Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 09:43

Nu-sur-le-divan.jpg

 

Parcourant la toile en quête de vidéos pour illustrer un billet que je viens de finir « Alan Sokal : Pseudosciences & Postmodernité (Préface de Jean Bricmont) » je suis tombé sur un entretient avec Nicolas Gauvrit, du printemps 2012. 


A l’écoute, la teneur de l’interview dépassant largement le cadre que je recherchais initialement (vidéo courte sur : illustration / définition de la rationalité scientifique ; discours sur les pseudosciences en général), devant l’intérêt du propos développé, j’ai pensé bon, plutôt que de noyer la vidéo dans un article déjà dense et long, de la publier dans un billet indépendant. 

 

Nicolas Gauvrit est mathématicien et chercheur en psychologie du développement. 

 

J’ai ajouté ci-dessous la liste des thèmes abordés, reprenant les titre proposées dans la vidéo pour les différentes sections. 


.
Zététique ? Scepticisme ? rationalisme ?

Agir de façon rationnelle 
Env 4.15

Psychanalyse et inconscient
Env. 6.55

La psychanalyse est-elle scientifique ? 
Env.9

Scientifique, quels critères ?
Env  11.50

Psychanalyse : des hypothèses testables ?
Env 14.25

Psychanalyse : des hypothèses validées ?
Env 16.25

Pyschanayse et idées reçues 
Env 17.15

Le refoulement : une idée reçue ?
Env 19.50

Lapsus : idée reçue ?
Env 21.35

Lacan et les mathématiques
Env 23

Psychanalyse et autisme : sophisme du ‘juste milieu’
Env 28.35

Psychanalyse : traiter les causes de l’autisme
Env 32.50

Sophisme de l’homme de paille
Env 34.40

Les livres qui ont comptés
Env 36.05

- Le singe en nous de Franz De Waal 
- Les impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont 
- Mensonges freudiens de J.Benesteau 

Développer science et esprit critique : un outil de transformation sociale ?
Env 42.5 
singe_en_nous1.jpg

(Blog initial de Nicolas Gauvrit)
(Nouvel espace où N.Gauvrit publie en invité ses billets)
Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
commenter cet article
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 18:21

Baldridge-Jamie-01.jpg

En ce jour de farces, voici quelques citations délibérément choisies, autour du thème de la psychanalyse, et particulièrement autour de sa prétention à la scientificité. 

Un certain nombre des textes tirés ici sont induits par la lecture de l’essai de Jacques Bouveresse intitulé Philosophie, mythologie et pseudo-science, sous-titré, Wittgenstein lecteur de Freud. 

 

Philosophie--mythologie-et-pseudo-science.jpgIl n’est pas toujours aisé d’extraire telle ou telle citation, qui, une fois sortie de son contexte, sans forcément induire une interprétation biaisée, ne fait tout simplement pas sens. Ainsi, par exemple, pris isolément, cette citation de Sulloway demeure assez plate : « La collaboration de Breuer avec Freud a pris fin lorsque Freud a commencé à soutenir que la sexualité était cause essentielle de toute hystérie comme la plupart des autres névroses ». Ce qu’éclaire la suite du texte de J.Bouveresse : « Ce que Freud ne comprenait tout simplement pas est le genre de scrupule qui empêchait Breuer de généraliser, et de publier le plus vite possible ses résultats.(…) Freud raisonne comme un homme qui est convaincu qu’une fois qu’on aura accepté la bonne explication (la sienne), on se rendra compte qu’il n’y a fondamentalement qu’une seule espèce d’hystérie, de rêve, de lapsus, de mot d’esprit, etc. Il se comporte donc, aux yeux de Wittgenstein, non pas comme un scientifique proprement dit, mais plutôt comme un philosophe qui est convaincu de devoir et de pouvoir expliquer les ressemblances qui existent entre une multitudes de cas (…) par la reconnaissance de l’existence d’un état de chose extrêmement général qui leur est commun à tous, mais qui est dissimulé à une certaine profondeur sous la diversité des apparences ».

 

Je me suis par ailleurs questionné sur la pertinence ou non, d’organiser ces citations dans un certain ordre : par nom d’auteur, ou par thème. Je n’ai vu que de l’arbitraire et de la difficulté à placer telle saillie dans telle catégorie plutôt que telle autre. Aussi me suis-je contenté de laisser ces saillies dans l’ordre ou je les aie collectées.


Ceci posé, bonne lecture. 

 


 

« Freud prétend constamment être scientifique. Mais ce qu’il fournit est de la spéculation – quelque chose qui est antérieur même à la formulation d’une hypothèse ».

Wittgenstein, Lectures et conversations.

 

« Freud considérait comme indispensable de créer une école pour diffuser ses idées et imposer progressivement les vérités révolutionnaires qu’il était convaincu d’avoir découvertes. Wittgenstein ne croyait pas que la philosophie ait des vérités nouvelles à communiquer et ne voulait pas créer d’école ».

Jacques Bouveresse, Philosophie, mythologie et pseudo-science 

 

« Moi aussi, j’ai été très impressionné lorsque j’ai lu Freud pour la première fois. Il est extraordinaire. – Bien sûr, il est plein d’idées qui ne sont pas nettes, et son charme et le charme de son sujet sont tellement grands que vous pouvez aisément être mystifié. Il souligne toujours quelles grandes forces dans l’esprit, quels puissants préjugés travaillent contre l’idée de psychanalyse, mais il ne dit jamais quel charme énorme cette idée a pour les gens, exactement comme elle en a pour lui. Il peut y avoir de puissants préjugés qui vont contre l’idée de découvrir quelque chose de dégoûtant, mais c’est parfois infiniment plus attrayant que repoussant. A moins que vous ne pensiez très clairement, la psychanalyse est une pratique dangereuse et malpropre, et elle a fait un mal infini et, comparativement, très peu de bien. ».

Extrait lettre de Wittgenstein à Malcolm (1945)

 

« La psychanalyse est cette maladie mentale qui se prend pour sa propre thérapie »

Karl Kraus

Mars-Felip-01.jpg 

« La seule chose qu’en toute conscience j’aie à craindre de la psychanalyse, c’est la reproduction non autorisée d’un de mes textes. Voilà qui est sûr, mais qui se portera garant de mon inconscient ? Moi, je n’en savait rien, seules les psychanalystes en savent quelque chose. Ils savent où s’enterre le traumatisme et ils entendent l’herbe pousser sur un complexe. Ces commis des pulsions obsessionnels sont partout : ils n’ont pas laissé échapper le cas Grillparzer, Lenau ou Kleist, quant à l’apprenti sorcier de Goethe, ils n’ont pas encore réussi à se mettre d’accord pour dire s’il s’agit d’une sublimation ou incontinence. Si je leur dit que je me fiche d’eux, c’est que j’ai un problème anal. Pas de doute, déclarent les sceptiques, mon combat est une révolte contre le père et le motif de l’inceste se cache derrière chacune de mes phrases. Les apparences sont contre moi. Ce serait peine que de prouver mon alibido – ils m’ont repéré ! »  

Karl Kraus, Psychologie non autorisée 

 

« Freud n’hésite pas à affirmer qu’un contre-exemple apparent a été simplement produit par le désir (inconscient) de réfuter la théorie qu’il avance et à la transformer ainsi immédiatement en une confirmation supplémentaire. (…) Il est, du reste, curieux de constater que Freud éprouve manifestement beaucoup moins d’empressement à admettre la possibilité de rêves de complaisance ». 

Jacques Bouveresse

 

« Notre hypothèse d’un appareil psychique spatialement étendu, composé de façon appropriée, développée par les besoins de la vie, qui donne naissance qu’à un endroit déterminé et dans certaines conditions aux phénomènes de la conscience, nous a mis en position d’ériger la psychanalyse sur un fondement semblable à celui de n’importe qu’elle autre science de la nature, comme par exemple la physique. (…). Nous avons trouvé les moyens techniques qui permettent de combler les lacunes de nos phénomènes conscients, dont nous nous servons par conséquent comme les physiciens expérimentaux ».

Freud, Abrégé de psychanalyse

 

« De nombreux aspect de la théorie Freudienne ne trouvent pas de soutien, pas d’équivalent, dans les sciences cognitives contemporaines. La notion d’un inconscient qui serait intelligent, qui serait doté en soi d’intentions ou de désirs qui lui sont propres, l’idée que l’infantile est la source de tout l’inconscient, l’idée qu’il y ait un processus actif de refoulement qui renvoie vers le non-conscient des idées qui seraient dangereuses ou qui demanderaient à être censurées, ces questions là n’ont pas d’équivalent dans la psychologie contemporaine »

Stanislas Dehaene, le 6 janvier 2009 (L'inconscient cognitif : une introduction historique et critique).

 

 « Notre pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué… Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession... Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse. »

 Jacques  Lacan, le 26 janvier 1977 - Conférence de Bruxelles

 

« Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce [la psychanalyse] n'est pas une science du tout, parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique qui durera ce qu'elle durera. C'est une pratique de bavardage

Jacques  Lacan, Le séminaire de Jacques Lacan. Ornicar? 1979.

 

« Le freudisme a pour les consciences faibles quelque chose de fascinant que traduit bien son succès mondain ; ce succès n'est point étranger à son essence, mais en exprime l'incidence inévitable dans la conscience moderne. Celle-ci y pressent sa ruine et peut-être que toute passion, qui est un certain vertige de la liberté, y suppute, avec une perspicacité diabolique, son meilleur alibi. La conscience cherche une irresponsabilité de principe dans sa propre régression au vital, à l'infantile, et à l'ancestral ; le goût pour les explications freudiennes, en tant qu'elles sont une doctrine totale(en italique)de l'homme en chacun, c'est le goût pour les descentes aux enfers, afin d'y invoquer les fatalités d'en bas »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté

 

« Quelqu’un a-t-il un rêve d’angoisse à propos de la mort d’une personne aimée ? N’ayez aucune crainte ; cela aussi est la réalisation d’un désir ; car cela représente une résurgence d’un matériau psychique archaïque qui révèle qu’à un certain point dans la vie infantile du rêveur la mort de la personne était effectivement désirée. Le rêve d’anxiété a-t-il trait à la propre mort du rêveur ? Un autre cas de désir cette fois d’auto-punition à cause d’un complexe de culpabilité ».

Sebastiano Timpanaro

 

« Pourquoi est-ce que les confessions faites sous la torture, ressemblent tant aux communications faites par nos malades en cours de traitement ? »

Freud - (Lettre à Fliess du 17/01/1897)

 

« Technique que nous pratiquons à nos dépens, la psychanalyse dégrade nos risques, nos dangers, nos gouffres ; elle nous dépouille de nos impuretés, de tout ce qui nous rendait curieux de nous-mêmes. »

Cioran - Syllogismes de l’amertume

 

« La psychanalyse s'arrête quand le patient est ruiné. »

Carl Gustav Jung, Dialectique du moi et de l’inconscient.

 

« L'hypothèse psychanalytique selon laquelle les rêves ont la plus haute valeur significative est en fait rendue nécessaire par cette autre hypothèse encore plus fondamentale qu'est l'existence de l'inconscient freudien. Lire une description de l'inconscient faite par le psychanalyste, c'est lire un conte de fées. Tout y est terriblement excitant et dramatique. L'inconscient, nous explique-t-on, est une sorte d'antre ou d'enfer où sont envoyés les mauvaises pensées et les vilains désirs qui entrent en conflit avec nos devoirs sociaux du monde extérieur. A la porte de ce repaire, un être mystérieux qu'on appelle le censeur monte la garde afin de s'assurer qu'ils ne s'échappent pas [pour tenter d'atteindre la conscience] »

Aldous Huxley, Une supercherie pour notre siècle (1925)

 

« Le problème n’est plus démontrer qu’un acte manqué a un sens, mais plutôt de savoir comment on pourrait démontrer qu’il n’en a pas »

Jacques Bouveresse. 

 

« Wittgenstein soupçonne ouvertement Freud de faire, sous le nom de science et au nom de la science, de la (mauvaise) philosophie, c’est-à-dire d’ériger en vertu scientifique les vices les plus caractéristiques du comportement philosophique ordinaire »

Jacques Bouveresse

 

« Chaque fois que j’ai parlé de mes troubles de tout ordre à quelqu’un plus ou moins versé dans la psychanalyse, l’explication qu’il m’en a donné m’a toujours semblé insuffisante, voire nulle. Elle ne « collait » pas, tout simplement.  D’ailleurs je ne crois qu’aux explications biologiques  ou alors théologiques  des phénomènes psychiques.  La biochimie d’un côté -  Dieu et le Diable de l’autre »

Cioran, Cahiers 1957-1972

kemp-Peter-05.jpg

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
commenter cet article
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 09:03

Ce qui suit est tiré de l’excellent ouvrage de synthèse de Jean-Léon Beauvois, « Les influences sournoises » paru il y a quelques semaines chez Bourin. Outil indispensable pour qui veux comprendre les mécanismes insidieux d’influences (et pourquoi non les enrayer en partie), le livre, au sous-titre évocateur « Précis des manipulations ordinaires », mérite une lecture tant attentive qu’exhaustive. C’est clair, sans jargon sibyllin et le seul néologisme que j’y ai relevé est cette savoureuse notion du soi-ïsme sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet (Je prépare une fiche de lecture de cet incontournable).

JL-Beauvois---Influences.jpg

 

Pour l’heure j’en reviens donc à mon extrait des « influences sournoises » (p 81 –82). Il est tiré du chapitre 2 (« La fabrique de l’opinion de base ») du livre. Je reprends ici une petite partie du paragraphe ayant donné le titre à ce billet. Il y est question d’un exemple que je laisse à la méditation de chacun : james bond girl

 

« Le mensonge du prime time : C’est là l’effet qu’on appellerait volontiers ‘l’effet avec tout ce qu’on voit et tout ce qui se passe…’.
Je pense à mon copain maçon. Il est confronté à de si nombreuses scènes d’amour physique qu’il en vient à juger pathologique la rareté de ses ébats, tout juste bimensuels, avec sa femme. Et qui durent quand même moins longtemps. Est-il toujours un vrai mec ? Il lui arrive de penser que sa modération devient problématique. Il voit tant de jeunes, de cadres et d’intellectuels entre 20 h et 22h30 qu’il lui arrive de se demander ce qu’il peut encore faire, lui, dans ce monde, avec son métier manuel d’une autre époque et ses 50 ans qui le tiennent désormais hors du coup. Et ils ont si souvent de belles femmes, ces héros, même les plus vTV-influence.-jpeg.jpgils ou les plus dégradés, que la sienne commence à l’agacer grave. Elle devrait au moins faire de l’aérobic. Il divorcerait bien, mais le culte de la famille auquel il est régulièrement exposé dans les séries et les pubs lui donne à réfléchir sur le sens authentique et profond de l’existence en cocon. Le quota ridiculement faible d’informations internationales lui donne à penser que c’est en France que se passent les événements les plus intéressants. Mais il voit aussi tant de violence, et il est tellement informé sur tout ce qui se passe, qu’il en vient à changer tous les ans de dispositif d’alarme supposétv-influence-2.jpg protéger sa villa. Il est convaincu de vivre dans un monde très dangereux (1). Je peux affirmer qu’il n’y a eu aucun cambriolage dans sa rue depuis au moins 10 ans. Dites-le-lui. Il répondra que ça arrivera forcément un jour. Il ne croit pas non plus qu’il y ait aussi peu de récidivistes que le donnent à penser les statistiques avancées par des juges qu’il sait trop laxistes, et ce sont ceux qui lui ressemblent le plus qui viennent le clamer sur les écrans. On en voit tous les jours, non, des récidivistes et des victimes regrettant le laxisme des magistrats ? Alors, hein ! Et les politiques sécuritaires, comme il se doit, l’enchantent. Avec tout ce qui se passe… Ce n’est pas demain qu’il votera pour ceux qui ont des discours de travailleurs-sociaux-à-la-noix (toujours son langage), qui relâchent les coupables dans la rue et oublient les victimes. C’est qu’il est, lui, une victime potentielle dans un monde dangereux. Montrez-lui les statistiques attestant une diminution de la criminalité depuis le XIXe siècle, il vous dira qu’il n’est pas un intellectuel et qu’il voit bien, lui, ce qui se passe ».

 

(1) Note de Jean-Léon Beauvois :
« Entre le 7 janvier 2002 et le second tour de l’élection présidentielle, les journaux télévisés avaient consacrés 18766 sujets aux crimes, jets de pierre, vols de voitures, braquages, intervention de la police nationale et de la gendarmerie.(…) L’insécurité fut ainsi médiatisée deux fois plus que l’emploi, 8 fois plus que le chômage… » (Halimi, Les nouveaux chiens de garde, 2005, P 78). On sait qu’il n’y a pas de corrélation entre l’évolution du nombre de crimes et le nombre de faits divers impliquant des crimes évoqués à la télévision. Il n’y a donc pas de corrélation entre le sentiment d’insécurité et l’insécurité réelle (N.Bourgion, Les chiffres du crime, L’Harmattan, 2008).

 

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
commenter cet article
28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 17:43

freud-medium.jpg

Que l’on aborde la psychanalyse sous l’angle philosophique ne me pose aucun souci. A cette aune, Freud se trouve classé aux côtés de Nietzsche et de Marx dans ce que la vulgate a désigné par l’expression de philosophes du soupçon. Point n’est nécessaire d’ailleurs d’invoquer la psychanalyse et son attirail pseudo-scientifique pour suspecter derrière nos croyances, nos convictions ou nos partis-pris, des motivations plus ou moins avouables, des frustrations et pulsions plus ou moins conscientes. A leur manière les adeptes de l’Homo economicus ne disent pas autre chose avec cet archétype humain placé par-delà bien et mal et qui, à la recherche de son seul profit quel qu’en soit les conséquences morales, éprouve la nécessité plus ou moins refoulée de se parer du manteau de la vertu publique (cf. la Fable des abeilles de Mandeville, où, quitte à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, l’on s’échine à nous faire accroire que les vices privés contribuent au bien public).
Mieux, d’ailleurs, que sur cet avatar capitalistique moderne, c’est sur les Moralistes de toutes les époques que l’on peut compter pour déconstruire, de la plus belle façon qui soit, les stratégies d’habillage communes aux vilenies et autres veuleries dont les humains se montrent d’ordinaire capables.

 

Mais revenons-en à la psychanalyse et à Freud en particulier : qu’à titre individuel nous puissions être les jouets de pulsions et d’affects qui nous débordent, qu’il nous arrive même de censurer lesdits instincts par mesure de sauvegarde au regard des attendus d’un système social, que nous puissions encore en souffrir, voire le faire payer, parfois chèrement, à nos congénères, tout ceci est indéniable… Le concept d’inconscient est bien antérieur à Freud. William James en témoigne. Les travaux d’autres penseurs, et parmi eux Cabanis avec sa sensibilité organique, qui loin des caricatures qu’on a pu en faire s’intéresse à tout ce qui est à peu près inconscient et qui est déterminant pour notre vie, vont dans le même sens. Jean-Léon Beauvois, psychologue, écrit quant à lui dans son dernier ouvrage, ‘Les influences sournoises ; précis des manipulations ordinaires’ : « … il existe d’authentiques processus de connaissance qui aboutissent à des opinions mais qui ne passent pas par la délibération personnelle, des processus internes dont nous n’avons pas conscience et que nous ne contrôlons pour ainsi dire pas. Certains sont même, pense-t-on automatiques. Il va de soi que cet ‘inconscient cognitif’ n’a pas grand-chose à voir avec ‘l’inconscient freudien’ ».
Bref, « On se croit libre parce qu’on ignore les causes qui nous déterminent ». Mais ici encore, nul besoin pour cela d’en appeler à la mancie  psychanalytique. Une fois pour toutes, la psychanalyse freudienne n’est pas une science mais un dogme fossilisé il y a de cela aujourd’hui plus d’un siècle ; et désormais il n’y a guère plus qu’en France ou en Argentine où l’on souscrit encore quelque peu à ces fariboles pour personnes cultivées.

 Berth---Freud.jpeg

Il n’empêche, nous sommes en France et la psychanalyse y est toujours omniprésente. Quelque soit le sujet traité il est à craindre d’y trouver un multicarte de service d’obédience psychanalytique. Et même lorsque ce n’est pas le cas, on ne compte plus les fois où l’on s’en vient, tout à fait hors de propos, nous seriner les oreilles avec des interprétations psychanalytiques.
C’est dans ce contexte hexagonal que s’inscrit cette très bienvenue bibliographie critique de la psychanalyse, proposée par Esteve Freixa i Baqué sur son blog. Ce dernier est professeur d’épistémologie et de sciences du comportement à l’Université de Picardie. La recension qu’il propose, outre l’incontournable « livre noir de la psychanalyse » (lecture vivement conseillée), comprend une bonne liste d’ouvrages, dont un hors-série de la revue Sciences & Pseudo-sciences’ de décembre 2010 consacré à la psychanalyse. S’y trouvent, entre autre, les contributions d’ Esteve Freixa i Baqué, mais aussi de Nicolas Gauvrit dont le blog se situe ici : http://psymath.blogspot.com/
(Il est possible également d’écouter ce dernier nous parler du ‘Hasard’ lors de l’émission du 16 septembre dernier du club de ‘Science publique’ sur France culture :
http://www.franceculture.fr/emission-science-publique-club-science-publique-le-hasard-existe-t-il-2011-09-16.html  ).

 

 Il est utile ici de rappeler en passant - et de marteler - les mots de Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie Cognitive Expérimentale au Collège de France : « La notion d’un inconscient qui serait intelligent, qui serait doté en soi d’intentions ou de désirs qui lui sont propres, l’idée que l’infantile est la source de tout l’inconscient, l’idée qu’il y ait un processus actif de refoulement qui renvoie vers le non-conscient des idées qui seraient dangereuses ou qui demanderaient à être censurées, ces questions là n’ont pas d’équivalent dans la psychologie contemporaine ».

 

J’ai déjà commis plusieurs billets sur ce sujet (sans doute est-ce ici le dernier – il y a plus passionnant à faire). Cependant, au constat de la surreprésentation de la psychanalyse dans les colloques, notamment de philosophie, j’ai pensé qu’il n’était point inutile d’enfoncer le clou. J’en prends l’exemple du programme de Citéphilo  (voir mon billet de 2010). La nouvelle mouture ne déroge pas vraiment à la règle, avec pas moins de six conférences où sera abordée directement cette discipline pour le moins controversée :

 

      1)  Lacan, envers et contre tout, avec Elisabeth Roudinesco et Elie Doumit
      2) Clartés de tout. De Lacan à Marx, d'Aristote à Mao, avec Jean-Claude Milner et Philippe Petit
      3) Psychiatrie et résistance, en presence de Jean Oury qui a la double casquette Psychiatre et psychanalyste.
    4) Pratiques d’interprétation : l’historien et le psychanalyste avec Sabine Prokhoris, pyschanalyste
      5) …Ou pire, Le Séminaire livre XIX et Je parle aux murs de Jacques Lacan (Seuil), avec l’incontournable Jacques-Alain Miller
      6) La psychanalyse : un art du faire-avec ? en compagnie de Philippe Sastre-Garau, psychiatre et psychanalyste, qui viendra, prudent, « nous aide à saisir l'originalité de l'approche psychanalytique de la névrose: plus comprendre et apprivoiser que suspendre ou éradiquer »

 

Lacan.jpgAprès Freud, année Lacan donc, celui là même qui disait : « Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué. [...] Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession ; c'est bien d'ailleurs pour ça que j'en suis malade, par ce que j'ai un surmoi comme tout le monde. [...] Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse. Il est clair que l'homme passe son temps à rêver qu'il ne se réveille jamais. Il suffit de savoir ce qu'à nous, les psychanalystes, nous fournissent les patients. Ils ne nous fournissent que leurs rêves » (1).

 

Cela me donne l’impression de voir conviés une bonne plâtrée d’astrologues  à un séminaire d’astrophysique.


(1) Nouvel Observateur, sept. 1981, n° 880, p. 88 - Extraits d'une conférence non publiée, prononcée à Bruxelles le 26 février 1977
Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
commenter cet article
30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 09:37

Titre philoScience avec conscience 

 

  

Edgar MORIN

                           Seuil, point, 1990

Notes de lecture

De petites fiches de lectures sans prétention ; mais utiles pour se remémorer les grandes lignes d’un ouvrage. Recopie de passages et synthèse tout à fait subjective.  


« …ce serait une grossière erreur que de rêver d’une science qui serait purgée de toute idéologie et où ne régnerait plus qu'une seule vision du monde ou théorie « vraie ».  


Science avec conscience  

PP 24-25 (Conditions bio-anthropologiques de la connaissance) : Elle porte en elle un univers de théories, d'idées, de paradigmes, ce qui nous renvoie d'une part aux conditions bio-anthropologiques de la connaissance (car il n'y a pas d'esprit sans cerveau), d'autre part à l'enracinement culturel, social, historique, des théories. Les théories scientifiques surgissent des esprits humains au sein d'une culture hic et nunc. La connaissance scientifique ne saurait s'isoler de ses conditions d'élaboration. Mais elle ne saurait être réduite à ces conditions.

 

P 30 : Les principes occultes de la réduction/disjonction qui ont éclairé la recherche dans la science classique sont ceux-là mêmes qui nous rendent aveugles sur la nature technique, sociale et politique de la science, sur la nature à la fois physique, biologique, culturelle, sociale, historique de tout ce qui est humain. Ce sont eux qui ont établi et maintiennent la grande disjonction nature/culture, objet/sujet. Ce sont eux qui partout ne voient qu’apparences naïves dans la réalité complexe de nos êtres, de nos vies, de nos univers.   

 

P 208 : la connaissance ne peut être le reflet du monde, c’est un dialogue en devenir entre nous et l’univers. Notre monde réel est celui dont notre esprit ne pourra jamais éliminer le désordre et dont il ne pourra jamais s’éliminer lui-même.

 

P 195 : Laplace se passe consciemment et volontairement de Dieu pour concevoir la naissance de l’univers et il fait l’hypothèse géniale de la nébuleuse primitive. Vous connaissez sa réponse à Napoléon qui lui demandait où il mettait Dieu dans son système : « Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse ».

 

 

P 27 (Réductionnisme) : La réduction unifie ce qui est divers ou multiple, soit à ce qui est élémentaire, soit à ce qui est quantifiable. Ainsi la pensée réductrice accorde la « vraie » réalité non aux totalités, mais aux éléments, non aux qualités, mais aux mesures, non aux êtres et aux existants, mais aux énoncés formalisables et mathématisables.

 

P 28 : Le principe d’explication de la science classique excluait l’aléa (apparence due à notre ignorance), pour ne concevoir qu’un univers strictement et totalement déterministe.

 

P 107 : avant toute prise de conscience, est de penser autrement, c'est-à-dire de ne plus fonctionner selon le paradigme dominant, l'épistémologie technologisée qui nous amène à isoler le concept de technique, qui nous amène à disjoindre et isoler ce que nous devons tenter de penser ensemble. 

 

 

P 29 (Rendre la complexité) : De toutes parts surgit le besoin d’un principe d’explication plus riche que le principe de simplification (disjonction/réduction) et que l’on peut appeler le principe de complexité. Celui-ci, certes, se fonde sur la nécessité de distinguer et d’analyser, comme le précédent. Mais il cherche de plus à établir la communication entre ce qui est distingué : l’objet et l’environnement, la chose observée et son observateur. Il s’efforce non pas de sacrifier le tout à la partie, la partie au tout, mais de concevoir la difficile problématique de l’organisation, où, comme disait Pascal, il est impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties. »

 

P 163: C'est Gaston Bachelard, qui a considéré la complexité comme un problème fondamental, puisque, selon lui, il n'y a rien de simple dans la nature, il n'y a que du simplifié. Mais cette idée n'a pas été particulièrement développée par Bachelard et est restée une idée isolée.

 

P 164 : ...malentendu consiste à concevoir la complexité comme recette, comme réponse, au lieu de la considérer comme défi et comme incitation à penser...

 

P 167 : Niels Bohr disant : « Les interactions qui maintiennent en vie l'organisme d'un chien sont celles qu'il est impossible d'étudier in vivo. Pour les étudier correctement, il faudrait tuer le chien. »

 

P 168 : chacune de nos cellules, y compris la plus modeste comme la cellule de notre épiderme, contient l'information génétique de notre être global. (Évidemment, il n'y a qu'une petite partie de cette information qui est exprimée dans cette cellule, le reste étant inhibé.) Dans ce sens, on peut dire que non seulement la partie est dans le tout, mais que le tout est dans la partie.

 

P 170: Là effectivement, il y a rupture avec la grande idée cartésienne que la clarté et la distinction des idées sont un signe de leur vérité, c'est-à-dire qu'il ne peut y avoir de vérité qui ne puisse s'exprimer de manière claire et nette. Aujourd'hui nous voyons que des vérités apparaissent dans des ambiguïtés et dans une apparente confusion.

 

p 178 : La méthode de la complexité nous demande de penser sans jamais clore les concepts, de briser les sphères closes, de rétablir les articulations entre ce qui est disjoint, d'essayer de comprendre la multidimensionalité, de penser avec la singularité, avec la localité, avec la temporalité, de ne jamais oublier les totalités intégratrices. 

  Egar morin

 

 

P 33 (Protéger la déviance, favoriser le pluralisme) : … il est vrai que le surgissement et le développement d’une idée neuve ont besoin d’un champ intellectuel ouvert, où débattent et se combattent théories et visions du monde antagonistes ; s’il est vrai que toute nouveauté se manifeste comme déviance et apparaît souvent soit comme menace, soit comme insanité aux tenants des doctrines et disciplines établies, alors le développement scientifique, dans le sens où ce terme comporte nécessairement invention et découverte, nécessite vitalement deux conditions : 1) maintien et développement du pluralisme théorique (idéologique, philosophique) dans toutes les institutions et commissions scientifiques ; 2) protection de la déviance. Nécessité de tolérer/ favoriser les déviances au sein des programmes et institutions…

 

P 46-47 : Hanson… « Tout acte spécifique de découverte comporte la capacité de considérer sous une nouvelle lumière le monde de la réalité. L’observation empirique n’est pas un simple fait physique et n’est pas une opération théorique neutre. » Là évidemment, il y a toutes les perplexités, tous les étonnements. Einstein dit de lui-même : « J’étais un enfant retardé, ça me stupéfiait toujours, le temps, alors que les autres trouvaient le temps tout à fait normal. » C’est effectivement le problème du questionnement du réel et le questionnement du réel lui-même est un phénomène très particulier, très singulier.

C’est Pierce qui avait inventé le mot d’abduction pour caractériser l’invention des hypothèses explicatives.

P 84 : … je connais beaucoup d'esprits originaux qui ont été virés. Je connais le docteur Gabel, qui est inclassable, qui a été viré, je connais Lapassade (qui est un peu fou mais, enfin, qui est un esprit très stimulant et intéressant) qui a été viré, Roland Barthes a été viré de la commission de linguistique parce qu'il faisait de la sémiologie. L'institution élimine normalement le déviant, c'est dommage. Moi, j'ai la chance d'être toléré. 

 

 

P 37 (Caractère falsifiable de la science) : Karl Popper était proche des positivistes logiques du Cercle de vienne par sa volonté de créer, de trouver une démarcation entre la science et la pseudoscience. Mais il s’en est différencié en introduisant au cœur de la science l’idée de « faillibilisme ». Il a dit : « ce qui prouve qu’une théorie est scientifique, c’est qu’elle est faillible, elle accepte d’être réfutée. »

Intervient ici ce fameux mot de « falsification » qui a fait couler beaucoup d’encre. A tort ; ce mot de falsification/ falsifiabilité employé par Popper déjà dans un sens non prévu par le lexique en anglais, que signifie-t-il ? Il a voulu trouver un mot fort qui puisse s’opposer à « vérifiabilité ». Il a dit : « Il ne suffit pas qu’une théorie soit vérifiée, il faut qu’elle puisse être falsifiée », c’est-à-dire qu’on puisse prouver, éventuellement, qu’elle est fausse ». C’était ce qu’il a voulu dire et c’est pour cela que les traducteurs en français de Popper ont fait une traduction correcte en employant le mot falsifiabilité.

 

p 39 : L'objectivité, poursuit le directeur de recherche au CNRS, semble une condition sine qua non, évidente et absolue, de toute la connaissance scientifique. Les données sur lesquelles se fondent les théories scientifiques sont objectives, elles sont objectives par les vérifications, par les falsifications, ceci est absolument incontestable. Ce que l'on peut contester, à juste titre, c'est qu'une théorie soit objective. Non, affirme-t-il clairement, une théorie n'est pas objective : une théorie n'est pas le reflet de la réalité, une théorie est une construction de l'esprit, une construction logico-mathématique, laquelle permet de répondre à certaines questions que l'on se pose au monde, à la réalité. Une théorie se fonde sur des données objectives mais une théorie n'est pas objective en elle-même. 

 

P 56 : … ce que Popper appelle le faillibilisme, et que c'est lié à un progrès qui lui-même peut être dépassé et demeure incertain.

 

P 213 : Whitehead, Popper, Kuhn ont, chacun à leur manière, montré que les théories scientifiques sont fragiles et mortelles. La réfutabilité permanente de la théorie scientifique est le trait décisif qui l’oppose aux dogmes idéologiques ou religieux qui sont, eux, irréfutables dans le système de pensée du croyant ;

La science moderne a, de fait, ouvert le dialogue avec l’incertitude et l’incomplétude. En disant incomplétude, je pense aux grands théorèmes d’indécidabilité de ce siècle, depuis celui de Gödel, qui joignent l’incomplétude logique de nos pensées à l’incomplétude empirique de notre savoir.

 

 

P 41 (Objectivité des énoncés scientifiques) : « Mais à quoi voit-on que quelque chose est objectif ? », eh bien ! C’est effectivement au consensus des chercheurs. Nous faisons confiance à ce consensus des chercheurs et, comme dit Popper, l’objectivité des énoncés scientifiques réside dans le fait qu’ils puissent être inter subjectivement soumis à des tests.

 

P 53 : ... l'objectivité scientifique n'exclut pas l'esprit humain, le sujet individuel, la culture, la société : elle les mobilise.

 

P 126 : « Ces principes, dit-il, ont été, en quelque sorte, formulés par Descartes : c'est la dissociation entre le sujet (ego cogitans), renvoyé à la métaphysique, et l'objet (res extensa), relevant de la science...  les théories scientifiques ne sont pas le pur et simple reflet des réalités objectives, mais sont les coproduits des structures de l'esprit humain et des conditions socioculturelles de la connaissance »

 

P 208 … Cela veut dire que notre connaissance est subjective / objective…

 

 

P 43 (Notion de Themata) : … Holton, qui a fait des études très remarquables sur le thème de l’imagination scientifique, a proposé cette notion de themata.

Les themata, c’est quoi ? Une thema (thema singulier/ themata pluriel), c’est une préconception fondamentale, stable, largement répandue et qu’on ne peut réduire directement à l’observation ou au calcul analytique et qui n’en dérive pas.  Cela veut dire que les themata ont un caractère obsessionnel, pulsionnel qui anime la curiosité et l’investigation du chercheur. Prenons par exemple Einstein : Max Born dit d’Einstein qu’il croyait dans le pouvoir de la raison de saisir par l’intuition les lois par lesquelles Dieu a constitué le monde ; c'est-à-dire que Dieu n’est pas totalement métaphorique dans l’esprit d’Einstein. Thema einsteinien (la phrase est d’Einstein) : « La seule source authentique de la vérité est dans la simplicité mathématique.» Bien entendu, c’est invérifiable mais c’est fécond.

 

 

P 44 (Paradigme) : Le paradigme, c’est aussi quelque chose qui ne découle pas des observations. Le paradigme, en quelque sorte, c’est ce qui est au principe de la construction des théories, c’est le noyau obscur qui oriente les discours théoriques dans tel ou tel sens. Pour Kuhn, il y a des paradigmes qui dominent la connaissance scientifique à une époque, et les grands changements d’une révolution scientifique interviennent quand un paradigme cède la place à un nouveau paradigme, c’est-à-dire opère une rupture des visions du monde d’une théorie à l’autre.  

 

 

P 45 (Noyau dur) : L’idée de noyau dur de Lakatos est assez proche de celle de paradigme de Kuhn, c’est-à-dire  que, au noyau de l’activité scientifique, il y a quelque chose qui n’est pas scientifique, mais dont, paradoxalement, le développement scientifique dépend.

 

  Morin Edgar

P 47 : (Spécialisation & enfermement / bienfait de l’ « amateurisme ») Munford dit de Darwin : « Darwin avait échappé à cette spécialisation unilatérale professionnelle qui est fatale à une pleine compréhension, des phénomènes organiques. Pour ce nouveau rôle, l'amateurisme de la préparation de Darwin se révéla admirable. Bien qu'il fût à bord du Beagle en qualité de naturaliste, il n'avait eu aucune formation universitaire spécialisée. Même en tant que biologiste, il n'avait pas la moindre éducation antérieure, sauf en tant que passionné chercheur d'animaux et collectionneur de coléoptères. Étant donné cette absence de fixation et d'inhibition scolaire, rien n'empêchait l'éveil de Darwin à chaque manifestation de l'environnement vivant. »  

 

 

P 48 : (Art et science) Vous voyez du reste, dès qu'on pense à la recherche, avec ses activités de l'esprit, avec le rôle de l'imagination, le rôle de l'invention, on se rend compte que les notions d'art et de science, qui s'opposent dans l'idéologie dominante, ont quelque chose de commun.

 

 

P 49 : (Spécialisation) La bonne spécialisation nécessite au départ une compétence polyvalente ; la mauvaise spécialisation, qui hait les idées générales, ignore que cette haine relève de la plus niaise des idées générales.

 

P 51 : Il est frappant de voir à quel point les mathématiques sont transdisciplinaires par nature, mais aussi comme est forte l'idée de l'unité du monde. Ce qui a animé Einstein c'est l'idée d'un monde unitaire. Dans le newtonisme, dans l'einsteinisme, il y a l'idée de faire, de trouver l'unité des phénomènes hétérogènes. Les grandes découvertes, les grandes théories, ce sont des théories qui mettent l'unité là où l'on ne voit que de l'hétérogénéité. La science d'un côté, cloisonne, compartimente, sépare, divise et de l'autre, elle re-synthétise, elle fait de l'unité.

 

P 118 : il faut remarquer que l'hyper-spécialisation des sciences humaines détruit et disloque la notion d'homme ;

 

 

P 53 (Science et vérité) : La science n'a pas de vérité, il n'y a pas de vérité une vérité qui est scientifique, il y a des vérités provisoires qui se succèdent, où la seule vérité c'est d'accepter cette règle et cette recherche

 

P 66 : … la connaissance progresse pour nous apprendre de l'ignorance ;

Qu’est-ce qui est déterminé par notre entendement, qu'est-ce qui est déterminé par le réel ? Il faut, je crois, poser cette ouverture et cette incertitude.

 

 

P 76  (Expertise) : l'on est dans une société où les problèmes relèvent de plus en plus d'experts. C'est l'expert de ceci, c'est l'expert de cela... Nous nous dépossédons du droit d'avoir un point de vue au profit de l'expert, qui monopolise le droit à la décision puisqu'il a la compétence. Comment une démocratie peut-elle fonctionner sinon de plus en plus à vide, quand le citoyen est disqualifié par l'expert ? Et, malheureusement, les experts sont totalement incompétents dès que surgit un problème nouveau.

 

 

P 92 (Connaissance et information): la connaissance ne se réduit pas à des informations; la connaissance a besoin de structures théoriques pour pouvoir donner sens aux informations… on se rend compte que si nous avons trop d'informations et pas assez de structures mentales, l'excès d'informations nous plonge dans un « nuage d'inconnaissance », ce qui nous arrive fréquemment quand nous écoutons la radio ou lisons nos journaux.

 

 

P 97 (Science et philosophie): … on se rend compte que la coupure entre Science et Philosophie qui s'est opérée à partir du XVIIème siècle avec cette dissociation formulée par Descartes entre le Moi pensant l'Ego Cogitans, et la Chose matérielle, la Res extensa, crée un problème tragique dans la science, c'est-à-dire que la science ne se connaît pas elle-même, ne dispose pas de la capacité auto-réflexive. 

P 98 : concerne du reste aussi la philosophie, puisque celle-ci cessant d'être alimentée empiriquement, a subi l'agonie de la Naturphilosophie et l'échec de la Lebensphilosophie; … Ainsi la philosophie est impuissante à féconder la science qui est elle-même impuissante à se concevoir.

 

 

P 101 (Assujettissement) : on avait inventé dès la préhistoire des processus très raffinés d'assujettissement ou d'asservissement, notamment sur les animaux domestiqués. L'assujettissement signifie que le sujet assujetti croit toujours travailler pour ses propres fins sans savoir qu'en réalité il travaille pour celui qui l'assujettit. Ainsi, effectivement le chef du troupeau, le bélier, croit continuer à commander le troupeau qu'il dirige, alors qu'en réalité il obéit au berger et finalement à la logique de l'abattoir. 

 

p 117 : Einchmann disait : « J'obéissais aux ordres », quand il parlait des massacres d'Auschwitz. Or Hannah Arendt a très justement dit que Eichmann n'était pas un monstre exceptionnel ; c'était un homme extraordinairement banal, c'était un homme ordinaire, c'était un bureaucrate ordinaire situé dans des circonstances exceptionnelles. Autrement dit, la règle  aujourd'hui s'impose aveuglément : on obéit à la machine et on ne sait pas où va la machine.

 

 

P 104 (Raison, rationalisation, rationalité) : … il faut absolument distinguer raison et rationalisation. La rationalisation, c'est une logique close et démentielle qui croit pouvoir s'appliquer seul le réel et, quand le réel refuse de s'appliquer sur cette logique, on le nie ou bien on lui met les forceps pour qu'il obéisse, et c'est le système du camp de concentration. La rationalisation est démentielle, et pourtant elle a les mêmes ingrédients que la raison. La seule différence, c'est que la raison, elle, doit être ouverte, c'est que la raison, elle, doit être ouverte et elle accepte, reconnaît, dans l'univers, la présence du non-rationalisable, c'est-à-dire la part de l'inconnu ou la part du mystère.

 

P 134- 135 : C'est au nom de ce qu'on croît être la rationalité – mais qui n'est autre que la rationalisation (c'est-à-dire le système d'idées auto-justifiées) – que l'on refuse le jugement des données ; l'émergence d'une idée nouvelle, par le scandale qu'elle entraîne au sein d'un système clos, par la ruine qu'elle menace d'y introduire, est perçue comme irrationnelle, puisqu'elle va détruire ce que le système croyait être sa propre rationalité.

 

P 147 : La raison devient le grand mythe unificateur du savoir, de l'éthique et de la politique. Il faut vivre selon la raison, c'est-à-dire répudier les appels de la passion, de la foi; et comme dans le concept de raison il y a principe d'économie, la vie selon la raison est conforme aux principes utilitaires de l'économie bourgeoise.

 

P 156 : Il s'agit aujourd'hui, devant le déferlement des mythologies et des rationalisations de sauvegarder la rationalité comme attitude critique et volonté de contrôle logique, mais en y ajoutant l'autocritique et la reconnaissance des limites de la logique.

 

 

P 108 (Fait et valeur) : Or la science, dans la conception « classique » qui règne encore de nos jours, disjoint par principe fait et valeur, c'est-à-dire élimine de son sein toute compétence éthique, fonde son postulat d'objectivité sur l'élimination du sujet de la connaissance scientifique. Elle ne fournit aucun moyen de connaissance pour savoir ce qu'est un « sujet ».

 

 

P 135 (Système de croyances) : … tout ce qui surgit de nouveau par rapport à un système de croyances ou de valeurs établies apparaît toujours et nécessairement comme une déviance et risque d'être écrasé comme erreur;

 

 

P 135 (Vérité, indécidabilité et constructions de l’esprit) : Christophe Colomb cherchant l'Inde et trouvant l'Amérique. Pourquoi s'est-il trompé ? Parce qu'il se fondait sur une théorie vraie qui est que la terre est ronde ; un autre qui aurait pensé que la Terre était plate n'aurait jamais confondu l'Amérique avec l'Inde.

 

P 137 : Karl Popper a dit que les théories ne sont pas induites des phénomènes, mais sont des constructions de l'esprit plus ou moins bien appliquées sur le réel, c'est-à-dire des systèmes déductifs. Autrement dit une théorie n'est jamais, en tant que telle, un « reflet » du réel. Dès lors, une théorie scientifique est admise non parce qu'elle est vraie mais parce qu'elle résiste à la démonstration de sa fausseté.

Popper conçoit ainsi l’histoire des théories scientifiques en analogies avec la sélection naturelle: ce sont les théories les mieux adaptées à l'explication des phénomènes qui survivent, jusqu'à ce que le monde des phénomènes relevant de l'analyse s'élargisse et nécessite de nouvelles théories. Ici Popper a renversé la problématique de la science; on croyait que la science progressait par accumulation de vérités : il a montré que la progression se fait surtout par élimination d'erreurs dans la recherche de la Vérité.

 

P 137 : …le théorème de Gödel a démontré qu'un système logique formalisé complexe avait au moins une proposition qui ne pouvait être démontrée, proposition indécidable qui mettait en cause la consistance même du système. (Constante).

 

 

P 138 (Science et idéologie): … la science comporte de l'idéologie. Toutefois, la science n'est pas une pure et simple idéologie car, animée par l'obsession de l'objectivité, elle noue un commerce particulier avec la réalité du monde des phénomènes, sa vérité cependant, en tant que sciences, ne réside pas dans ses théories, mais bien dans les règles du jeu de la vérité et de l'erreur.

 

 

P 139-140 (Erreur) : Il y a même des erreurs plus profondes, des erreurs tragiques sur la nature de l'Autre, et qui conduisent au désastre. Je pense surtout à la conquête du Pérou et du Mexique, deux formidables civilisations, l'une et l'autre plus évoluées que celle de leurs conquérants, et qui ont été vaincues par un tout petit groupe – qui possédait évidemment l'arme à feu ; mais ce n'est pas le seul facteur déterminant. Les vaincus se sont surtout trompés sur la nature de leur conquérants ; ils ont hésité : « Sont-ils des dieux ou des hommes ? » Ils se sont trompés sur leur capacités de ruse de leurs « hôtes » étrangers : c'est ainsi que Pizarre a pu recevoir dans son camp Atahualpa et sa cour, puis décapiter d'un seul coup l'immense empire inca. 

 

P 140 : déclenchement de la révolution française : la réaction aristocratique, en voulant reprendre au pouvoir monarchique des prérogatives que ce dernier lui avait dérobées à l'époque de Louis XIV, précipita par la convocation des états généraux sa propre mort en tant que classe.

 

 

P 143 (La psychanalyse : une pseudoscience) : La doctrine a trouvé sa preuve une fois pour toute dans sa source qui devient dogme : l’autorité des pères fondateurs ; c’est pourquoi le dogme récite sans cesse en litanie les paroles de ses pères fondateurs ! Il en est ainsi de la psychanalyse…. (Pseudo vérité non biodégradable)

 

 

P 166 (Hasard et ignorance): nous ne pouvons pas prouver si ce qui nous semble hasard n'est pas dû à notre ignorance.

 

P 247 : … le nouvel esprit de la science, inauguré avec Bohr, consiste à faire progresser l’explication, non pas en éliminant l’incertitude et la contradiction, mais en les reconnaissant, c’est-à-dire faire progresser la connaissance en mettant en évidence la zone d’ombre que comporte tout savoir, c’est-à-dire en faisant progresser l’ignorance, je dis bien progresser, car l’ignorance reconnue, inscrite et pour ainsi dire approfondie, devient qualitativement autre que l’ignorance ignorante d’elle-même.

 

P 282 : L’inventivité, la créativité, la liberté cessent d’être attribuées à un deus ex machina, y compris le Dieu du Hasard.   

 

 

P 171 (Concept d’autonomie) : Le concept d'autonomie ne peut se concevoir qu'à partir d'une théorie des systèmes à la fois ouvert et clos; un système qui travaille a besoin d'énergie fraîche pour survivre et doit donc puiser cette énergie dans son environnement; Dès lors, l'autonomie se fonde sur la dépendance à l'égard de l'environnement et le concept d'autonomie devient un concept complémentaire à celui de dépendance...

 

 

P 216 (L’événement) : L’événement a été chassé dans la mesure où il a été identifié à la singularité, la contingence, l’accident, l’irréductibilité, le vécu (nous interrogeons plus loin le sens même de ce mot événement). Il a été chassé non seulement des sciences physico-chimiques, mais aussi de la sociologie, qui tend à s’ordonner autour des lois, modèles, structures, systèmes. Il tend même à être chassé de l’histoire qui est, de plus en plus, l’étude de processus obéissant à des logiques systématiques ou structurales et de moins en moins une cascade de séquences événementielles.

 

P 222 : L’indétermination phénotypique, c’est-à-dire l’aptitude à répondre aux évènements, s’accroît avec le développement du cerveau. Comme le dit J.-L. Changeux (« L’inné et l’acquis dans la structure du cerveau ») : « Ce qui semble très caractéristique des vertébrés supérieurs, c’est la propriété d’échapper au déterminisme génétique absolu menant aux comportements stéréotypés, c’est la propriété de posséder à la naissance certaines structures cérébrales non déterminées qui, par la suite, sont spécifiées par une rencontre (je souligne) le plus souvent imposée, parfois fortuite, avec l’environnement physique social et culturel. » 

  

P 223 : … il y a connexion entre événement et système. J’ajouterai même, pour ma part, que l’historicité profonde de la vie, de la société, de l’homme, réside dans un lien indissoluble entre le système d’une part et l’aléa-événement d’autre part.

P 235 (Evolution) : L’évolution n’est pas une théorie, c’est un phénomène de nature cosmique, physique, biologique, anthropologique. Elle n’est pas seulement progression (développement) mais aussi régression et destruction. Elle porte en elle la catastrophe comme force non seulement de destruction mais de création.

 

 

P 256 (Finalité) : Je vais partir du paradoxe que rencontre aussi bien le sociologue que l’acteur politique ou social. Le paradoxe est que si nous appliquons la vision scientifique « classique » sur la société, alors nous ne voyons que des déterminismes. Ce type de connaissance exclut toute idée d’autonomie chez les individus et chez les groupes, exclut l’individualité, exclut la finalité, exclut le sujet.

 

 

PP 271–272 (Autonomie / dépendance) : Plus l’être vivant sera évolué, plus il sera autonome, plus il puisera dans son écosystème vivant de l’énergie, de l’information, de l’organisation. Mais plus il dépendra, de par là même, de son écosystème. Le vivant est donc à la fois autonome et dépendant et, en devenant d’autant plus autonome, devient d’autant plus dépendant. Il est donc auto-organisateur sans être autosuffisant.

 

 

P 302 (Déterminisme / Acquis) : Bien entendu, la bactérie, et, plus généralement, tous les êtres vivants, y compris humains, réagissent ou agissent souvent comme des machines déterministes triviales, c’est-à-dire dont vous connaissez les output lorsque vous connaissez les input (c’est pourquoi le béhaviorisme, en tant que déterminisme environnemental, a pu mettre entre parenthèse non seulement ce qui se passait à l’intérieur de la machine mais aussi la machine elle-même) ? Mais plus un être vivant est cérébralement évolué, mieux il est capable de concevoir des choix, mieux, il est capable d’élaborer une stratégie, plus alors il cesse d’être une machine triviale …

 

 

P 214 (Méthode) : Dans toute pensée, dans toute recherche, il y a toujours le danger de simplification, d’aplatissement, de rigidité, de mollesse, de fermeture, de sclérose, de non-rétroaction ; il a toujours la nécessité, réciproquement, de stratégie, réflexion, art.

La méthode est activité pensante et consciente.

La méthode, disait Descartes, est l’art de guider sa raison dans les sciences. Ajoutons : elle est l’art de guider sa science dans la raison. Une scienza nuova, qui n’est plus liée à un éthos de manipulation et d’arraisonnement, implique une méthode autre : de pilotage, d’articulation. La façon de penser complexe se prolonge en façon d’agir complexe.    


ENTRETIEN AVEC EDGARD MORIN

 

 

 
.
Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
commenter cet article
6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 14:18

PREAMBULE

 chickenpaid 

 

 

Le texte de Huxley, daté de 1925, reste d'une actualité incontournable, en France du moins. La position de la psychanalyse face aux neurosciences est la même que celle des prélats de l’église face à Galilée. Il faudra encore bien du temps, bien des combats pour la déboulonner et la faire voir pour ce qu’elle est véritablement : une vaste supercherie.

 

 

 

 

 

 

Le concept d’inconscient ne date pas du tout des propositions de Freud. Dès le 19e siècle comme le montre cette citation de William James le concept d’inconscient était déjà en place et était considéré comme une découverte fondamentale de la psychologie. " Quand Freud déclare en substance en 1925 qu’avant la psychanalyse il était de règle de d’identifier psychisme et conscience, force est de constater que c’est rigoureusement faux " (Marcel Gaucher, l’inconscient cérébral). Il y avait bien avant ces questions, des études très approfondies et déjà très anciennes du traitement non-conscient. De nombreux aspect de la théorie Freudienne ne trouvent pas de soutien, pas d’équivalent, dans les sciences cognitives contemporaines. La notion d’un inconscient qui serait intelligent, qui serait doté en soi d’intentions ou de désirs qui lui sont propres, l’idée que l’infantile est la source de tout l’inconscient, l’idée qu’il y ait un processus actif de refoulement qui renvoie vers le non-conscient des idées qui seraient dangereuses ou qui demanderaient à être censurées, ces questions là n’ont pas d’équivalent dans la psychologie contemporaine ".

 

Stanislas Dehaene

Professeur au Collège de France, chaire de Psychologie Cognitive Expérimentale

Cours du 6 janvier 2009 : L'inconscient cognitif : une introduction historique et critique

 


Quelques élements de réflexions

 

Débat à propos du livre noir de la psychanalyse :

 

Critique de la psychanalyse (suite au livre noir)

Réponse des auteurs du livre noir à E. Roudinesco

 

Extrait d’une lettre de téléspectateur à ARTE datée de 2004 :

" La psychanalyse et ses interprétations sont devenus des passages obligés dans l’approche de quasiment tous les problèmes que nous connaissons dans notre pays, qui est, comme l’affirme Madame Roudinesco, " la chasse gardée de la psychanalyse ".

Pourtant, il existe un contre-courant, non négligeable, une critique souvent virulente, parfois enragée à force d’être exaspérée par le mensonge et la désinformation. Il existe depuis les années 70 aux Etats-Unis, des livres, qui n’ont, pour la plupart jamais été traduits en France, et qui révèlent l’imposture, l’escroquerie freudienne ".

Lien vers la lettre et la réponse de la chaine

 

Depuis lors, la situation n’a guère évoluée en France, et ce qui était vrai pour ARTE l’est tout autant aujourd’hui pour France culture où l’on ne compte plus le nombre d’interventions des psychanalystes, que ce soit dans leur domaine de " compétence " ou non.

A quand la journée sans psychanalyste ?


Entracte

 

Petit extrait vidéo (Philo magazine) d’un débat entre Michel Onfray et le bouillonnant psychanalyste Jacques Alain Miller, le grand frère du très médiatique Gérard Miller (on comprend ici comment ce dernier a pu baigner depuis le berceau dans le jus de la psychanalyse : ce qui explique certainement son dogmatisme, sa tendance à asséner des lieux communs pour les ériger en vérité absolue, son incapacité à entendre un avis qu’il ne partage pas : bref qu’il soit à ce point horripilant, à la limite même du supportable).

 

 

J’attend impatiemment la diffusion de cette nouvelle saison des conférences de l’université populaire de Michel Onfray qui seront diffusées cet été sur France culture, avec au menu précisément Sigmund cocaïne.


Une supercherie pour notre siècle (1925)

Aldous HUXLEY  

La phrénologie, la physiognomonie et le magnétisme nous paraissent aujourd'hui des sciences assez cocasses et étranges.(...) [De nos jours] nul besoin d'en regretter la perte (...) Car nous avons mis la main sur une chose plus divertissante encore que la phrénologie. Nous avons inventé la psychanalyse.

[Concernant la phrénologie ou la psychanalyse, dites pseudosciences] Les méthodes de toutes ces " sciences " trahissent un même air de famille: utilisation d'arguments fondés sur l'analogie au lieu de raisonnements logiques, approbation de toutes sortes d'évidences serviables sans vérification expérimentale, élaboration d'hypothèses considérées ensuite comme des faits, déduction de lois à partir d'un unique cas mal observé, transformation des connotations de certains termes quand ça convient mieux et appropriation spontanée du sophisme post hoc ergo propter hoc – (après cela donc à cause de cela [ndlt]). Ainsi font les esprits non scientifiques qui cherchent la vérité pour monter l'étrange et formidable édifice de leurs doctrines.(...)

chickenoedipal.jpgLa psychanalyse a duré (...) Toutefois, tout comme les autres grandes pseudosciences du passé, l'assurance de son absurdité apparaîtra et grandira peu à peu dans l'esprit de ses adeptes (...) D'ici là, quelque nouveau génie antiscientifique aura fait son apparition avec une nouvelle pseudoscience. Et les ex-fanatiques de Freud ne seront pas en deuil.

La pseudoscience qu'est la psychanalyse est l'un des plus beaux spécimens du genre conçu par l'esprit humain. Sa prodigieuse popularité, touchant toutes les classes, sauf celle des scientifiques, en atteste suffisamment. Et, quand on vient à l'approfondir, on découvre qu'en effet elle posséde toutes les qualités qu'une pseudoscience se doit d'avoir. (...)

Ma profonde incrédulité à l'égard de la psychanalyse prit naissance il y a maintenant plusieurs années à la lecture de la théorie freudienne de l'interprétation des rêves. C'est le mécanisme de la symbolique, par lequel l'analyste transforme les données évidentes pour en faire le contenu enfoui d'un rêve, qui ébranla le peu de foi que j'aurais pu accorder au système. Il me sembla, alors que je parcourais ces listes de symboles et ces obscènes interprétations allégoriques de rêves somme toute simples, que j'avais déjà rencontré ce genre de procédé auparavant. [Parallèle avec le symbolisme du Cantique des cantiques, ou celui du bestiaire médiéval des cathédrales] Il n'y a pas plus de raison de croire que monter des escaliers ou voler dans le ciel soient des rêves équivalents au coït que de croire que la jeune fille du Cantique des cantiques représente l'Eglise du Christ. (...) [Freud soutient] qu'une innocente action faite en rêve est en fait, quand on l'interprète de la bonne manière, le symbole de l'acte sexuel.(...) Il n'y a là aucune preuve qui permette d'obtenir l'assentiment du sceptique. (...) Les psychanalystes [d'ailleurs pas tous d'accord entre eux sur le sens de ces symboles] donnent l'impression de vivre dans le merveilleux univers transcendantal des philosophes, où tout le monde a raison, où tout est vrai, où toute contradiction s'apaise. Ils peuvent bien se permettre de laisser tomber un sourire de pitié sur les praticiens d'autres sciences, qui pataugent dans l'univers boueux où seule une des deux possibilités d'une contradiction peut être tenue pour vraie à un moment donné.

[A propos des rêves] il y a cette hypothèse, par exemple, qui veut qu('ils) soient toujours profondément significatifs. Cela est pour les psychanalystes un fait admis, bien qu'il soit, c'est le moins qu'on puisse dire, tout aussi probable que les rêves n'aient pratiquement aucune signification (...). L'hypothèse psychanalytique selon laquelle les rêves ont la plus haute valeur significative est en fait rendue nécessaire par cette autre hypothèse encore plus fondamentale qu'est l'existence de l'inconscient freudien. Lire une description de l'inconscient faite par le psychanalyste, c'est lire un conte de fées. Tout y est terriblement excitant et dramatique. L'inconscient, nous explique-t-on, est une sorte d'antre ou d'enfer où sont envoyés les mauvaises pensées et les vilains désirs qui entrent en conflit avec nos devoirs sociaux du monde extérieur. A la porte de ce repaire, un être mystérieux qu'on appelle le censeur monte la garde afin de s'assurer qu'ils ne s'échappent pas [pour tenter d'atteindre la conscience]. (Ils) font appel aux stratagèmes les plus extraordinaires et les plus ingénieux: les mauvaises pensées se déguisent, prennent des mines de vierges effarouchées et surgissent comme d'inoffensives pensées; c'est ce qui se passe dans les rêves. D'où la signification des rêves et la nécessité de les interpréter symboliquement, afin d'atteindre leur sens caché, c'est-à-dire découvrir quelle est la mauvaise pensée qui se cache sous leurs déguisements. Parfois, quand les mauvaises pensées sont trop fortes pour lui et arrivent sans aucune peine à se frayer un chemin vers la sortie, c'est le censeur lui-même qui leur fournit de jolis petits costumes, en les poussant même à porter un masque et un domino, pour ne pas faire trop peur à l'esprit conscient avec leurs mines effroyables. Les pensées refoulées et le censeur (...) sont beaucoup plus malins que le pauvre, stupide esprit conscient, qui, à moins d'être celui d'un psychanalyste, serait bien incapable d'imaginer d'aussi ingénieuses feintes et combines. L'authenticité de ce passionnant mythe anthropomorphique est allègrement assumée par tous les psychanalystes qui s'appliquent à y fonder leurs arguments, comme s'il s'agissait d'un fait scientifiquement prouvé.

L'examen de tous les autres grands " faits " de la psychanalyse démontre que ce ne sont que de simples hypothèses dérivant exactement des mêmes procédés. Il y a par exemple l'hypothèse de l'existence d'un complexe d'Oedipe universel. Il y a l'hypothèse que les jeunes enfants éprouvent des sensations et des désirs sexuels. Les nourrissons au sein, nous explique Freud, connaissent le véritable plaisir sexuel; et, pour le prouver, il nous demande d'observer leurs visages qui arborent, quand ils tètent, cette expression parfaitement béate qui, dans la vie d'adulte, n'apparaît qu'après l'accomplissement de l'acte sexuel. C'est là une preuve particulièrement scientifique. Nous pourrions tout autant dire que l'expression de profonde sagesse et de contemplation extatique que nous voyons souvent aux visages de bébés reposant gentiment dans leurs berceaux est la preuve manifeste que ce sont de grands philosophes, absorbés dans les réflexions sur le libre arbitre, la prédestination et la théorie de la connaissance. Ou encore [dans le freudisme] il y a l'hypothèse que la plupart des êtres humains normaux sont, d'une façon ou d'une autre, à la fois homosexuels et hétérosexuels. Il y a l'hypothèse qui soutient qu'un grand nombre d'enfants connaissent l'érotisme anal. Et ainsi de suite. Pas une preuve pour étayer ces hypothèses – mais toutes sont considérées comme des faits.

Les psychanalystes défendent leur théorie en mettant en avant les succès de leurs thérapies. (...) [Or] la possibilité que les guérisons par la psychanalyse soient réellement causées par la suggestion doit être sérieusement considérée. Bien entendu, les psychanalystes répudient avec indignation cette notion et déclarent en choeur que la suggestion est absolument étrangère à leurs procédés et qu'ils ne la pratiquent d'ailleurs jamais. La publication de leurs récits de cas montre assez clairement que la suggestion est évidemment employée, que ce soit de façon intentionnelle ou non. Le récit – particulièrement connu et absolument révoltant – du " petit Hans " [âgé de cinq ans, il avait la phobie des chevaux] est un bon exemple, d'autant plus que Freud, dans son compte-rendu, anticipe l'accusation que l'enfant puisse avoir été influencé par la suggestion en admettant un amour incestueux pour sa mère et le désir de tuer son père. Comment un psychanalyste réussit-il à vaincre les prétendues " résistances " de son patient sans avoir recours à la suggestion? (...)

Le patient [quitte] les lieux (...) la tête pleine des contes fantastiques, dangereux (...) et franchement écoeurants qui constituent la théorie psychanalytique. 

 

Repost 0
Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
commenter cet article

_________________________

  • : Le blog d'Axel Evigiran
  • Le blog d'Axel Evigiran
  • : Blog généraliste ou sont évoqués tout aussi bien des sujets sociétaux qu’environnementaux ; s’y mêlent des pérégrinations intempestives, des fiches de lectures, des vidéos glanées ici et là sur la toile : Levi-Strauss, Emanuel Todd, Frédéric Lordon, etc. De la musique et de l’humour aussi. D’hier à aujourd’hui inextricablement lié. Sans oublier quelques albums photos, Images de châteaux, de cités décimées, et autres lieux ou s’est posé mon objectif…
  • Contact