ne point périr dans le froid
 2012 02 - Oiseaux dans le jardin003

2012 02 - Oiseaux dans le jardin004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces quelques photographies (1)  ne prétendent à rien d’autre qu’à témoigner d’un instant ; un après-midi de farniente au chaud près de l’âtre, l’appareil dans une main le Gai savoir dans l’autre, à converser par intermittence avec une dame de qualité à propos d’un livre de qualité.

 

2012 02 - Oiseaux dans le jardin007  


Et ces pauvres oiseaux dans la froidure…

 

« Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. » 

Lucrèce, De la naure (livre II)

2012 02 - Oiseaux dans le jardin008

 

2012 02 - Oiseaux dans le jardin005

2012 02 - Oiseaux dans le jardin009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2012 02 - Oiseaux dans le jardin0102012 02 - Oiseaux dans le jardin011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2012 02 - Oiseaux dans le jardin013 2012 02 - Oiseaux dans le jardin012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


(1) D’un point de vue technique elles sont pitoyables : prises à la volée, sans trépied (ce qui explique que certaines soient plus ou moins floues), sans recherche artistique particulière. Mais j’aime ces photographies. Y sont représentés là des amis de longue date. 

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Published by Axel Evigiran - dans Ornithologie
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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 19:22

servitude3.jpg

 

A dire vrai je ne saurai affirmer d’où vient l’idée du titre de cette série BD fantastique si attachante, dont le troisième tome « L’adieu aux rois » est sorti en novembre dernier chez Soleil. J’aime cependant à y déceler un clin d’œil à l’œuvre maitresse d’Etienne de La Boétie.
Mais ici c’est essentiellement de la servitude des princes et des puissants dont il s’agit ; de l’hubris des ‘maîtres du monde’ – sous l’emprise qu’ils sont de leurs délires des grandeurs. Cette maladie de l’âme qui faisait dire à Sénèque : « Combien d’hommes que l’opulence accable ; (…) que de grands à qui le peuple des clients toujours autour d’eux empressé ne laisse aucune liberté ! » (1).

 

Ecrit par Fabrice David (Les voies du seigneur) le scénario solidement charpenté, développe une intrigue complexe et passionnante ; nombre de romanciers , d’ailleurs, feraient bien de s’en inspirer (mais il est vrai que de nos jour on donne plutôt dans l’autofiction narcissique que dans la saga).
Je ne reviendrai pas ici dans le détail de l’histoire, ni sur l’arrière-fond dans lequel évoluent lesServitude-1.jpg personnages, se trouvant sur la toile d’excellentes présentations vers lesquelles je renvoie volontiers les lecteurs intéressés. Je me contenterai juste d’évoquer la subtilité avec laquelle sont distillés, au fil de l’aventure, les éléments fantastiques du scénario. Ainsi Servitude prend ses racines dans un univers de type médiéval, avec un soupçon de magie et de créatures hybrides. Et à la lecture des trois premiers tomes de cette palpitante saga (qui devrait en compter au moins cinq), je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec la superbe série télévisée intitulée Le Trône de fer (Game of thrones), dont la saison II est actuellement en préparation. Je ne savais d’ailleurs pas - j’aurai dû, à la richesse du scénario le soupçonner - que l’adaptation télévisuelle s’adossait aux écrits d’un certain George R. R. Martin, écrivain américain dont je dois reconnaître, à ma grande confusion, que jusqu’alors je n’avais jamais entendu parler. Le premier tome de sa saga (sur un cycle qui devrait en compter sept en sa version originale, les traductions françaises étant davantage saucissonnées, probablement pour des motifs mercantiles), précisément intitulé Game of thrones est sorti en 1996. Actuellement il en est au tome 5 (Dance with dragons, sorti en 2011).
Cette impression de connivence fortuite entre le Trône de fer et Servitude  a été confirmée par le dessinateur et coloriste de la série BD, Eric Bourgier en personne : « J’ai découvert tardivement les romans du Trône de fer et je dois dire qu’il a fait un truc très fort avec lequel nous n’avons pas la prétention de rivaliser, mais c’est vrai qu’il y a un esprit commun avec notre univers ».

 Servitude-carte.jpg

Servitude-2.jpgCe qui m’amène à dire quelques mots du travail d’Eric Bourgier, dont il n’est pas anodin d’indiquer qu’il a débuté sa carrière comme illustrateur de jeux de rôle.
Au niveau des tons, à mille lieues des planches flashy qu’affectionnent certains - dont je ne fais pas partie - la dominante marron rehaussé d’une palette de gris sert à merveille le propos. Le rendu n’est ni glauque ni terne. Tout au contraire. L’ambiance est plantée, avec juste ce qu’il faut de contrastes et, des déserts brulants de la province de Veriel aux froids sommets des terres d’Anoroer, on sent parfaitement la dureté de ces temps d’incertitudes où sourdent mille et une manigances. Quant au dessin, juste ciselé avec une dextérité qui force l’admiration, il ne concoure pas moins que la palette de couleurs à l’immersion dans cette œuvre passionnante dont c’est avec impatience que j’attends le prochain tome (il me faudra armer de patience, chaque sortant avec un intervalle moyen de trois ans).
Least but not last, j’ai particulièrement apprécié les éléments annexes aux planches dessinées proprement dites. La carte, cela va de soi, mais aussi les lettres, les documents décrivant le contexte et la société dans lesquels évoluent les personnages, ainsi que les textes relatant l’issue de la bataille de L’adieu aux rois (procédé ludique tant qu’original de finir l’histoire). Les amateurs de jeux de rôle, particulièrement les MD, y verront là un background particulièrement bien ficelé.

 ServitudeT01P19.jpeg

On l’aura compris, Servitude est définitivement une série qui se doit trouver dans les meilleures BD-thèques.

LePictographe-Servitude-Chantd-Anoer_Drekkars_AdieuAuxRois.jpg

 

 


(1) Sénèque, De la brièveté de la vie.

 

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Published by Axel Evigiran - dans BD
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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 18:02

Masque-venise.jpg

 

 

Tiré d’un verbe latin signifiant parler au travers, la persona désignait dans l’antiquité le masque que portaient les acteurs de théâtre… Du Volta vénitien à la tragédie grecque, passant par les dispositifs fabuleux portés en Afrique lors des cérémonies funéraires ou initiatiques, le masque a toujours été la parure du genre humain.

 

D’un habile rhéteur, d’un intriguant, d’une courtisane ou d’un diplomate qui sait son métier au bout des ongles, ne dit-on pas qu’ils avancent masqués ? 
Du factice au vraisemblable il n’y a qu’un pas ; et de l’artifice au naturel que l’épaisseur d’un cheveu.

 aztekegr

Lorsque les fasciés emplumés préludent au massacre sur les marches des temples méso-américains  - autels sanglants en plein air ;
Lorsque surgissent la nuit dans la savane les gueules peintes des hommes léopards, ces griffeurs des folles espérances ;
Et tant d’autres encore, mû par d’irracontables instincts.
Ils ne font qu’assassiner les apparences…

  

Qu’il soit instrument de séduction ou d’effroi, le masque n’en a pas fini de fasciner et de servir aux plus sourdes fantasmagories !

 

Chez Jung la persona fut interprétée comme le ‘masque social’, cache-misère à nos blessures, et dont, par obligation, nous nous affublons pour rendre la compagnie de nos congénères supportables.

Sans ces oripeaux hypocrites, pas de vie sociale possible.
A chaque situation son vêtement propre.
Philosophe-barbu.jpgUn vieux proverbe grec nous met en garde : « la barbe ne fait pas le philosophe » ; il n’empêche, une face ‘empoilée’ confère d’ordinaire au plus plat prosateur un petit air de respectabilité.
Et qui sait si, à force d’incarner notre rôle, nous ne finissons pas par nous y identifier.

 

A l’heure où fleurissent un peu partout, sur les friches d’un hédonisme forcené, les tests de personnalités ; introspection oblige !
Exhortation à ôter le masque pour mieux se mentir à soi-même, tel semble être l’impératif catégorique des sots.
Le connais-toi toi-même du vulgaire est en nos sociétés promis à un bel avenir…

 

On en oublierait presque le masque mortuaire.
Le seul promis à réel un avenir.
Notre unique certitude ;
Là, lorsque cesse le jeu.

 

masque-KWELE.jpg 


Ces quelques digressions sans prétentions ni buts, ont pris leur source dans la singulière résonance que j’ai cru déceler entre deux images. Aussi, mon intention initiale, sous l’effet d’une impulsion dilettante, n’était de ne commettre qu’un billet sans texte.
Seule une légende humoristique, en guise de clin d’œil, devait accompagner cette synchronicité des plus factices.
Par un mouvement d’humeur incompréhensible je me suis laissé à développer une vaine cogitation autour de la persona. Si bien que mettre à présent en illustration du billet ladite photographie a perdu son sens.

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Published by Axel Evigiran - dans Bouteilles à la mer
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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 14:10

 

_warning_s.jpgSuite à un soucis Overblog dans les commentaires de cet article (qui refusent de s'afficher) , j'ai recopié ceux qui m'ont déjà été adressés et je les ai publiés sous la forme d'un nouveau billet (voir ici).

Je ferai de même pour les prochains (je reçois bien les commentaires en zone administration du blog)

 


 

Il est parfois des disputes qui trouvent des issues tout à fait surprenantes.

 

Lorsque j’écrivis ce billet intitulé 'Dans quelle édition lire Montaigne ?' (qui provient pour grande part d’un texte antérieur rédigé en 2009) je ne savais rien de Frédéric Schiffter ; rien de l’homme, rien de l’œuvre. Ce n’était alors qu’un nom propre. Pire, pour être tout à fait honnête il me faut confesser ici que j’ai  confondu Frédéric Schiffter avec Jean-Claude Milner qui, quelques mois avant la rédaction de mon premier texte, m’avait passablement agacé lors de son passage dans une émission de Réplique. Aussi, après lecture, non point à « sauts et à gambades » mais au galop, de l’article de Frédéric Schiffter intitulé ‘Montaigne dans le texte ?(voir le scan de l'article tout au bas de ce billet) , enfourchant illico mon destrier vengeur je me précipitai sus à l’ennemi, et commis une introduction dans un style pamphlétaire dont je fus, en premier instance, plutôt fier : c’est que j’y voyais là un affront fait à ceux qui, comme moi, ne sont point correctement outillés par leur cursus scolaire pour lire de prime abord Montaigne dans le texte, avec aisance suffisante. Bref, cette posture esthétique allant contre une traduction en langue vulgaire de Montaigne, je la perçus comme le refus d’un nantis du savoir de reconnaître le droit à l’infirme d’avoir sa béquille… Ceci pour expliquer la virulence de mon verbe d’alors.

 

P1010156Mon forfait à peine commis, je l’oubliai tout aussitôt pour m’en aller vaquer sous d’autres cieux à d’autres occupations ; plongé en d’autres lectures, ne prenant alors que peu de soin à relever mes courriels étant donné que de commentaires je n’en avais encore jamais reçu le moindre… Voici pourquoi ce fut avec grande stupeur qu’un jour je découvris une missive du philosophe, abandonné depuis des semaines dans ma boite. Le message tenait en peu de mots. Il visait juste, frappant là où ça fait mal ; cinglant, à la hauteur de ma propre attaque… Comment, pensais-je alors non sans un certain trouble qui ne cédait en rien à une belle perplexité embarrassée, comment est-il possible qu’un philosophe d’une notoriété certaine puisse condescendre à se compromettre à répondre à une offense lui ayant été faite par un obscur blogueur ? C’était là un insondable mystère…

 

Passé la première stupeur il me fallut bien m’en retourner sur mon billet pour tâcher de comprendre ce qui avait pu causer tel courroux de l’auteur du ‘Bluff éthique’. Force me fut alors d’admettre que je n’y avais point été avec le dos de la cuillère, et qu’en réalité ce soufflet en retour était, ma foi, mérité. Mais je n’en allai point m’en laisser compter par le premier philosophe venu me chatouiller l’échine et, bien qu’ébranlé, relevant le gant je répondis à mon agresseur que je prenais son message comme un encouragement… Ceci fait, relisant mon article, j’y retirai néanmoins une phrase m’apparaissant inutilement blessante.

 

Le temps faisant, j’oubliais l’incident, jusqu’au jour où je reçus un commentaire  sur l’un des articles où je me félicitais de l’abandon (mieux, de son déboulonnage) par M.Onfray de la pseudoscience psychanalytique. Ce commentaire, reprenant le texte d’un article, avait pour titre évocateur ‘Triomphe du sanchopancisme (Sur les suiveurs de Michel Onfray)’. J’en reçus dans la foulée un second exemplaire, conséquence d’un malencontreux double clic commis par l’émetteur de ce que j’avais déjà pris pour un facétieux clin d’œil ; habile provocation donnant dans les faits matière à penser. Suivait un courriel où l’auteur du ‘Plafond de Montaigne’ s’en excusait avec humour : « Déjà que vous n’avez pas bonne opinion de moi… ». Chaussant alors les bottes de celui qui ouvrit son livre par une déclaration de bonne foi, je crus opportun de répondre par un extrait des Essais, évitant soigneusement l’édition ‘fadasse’ objet de la polémique, lui préférant celle, toujours à mes côtés, paru à la Pochotèque et qui suit l’édition de 1595 – seule l’orthographe y est modernisée ; quant à l’extrait retenu pour servir ma cause, il était tiré ‘Du pédantisme’.

 

L’un des livres de Maine de Biran à pour titre ‘De l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser’. On ne saurait mieux dire. Et c’est bien de l’altérité de pensée dont on tire le meilleur miel. Ainsi, s’il est de nécessité vitale de frotter sa cervelle à qui ne pense pas a priori comme soi, encore faut-il trouver qui pour en accepter le jeu. C’est ici qu’il me faut rendre justice à Frédéric Schiffter. Mieux, le remercier.

 En effet, ce que je n’avais pas imaginé, c’est qu’à la suite de la publication de mon commentaire, tiré donc des Essais, s’ensuivrait une correspondance des plus enrichissantes ; courtoise, puis même amicale…

 

Ce fut ainsi Montaigne qui nous réconcilia.

 

.

De notre dispute montaignienne il ne reste que scories laissées par les traces de ma prose initiale (que j’ai conservée comme vestige et, surtout, pour compréhension de comment une situation de conflit peut tourner parfois dans une direction que nous n’aurions jamais imaginé). Plus qu’une dispute d’ailleurs, si l’on y regarde de près, il s’agissait là d’un malentendu. Et plus qu’un désaccord de fond, c’est sur la forme que portait le différent.

 philosophie_sentimentale.jpg

Au constat d’un trafic régulier sur mon billet ‘Dans quelle édition lire Montaigne ?’ il m’apparaissait, depuis un bon moment déjà, indispensable cette mise au clair.


D’ailleurs, et en aparté, je ne saurai que trop conseiller à qui parcoure ces lignes de se plonger dans la lecture des ouvrages de Frédéric Schiffter. S’y mêlent, avec délice inestimable, la clarté - mais sans concession quant au fond (ce qui est vertu assez rare de nos jours) -, le soucis de concision, la beauté un peu sombre et désabusée de la prose schifftérienne, l’érudition sans pédanterie ; bref toutes les marques d’un style ! J’ajouterai encore les passages autobiographiques (qui rendent si vivants ses livres) ainsi que le scalpel d’une pensée qui plonge droit à l’essentiel – là, au cœur de nos certitudes les mieux établies.
Je viens de dire comme je pense mais m’arrête ici pour ne point donner impression de faire dans la flagornerie. Pour contrebalancer même ce qu’il m’a pris de confesser, je concéderai ici que je dois à Michel Onfray ce qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’il a appelé dans l’une de ses leçons un ‘hapax existentiel’. Et quitte à déplaisir à l’un comme à l’autre, j’enfoncerai le clou disant que du haut de mon médiocre entendement je les perçois comme les deux faces d’une même monnaie (j’ai certes l’impression de vouloir réaliser la quadrature du cercle).   

 

C’est sous la flambée, un verre de vin à la main que j’ai tiré dernièrement le plus grand profit de ‘Philosophie sentimentale’, là où se trouve dit : « … pas d’œuvre sans introspection » (P 55). Par contrepoint, ce fut sous un soleil d’août  que je lus avec émotion l' ‘esthétique du pôle Nord’ de M.Onfray, livre m’ayant le plus touché avec le Recours aux forêts’.

 

Enfin, puisque de ses erreurs il faut bien tirer enseignement, je dois dire qu’avec le recul les conséquences de ma maladresse inaugurale eurent un effet tout à fait paradoxal. Mais que ceci ne vaille point pour un encouragement à se conduire, à mon exemple, en parfait balourd. N’oublions pas que d’une même conduite peuvent survenir des effets opposés (cf Montaigne, Livre I, chap XXIII ‘Divers événements de même conseil’).
Des conséquences donc de ma gaucherie, puisqu’il en était question, découle ainsi la découverte d’un auteur (que je n’aurai sans doute jamais lu sans cela) dont la pensée s’avère des plus rafraîchissante ; une pensée m’ayant contraint à pousser au-delà de mes habitudes cognitives. Mais plus essentiel, au travers ces échanges j’ai pu découvrir une parcelle de l’homme qui se tient derrière le philosophe.
« Si j'avais pu imaginer lors de notre querelle inaugurale que quelques temps plus tard nous deviserions si amicalement sur la toile ! Je m'en réjouis ! ». Je ne saurai mieux dire.

 

P1010242


En guise de post-scriptum , d’un point de vue pratique je retire de cette aventure les leçons suivantes :

Ne jamais se laisser aller sur le coup d’une émotion à des attaques ad hominem (solution de facilité). Mais laisser décanter. Et si critique il doit y avoir, qu’elle se fasse sur le fond et rien d’autre.
Avant de s’en prendre à un auteur, la moindre des délicatesses consiste au moins à en avoir lu un livre.
Il y a tant de sujet dont nous pouvons tirer bénéfice qu’il est n’est d’aucun profit à passer son temps à répandre de sa mauvaise bile.

 


 

Philosophie magazine - N°27 - Mars 2009, page 85

 

Polemique-Montaigne-.jpg

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 08:25

Nietzsche demeure pour moi un insondable mystère.

 

Il y a de cela environ deux ans j’écrivais dans une chronique toute personnelle : « Je suis mal à mon aise  avec la pensée de Nietzsche. Quelque chose d’indistinct, d’informulé qu’il me faudra éplucher et mettre à nu. Voyant d’aucuns, et parmi eux quelques sommités, évacuer d’un mot - ou mieux nier - ce que certaines idées nietzschéennes peuvent avoir d’ambigües, voire de nauséeuses ; les voyant, disais-je, noyer telle sentence ou tel aphorisme dans une complexité artificielle, si bien que toute perplexité se trouve repoussée à une mauvaise lecture de l’œuvre du « Maître », décontexualisée et donc forcément fautive, déviante donc indigne, je m’interroge ». J’ajoutais un peu plus bas, en guise de conclusion provisoire, ce qui m’apparaissait être une saine pharmacopée pour me débarrasser de mon trouble. «…une relecture éclairée. Sans parti pris ni exaltation », voilà ce qui, en bref, il me fallait.

 

friedrich-nietzsche-paul-ree-lou-andreas-salome.jpgJe concède n’avoir, depuis lors, bu la potion qu’à moitié, ne relisant dans les faits qu’une bonne part de ‘Par delà bien et mal’. Rien de plus de Nietzsche lui-même qui, chez moi, ne peut se lire qu’à petites gorgées.
Pour le reste, décidé de me faire une idée plus ferme du philosophe au marteau, je me suis tourné vers la prose, plus ou moins éclairée, de quelques commentateurs (1). Hélas, je ne m’en trouve guère plus avancé.
Sans doute ai-je été mieux inspiré à l’écoute de quelques belles émissions radiophoniques ; ainsi le 20 janvier dernier, lors d’une semaine consacrée à Nietzsche, Raphaël Enthoven recevait Patrick Wotling dans ‘Les nouveaux chemins de la connaissance’ pour  y parler de la critique que Nietzsche adresse aux autres philosophes et à la philosophie.
Je n’oublie pas ici une très salutaire conférence d’Alexandre Lacroix autour de Nietzsche et des hyperboréens, avec, pour support, la première page de l’antéchrist. Il y sera notamment question de l’apollinien et du dionysiaque.

 

 

Nietzsche n’est pas de ces philosophes à la prose desséchée, de ces faiseurs de salmigondis indigestes qui désespèrent le commun. Bref, il n’est pas genre d’homme à noyer la simplicité - voire l’indigence - du propos dans ce que ma probable inculture me fait apparaître comme un pédant verbiage ésotérique. « Si j’avais la pulsion du thésard, écrit Frédéric Schiffter dans Le plafond de Montaigne, je pourrais ergoter sur l’approche sub specie temporis de l’être chez Montaigne ; ou, en jargonnant comme Kant, sur son parti pris de penser le monde à travers un ‘jugement réfléchissant’ – de manière subjective -, au lieu de le subsumer sous les catégorisations d’un ‘jugement déterminant’ – de manière objective. Mais n’ayant qu’un instinct de lecteur, ma thèse est simple : si Montaigne se retire en sa librairie pour écrire, c’est pour continuer ses conversations avec Etienne, son frère, et avec Pierre, son père, tous deux réduits au silence définitif à cinq ans d’intervalle » (2). Voilà magistralement dit ce que m’inspirent ces tanks conceptuels que sont ces épais volumes d’un Heidegger ou encore, par exemple, ces arguties absconses d’un Kant (je n’ai jamais pu, malgré la meilleure volonté, dépasser la moitié de la ‘Critique de la raison pratique’ sans me surprendre à rêvasser à tout autre chose).
Et si un livre me tombe des mains autant passer à autre chose… Quitte à y revenir ultérieurement – ou pas.

 

Mais, histoire de ne point toujours taper sur les mêmes, il me faut reconnaître que Spinoza me fait à peu près le même effet. Cela me désole terriblement, tant ce que j’ai pu entendre au sujet polisseur de lentille me laisse supposer quelques possibles accointances avec sa pensée. Et si célèbre la formule «… les hommes se croient libres, seulement parce qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés » (3), claire et limpide, donne belle matière à méditation, pour le reste la mathématique spinosiste demeure hors de ma portée. Un exemple : « Axiome. 1) La substance existe, en raison de sa nature, antérieurement à tous ses modes (modifications). 2) Les choses qui sont différentes se distinguent les unes des autres, soit réellement, soit modalement. 3) Les choses qui se distinguent réellement, ou bien ont des attributs différents, comme la pensée et l'étendue, ou bien se rapportent à des attributs différents… ». Je vous épargne les quatre autres axiomes qui suivent. En découlent : Proposition I et démonstration. Proposition 2 et démonstration. Etc. Jusqu’au corollaire : « La nature est connue par elle-même et non par quelque autre chose. Elle consiste en une infinité d’attributs dont chacun est infini ou parfait en son genre ; à son essence appartient l’existence, de telle sorte qu’en dehors d’elle il n’est aucune essence ou existence, et ainsi elle coïncide exactement avec l’essence de Dieu, seul glorieux et béni » (4). Au risque de passer pour un cuistre, cette mathématique me tombe littéralement des mains.
« Beaucoup de choses dans le chapitre sur les préjugés des philosophes, au début de ‘Par-delà bien et mal’, à la fois les adversaires, ceux qu’il détruit successivement, Kant, Spinoza, le phtisique et son charlatanisme mathématique – ou géométrique -, Platon évidemment, Epicure même, avec qui il a été plus charitable dans d’autres textes, Liebnitz,… » (5). Me voici donc rassuré.

 

Passant, toute autre est la philosophie anglo-saxonne. Lisible par tous, compréhensible. Il en va de même des philosophes des Lumières. Nietzsche est dans cette veine, la puissance lyrique en plus, ce qui rend peut-être le propos plus immédiatement difficile à appréhender. Qui n’a pas à l’esprit  - ou n’a jamais cité - l’une de ces formules définitives marquant si bien les esprits ? Par exemple : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».
Fulgurance de l’aphorisme donc, mais faussement simple – nécéssitant souvent une large culture. Sujet donc aux contresens, aux interprétations, aux appropriations et récupérations de toutes sortes.

 Par-dela-bien-et-mal.jpg

Dans le préface de « Par-delà bien et mal », Nietzsche pose en liminaire : « … la plus durable et la plus dangereuse de toutes les erreurs jusqu’à présent a été l’erreur d’un dogmatique, à savoir l’invention par Platon de l’esprit pur et du bien en soi. (…) Mais le combat contre Platon, ou pour le dire de manière plus intelligible et pour le ‘peuple’, le combat contre l’oppression millénaire de l’Eglise chrétienne – car le christianisme est du platonisme pour le ‘peuple’ » (6). Voilà qui aurait dû me réjouir, lorsque la première fois j’entamais le livre. C’était en août 2000, sur les bords de la baie de Somme. En vrai, je suis passé totalement au travers, faute alors de connaître véritablement Platon (tout ce que j’en savais, c’est qu’il était le plus célèbre philosophe de l’antiquité).
Avec cette manie archiviste qui me pousse à dater, situer et commenter mes lectures je puis aujourd’hui, secouant ma nostalgie, reconstituer à peu près l’historique de cette plongée en terre nietzschéenne. Au-delà de l’anecdote d’ailleurs, ces écueils qui me firent fractionner cette lecture illustrent bien toute difficulté, pour l’ignare ordinaire, à appréhender une œuvre si foisonnante. Et de la mécompréhension au cliché il n’y a pas loin...
« L’arrivée de l’eau, notais-je alors à même le revers de la couverture. Comme une délivrance. Le reflux. Comme un apaisement. Une saison avalée. La nuit. Comme une désespérance. Etal ». Cette année là, je n’ai pas dépassé la centaine de pages. Et ce n’est qu’en septembre 2006 que j’ai repris le livre, y inscrivant assez fier, sous ma vaniteuse et lyrique métaphore marine : « Je n’avais, en 2000, pas les clés de lecture que j’ai à présent… En définitive je suis passé à côté et au travers ». Bien présomptueuse assurance ! Car je n’allais pas me montrer encore à hauteur de la tâche. Enfin, un soir de juillet 2008, une heure avant minuit, je repris sous une impulsion soudaine mon ‘Par-delà bien et mal’ page 204 après y avoir ajouté un nouveau graffiti à la mémoire de ma tante, alors récemment décédée : « Elle avait lu Nietzsche dans sa jeunesse. Et me disait souvent, goguenarde : Il n’y va pas de main morte ! ». Elle ne fut pas pour rien dans ce désir de me frotter une nouvelle fois à Nietzsche. Et cette fois, je suis allé au bout, crayon à la main, sans regretter cette lecture parcellaire…
En suis-je devenu lecteur plus averti ? J’en doute profondément…

 

Dans « Comprendre Nietzsche », Jean Lefranc insiste sur l’ambivalence des notions et des doctrines chez Nietzsche. « L’erreur de beaucoup de nietzschéismes est de ne pas en tenir compte et de chercher à réduire cette ambivalence en invoquant une évolution de la pensée de l’auteur, ou tout simplement un manque de cohérence d’un recueil d’aphorismes à un autre. Il ne resterait plus alors, par un choix unilatéral de ‘valeurs’ qu’à construire une philosophie morale (ou immoraliste), une philosophie politique de Nietzsche aussi simpliste que cohérente, susceptible de provoquer l’enthousiasme ou la réprobation chez nous autres modernes… » (7). Dont acte.

 

Nietzsche penseur ‘intempestif’. Assurément.
Et si ce dernier me reste insaisissable, résistant (et c’est sans doute tant mieux) à ma manie des classifications, je n’en relève pas moins cet extrait de la conclusion du livre de Jean Lefranc (livre assez mal nommé à mon goût) : « Il ne saurait y avoir d’esprit libre sans un certain ‘sens de la distance’ (…) et surtout il ne saurait y avoir d’esprit libre sans probité… » (8). Cela rejoint les propos de Patrick Wotling, tenus dans ‘Les nouveaux chemins’ : « Nietzsche est extrêmement sévère à l’égard des professeurs et des universitaires. Il a choisi lui-même de tourner le dos à cette carrière qu’il avait entamé pourtant brillamment – donc ce n’est pas par dépit qu’il tient ce type de propos – et il est également extrêmement sévère envers les philosophes à cause d’une certaine cécité à l’égard de soi-même et, pour dire les choses de manière plus précise et certainement plus cruelle, un manquant de probité, un manque d’honnêteté intellectuelle, un manque de droiture ou de rigueur intellectuelle, que Nietzsche reproche sans arrêt. C’est le reproche fondamental qu’il adresse en fait aux philosophes… » (9)

 

A craindre qu’il me faille rester sur cette mer incertaine…  


 

  Conférence avec Clément Rosset, Dorian Astor et (hélàs) Ph Sollers

 

 .

 

.
Nietzschze, u voyage philosophique
.

 (1) Je ne puis compter sur les nietzschéens, trop occupés à la défense de leur champion ; ni à ses ennemis, juste préoccupé d’en faire un portrait calamiteux… Qui assez neutre et assez pédagogue ?…

(2) Frédéric Schiffter, Le plafond de Montaigne, p30 –31. Ed Milan 2004.

(3) Spinoza, Ethique, III, 2, scolie.

(4) Spinoza, Court traité, II, appendice.

(5) Raphaël Enthoven, dans les NCC du 20 janvier 2011. (Emission toujours écoutable).

(6) Préface datée de juin 1885. Sils-Maria, Haute-Engadine.

(7) Jean Lefranc, Comprendre Nietzsche, Armand Colin 2003.

(8) Op cité.

 (9) NCC du 20.01.2011 (cf note 5). 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 09:03

Ce qui suit est tiré de l’excellent ouvrage de synthèse de Jean-Léon Beauvois, « Les influences sournoises » paru il y a quelques semaines chez Bourin. Outil indispensable pour qui veux comprendre les mécanismes insidieux d’influences (et pourquoi non les enrayer en partie), le livre, au sous-titre évocateur « Précis des manipulations ordinaires », mérite une lecture tant attentive qu’exhaustive. C’est clair, sans jargon sibyllin et le seul néologisme que j’y ai relevé est cette savoureuse notion du soi-ïsme sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet (Je prépare une fiche de lecture de cet incontournable).

JL-Beauvois---Influences.jpg

 

Pour l’heure j’en reviens donc à mon extrait des « influences sournoises » (p 81 –82). Il est tiré du chapitre 2 (« La fabrique de l’opinion de base ») du livre. Je reprends ici une petite partie du paragraphe ayant donné le titre à ce billet. Il y est question d’un exemple que je laisse à la méditation de chacun : james bond girl

 

« Le mensonge du prime time : C’est là l’effet qu’on appellerait volontiers ‘l’effet avec tout ce qu’on voit et tout ce qui se passe…’.
Je pense à mon copain maçon. Il est confronté à de si nombreuses scènes d’amour physique qu’il en vient à juger pathologique la rareté de ses ébats, tout juste bimensuels, avec sa femme. Et qui durent quand même moins longtemps. Est-il toujours un vrai mec ? Il lui arrive de penser que sa modération devient problématique. Il voit tant de jeunes, de cadres et d’intellectuels entre 20 h et 22h30 qu’il lui arrive de se demander ce qu’il peut encore faire, lui, dans ce monde, avec son métier manuel d’une autre époque et ses 50 ans qui le tiennent désormais hors du coup. Et ils ont si souvent de belles femmes, ces héros, même les plus vTV-influence.-jpeg.jpgils ou les plus dégradés, que la sienne commence à l’agacer grave. Elle devrait au moins faire de l’aérobic. Il divorcerait bien, mais le culte de la famille auquel il est régulièrement exposé dans les séries et les pubs lui donne à réfléchir sur le sens authentique et profond de l’existence en cocon. Le quota ridiculement faible d’informations internationales lui donne à penser que c’est en France que se passent les événements les plus intéressants. Mais il voit aussi tant de violence, et il est tellement informé sur tout ce qui se passe, qu’il en vient à changer tous les ans de dispositif d’alarme supposétv-influence-2.jpg protéger sa villa. Il est convaincu de vivre dans un monde très dangereux (1). Je peux affirmer qu’il n’y a eu aucun cambriolage dans sa rue depuis au moins 10 ans. Dites-le-lui. Il répondra que ça arrivera forcément un jour. Il ne croit pas non plus qu’il y ait aussi peu de récidivistes que le donnent à penser les statistiques avancées par des juges qu’il sait trop laxistes, et ce sont ceux qui lui ressemblent le plus qui viennent le clamer sur les écrans. On en voit tous les jours, non, des récidivistes et des victimes regrettant le laxisme des magistrats ? Alors, hein ! Et les politiques sécuritaires, comme il se doit, l’enchantent. Avec tout ce qui se passe… Ce n’est pas demain qu’il votera pour ceux qui ont des discours de travailleurs-sociaux-à-la-noix (toujours son langage), qui relâchent les coupables dans la rue et oublient les victimes. C’est qu’il est, lui, une victime potentielle dans un monde dangereux. Montrez-lui les statistiques attestant une diminution de la criminalité depuis le XIXe siècle, il vous dira qu’il n’est pas un intellectuel et qu’il voit bien, lui, ce qui se passe ».

 

(1) Note de Jean-Léon Beauvois :
« Entre le 7 janvier 2002 et le second tour de l’élection présidentielle, les journaux télévisés avaient consacrés 18766 sujets aux crimes, jets de pierre, vols de voitures, braquages, intervention de la police nationale et de la gendarmerie.(…) L’insécurité fut ainsi médiatisée deux fois plus que l’emploi, 8 fois plus que le chômage… » (Halimi, Les nouveaux chiens de garde, 2005, P 78). On sait qu’il n’y a pas de corrélation entre l’évolution du nombre de crimes et le nombre de faits divers impliquant des crimes évoqués à la télévision. Il n’y a donc pas de corrélation entre le sentiment d’insécurité et l’insécurité réelle (N.Bourgion, Les chiffres du crime, L’Harmattan, 2008).

 

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:43

Voilà le spectacle automnal auquel je suis allergique.
Plantés là comme des courges, près des habitations, à attendre que leurs coreligionnaires rabattent lièvres, perdrix et autres faisans (1) à portée de plomb…

 

P1020635.JPG

 

J’en ai connu jadis qui équipaient le collier de leurs chiens avec des clochettes pour ne pas leur tirer dessus ;
J’en ai vu d’autres, à marée basse en hiver sur le sable sec d’une baie, s’avancer au large dans leur voiture, prêts à mitrailler les canards et les courlis depuis la vitre ouverte de leur véhicule ;
Il y a ceux encore qui s’en vont servir de rabatteurs du côté d’une réserve ornithologique tandis que leurs comparses attendent alignés sur la limite autorisée ;
J’en ai vu un, pas loin de chez moi un dimanche matin, traverser en courant la route à la poursuite d’un lièvre, fusil pointé en avant alors que surgissait juste devant lui un cycliste ;
J’ai assisté aussi adolescent, depuis le bord de la route avec dégout, à quelques-unes de ces battues où l’on relâche des faisans  d’élevage à peine capables de voler et qu’il faut pousser au cul en claquant des mains pour pouvoir les tirer comme des assiettes ;
Que dire de ceux que j’ai croisés un jour dans des dunes, bien mûr comme l’on dit, occupés hilares à cribler de plomb les canettes de bière qu’ils avaient englouties ;
 930_chasseurs.jpgEt celui qui se vantait d’avoir tué une oie de 9 kilos et qui, tout sourire derrière ses doubles-foyers, brandissait fièrement un cygne ;
Et cet autre petit soldat qui se tenait en embuscade tout contre notre haie pour se faire un carton ;
J’en aurai presque oublié ce patron de PME qui me disait un jour, entre deux invective envers ces « salauds de pauvres », que dans la chasse au chevreuil ou au sanglier, tout ce qui l’intéressait c’était « le coup de fusil » ;
Il me souvient également d’avoir compté il y a une dizaine d’années, un jour d’ouverture de la chasse en bord de mer, le nombre effrayant de détonations assourdissant le ciel à la minute - plus de quarante ;
Un souvenir en appelant un autre, je revois aussi toutes ces landes couvertes des douilles multicolores qu’enfant il m’arrivait de collectionner comme les marrons ;
Je finirai enfin ce sinistre catalogue par une pensée pour ces oiseaux mutilés par les décharges aveugles qu’il m’arrive parfois de trouver au détour d’un sentier, agonisants… Ainsi cette corneille noire que je pu transporter à un centre de soins ornithologique. Le sort d’une femelle de colvert trouvée au bord d’un marécage fut moins heureux : elle mourut malgré nos soins quelque jour plus tard ;
J’aurai tant encore à dire.…

 

On me rétorquera peut-être qu’il s’agit là de mauvais chasseurs, de brebis galeuses, et qu’évidemment les ‘vrais chasseurs’, eux, sont respectueux de la nature et des animaux. Voire même, poussant l’oxymore à son comble, que les légions bottées tout équipées de fusils et de tenues paramilitaires sont dans les faits les seuls véritables protecteurs de la nature…
Bien sûr ! Comment n’y avions nous pas songés ?

 

« Rien que depuis le 1er novembre 2011, il y a eu 5 morts, dont deux non chasseurs, et 2 blessés dans les accidents de chasse. En octobre 2011, ce sont 14 morts et 26 blessés. Depuis le 1er juin 2011, il y a eu 28 morts ; en 2010-2011, 34 morts ; et en 2009-2010, 26 morts. En dix-neuf saisons de chasse, cela correspond à plus de 500 morts (entre 529 et 547 selon les sources) » (2) .

 

Ce qui m’amène à cette citation :

« Ceux-là, ils finissent par m’agacer. Comment peut-on tuer une bête sans défense ? Lors d’un accident de chasse, quand l’un a tiré sur l’autre, je me dis que ça en fait un de moins !  Non seulement je le dis, mais je le répète et vous pouvez le dire à qui vous voulez ! ».
(Jacques Chirac)

 

Quant à moi je ne connais de bon chasseur que celui qui ne chasse que par nécessité.
Et de ces notables qui veulent toujours manger de l’Ortolan, qu’ils s’en étranglent…

 


(1) Pour l’anecdote, depuis l’ouverture de la chasse un beau mâle appartenant à l’espèce ‘faisan de colchide’ bien inspiré a pris refuge dans notre jardin. Il est si peu farouche qu’il vient picorer, à quelques mètres de nous, les petits insectes sur le seuil de nos baies vitrées.

(2) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/agnes-son-violeur-et-les-chasseurs-104779

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 17:47

2011 04 - Crete 670

Strabon rapporte dans sa Géographie, (livre X-4, chapitre 14) : « Des trois villes fondées par Minos, la dernière, Phaistos, fut détruite par les Gortyniens : elle était située à 60 stades de Gortyne, à 20 stades de la mer et à 40 du port de Matalon. Quant à son territoire, il est encore occupé par ceux-là même qui l'ont détruite. Comme Phaistos, Rhytium est actuellement tombé au pouvoir des Gortyniens. Dans Homère les noms de ces deux villes sont déjà réunis : «Et Phaistos et Rhytium» (Il. II, 648). Phaistos passe pour avoir vu naître Epiménide, le même qui {le premier} procéda aux purifications au moyen des vers ou formules en vers. Lissên dépendait également du territoire de Phaistos. Quant à Lyttos, dont nous avons déjà fait mention précédemment, elle a pour port Chersonnésos, lieu célèbre par son temple de Britomartis. En revanche, les villes dont les noms figurent dans le Catalogue d'Homère à côté du sien, à savoir Milet et Lycastos, n'existent plus. Les Lyttiens ont pris pour eux le territoire de la première et les Cnossiens celui de la seconde après l'avoir préalablement détruite. ».

 

2011 04 - Crete 713Depuis les ruines du palais de Phaistos, posées en surplomb de la plaine de la Messara sur la colline d’Agios Ioannis, la vue sur les cimes enneigées, même en été,  de l’Asteroussia et de l’Ida est magnifique. Déambulant sous un soleil de printemps parmi les vestiges d’un si lointain passé, comment ne pas être séduit par la paix des lieux (les touristes se font relativement peu nombreux au-delà de Cnossos) ? La tentation est grande, en effet, d’imaginer la douce indolence insulaire de ces minoens, ce peuple si peu belliqueux qu’ils en oublièrent longtemps de fortifier leurs cités. Vision fantasmée sans doute. Il n’empêche, alors que dans tout  le bassin méditerranéen  se trouvait ordinairement répandue la pratique de l’esclavage et de la corvée, de maîtres et d’esclave en dans la civilisation minoenne il semble y en avoir eu que fort peu.

 

Les spécialistes s’accordent sur une apogée de la civilisation minoenne entre 1700 et 1450 av JC ; période donc du rayonnement de cette culture que d’aucuns ont pu qualifier de « thalassocratie minoenne». La Pax Minoica régnait, et les cités, à l’ombre des palais étaient florissantes. Ainsi, pour prendre les principales bâtisses royales, outre Cnossos, où résidait le légendaire Minos, il devait faire bon vivre à Phaistos, Zarkos ou encore en la2011 04 - Gournia 01 plaine de Malia. D’autres cités de moindre importance, telle la cité côtière de Gournia posée sur le dos d’une colline située à quelques encablures du golfe de Mirabello, n’avaient sans doute rien à envier à leurs ainées (1) quant au sentiment de langueur méditerranéenne qui devait étreindre le cœur de ses habitants. Aujourd’hui encore, à jouir de cette vue, de ce climat, de ces couleurs - tout en contraste - et de cette paix (le site est fort peu fréquenté et il nous fut loisible de parcourir les anciennes venelles sans autre dérangement que celui de nos propres pas), on comprend pourquoi les hommes eurent idée de s’établir en ce lieu qu’ils criblèrent de réceptacles d’eau ; d’ou le nom donné,  à sa découverte, à la cité ; Gournia, signifiant ‘abreuvoir’.

 

Difficile de parler de la Crète et de la civilisation minoenne sans évoquer la mémoire de l’archéologue britannique Arthur Evans, premier fouilleur et restaurateur (controversé (2)) du palais de Cnossos. Figure essentielle de l’archéologie crétoise, outre ses considérables travaux in situ (étalé sur 20 ans, entre 1900 et 1920), on lui doit la première grande classification de l’histoire de la Crète en trois périodes : minoen ancien, minoen moyen, minoen récent. Ces périodes sont elles-mêmes subdivisés en  trois sous-parties. Cette chronologie fut révisée en 1958 par un archéologue grec, Nikolaos Platon, ce dernier proposant une périodisation en quatre parties basées sur les découvertes et les évolutions de l’art minoen, plutôt que sur les phases successives de constructions et destructions des palais Crétois. Ainsi se distinguent les périodes pré-palatiale, proto-palatiale, néo-palatiale et post-palatiale. Plus précisément, la période allant de l’introduction du cuivre (2600 av JC) jusque 2000 av JC est décrite comme Pré-palatiale (2600 à 2000 av JC). Suivent le Proto-palatiale (2000 – 1700 Av JC), le Néo-palatiale (1700 – 1400 Av JC), et enfin la période Post-palatiale comprise entre 1400 et 1100 Av JC) (3) . Avant cela s’étendait le néolithique ou s’encre l’archéologie crétoise, avec des premières traces d’habitats peut-être dans le troisième millénaire av JC. Ce n’était alors, lorsque qu’il ne s’agissait pas de grottes, d’abris de pierres presque brutes et de branchages.

 

2011 04 - Crete 673Mais revenons-en à Phaistos. Le toponyme de la cité (Φαιστός) on s’en doute, est d’origine minoenne (en linéaire B Phaistos se lit  pa-i-to). Si le site est occupé depuis les temps néolithiques, la première construction trace de la construction d’un palais remonte aux environs de 2000 – 1900 av JC. C’était alors le centre politique et administratif de l’un des territoires qui se sont formés en Crète. Comme pour Cnossos cette bâtisse ne survivra pas à la grande destruction (l’hypothèse la plus avancée est celle d’un tremblement de terre) qui toucha toute la Crète. Contrairement au palais de Minos, rien ne sera immédiatement reconstruit, le centre politique de la région passant à Haghia Triada, non loin de là, plus proche de la côte. Ce n’est que vers 1600 av JC que les travaux reprennent, avec un palais plus petit que le précédent. Ce dernier demeurera en fonction durant un peu plus de 150 ans ; jusqu’à une nouvelle destruction qui aura lieu vers 1450 av JC (avec les autres palais excepté Cnossos : cause indéterminée). S’en est la fin du palais de Phaistos, et après 1100 AV JC le lieu n’existera plus qu’en tant que noyau fortifié au sommet de la colline.

 

Temple de Létô

Déambulant parmi les vestige, un peu à l’écart cherchant l’ombre sous un grand pin, on débouche en contrebas des principales construction, là ou se trouve les restes un temple remontant au VIIe siècle av JC et désormais attribué à Létô, mère d’Apollon et de la ‘vierge’ Artémis, déesse de la chasse, dont l’un des plus beau sanctuaire (4), comptant parmi les sept merveilles du monde , se trouve de l’autre côté de la Mare Nostrum, à Éphèse en Ionie.

 

Mais au delà des vielles pierres, que savons-nous du culte de Léto à Phaistos ? J’emprunte l’extrait qui suit à un excellent guide d’Antonis Vasiilakis acheté sur place :
« On sait par des sources antiques qu’à Phaistos se déroulait la fête des Ekdysia en l’honneur de Létô Phytiè. La fête avait un rapport avec le passage de l’enfance à l’adolescence. Le souvenir de la désse Létô est resté dans le nom des deux îles du golfe de la Messara, les îles de Léto, aujourd’hui Paximadia.
Il faut rechercher l’origine du culte de Létô dans le mythe de Lefkippos, un enfant né fille et que sa mère, Galatée, habillait en garçon, comme le voulait son mari Lambros. Quand l’enfant eut grandi, il fut difficile de cacher son véritable sexe. Pour ne pas qu’il soit découvert par Lambros, Galatée pria la déesse Létô et celle-ci ‘fit pousser’ (d’où l’adjectif Phytiè) chez la jeune fille des organes génitaux masculins. C’est ainsi que lorsque vint le moment pour Lefkippè (Lefkippos) d’échanger les vêtements d’enfant contre des vêtements d’homme, elle apparut en garçon, telle que l’avait transformée la déesse. »
Mais le mythe avait ses variantes, telle celle rapportée par Ovide sur lequel je ne m’étendrais pas. Quoi qu’il en soit, « en souvenir de cet événement, une coutume matrimoniale fut instaurée : le jeune couple s’étendait à côté de la statue de Lefkippos à Phaistos, dans un acte symbolique de fécondité. (…) La fête des Ekdysia (renvoie) aussi à une cérémonie d’initiation, de l’entrée du jeune homme dans la communauté des adultes ».

2011 04 - Crete 689

 

Disque de terre cuite de Phaistos Phaistos.jpeg

Découvert en 1908, le fameux disque d’argile de Phaistos a fait coulé beaucoup d’encre. Recouvert de pictogrammes sur les deux faces (242 signes répartis en 61 groupes), il est un échantillon représentatif de l’écriture « hiéroglyphique » des premiers palais. Les dernières datations le font remonter à l’époque néo-palatiale (1700 av JC) ; contemporain donc de l’écriture en linéaire A.
On n’a trouvé aucun autre texte semblable en Crète, ni ailleurs. Et pour l’heure le disque a résisté à toutes les tentatives de déchiffrage. Si les signes, pour nombre d’entre-eux, représentent des formes humaines, des animaux et des objets du quotidiens, certains demeurent tout à fait indéfinissables. On s’en doute, les interprétations de ce texte vont des plus prosaïques aux plus ésotériques. 

 

Epiménide et Radamanthe

Epimenides.jpegPour finir, et donner un peu de vie à cette promenade sous le ciel de Phaistos, évoquons l’ombre d’ Epiménide de Knossos, poète et chaman qui vécut à Phaistos et actif, selon Platon, vers 556 av JC, ou, selon Aristote, vers 595 av JC.

 
L’essentiel de ce que l’on sait de ce singulier personnage nous vient de l’incontournable Diogène Laërce :
« Mandé par eux [en -595] vint de Crète Épiménide de Phaestos, considéré comme le septième des Sages par certains de ceux qui ne reconnaissaient pas Périandre. De plus, sa réputation était celle d'un homme cher aux dieux et savant dans les choses divines, dans la connaissance inspirée et initiatique » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres)

 

Un dernier regard sur ces ruines avant de s’en retourner à la modernité. Et de se rappeler que Phaistos fut gouvernée par Rhadamanthe, le frère de Minos. Mais de ceux-là j’ai déjà brossé le portrait dans un autre billet.

 


 (1) Manière de parler, puisque le site de Gournia semble avoir été occupé depuis le minoen ancien.

 

 (2) Voir le lien sur le nom Arthur Evans (paragraphe ‘fouilles de Cnossos). J’empreinte ici un extrait : « Il procède également à des reconstructions massives en béton du palais selon son imagination, ce qui lui a été vivement reproché. De plus ces reconstructions illustrent bien le fait que chez A. Evans la recherche scientifique ne s’est jamais vraiment détachée de l’imaginaire qu’il s’était forgé des civilisations helléniques. Et lorsque l’on visite Cnossos aujourd’hui on voit un édifice moderne aux décors inspirés de l’art nouveau. »

(3) Repris de l’excellent petit livre, ‘La civilisation minoenne’ par Stylanos Alexiou, Ed Heraklion. D’une source l’autres ces datations peuvent varier.

(4) Il n’en reste hélas pas grand chose : Photographie du Temple d’Artémis.

 

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 19:57

Acheteur compulsif de livres….
(Je n’ose utiliser le mot fatal de consommateur)

 

Montaigne-et-autres.jpg

 

Ou l’on voit ses propres vices comme des vertus !
Pour l’avoir repris dans un billet il y a quelques jours, je devrais pourtant tirer leçon de la sentence : « Vicina sunt vitia virtutibus ». Il n’en est rien.
J’en finirai même par douter de l’effet - si ce n’est rhétorique - des formules…

 

 Montaigne-ouvert.jpgCette maladie dont je suis affligé, belle pathologie penseront certains, consiste ainsi à accumuler plus de livres que l’on peut raisonnablement lire. Mais comment résister à l’appel de l’ouvrage sur lequel on vient d’entendre si magistrale et passionnante conférence, si stimulante émission ?  Oui comment ? A ce nombre déjà considérable de livres s’ajoute autant de conseils de lectures, de livres incontournables, de cadeaux et, lorsque l’on n’a point suivi un cursus littéraire, légions de classiques et d’épopées qui vous tendent avec avidité leurs bras tentaculaires.

 


Et lorsqu’en plus de cet appel (satisfait désormais pour bonne part sur la toile en ce qui me concerne), victime d’un détour insidieux, on se retrouve par mégarde noyé dans une librairie bien garnie, une petite voix ne manque jamais de surgir des limbes les plus reculées de l’esprit, lancinante et cajoleuse, pour immanquablement susurrer que l’achat d’un livre est une chose des plus nobles, et que, de toute manière, ce n’est jamais  là une acquisition inutile : forcément, tôt ou tard, le livre sera lu. Et même si ce n’est point par nous-même, il le sera par nos enfants, nos conjoints, nos amis, qui sais-je encore…. On empile donc avec bonne conscience pleines charrettes de ces monuments du savoir et du plaisir dilettante. Puis on tri, on se donne des priorités, toujours chamboulées par l’arrivée d’autres livres naturellement plus alléchants encore – parce que nouveaux sur notre pile déjà branlante sous un poids considérable. Selon l’humeur ou la fatigue on en commence certains, on en laisse d’autres tomber ; provisoirement pense-t-on parfois avec justesse – j’insiste sur le parfois. Il y en a qui demeurent effleurés, d’autres plus chanceux, lus d’un trait. Il y a les pavés et les courts essais ; les pièces de théâtre et les  romans de mille pages. On surnage dans cet océan comme l’on peut… Et puis, si l’on ne veut pas tout oublier aussitôt fermé le livre il y a, pour les plus remarquables d’entre-eux, ces satanées fiches de lecture à compiler : fastidieuse mais utile entreprise….

 

Lit-du-malade.jpg 

Chez moi, ce mal s’est exacerbé depuis que je me suis rendu compte que me contenter d’inscrire sur une fiche les références de mes projets de lectures (1) n’était point suffisant.
C’est que, dans ma naïveté, je pensais la toile pouvoir remédier inconditionnellement à mes boulimiques tant que fantasques envies de materia prima… Il ne suffisait que de quelques clics… Hélas, il m’a bien un jour fallu admettre, après de longues et infructueuses recherches, qu’il arrive parfois que certains livres puissent ne plus être disponibles du tout ! Ni sur la toile ni ailleurs … Et là, forcément, l’affaire prend le tour d’une obsession… C’est ce livre là que l’on veut lire et pas un autre !


Peut-être que certains se reconnaîtront dans ce portrait. Mais qu’on se rassure, comme le dit le dicton « La meilleure des médecine c’est de ne prendre aucun médicament ».


 

Par jeu, je viens de recenser la liste de mes livres en cours :

 

* Montaigne – Essais : lecture permanenteCe-n-est-pas-du-jack-daniels.jpg
* Pessoa – Le livre de l’intranquillité : je n’en suis qu’au N°113 après une reprise à zéro pour avoir laissé dormir quelques années le livre. Lecture très occasionnelle et par beau temps uniquement.
* Aristote – Ethique à Nicomaque : j’en suis au livre IV – 4 au bout de deux bonnes années – une fiche de lecture détaillée accompagne cette lecture ; je ne sais pas ce qui m’a pris !
* Jean Meslier – Mémoires contre la religion : commencé cet été et mis en attente depuis lors au chapitre II car j’aimerai m’y plonger d’une traite (je vais devoir sans doute reprendre tout à zéro)
* Lucrèce – De la nature (version en prose). Je n’en ai lu pour l’heure que la préface d’Elisabeth de Fontenay. Mon objectif : plaisir de comparer cette version à celle rédigée en vers – et me rafraîchir la mémoire.
* Clément Rosset – L’anti-nature : j’en suis toujours à la page 56 au bout de un an – Beaucoup de mal à m’y replonger. 
* Spinoza : petit livre présentant une collection de textes choisis et commentés : j’en suis à une bonne moitié, mais cette lecture me pèse et m’apparaît scolaire – je n’en retire pas grand chose à vrai dire (mais n’aime pas ne pas aller au bout de mes livres – par principe).
* Jean Lefranc – Comprendre Nietzsche : je suis presque au bout. Cela ne m’aide pas vraiment à mieux comprendre cet auteur si insaisissable, mais j’y apprends des choses intéressantes, c’est l’essentiel.
* Montaigne – Journal de voyages : acheté cet été et pratiquement stoppé aux trois quarts depuis la rentrée (j’ai par contre lu les lettres avec beaucoup d’intérêt). J’ai du mal à m’y remettre (sans doute ce côté répétitif du journal).
* Darwin – Collectif sous direction d’Alain Prochiantz : regroupe les contributions de professeurs au Collège de France. Certaines m’apparaissent intéressantes (à défaut d’être passionnantes) ; d’autres me tombent des yeux. J’en suis presque à moitié. A lire lorsque l’on est en forme.
* Hemingway – Le vieil homme  et la mer (bilingue) : quelques pages par semaine, comme exercice d’anglais.
* Gradus Philosophique – Un livre de ma fille acheté il y a quelques semaines et qui peut se lire auteur par auteur : j’en suis à Augustin (et c’est classé par ordre alphabétique !).
* Les Gallo-Romais – Acheté cet été sur un site périgourdin. Commencé… Tout à fait intéressant.
* La France au Moyen âge – Claude Gauvard. En cours depuis quelques années ; je lis un chapitre par-ci par-là. Fort bien fait et fort bien écrit, mais fini toujours par se retrouver en dessous de la pile sans que je ne me l’explique.
* Maximes de La Rochefoucauld – J’en suis à moitié. Je ne lis qu’un maxime ou deux à la fois, sinon ça ne sert à rien…
* Huxley – Les diables de Loudun – commencé il y a une quinzaine de jours.
* Arne Naess – Vers l’écologie profonde : Livre d’entretien commencé le week-end dernier. Presque fini. J’aime beaucoup ce genre de livre pour se familiariser tant avec la pensée qu’avec la biographie d’un auteur.
* La renaissance (livre d’art) – Acheté cet été et commencé… Lecture reposante.

 

Fiches de lectures à faire :
* Etienne Klein – Discours sur l’origine de l’univers : commencée. Nécessite relecture d’une bonne part de l’ouvrage (à croiser avec une émission récente sur les multivers).
* Jean-Léon Beauvois – Les influences sournoises.

Livre-table.jpg


(1) Je privilégie l’achat à l’emprunt car je suis un invétéré griffonneur-souligneur…

(2) Pour l’anecdocte, le livre était celui de Wendy Brown (professeur de sciences politiques de l'université de Berkeley) : Les habits neufs de la politique mondial. Neolibéralisme et néo-conservatisme.

 

 

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Published by Axel Evigiran - dans Littérature contemporaine
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