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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 09:43

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C’était hier soir au théâtre de l’Idéal à Tourcoing, dans une mise en scène d’Eric Castex.

 

Un soliloque d’Azeddine Benamara... Une heure et demie, où, pourtant, l’on ne s’ennui pas une seconde. De maux en mots, tout le tragique de l’existence résumé à fil prêt à se rompre... Juste une chambre pour la nuit, pas même toute la nuit. Camarade ! Ecoutes-moi, s’il te plait... 

Les yeux dans les yeux... Une magnifique performance d’acteur !

 

« Mon projet de mise en scène est proche d’une atmosphère du Bronx. Un film de Jarmusch 

en noir et Blanc » Eric Castex

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Dans un décors minimaliste, entre poussière et bardage de fer, avec pour toile de fond un mur en béton, l’acteur nous entraine ainsi dans un monde glauque et désespéré ; un monde de pluie et de nuit, sur le pavé. 

Des ruelles à putes, lorsqu’elles deviennent cinglées et s’en vont manger la terre des cimetière jusqu’à en crever, aux piles de ponts mal éclairés et au-dessus de l’eau pour s’aimer rien qu’une fois. Un univers de paillettes, avec les cons d’en haut et leur gueule de tueur, avec la fête obligatoire du vendredi soir, avec cette fille blonde, belle à tomber par terre, fragile et qui passe avec ses petites boucles, juste comme il faut. Ses yeux sont des abimes mais il ne faut pas la suivre ! Elle est passé de l’autre côté... Et si avais chanté, bien sûr on aurait tout accepté. Comment faire autrement ? Et si elle avait posé sa main sur votre genoux que faire, sauf se la couper ? Seulement elle parle. Elle parle au milieu des minets, et  lorsque s’ouvre sa bouche c’est un dégueulis de l’enfer...  

Alors on s’en retourne là où la solitude de l’étranger sans travail se confronte à l’impossibilité à dire les choses... Il y a ceux qui s’amusent, avec rien derrière la tête, ces sales cons... Et puis il y a les autres, ceux que l’on pousse dans le dos d’ici aux forêts du Nicargua, là où des généraux assis mitraillent tout ce qui en sort. Tout ce qui ne ressemble pas à un arbre, tout ce qui ne bouge pas comme une plante est abattu ! Alors ceux du Nicaragua viennent ici tandis qu’on nous pousse là-bas. Mais partout c’est pareil. Du travail il n’y en a pas plus ici qu’ailleurs. Et là-bas, si vous n’êtes pas d’accord, on vous tire dessus... Alors on reste ici et se fait casser la gueule dans le métro par des loubards bien habillés qui vous ont volé votre portefeuille. Sale PD, qu’ils disent ! Et personne ne bouge...  Tout va bien camarade ! On ne bouge pas... 

Rompu, sans un sou on ne bouge pas. C’est ok . Tout va bien camarade... Il y a ce bruit, cette odeur... Personne ne vous regarde. Passe une fille en pleur dans sa chemise de nuit. Derrière, en haut de l’escalier une grosse femme souffle, accrochée à la rambarde. Assis juste à côté, un arabe marmonne bas, il chante  juste pour lui un truc en arabe... Sur le quai d’en face une folle en jaune, extatique fait de grands gestes dans le vide et se met soudain à chanter une connerie d’opéra... Mais quelle voix ! Elle répond à l’instrument d’un type qui doit jouer un peu plus loin pour faire la manche... 

Chacun pour soi, chacun dans son monde... Chacun avec ses problèmes, rien que pour soi.

 

Alors vous prend l’envie de taper ! De taper, et taper encore !.... 

« ... un monde nocturne, peuplé de prostituées de loubards racistes, de violence. ET puis l’amour aussi, trop vite perdu et que l’on cherche à travers la nuit. Tout Koltès se trouve déjà résumé dans cette première œuvre, qui est un grand texte qui raconte la solitude de l’homme moderne dans l’enfer urbain... »  (Texte tiré de l’extrait vidéo)

 

De Koltès je ne savais rien et avions pris les place sans trop savoir où nous mettions les pieds, sous l’incitation de notre fille, ayant cette année un texte de cet auteur à étudier (« Dans la solitude des champs de coton »).

Nous ne regrettons pas cette plongée en terres inconnues.

 

« Un homme, assis à une table de café, tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver, un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir où il est seul. Il lui parle de son univers : une banlieue où il pleut, où l’on est étranger, où l’on ne travaille plus ; un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner ; il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, silencieux, immobile » 

Bernard Marie Koltès

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Dossier sur la pièce

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 15:11

 

« Levé avec le soleil, il ramasse des graines pour les oiseaux qui viennent picorer à sa fenêtre, déjeune avec Thérèse et s’éclipse. Souvent il oublie l’heure….

Le 2 juillet, (…) comme Thérèse allait sortir, il lui recommanda de ne pas oublier de régler la note du serrurier, tandis que lui-même se rendrait au château pour donner une leçon de musique à la fille du marquis. Quelques minutes plus tard, Thérèse le trouva assis sur une chaise en gémissant. Il sentait des picotements pénibles à la plante des pieds, un grand froid dans le dos, des douleurs sourdes dans la poitrine. (…) Tout alla très vite. Il se tenait la tête à deux mains, disant ‘qu’il semblait qu’on lui déchirait le crâne’. Il était dix heures du matin quand il tomba soudain de sa chaise, visage contre terre ». 

 

Trousson-Roussseau.jpgCes quelques phrases sont tirées des dernières pages de la belle biographie de Rousseau, commise par Raymond Trousson (Gallimard 2011), éminent spécialiste, entre autre, du siècle des Lumières. Et c’est avec grand plaisir que j’avais lu, l’automne dernier, sous cette plume érudite, les péripéties de Jean-Jacques. 

L’histoire, plantée dans un siècle fort bien restitué, se lisait comme un roman, ne donnant ni dans l’hagiographie ni dans la dénonciation,  l’anachronisme ou le raccourci historique. S’y dessinait un portrait vivant, avec ses contradictions, ses maladresses, ses idées fixes et sa grandeur aussi. 

Hume, Voltaire, Mme de Vuarrens, Malesherbes, Thérèse, Diderot évidemment…Des amitiés rompues, des amours, des rencontres ; des persécutions réelles et supposées. 

Bref, c’était, dirions-nous, un texte rédigé à la bonne distance.  

 

Outre un essayiste de talent, Raymond Trousson fut un merveilleux conteur. Je l’avais découvert par hasard lors de l’un de ses passages dans les NCC, dont il fut, un invité régulier. 

Ce jour là il était question de Voltaire et le portrait qu’en fit le professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles, de sa voix mate et grave, modulée d’une manière délicieuse, était saisissant de véracité et d’une probité intellectuelle à saluer – qualité plutôt rare, les spécialistes de tel ou tel étant versé souvent dans la défense inconditionnelle de leur champion. 

Peu après, l'auteur "d'un Prométhée magistral" (je reprend ici les termes de sa biographie, précisant que je n'ai pas lu l'ouvrage), revint nous entretenir, pour notre plus grand plaisir, de Diderot et de Rousseau.

 Raymond-Trousson.jpg

Raymond Trousson s’est éteint à la fin du mois dernier. 

 

Voici, en guise d’épitaphe, les dernière ligne de l’hommage que lui a rendu Philippe Dewolf sur le site de la RTBF : 

 

« L’esprit des Lumières allait l’habiter jusqu’à la fin, survenue pour lui le 25 juin 2013. Et voilà envolé notre projet d’une nouvelle rencontre, dans le sillage de ce qu’il nous avait dit des contemporains de Mozart, cet autre voleur de feu. Raymond Trousson l’avait, tout comme Prométhée, sacré ».

 

Un autre hommage sur le site de Fabula par Jean-Daniel Candaux : Décès de Raymond Trousson

 

 

Plusieurs émissions de France Culture avec Raymond Trousson sont toujours écoutables à cette adresse : Raymond Trousson sur France culture.

 

Il fut également l’invité de Raphaël Enthoven sur Arte. Il nous y parlait de Rousseau, lors d’une belle promenade entre bois et rivière : ‘Philosophie, avec Raymond Trousson’

 


      Autour de Rousseau à Ermenonville

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 08:29

« Quand les bobos se déguisent en pauvres, ils doivent faire leur lessive eux-mêmes ». (1)

 

Je sais bien cette que citation, tirée de L’égoïste romantique de F.Beigbeder, est incompréhensible hors son contexte. Il n’empêche : nous sommes vendredi et c’est le printemps, même si ici le ciel s’est effondré sur les toits de tuiles rouges. 


De plus je suis en vacances ! 

l-egoiste-romantique_couv.jpg

« Vous partez ou ? »fit mon chef mi-doucereux, mi dédaigneux me serrant la main avec un air important. « Mais nulle part », répondis-je. J’aurai tout aussi bien dire, si j’en avais eu la présence d’esprit : « Dans mon jardin, à l’abri des sots , en épicurien », ou encore « A la recherche du temps retrouvé, à l’ombre d’une abbaye en ruine » ; que sais-je encore… 


Mais j’ai juste dis « Nulle part ». Et lui, aussitôt de rétorquer, avec une mine de supériorité réjouie : « En congé ! Vous allez donc en congé, en vacances c’est lorsque l’on part ! ».


Moi : « Pourtant il me semble bien que le mot vacances proviens du terme latin vacans, participe passé de vacare et qui correspond au temps libre, au temps passé à ne rien faire ».


Je l’avoue, cette répartie ne m’est pas venue toute seule, puisque, en créature malfaisante que je suis, je l’avais préparée de longue date déjà, ou cas ou ce fat ressortirai sa fameuse distinction. Ce présomptueux qui d’ailleurs, n’ayant jamais mis les pieds à Madrid mais voulant se faire mousser devant un collègue – a qui il conseillait évidemment une autre ville d’Espagne -  a appelé, pour notre plus grand bonheur, le musée du Prado le Pardo ! 

 

Et dire que ce genre d’anecdotes j’en ai un plein carton… 

 



 


(1) voir, pour meilleure compréhension, pages 183 / 184 de ce roman écrit sous forme d'un journal - un vendredi de printemps précisément. 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 17:54

dictionnaire-libertin-M52409.jpgLe Dictionnaire libertin de Patrick Wald Lasowski est le genre d’ouvrage dont il est bon de conserver la reliure, non pas au fond d’une bibliothèque hantée de poussière, mais dans le sillage de nos pérégrinations ordinaires. 

Que se soit au lever, une tasse de thé bouillant à la main – ou de tout autre breuvage à la convenance de chacun ; le soir juste avant le coucher, favorisant de la sorte les vapeurs des humeurs volages ; ou encore avant les siestes crapuleuses des après-midi alanguies – ou après, en guise de méditation métaphysique : c’est toujours réjouissance exquise que de savourer à minces gorgées le docte badinage qui suinte des pages de ce manuel à l’usage des grammairiens de la bagatelle, qui, soit dit en passant est « une petite chose, ou chose frivole, à laquelle les petits-maîtres et les gens oisifs donnent un prix infini ». 

 

Les méthodiques ou les plus studieux, seront sans doute tenté de lire le livre dans l’ordre alphabétique des entrées, commençant par cet incontournable  AAAAAH… avant d’aller jeter le regard sur la page suivante au mot ACCIDENT, ou l’on découvre le malheur d’un sujet frappé d’impuissance. « Bigore s’excuse comme il peut dans La Comtesse d’Olonne de Grandval père (1738) :

SENAC-DE-MEILHAN---ATTRIBUE-A.jpg

Bigdore. – Madame, pardonnez à ce triste accident,

     Il vient d’un trop plein d’amour

Argémie. – Ah ! ne m’aimez pas tant.

      Si votre trop d’amour cause votre impuissance,

      Honorez-moi, seigneur, de votre indifférence.

 

Les esprits se voulant anti-conformistes par principes, pourront bien prendre le livre a rebours et, commençant par le Z, apprendre que cette lettre « est la lettre-fleur dans la confusion des sexes ; lettre-foudre, qui marque le désir ; lettre-paillette, dont Voisenon éblouit ses lecteurs avec Zulmis, Zelmaïde, Zémangire,… ».

 

Quant aux dilettantes, ouvrant l’ouvrage au hasard, y puiseront le délice des rencontres fortuites. Ainsi la CANTHARIDE.

 

 

 

Du même auteur, on lira avec profits L’amour au temps des libertins.

 


CANTHARIDE

(Dictionnaire libertin)

 

La cantharide des boutiques, mouche d’Espagne ou de Milan, est un coléoptère qui sécrète une substance employée en pharmacie comme vésicatoire. On l’utilise également comme aphrodisiaque. Ambroise Paré rapporte la mésaventure d’un abbé à qui une prostituée offre une confiture « en laquelle y entraient des cantharides, pour mieux l’inciter au déduit vénérique ». Les conséquences sont épouvantables. L’abbé meurt « avec gangrène de la verge ».

Il faut dire de l’usage aphrodisiaque de la mouche ce que François La Mothe Le Vayer dit des flatteurs : « Il y a toujours quelque cantharide cachée sous la rose qu’ils présentent ».

 

(…)

 

Cela n’empêche pas le duc de Richelieu de les répandre autour de lui. Les pastilles à la Richelieu sont destinées aux femmes, qu’elles doivent rendre « folles d’amour ». Même usage chez le marquis de Sade, condamné à mort pour avoir empoisonné des filles à Marseille, en juin 1772, en leur faisant absorber une grande quantité de cantharides. Pidansat de Mairobert rapporte ces horreurs, devenues légendaires :

 

« Donnant, il y a quelques années, un bal à Marseille, il avait empoisonné ainsi tous les bonbons qu’il y distribuait, et bientôt toutes les femmes brûlées d’une fureur utérine, et les hommes devenus autant d’Hercules, convertirent cette fête en lupercales, et la salle du bal en un lieu public de prostitution »

 

(…)

ABBE-DUVERNE---Les-devotions-de-Madame-de-.jpg
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 22:17

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« L’œuvre peuplée d’une multitude de figurines en fibre de verre, ‘théâtralise’ la cruauté des camps d’extermination nazis…

A l’image (du) Triomphe de la mort de Brueghel, l’enfer est ici un paysage envahi par des personnages cruels, belliqueux, démoniaques et par des individus hagards, terrifiés, sacrifiés sur l’autel de la haine. Les soldats nazis sont à la fois maîtres et esclaves de leur propre système de déshumanisation… 

L’expression babelienne de No woman No cry expose la part maudite de l’humanité dans la tradition des sept péchés capitaux qui hantent l’Occident chrétien depuis les temps moyenâgeux.»

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Extrait du catalogue de l’exposition Babel
(invenit editions)
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En surplomb du carnage, impassible sur son promontoire rocheux et protégé de ses gardes, squelettes en armes penchés un peu curieux au-dessus de son épaule, Hitler peint son portrait de manière cubique, art qu’il considérait comme dégénéré…
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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 18:18

« Le caractère dynastique du pouvoir et la primauté des mâles ne font guère de doute (…). Mais les circonstances peuvent entraîner des changements : un roi peu mourir au combat sans héritiers mâles ou en âge de régner. Des femmes peuvent de la sorte se trouve en position de responsabilité, selon une sorte de régence »

 

(Les Mayas, texte d’Eric Taladoire, Ed Chêne)

 

Masque-maya.jpg

« Découvert dans le temple XIII, ce masque funéraire en mosaïque serait celui d’une femme, l’une de ces reines qui, de façon exceptionnelle, ont su s’imposer au pouvoir. Palenque »

(Photo JP Courau).

 

Je fais mes valises : prochain billet en septembre.
Have fun.

 


Saison des masques 1

Saison des masques 2

 


Sans lien aucun, un peu d’Electro-indus from Mexico, histoire de se récurer les oreilles.
Juste une affaire de contraste…

 

Hocico en Live : Untold blasphemies

 

 



Lorsque Punto Omega Recontre la belle Spectra Paris
Cela donne une tragédie.
 
Falsos sueños desgarrados
sombras del amanecer
avasallan mi conciencia
y no me permiten ser.
Creando mil espejismos
me los han hecho creer
vendedores de ilusiones
transforman tu amor en hiel.
Opacan las percepciones
deforman la realidad
desconectando tu esencia
mutilan tu libertad.
Promesas hechas al viento
hace mucho tiempo ya
regresan hoy a mi Alma
destilando eternidad.
¿Cómo volver del destierro
recobrando lo perdido?
¿Cómo volver a confiar
y despertar del olvido?
¿Cómo volver a empezar
desandando los caminos?
¿Cómo vencer la matriz
y liberar mi destino?
.
Clip qui n'est pas sans faire songer au fulgurant 2666 de Roberto Bolano.
Mais c'est une autre histoire.
Roberto-Bolano-2666.gif
.
Affaire de finir sur une note moins sombre, l'interprétation live de Spectra Paris du morceau Falsos Suenos
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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 07:49

LeonSpilliaert---Autoportrait-1907.jpg

 

Lorsque animé de l’idée saugrenue, il y a de cela désormais un peu plus de deux ans, d’ouvrir un blog, ma principale idée était d’y rassembler, à la manière d’un herbier, outre de menues notes de lectures, les matières collectées lors de mes pérégrinations sur la toile. Le motif en était simple, prosaïque, quelque peu égoïste : pouvoir retrouver et consulter à loisir poèmes, conférences, bons mots, écrits, etc. depuis n’importe quel endroit ; particulièrement depuis ma cellule professionnelle. Je trouvais cette façon plus élégante que de piteux signets, marque-pages, clés USB toujours dans la poche, et si cela pouvait profiter à autrui pourquoi non ?

 
Et puis, je conviens, œuvrer secrètement dans mon coin à une forme d’esthétique virtuelle, de mise en musique de mes photographies mentales, habillait parfois cet ennui dont se trouvent accablés les dépris du travail – mais qui doivent faire comme si. J’appliquais alors sans le savoir une méthode tirée des arts martiaux chinois, le non agir agissant, fort bien décrite dans ce qui devint pour moi le véritable bréviaire du ‘motivé’ résistant, des efficaces à la lisière ; je veux parler de cette Eloge de la démotivation de Guillaume Paoli, brûlot (porté à l’index chez les DRH) dont je relis assez régulièrement – particulièrement les jours de piqûres managériales - les passages mis en partage ici.

 

C’est ainsi que, fidèle au principe que je m’étais donné, mes premiers billets ne furent que la mise en ligne de textes et d’images livrés quasi ex-abrupto.
Cela prit ensuite, peu à peu, des proportions que je n’avais pas prévues. La faute m’en incombe, avec le partage de quelques récits de voyages et les premiers textes pouvant prêter à polémique. Pourquoi avais-je ainsi infléchi mes résolutions ? La griserie sans doute y a bonne part, tant il me flattait de constater une certaine activité sur cet ilot famélique. Cela me valut le plaisir d’un compagnonnage islandais et de cheminer ainsi un temps non loin de Minerve. Cela me valut aussi les premiers commentaires, les premières objections. Et il me fallut, honnêteté oblige, y répondre et parfois entrer dans le débat.

  

La toute première fois cela se trouva être à propos de la psychanalyse, le souvenir en reste vif. magritte_la_reproduction_interdite-1937.jpgJ’avais titré, il faut dire : « Psychanalyse : Huxley – une supercherie pour notre siècle ». Aujourd’hui j’en assume toujours la moindre virgule ; je me serai même radicalisé sur le volet des prétentions thérapeutiques de cette pseudoscience – l’anthropologie, et la vision du monde de Freud est un autre sujet. Passons.


Survint ensuite l’épisode déjà narré d’une dispute à propos de la meilleure façon de lire Montaigne, différent qui se révéla être en réalité plutôt malentendu que désaccord de fond.
Ce qui est sûr, c’est que je dus alors me hausser sur la pointe des pieds pour ne point apparaître trop falot. Et tant le feu du style que l’érudition de la docte contradiction, me contraignirent à un exercice salutaire de mise au clair de ses pensées.

  

La tenue d’un blog peut être ainsi un fort bon métier à tisser, ou le tas du forgeron ; un lieu où l’on s’essaye, se confronte, s’éprouve ; un lieu de partage et d’expression sur le principe des affinités électives… Un lieu qui trouve aussi ses limites et ses biais.
Aujourd’hui je me trouve rendu à un rythme de croisière, tachant d’alterner billets qui me prennent du temps à rédiger, à ceux repris de mon grenier qu’il m’est possible de mettre en forme en un tour de main ; ceux encore nécessitant investissement – ou engagement - personnel et ceux que je contemple d’un œil étranger. Mouvement de balancier régulier, tic-tac de la mise en danger et de la prise de distance tout à la fois, alternance ou l’on abandonne, qu’on le veuille ou non – sinon quel intérêt ?, quelques miettes de soi-même. L’objectif, sinon la finalité, au moins publier un peu de son humeur une fois la semaine.

 

Ainsi suis-je mon propre bourreau. Mais, outre l’addiction, le plaisir que j’en retire étant toujours supérieur à la somme des peines, en bon utilitariste - ce que je ne crois pas être sur le fond – je ne vois point de motif à suspendre l’édification des tourelles et des remparts de ce château de sable qu’un clic suffirait à détruire.


Qui sait combien de temps encore tel état d’âme perdurera. Ce qui est sûr, c’est que sous le charme d’une semaine consacrée au romancier nouvelliste sur les NCC, mon intention première était de parler de Maupassant, et que je n’en ai rien fait !
Demain est un autre jour.

 Le-Parmesan---Autoportrait-dans-un-miroir-convexe---ver.jpg

.


 

 

Marilyn Manson – Born Vilain

« Life is but a walking shadow, a poor player that struts and frets his hour upon the stage and then is heard no more: this is a tale told by an idiot, full of sound and fury,that signifies nothing »

 

La vie n'est qu'une ombre qui marche, un pauvre acteur qui se pavane et s'agite à son heure sur la scène et puis qu'on n'entend plus : il s'agit d'un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, cela ne signifie rien.

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 16:11

 

Entre deux averses, mettant à profit une mince trouée de ciel bleu avec ce sentiment d’urgence qui caractérise l’homo farnientus des climats mitigés, je m’affale sur le gazon après avoir compté mes pissenlits.
Mais à peine avoir calé ma lecture contre le moelleux d’un coussin, que me voici assaillit par un essaim de minuscules mouches, dont certaines viennent de se suicider dans mon thé !
Et me voila aussitôt occupé à tenter de dénombrer ces grains volatils ; à suivre leur ronde absurde…

 

Rien de mieux, ne manqueront pas d’observer les plus espiègles, pour illustrer telles velléités de lecture.

 

mouches-Ecclesiaste.jpg

 

Peu avant, j’apprenais rêveur dans un recueil de qualité que (relativement) non loin de ma retraite se trouvait Beloeil, petite ville de Wallonie dont le renom vaut pour son château et ses jardins, appartenant à la Maison de Ligne.
Docte savoir qui me servit alors à caler ma page afin d’immortaliser ces vaporeuses secondes… 

 

Je tire pour la circonstance de ce fort bel objet la citation suivante : « Il n’y a pas d’apparences que je croie valoir le divin Montaigne, La Bruyère et La Rochefoucauld. Si je m’avise d’écrire quelquefois sur le même sujet, c’est que les circonstances différentes des leurs, peuvent m’avoir donné d’autres aperçus. Les passions ne changent pas ; les nuances, les usages, les opinions changent. Les écrivains ne sont pas du même âge, ni du même monde. »

Ligne (1735-1815), tiré de Trésor des moralistes du XVIIIe siècle de Cyril Le Meur.

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 16:25

Narsaq---vue-du-bateau.jpg

 

terra-incognita.jpgJe ne suis pas de ces voyageurs frénétiques toujours en partance… De ces voraces de la nouveauté au pas de charge qui, à peine posés en un endroit, ne rêvent déjà plus que du suivant. Tout à rebours, je goûte la lenteur et la macération… Et longtemps après avoir rangé mes valises je me plais à me laisser imprégner des sensations et des couleurs dont j’aspire à garder la trace. Voyager mais point trop : ne pas céder aux ivresses de vins débouchés trop jeunes et toujours renouvelés. Laisser décanter cet alcool fort de l’esprit dilettante transplanté en terra icognita… 

 

Sur les motifs de ce sourd besoin à se rendre là où mes yeux n’ont jamais traîné, je n’ai pas de réponse bien nette. Sans doute l’attrait des ruines, des paysages singuliers, des vastes espaces, des forêts et des marécages plus que le désir de rencontrer autrui. J’assume cette paradoxale réserve a priori à l’endroit de mes congénères. 
Cette envie « d’ailleurs » n’est cependant pas une fuite. Ce pourquoi, pour le coup, je me sens plus proche de Sénèque lorsqu’il dit : « A quoi sert de voyager si tu t’emmènes avec toi ? C’est d’âme qu’il faut changer, non de climat », plutôt que de Montaigne : « Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent la raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche ». Mais on sait, au-delà de la gravelle, ce qui poussa l’auteur des Essais sur les routes d’Italie : « « Il faut croire que sa liberté, sa tranquillité et ses loisirs furent un temps perturbés par les tracasseries d’un séjour encombré de ses trois femmes – sa mère, sa femme et sa fille -, pour qu’il décidât, les 2 premiers livres de ses Essais tout frais publiés dans la poche, de s’arracher au sein des doctes Vierges… ».

 

narsaq_map.pngL’un des lieux dont l’empreinte demeure à vif en mon esprit est sans doute Narsaq.
Minuscule amoncellement de couleurs posées au détour d’un fjord à l’eau d’un bleu céruléen, la commune groenlandaise, fondée en 1830, aujourd’hui compte moins de 2000 âmes. A l’origine simple comptoir destiné à assurer le commerce entre les marchands venus d’Europe et les Inuits qui proposaient là peaux et graisse de phoque, la cité demeure cernée de glace, même en été. Mais, en juillet, ce ne sont plus là que des icebergs en déliquescence ; monstres blancs à la dérive, exténués par un soleil pale. Lorsque j’évoque d’ailleurs le blanc de ces blocs d’eau douce, je ne leur rends pas justice. En effet leur teinte est un véritable kaléidoscope où, reflété par la lumière, au blanc immaculé se mêlent les fragrances de l’opaline à celles deParmi-les-icebergs.jpg toute une palette de bleu, allant de l’azur au saphir. Parfois même, le souffle tellurique des volcans, vient saupoudrer ces voyageurs solitaires des mers glacées d’une garniture de noir et de gris. A l’agonie, portés au gré des courants, sous l’effet de la chaleur ils prennent des formes biscornues propices à la rêverie. Trolls polaires, ours faméliques, châteaux merveilleux, nefs fantomatiques ou cartes de territoires imaginaires ils craquent, gémissent et se tordent sous les assauts des éléments. Songes incarnés, ce sont là des nuages de la mer…
Mais assez de ces flâneries.

 

Nous arrivâmes au débouché du Tunulliarfik fjord par un matin de crachin, sous un ciel bas. Une brume tenace au ras de l’eau conférait à l’endroit un air de majesté sauvage. Calés derrière la vitre du restaurant du bateau ou nous buvions un café chaud avant de débarquer, nous observions silencieux, dispersées sur un socle de roche et de mousse, les habitations jaunes, bleues, rouges et vertes de Narsaq. Je ne pus m’empêcher alors de songer que cette explosion de couleurs vives n’était qu’un contrepoison destiné à conjurer la morne solitude de ces terres sans arbres ; d’oublier aussi les rigueurs du climat…

 

Pourtant, selon les critères groenlandais, Narsaq dont le nom signifie ‘vallée’ dans la langue locale, bénéficie d’un climat fort doux, ce qui en fait une contrée de prédilection pour l’élevage. Mais ne nous vîmes pas ce jour là de ces troupeaux de moutons pâturant alentour, parmi la caillasse et les herbes rases.

 Narsaq---bird-watching.jpg

Des arbres, ici, il n’y en a pas. Cependant certaines espèces oiseaux fréquentent ces paysages peu hospitaliers aux hommes. C’est ainsi que nous rencontrâmes le croassement lugubre et solitaire d’un grand corbeau (corvus corax) qui, perché sur un lampadaire nous accompagna ensuite jusqu’au sortir de la ville, survolant de ses ailes fuligineuses notre entêtement à progresser dans l’herbe spongieuse du plateau situé en surplomb de cette enfilade disparate de maisonnées situées à quelques encablures de l’endroit où, jadis, Erik le Rouge et ses vikings fondèrent une colonie  dont l’histoire fixera la mémoire sous le nom d’Etablissement de l’Est. C’était aux alentours de l’an mille.
Narsaq---into-the-wild.jpgIl faut dire qu’Eirik Raudi, surnommé le Rouge probablement à cause de la couleur de ses cheveux, n’en était pas à son coup d’essai au Groenland. Ce dernier, banni d’Islande trois années pour meurtre de sang froid, suivant les indications de Gunnbjorn Ulfsson, le premier navigateur à avoir signalé une terre au nord, avait en effet réussi à contourner le cap Farewell pour s’implanter avec sa famille en un lieu libre de glace. Sa peine purgée, revenu en Islande il parviendra à convaincre plus de 1000 colons à s’embarquer avec lui pour le Grønland (en danois « terre verte » (1) ). L’aventure tournera à la catastrophe et c’est seulement environ 450 personnes qui parviendront à s’établir à Brattahild (aujourd’hui Qassiarsuk, près de Narsaq). Quoi qu’il en soit la colonie perdura cinq siècles avant de s’éteindre mystérieusement. Parmi les explications avancées, celle de  Jarred Diamond dans « Effondrement » qui, au terme de deux gros chapitres consacrés au viking du Groenland conclut : « La structure sociale de la société viking créa donc un conflit entre les intérêts à court terme des détenteurs du pouvoir et les intérêts à long terme de l’ensemble de la société. La plupart des intérêts qui étaient défendus par les chefs et le clergé se révélèrent dommageable à la société dans son ensemble ; les valeurs socialement partagées qui étaient à l’origine même de sa force le furent finalement de ses faiblesses. Les vikings du Groenland parvinrent à élaborer un modèle de société européenne unique à l’avant-poste le plus éloigné de l’Europe. En même temps, ils se montrèrent capables de survivre plus de 450 ans. (…) Les chefs vikings finirent par voir disparaître tous leurs partisans. Le dernier privilège qu’ils purent s’attribuer fut celui d’être les derniers à mourir de faim » (2).
Aujourd’hui, non loin de Qassiarsuk, se lisent encore les ruines de cette implantation viking : la maison et la ferme où vécurent Erik le Rouge et les siens, l’église dites ‘de Thiodhild’, son épouse, mais aussi nombre de sépultures disposées en U autour du sanctuaire.

Traces-erik-le-rouge.jpgNarsaq---ecole.jpg 

Retour au proche passé, en ce jour symbolique du 30 juillet :
Nous avions pris le parti de prendre un chemin à rebours de celui emprunté par la majorité de ceux montés dans les chaloupes pour rejoindre la terre ferme. Le désir de nature et de tranquillité, le refus de l’instinct grégaire, que sais-je encore…
Aussi piquâmes-nous droit au sud, pour en arriver à cette sorte de plate-forme située au-Narsaq-hotel.jpgdessus de Narsaq, d’où le regard, après s’être  abîmé le long de la coque du Princess Danae,  se perdait à l’infini entre les icebergs, au-delà de l’embrouillaminis des îlots habités.
Chemin faisant, avions épinglés le souvenir de l’école de Narsaq, sans omettre au passage de souligner et d’immortaliser le nom du probable unique hôtel - ou peu s’en faut - de la contrée, l’hôtel Niviarsiaq, cube bleu-vert auquel se trouvait rattaché une enfilade de baraquements plantés face au fjord le long d’une maigre route.

Narsaq---overview.jpg 

Plus tard, dévalant la pente, nous traversâmes la ville pour rejoindre le port minuscule lové dans une enclave naturelle. Y dormaient quelques navires en mal de pêche, dont un frêle esquif à la bouée écarlate qui me vaudra, une fois revenu, quelques agréments. Le crachin avait cessé.
Résolus de filer au nord, longeant l’eau désormais sous le joug de l’horloge, nous fûmes alors surpris par de fortes odeurs d’entrailles ; les restes de découpe de poissons - et peu être de phoques - abandonnés aux charognards. Le dégoût des uns constitue l’ordinaire des autres. Ainsi va la vie. 
C’est alors que dans le lointain, à l’angle d’une montagne, perça le soleil. Ce n’était qu’une trouée de lumière jouant des coudes avec la grisaille, mais cette présence subite, ce contraste évanescent d’avec l’atonie générale du ciel me fit entrevoir ce sentiment trouble qui s’empare des âmes inquiètes, lorsque secouées loin de chez elles. C’était une sorte de saisissement devant l’immensité écrasante du monde. Une stupeur admirative face aux changements perpétuels de la nature ; la prise de conscience de ce souffle éternel devant lequel nous ne sommes rien ! Flux et reflux perpétuel, pulsation de l’ouroboros… Phénomène imparable qui fit dire un jour, à un sage désabusé : « Une génération passe, une génération vient, et la terre subsiste toujours ». Et c’est cette crainte instinctive des ténèbres qui, à ce moment là, je crois, m’étreignit.

Narsaq-lumiere.jpg 

Mais les périples s’achèvent toujours par le regret d’avoir manqué quelque chose. Et il nous fallut bien refluer vers le navire. Nous attendaient encore deux rencontres – deux anecdotes que je narre brièvement.

 

 Tout d’abord, alors que la pluie avait repris par intermittence, nous fumes hélés par un Inuit sorti de chez lui avec un vieil appareil photo qu’il brandissait sous nos yeux tout en s’expliquant dans une langue que nous ne pouvions évidemment comprendre. Nous crûmes d’instinct (c’est là un préjugé d’occidental) qu’il voulait nous signifier de le prendre avec notre propre appareil, moyennant sans doute quelques pièces. Il n’en était rien et, à la vérité, sa requête renversa tout à fait les perspectives. C’est qu’il ne s’agissait pas moins, pour lui, d’immortaliser sur sa pellicule, le passage d’une famille à ses yeux probablement digne de figurer dans sa collection de curiosités. Et c’est de la sorte qu’aujourd’hui nous figurons peut-être rangés dans le tiroir d’une commode groenlandaise, placés dans un album ethnologique entre un couple d’allemand et un groupe de touristes japonais.

 

 

Enfin, alors que désormais l’averse redoublait, nous trouvâmes belle illustration de ce que peuvent les forces de l’amour. Nous avions en effet trouvé refuge au syndicat d’initiative de Narsaq. Dans l’attente d’une accalmie, tout farfouillant de ci de là parmi les babioles proposées aux voyageurs, la conversation s’engagea et nous apprîmes bientôt que le gérant des lieux était de nationalité espagnole. Devant notre étonnement ce dernier s’empressa aussitôt d’expliquer que le motif principal en était son mariage avec la charmante danoise tenant boutique avec lui. A la question : regrettez-vous parfois le soleil de l’Espagne ? il se lança dans une longue explication, vantant les mérites incomparables des terres du nord, la paix des  grands espaces enneigés, le bonheur des jours interminables en été et du plaisir à vagabonder dans la nature à perte de vue. Cependant, alors qu’il parlait, son regard avec pris la teinte grise des nostalgies inconsolables.
 
On doit à Barbay d’Aurevilly la sentence suivante : « Qu’est-ce qu’en général qu’un voyageur ? C’est un homme qui s’en va chercher un bout de conversation au bout du monde ». Si l’on entend par conversation un échange avec soi-même, cette définition me va.

Narsaq---Princess-danae.jpg 

Quoi qu’il en soit, ce jour là, cette croisière philosophique prit là tout son sens.


(1) On a beaucoup glosé sur l’appellation de « terre verte » utilisée par Erik le Rouge. Aurait-il délibérément voulu tromper les candidats à l’implantation au Groenland ? Il semble bien que non. « Elle l’est (verte) d’autant plus que l’époque où Erik entreprend sa grande aventure est celle de ce que l’on appelle ‘l’optimum climatique médiéval’. Il s’agit d’un moment de réchauffement général du climat, qui commence vers le début du Xe siècle et qui va durer jusque vers le milieu du Xve siècle. Il englobe donc exactement l’épopée viking au Groenland, et est sans doute largement lié à sa fin ». (Texte entre guillemets tiré de la brochure ‘L’aventure de la raison’)
 

(2) Jared Diamond, Effondrement, page 449-45

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 18:48

Masque-par-Nicolas-Debroux-.jpg

 

 

Mon précédent billet, de la persona, n’ayant fait qu’effleurer du bout de la plume un sujet aux ramifications infinies, j’ai songé qu’il n’était pas tout à fait vain de poursuivre ces déambulations en terres chargées de mystères…

 

Lorsque la profondeur touche au futile.

 


Le masque selon Nietzsche

Ecoutons en premier Clément Rosset :

 
« Comme la surface figure la visibilité de la profondeur, le masque figure la visibilité de la ‘personne’. Toute l’œuvre de Nietzsche, on le sait, témoigne d’un intérêt constant à l’égard du masque et du déguisement. (…) Toutefois, le statut nietzschéen du masque est très singulier. Le masque n’apparaît jamais chez Nietzsche comme véritable déguisement, indice de fausseté et occasion de leurre. Tout au contraire : il se présente plutôt, et assez curieusement, comme un des meilleurs et des plus sûrs indices du réel. Du réel il a la profondeur, la richesse, l’aristocratie propre, comme le dit l’aphorisme 40 de Par-delà le bien et le mal : ‘Tout ce qui est profond aime le masque’
On peut distinguer chez Nietzsche deux principales fonctions du masque. Première fonction, de pudeur : destinée à ne pas exhiber à tout bout de champ, et devant tout un chacun, sa propre richesse. (…) Mais il y a une seconde fonction nietzschéenne du masque : destinée à dire l’éternelle insuffisance de toute parole et de toute vérité, fût-elle la plus profonde et la plus décisive, en tant qu’elle est nécessairement partielle et obérée par le point de vue d’où elle est énoncée ». (Clément Rosset, La force Majeure – édition de minuit p 64-65)

  tete

 

Le masque des Anonymous / V pour vendetta.

Dans le numéro de ce mois ci de Philosophie magazine, Raphaël Enthoven évoque la postéritéanonymous.jpg du masque arboré par les Anonymous. Voici l’introduction de son billet : « En se parant du visage goguenard de Guy Fawkes, conspirateur anglais du XVIIe siècle popularisé par la bande dessinée V pour Vendetta, certains ‘indignés’ se masquent pour lutter contre un ennemi réputé sans visage. Se cacher derrière un sourire pour exprimer son mécontentement ? Est-ce bien sérieux ? »

 

Je laisse à chacun le soin de méditer cette question.
Quant au fauteur de la conspiration des poudres, démasqué précisément, il ne tardera pas à connaître un sort funeste. Plus proche de nous, reste à imaginer ce qui adviendra des soi-disant têtes pensantes de l’hydre Anonymous arrêtés par le FBI.  

 

 


Les masques Nô

Je ne m’avancerai pas ici en ces territoires inconnus. Aussi laisserai-je parole à mieux informé que moi.

 

Souvenir de Pascal Klein :
« Je me souviens il y a une paire d'années avoir assisté à une représentation d'une pièce de Nô. Il se trouve qu'il est possible pour un acteur d'interpréter par le biais d'un masque plusieurs personnages, de sexe opposé. Et il n'y a guère plus de deux acteurs sur scène pour des représentations pouvant durer jusqu'à 8 heures. Mon amie japonaise m'a confié qu'il existait des versions authentiques, longues et fidèles, et des versions modernes et abrégées ».

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Les masques du côté de Verlaine

 

Clair de lune

 

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

 

Paul Verlaine, Fêtes galantes

 

Monsieur cent têtes et la femme 100 têtes

(Je remercie ici Constance et Ashby)

 

Monsieur cent têtes, est un livre de Ghislaine Herbéra, sorti dans la collection jeunesse des éditions MeMo. L’histoire ravira sans doute les jeunes, les moins jeunes et les Chênes parlants.
Il y est question d’un monsieur ayant rendez-vous avec son amoureuse et qui « …essaie successivement toutes les têtes de son placard sans pouvoir se décider ».

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Quant à la femme 100 têtes, roman-collage de 1929 réalisé par Max Ernst et tiré à 1003 exemplaires, il doit désormais valoir les yeux de la tête chez les collectionneurs.
« Le titre est déjà en soi un collage riche de significations : La femme cent têtes tout comme La femme sans tête - et il y a encore d'autres possibilités comme: '100 têtes', 'sans tête', 's'entête' ou 'sang tête'. »

 Max-Ernst--La-femme-100-tetes--1929.jpg

 

 

 

Le masque post-modern

La tragédie, ou chant du bouc par son étymologie, [τραγῳδία / tragôidía est composé de τράγος / trágos (« bouc ») et ᾠδή / ôidế (« chant »] voilà ce qui caractérise l’hédonisme joyeux du masque post moderne…
Deux rondelles de Cucumis sativus, et le large sourire du jeunisme forcené…  Un seul mot d’ordre : Jouissons ! 

 

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