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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 09:03

Ce qui suit est tiré de l’excellent ouvrage de synthèse de Jean-Léon Beauvois, « Les influences sournoises » paru il y a quelques semaines chez Bourin. Outil indispensable pour qui veux comprendre les mécanismes insidieux d’influences (et pourquoi non les enrayer en partie), le livre, au sous-titre évocateur « Précis des manipulations ordinaires », mérite une lecture tant attentive qu’exhaustive. C’est clair, sans jargon sibyllin et le seul néologisme que j’y ai relevé est cette savoureuse notion du soi-ïsme sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet (Je prépare une fiche de lecture de cet incontournable).

JL-Beauvois---Influences.jpg

 

Pour l’heure j’en reviens donc à mon extrait des « influences sournoises » (p 81 –82). Il est tiré du chapitre 2 (« La fabrique de l’opinion de base ») du livre. Je reprends ici une petite partie du paragraphe ayant donné le titre à ce billet. Il y est question d’un exemple que je laisse à la méditation de chacun : james bond girl

 

« Le mensonge du prime time : C’est là l’effet qu’on appellerait volontiers ‘l’effet avec tout ce qu’on voit et tout ce qui se passe…’.
Je pense à mon copain maçon. Il est confronté à de si nombreuses scènes d’amour physique qu’il en vient à juger pathologique la rareté de ses ébats, tout juste bimensuels, avec sa femme. Et qui durent quand même moins longtemps. Est-il toujours un vrai mec ? Il lui arrive de penser que sa modération devient problématique. Il voit tant de jeunes, de cadres et d’intellectuels entre 20 h et 22h30 qu’il lui arrive de se demander ce qu’il peut encore faire, lui, dans ce monde, avec son métier manuel d’une autre époque et ses 50 ans qui le tiennent désormais hors du coup. Et ils ont si souvent de belles femmes, ces héros, même les plus vTV-influence.-jpeg.jpgils ou les plus dégradés, que la sienne commence à l’agacer grave. Elle devrait au moins faire de l’aérobic. Il divorcerait bien, mais le culte de la famille auquel il est régulièrement exposé dans les séries et les pubs lui donne à réfléchir sur le sens authentique et profond de l’existence en cocon. Le quota ridiculement faible d’informations internationales lui donne à penser que c’est en France que se passent les événements les plus intéressants. Mais il voit aussi tant de violence, et il est tellement informé sur tout ce qui se passe, qu’il en vient à changer tous les ans de dispositif d’alarme supposétv-influence-2.jpg protéger sa villa. Il est convaincu de vivre dans un monde très dangereux (1). Je peux affirmer qu’il n’y a eu aucun cambriolage dans sa rue depuis au moins 10 ans. Dites-le-lui. Il répondra que ça arrivera forcément un jour. Il ne croit pas non plus qu’il y ait aussi peu de récidivistes que le donnent à penser les statistiques avancées par des juges qu’il sait trop laxistes, et ce sont ceux qui lui ressemblent le plus qui viennent le clamer sur les écrans. On en voit tous les jours, non, des récidivistes et des victimes regrettant le laxisme des magistrats ? Alors, hein ! Et les politiques sécuritaires, comme il se doit, l’enchantent. Avec tout ce qui se passe… Ce n’est pas demain qu’il votera pour ceux qui ont des discours de travailleurs-sociaux-à-la-noix (toujours son langage), qui relâchent les coupables dans la rue et oublient les victimes. C’est qu’il est, lui, une victime potentielle dans un monde dangereux. Montrez-lui les statistiques attestant une diminution de la criminalité depuis le XIXe siècle, il vous dira qu’il n’est pas un intellectuel et qu’il voit bien, lui, ce qui se passe ».

 

(1) Note de Jean-Léon Beauvois :
« Entre le 7 janvier 2002 et le second tour de l’élection présidentielle, les journaux télévisés avaient consacrés 18766 sujets aux crimes, jets de pierre, vols de voitures, braquages, intervention de la police nationale et de la gendarmerie.(…) L’insécurité fut ainsi médiatisée deux fois plus que l’emploi, 8 fois plus que le chômage… » (Halimi, Les nouveaux chiens de garde, 2005, P 78). On sait qu’il n’y a pas de corrélation entre l’évolution du nombre de crimes et le nombre de faits divers impliquant des crimes évoqués à la télévision. Il n’y a donc pas de corrélation entre le sentiment d’insécurité et l’insécurité réelle (N.Bourgion, Les chiffres du crime, L’Harmattan, 2008).

 

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Published by Axel Evigiran - dans Sciences humaines
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commentaires

les-restes-du-monde 06/03/2012 15:38


Eh bien il semblerait que j'avale en images ce que vous lisez sur papier. C'est mon côté cyber-flemmard. ;-) En effet J'avais vu il y a quelques années le docu "la fabrique du consentement."


http://www.dailymotion.com/video/x9yuxl_la-fabrication-du-consentement-de-n_news


J'avais été fasciné par cette constatation que fait Chomsky que, dans une certaine mesure, les élites ou classes moyennnes supérieures sont plus conditionnées par l'opinion des médias que les
gens moins éduqués. Ca semble aller à l'encontre de ce qu'on admet généralement, mais dans une certaine mesure, ça me semble tomber sous le sens. En effet, si "les pauvres" ont TF1, les plus
aisés lisent le Monde.

Axel Evigiran 06/03/2012 11:06


Grand merci pour le lien.
J’avais lu le livre de Serge Halimi dans son édition de 2005 et le film me tente.

Concernant Jean-Léon Beauvois je suis entrain de finaliser ma fiche de lecture sur son ouvrage « Les influence sournoises ». je mettrai sous peu en ligne.

Sinon il y a aussi le billet sur Noam Chomsky sur la fabrique de l’opinion publique  ici :
http://aevigiran.over-blog.com/article-noam-chomsky-visite-a-paris-51396053.html

Cela va dans le même sens.

les-restes-du-monde 06/03/2012 09:28


A propos de la manipulation des médias, il faut absolument voir le film "les nouveaux chiens de garde", qui permet de mieux comprendre comment on nous a vendu pendant des années, par le
matraquage systématique, des politiques néolibérales.


http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19266660&cfilm=194641.html


On pourra être en désaccord avec certains parti-pris mais les faits que les réalisateurs dénoncent (notamment sur les relations incestueuses médias- politiques) sont incontestables et devraient
discréditer une partie de ces journalistes très en vue qui "font l'opinion". Avec ce film, les masques tombent. Il y a aussi un passage saisissant intitulé "le petit théatre de l'insécurité".

Axel 01/12/2011 08:04

Je ne lis d’ordinaire jamais le Magazine Littéraire, n’y étant pas abonné et ne passant jamais en kiosque ; donc point tenté (le seul que j’ai du acheter remonte à quelques années et le dossier
central était consacré à Montaigne) …
C’est avec grand plaisir que j’irai lire sur BaO l’extrait qui y sera mis

constance 30/11/2011 20:29

Justement, Axel, ce ne sont pas les relations ordinaires qui m'intéressent :-) Pour celles-ci, en effet, nul besoin de méfiance, seulement de clairvoyance.

Savoir trouver le juste milieu dans ses relations aux autres, comme vous l'évoquiez dans un article précédent, est sans doute la plus grande des tâches (et des plaisirs).

HS : Avez-vous lu le Magazine Littéraire de décembre ? Le dernier entretien de Lucien Jerphagnon s'y trouve. J'en mettrai un extrait sur BaO prochainement.

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