Liminaire

 

Comme chacun sait, ou devrait savoir, on ne peut tout à la fois se trouver 'au four ou au moulin'. Et pour enfoncer le clou, il n'est point inutile de rappeler – c'est d'ailleurs de notoriété publique - que le fol qui 'trop embrasse et mal étreint', se retrouve immanquablement affublé de sublimes cornes sur le crâne. A tel point que le commun n'y voit là que l'appendice naturel et fatal du destin. Aussi, dans un réflexe salutaire d'hygiène mentale, les fidèles de la raison – se refusant à y voir un vain concept -, s'empressent évidement de se conformer aux attendus de cette sagesse populaire. Elle est tant enracinée en nos mémoires qu'elle ne saurait mentir. Las, il n'est point de dicton qui ne suscite son ombre... Et à tout prendre, s'il n'est point bon de 'courir plusieurs lièvres à la fois' il n'y a point davantage de profit à s'abîmer toujours dans l'écuelle récurée des ans...


Alors ?

dragons-cormyr.jpg

       

Fête médiévale du château de Peyrepertuse, Août 2009.  


La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à oser se perdre dans les labyrinthes inutiles de l'esprit dilettante ? Une déviance irrémédiable qui mène à la ruine ? Et bien soit... Contre la norme je choisis les inclinations de ma nature. Et si je me perds dans les vertus du butinage, de la légèreté crasse et sans objet prédéterminé, que les choses soient bien claires : elles n'engagent que moi !

Histoire et histoires ; littérature ; philosophie en actes, pensée en action ; vouloir incarné ; images dénuées de tout esprit pédagogique ; broutilles essentielles... Ratages propices aux heures troubles...

 

Rien n'est sérieux, tout indispensable ! 

voilà l'objet de cette entreprise (oh le vilain mot qu'il me faudra exorciser)


  La singularité nait de la norme...    


2011 04 - Crete 552 - Pretoire

conges-ou-vacances.jpg

 

Congés ou Vacances ? 

 

Certains pédants, à qui le ridicule de fait pas peur, aiment à distinguer les mots.  

Dans leur tête le second vocable est synonyme de voyages, d’horizons exotiques (chez eux, on ne va pas en vacances en Mobile home à Bray-Dunes par exemple, on est en congé dans la région). Il est connoté d’un parfum de soleil. 

Quant au premier, infâme repoussoir, il renverrait à une mise au rancart à domicile des handicapés du tourisme (tous ceux qui, contrairement à eux, mènent une existence sans éclats). 

 

De menues recherches étymologiques suffisent évidemment à ruiner cette stupidité sortie de ces têtes gangrénées de mythomanie.

 


Ainsi pour vacances :


Ce nom vient de vacant, du latin vacans, participe passé du verbe vacare :

- être libre, inoccupé, vacant (par exemple une place, une maison...)

- être inoccupé, oisif (avoir du temps libre)

 

vacuus (adjectif) : vide, inoccupé, libre

vacui dies : jours de loisirs

vacatio(-onis) : exemption, dispense 

 

vacuitas : espace vide ; absence de quelque chose, d'où : vacuité 

La vacance d'une charge, c'est une charge sans titulaire (un poste vacant)

Les vacances désignent à l'origine la période pendant laquelle les élèves cessent leurs études, puis les jours de vacances désignent les jours où l'on interrompt le travail pour se détendre.




Xes. cumgiet « autorisation de s'en aller » (Vie de St Léger, 84, éd. J. Linskill); mil. XIes. prendre congiet (Vie de St Alexis, 598, éd. G. Paris); 2. ca 1130 cunged « autorisation en général » (Lois de Guillaume, 4, éd. J. E. Matzke); 3. 1265-66 doner congié « congédier » (Assises de Jérusalem, Livre de Jean Ibelin, éd. Beugnot, t. I, p. 210); 4. 1602 comm. « autorisation de transport » (Edit sept. 1602 ds KUHN, p. 204). Du lat. class. commeātus,propr. « action de circuler », d'où « congé, permission », dér. de commeāre « voyager, circuler ».
.

Chill out music : 


Quoiqu’il en soit il y a ceux qui restent arrimés au tripalium - encore pour quelques jours, pendant que d’autres se dorent la pilule - et qui se consolent lorsqu’ils le peuvent en écoutant par exemple au bureau ce qu’on appelle sur youtube des « chill-out music » (musiques de relaxation).

Il y’en a pour toutes les oreilles. Des plus insupportables aux plus écoutables. Des musiques kitch aux bruits de forêts, d’Enigma aux « celteries » passant par les ambiances orientalisantes. Il suffit de faire son choix, lancer la vidéo et de la masquer ensuite, pour reprendre le labeur d’un esprit moins maussade (il ne faut pas grand-chose au travailleur pour se sentir échapper au joug).

Voilà, c’est parti pour une à trois heures de sonorités variées.

 

Parmi ces « Chill-out » il en est un qui m’accompagne particulièrement. Sans doute moins pour la musique que pour les images ; des vues sublimes du Mexique : les ruines, la nature, avec des créatures marines et des oiseaux - oui sans doute est-ce à cause des oiseaux que je n’ai pu m’empêcher de visionner la vidéo (mais alors direz-vous, comment avancer en son travail ? La question mérite d’être posée).  

 

Bien sûr le style guimauve suinte aux entournures. Mais quoi ? C’est période estivale et tout est permis.

 

.

Quelques repères 

2.25 mn Tulum

3 mn Uxmal

11 mn Palenque

13 mn Canyon EL Sumidero

Vers 22mm Puebla

32.45 mn Monte alban

38.40 mn ND de Guadalupé à Mexico

Par Axel Evigiran - Publié dans : Humour - Communauté : Eurêka!
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires

Période estivale aidant, pris par mille autres activités que tenancier de blog, je recycle ici un petit exercice réalisé en début de cette année, dans le cadre d’un MOOC philosophie.

 


La question :

 

Cours N°2 - Exercice 1 (Cf. Séquence 4-5)

 

empedocles.jpgLe végétarisme d'Empédocle s'appuie sur une exigence de cohérence entre ce que l'on pense et ce que l'on fait, ce que Socrate ne cessera du reste de marteler. Si le Tout est harmonieux, autrement dit si ce qui le fait tenir ensemble est un principe unifiant (dans les termes d'Empédocle, l'Amitié cosmique), qui peut faire conclure à la parenté de tous les vivants, le respect du vivant ne s'impose-t-il pas, en raison de cette exigence philosophique entre pensées et actes ? En somme, le végétarisme ne devrait-il pas être, dans le domaine alimentaire, la prescription pratique que le philosophe se doit de respecter ?

 

Essayez de mettre en regard quelques arguments majeurs en faveur du végétarisme, et d'autres opposés à lui. 


.
Akselsen-Geir-05.jpg
.
En liminaire notons que si Empédocle, soucieux d’accorder son mode de vie à sa pensée, fut sans doute végétarien au motif de l’unité cosmique de tous les être vivants, d’autres anecdotes montrent que cela ne l’aurait pas empêché pas de tuer ou faire tuer. 

En voici deux, tirées de Diogène Laërce

Première anecdote :
« … à un festin donné par les Archontes, le dîner était fort avancé, et l’on ne versait pas à boire. Les autres convives ne disaient rien, Empédocle se mit en colère et demanda qu’on en lui apportât. Son hôte lui expliqua que l’on attendait un grand personnage du Sénat. Dès qu’il arriva, il fut nommé roi du banquet, évidemment à l’instigation de celui qui l’avait invité, et fit aussitôt sentir son pouvoir tyrannique. Il prescrivit en effet que l’on boirait et qu’en cas de refus on verserait du vin sur la tête du récalcitrant. Sur le moment Empédocle se tut. Mais dès le lendemain, il fit appeler au tribunal et condamner à mort à la fois l’hôte et le symposiarque. Car c’était là, disait-il, le préformation de la dictature. »

Seconde anecdote :
« Une femme nommée Panthéia, condamnée par les médecins, fut soignée par Empédocle. Il la guérit et pour cela offrit un sacrifice. Les invités étaient au nombre de 80. »

En bref, pour des arguments pour ou contre le végétarisme :

- Il faut déjà distinguer le végétarisme du véganisme (végétarisme radical) ; à mettre en face d’un régime omnivore (le régime des chasseurs-cueilleurs par exemple).
- A noter aussi que la parenté de tous les vivants m’implique pas, comme allant de soi, l’interdiction de consommer la chair d’un être animé. Dans ce contexte, il n’est pas illégitime de relever la relativité des mœurs et des coutumes, et noter que la consommation de viande peut être associé à un respect profond de l’être qui est consommé.
.
I-love-bidoche-la-viande-le-retour.jpg
.
Contre le végétarisme 

La relativité des mœurs et les respect de la vie, malgré la consommation de chair. 
Dans son chapitre sur les cannibales Montaigne rappelle que « chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage ». Et de rapporter les mœurs de peuples lointains : 

« Après avoir longtemps bien traités leurs prisonniers, et de toutes les commodités, dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître, fait une grande assemblée de ses connaissants. Il attache une corde à l’un des bras des prisonniers, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis, l’autre bras à tenir de même ; et eux deux en présence de toute l’assemblée l’assomment à coup d’épée. Cela fait ils le rôtissent, et en mangent en commun, et en envoient des lopins à ceux de leurs amis, qui sont absents. »

Cannibales.jpg
.
Mais loin d’être marri par « l’horreur barabaresque qu’il y a en une telle action », Montaigne au contraire dira qu’il « pense qu’il y a plus de barbarie à (…) déchirer par tourments et par gênes, un corps encore plein de sentiments, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens, et aux pourceaux (…) que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé ».

Les études archéologiques tant qu’anthropologiques montrent que l’anthropophagie a essentiellement toujours été de nature rituelle : 

Soit on consomme la chair de son ennemi pour le réduire au néant et s’en accaparer la force (exocannibalisme).
Soit on consomme ses propres morts afin que l’ancêtre puisse trouver la paix et rester avec les vivants (endocannibalisme). 
.
Alexius-S-Vitaly-03.jpg
.
Sur la consommation de chair animale, dans la rubrique ‘autres temps autres mœurs’, on pourra noter aussi, par exemple, les cas de Thoreau ou de l’ornithologue et peintre Audubon. Tous deux furent naturalistes et profondément respectueux de la nature et de la vie, ce qui ne les empêchât pas d’être chasseurs. 
On trouve aussi des témoignages chez les anthropologues d’un profond respect de la vie animale associé à des pratiques de chasses. Dans « Tristes tropiques » Lévi-Strauss, évoquant les Nambikwara, écrit ainsi :

« Parmi ces peuples que nous étudions comme ceux d’Amérique du Sud et également du nord, il existe des croyances en un maître des animaux qui veille jalousement sur les procédés de chasse, et dont on sait qu’il enverra des châtiments surnaturels à celui, ou à ceux qui tueraient plus qu’il n’est strictement nécessaire. Quand pour cueillir la moindre plante médicinale il est nécessaire de faire d’abord des offrandes à l’esprit de cette plante. Et bien tout ça oblige à entretenir avec la nature des rapports mesurés ».

L’important est ici de noter la mesure de l’homme dans ses rapports à la nature. Mesure que l’on pourrait opposer à l’hubris de l’homme moderne s’étant rendu comme « maître et possesseur de la nature ». D’un côté on ne tue que le strict nécessaire, dans un respect strict de la vie ; de l’autre on tue en masse (dans des univers concentrationnaires) des animaux considérés comme marchandises, comme biens meubles. 
Ce qui amène à défendre la position végétarienne.
.
Nelson-Catherine-03.jpg
.
.
Pour le végétarisme 

L’abattage industriel, et le non respect des animaux. L’impact climatique.
Dans nos sociétés dominées par l’économisme et la recherche du profit à tout prix, et avec une population mondiales de 7 milliards d’individus, la consommation de viande à grande échelle conduit fatalement à concevoir des univers carcéraux destinés à l’abattage de masse (et loin des regards) des animaux. 

Dans son essai «  Faut-il manger les animaux », Jonathan Safran Foer dénonce l’enfer des fermes et abattoirs industriels. S’il est devenu végétarien, il dit pourtant aimer la viande :

« J’aime la viande, je ne suis pas contre le fait de tuer des animaux mais je me soucie de leur bien-être et je suis conscient de la signification culturelle des aliments. Si vous dites non à un plat, vous faites plus que refuser des calories : vous changez une histoire, celle d’un pays ou celle de votre famille. Mais si le goût et les codes culturels ont de la valeur, il me semble que certaines choses en ont plus aujourd’hui, comme essayer de changer nos idéaux, être éthiques ». 

Il a ainsi été conduit à proscrire la viande, suite à son enquête, face à l’horreur des élevages industriels. Son mobile est donc éthique.

S’y ajoute second volet, environnemental : 
« L’élevage industriel est la cause première du réchauffement climatique, peu le savent précisément. »

En effet, les études montrent qu’il faut 7 à 10 kg de protéines végétales pour faire un kilogramme de protéine animale(Lors de la consommation de viande, il faut d’abord faire des cultures pour nourrir les bêtes qui ensuite vont eux-mêmes nourrir les humains, alors que dans la consommation non carnée l’homme consomme directement les plantes). S’y ajoute le fait que l’élevage de bétail produit du méthane, néfaste pour l’environnement.
L’élevage industriel produit bien d’autres nuisances. En voici quelques-unes : stérilisation des sols par les pesticides, pollution des nappes phréatiques et prolifération d’algues vertes (actualité avec l’élevage des porcs) 

Voir à ce propos la nouvelle de Sylvain Tesson, « Les porcs »
« Nous avions de la considération pour la viande : elle représentait l’argent. Nous avons oublié qu’au milieu il y avait les bêtes. Nous les avons annulées »
.
Rauzier-Jean-Francois---01.jpg
.
En conclusion

Le choix de consommer ou non de la viande, s’il est éminemment éthique, il peut s’y a jouter d’autres considérations, telle la recherche du meilleur régime alimentaire et de la bonne santé ; ou encore du plaisir à consommer tel ou tel plat.
En tout état de cause, si l’on veut vivre de manière philosophique, telle qu’entendue par les anciens, il convient d’adapter son éthique et son comportement. Et donc, si on fait le choix de consommer de la viande, le faire modérément, et en proscrivant tant que possible les nourritures issus des élevages industriels. 
Par Axel Evigiran
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Tiré du chapitre 9 du "Monde jusqu'à hier" :

« Ce que les anguilles électriques nous apprennent sur l’évolution de la religion »


Le-monde-hier---bandeau.jpg

 


Tentative d’une définition

 

Tenter une définition de la religion n’est aisé ; il en existe presque autant que de spécialistes. Dans cette jungle inextricable, Jaed Diamond en recense 16 dans un tableau ; parmi ces dernières celle de Durkheim ou de Marx pour qui « la religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple ». 

 

Longtemps, explique Diamond, il proposait lui-même à ses étudiants la définition suivante : « La religion est la croyance en un agent surnaturel posé en postulat et dont nos sens ne peuvent donner de preuve de l’existence, mais qui est invoqué pour expliquer les choses dont nos sens nous donnent bien la preuve ». 

Mais il se rendit compte plus tard de la faiblesse de celle-ci car elle « omettait un deuxième attribut des religions : ce sont aussi des mouvements sociaux agrégeant des êtres qui s’identifient comme partageant des croyances auxquelles ils adhèrent profondément ». 

Ce n’est pas tout. « Un troisième attribut de toutes les religions est que leurs adeptes font de coûteux et douloureux sacrifices pour manifester de façon convaincante aux autres personnes leur adhésion au groupe ».

En outre, ces croyances impliquent des règles de conduite (lois, codes moraux, obligations, tabous, etc.). 

Et pour finir, dans la plupart des religions se manifeste la récompense pour les vertueux (éternité bienheureuse, etc.) et des châtiments pour les mauvais ou ceux qui ne respectent pas les règles (malédictions, enfer, etc.)  

 

En résumé, explique l’auteur, « la religion suppose une constellation de cinq ensembles d’attributs qui varient en puissance selon les religions du monde (religions traditionnelles y compris). Cette constellation peut nous servir à comprendre les différences entre la religion et plusieurs systèmes apparentés qui partagent de ses attribut, mais pas tous. La patriotisme et la fierté ethnique », par exemple, s’ils sont des mouvements sociaux distinguant « leurs adeptes des gens extérieurs, exigent des sacrifices, (ils) n’enseignent pas la croyance en des agents surnaturels ». 

 monde-jusqu-a-hier-apprennent-societes-traditionnelles.jpg

 

La recherche des explications causales

 

Dans ce paragraphe, Jared Diamond analyse les processus probables ayant conduits à la religion.

Ce qui le conduit à écrire, après quelques développements, que « ce que nous qualifions à présent de religion est apparu en dérivation de la complexité croissante du cerveau humain dans sa démarche d’identification des explications causales et d’élaboration de prédictions. Pendant longtemps il n’y aurait pas eu de distinction reconnue entre le naturel et le surnaturel, ou entre le religieux et le reste de la vie. » Et l’auteur d’émettre une hypothèse sur le fait de savoir quand la ‘religion’ aurait émergée au cours de l’évolution humaine : « très progressivement, à mesure que notre cerveau se complexifiait », notant au passage que nos ancêtres néandertaliens, il plus de 40.000 ans, ensevelissaient leurs morts après les avoir ornés de pigments ocres. « Il semble raisonnable, conclut-il, de supposer que nos ancêtres ont eu des croyances religieuses pendant les 60.000 ans et plus des Homo sapiens au comportement moderne, et peut-être pendant plus longtemps encore ».  

 

Croyances surnaturelles

  Diamond.jpg

Dans un tableau JD expose quelques exemples de croyances surnaturelles propres à des religions particulières. Il est intéressant de noter à quel point les croyances issues d’autres cultures, et en particulier celle tirées de sociétés traditionnelles, nous apparaissent puériles, tandis que celles des sociétés dans lesquelles nous baignons constituent une sorte de point aveugle de la raison.

En la matière, pour ramener les choses à leur incongruité, tout semble question de formulation :

« Une femme qui n’avait pas été fécondée par un homme tomba enceinte et donna naissance à un enfant mâle dont le corps après la mort fut transporté à un endroit appelé paradis souvent représenté comme étant au ciel ».

 

Parmi les croyances surnaturelles, certaines impliquent des oiseaux, ce que je ne pouvais ne pas relever. Ainsi cette dernière :

« Certains groupes Néo-Guinéens des basses terres croient que le beau chant fluté d’un petit oiseau, connu sous le nom se séricorne fauve, annonce que quelqu’un vient tout juste de mourir, mais », ajoute Diamond, le problème est que « cet oiseau compte au nombre des espèces les plus communes et des plus fréquents chanteurs des forêts de la région ». Et l’auteur de conclure : « mes amis néoguinéens sont aussi convaincus des mauvais présages de ce volatile que les Européens sont effrayés par les chats noirs ». 

 

D’un point de vue général, souligne encore l’auteur avec perspicacité, « le facteur psychologique qui sous-tend de telles croyances est que nous nous souvenons des coups tirés au but et oublions les échecs, de sorte que la plus légère preuve suggérée par le souvenir de réussites vient confirmer les moindres superstitions que nous entretenons ». En effet, qui n’a jamais été troublé par un augure paraissant confirmée par les faits, tout s’empressant dans le même temps d’oublier la pronostics a posteriori erronés ou farfelus ?  

 

Pour conclure ce paragraphe JD souligne que si elles sont irrationnelles, « les croyances religieuses surnaturelles (sont) plausibles et satisfaisante d’un point de vue émotionnelles », ce pourquoi elles demeurent « digne de foi en dépit même de leur caractère invraisemblable ».

Ne l’oublions pas, et cela a été dit tout a long de l’histoire, les dieux et déesses, s’ils se comportent comme des êtres humains (ils peuvent être jaloux, rancuniers, etc.), « leurs pouvoirs qui surpassent ceux des humains sont des projections des fantasmes de puissance propres à ces derniers ». 

 La-cene.jpg

 

Les sept fonctions explicative de la religion

 

1) L’explication

 

En premier lieu Diamond identifie une fonction originelle du fait religieux, fonction qui dans nos sociétés occidentales modernes a reculée face à la poussée de la science : l’explication (enfin pas tout à fait partout si l’on en croit par exemple la prégnance du Dessein intelligent aux Etats-Unis). 

Ainsi, « les peuples traditionnels préscientifiques bricolent des explications pour tout ce qu’ils découvrent, sans avoir assurément la capacité prophétique de faire la distinction entre les explications que les savants considèrent aujourd’hui naturelles et scientifiques et celles que ces derniers jugent surnaturelles et religieuses. Pour ces peuples, ce sont toutes des explications et ils ne discriminent pas celles qui sont ensuite perçues comme religieuses des autres... ».

 

« Aujourd’hui, pour de nombreux chercheurs, le dernier bastion de l’explication religieuse est celui de Dieu comme Cause première » (par exemple Trinh Xuan Thuan et son principe anthropique fort). Ceci dit, à ceux qui à la question « Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » répondent : Dieu, on pourrait leur objecter avec Diamond, que « ‘Dieu’ ne consiste qu’à mettre un nom sur son absence de réponse », ou avec André Comte-Sponville qu’il « s’agit de constater que les explications (d’ordre surnaturelle) que les religions prétendent apporter ont en commun… de n’expliquer rien, sinon par de l’inexplicable ! »

 

 

2) Apaiser l’anxiété

 

« La deuxième fonction de la religion - un adjuvant pour apaiser l’anxiété de l’espèce humaine face à des problèmes et des dangers qui échappent à son contrôle - fut probablement très forte dans les toutes premières sociétés ». D’où le recours aux prières, aux oracles, et aux shamans, par exemple. 

« Si cette fonction de la religion aurait diminué, explique l’auteur, alors que les sociétés renforçaient leur contrôle sur le cours de l’existence humaine, que les gouvernements étatiques gagnaient en puissance », force est de constater qu’aujourd’hui cet aspect du phénomène religieux et le recours que ce soient aux rebouteux des campagnes, aux liseurs de bonne aventure des villes et autres Irma New-age,  a encore de beaux jours devant lui. 

 

 

3) Apporter un réconfort

 

Autre fonction de la religion : « apporter un réconfort en niant la réalité de la mort ». Mais pas seulement, car la religion offre diverses formes de réconfort, comme « expliquer une souffrance en déclarant qu’elle n’est pas un événement dépourvu de signification ni dû au hasard, mais qu’elle un sens plus profond... »

Il y a d’ailleurs une certaine forme de continuité sur ce point entres les croyances des sociétés traditionnelles et les monothéismes des sociétés modernes : « Les chasseurs-cueilleurs croient souvent en une survie après la mort sous la forme d’esprits. Mais cette fonction s’est largement répandue avec l’essor des religions qui méprisent le monde terrestre et affirment qu’il y a une vie après la mort, plus importante et durable que la vie terrestre dont le seul but est justement de préparer le salut dans l’au-delà. »

Et Diamond de préciser : « Si le rejet du monde est puissant dans le christianisme, l’islam et quelques courants du bouddhisme, il caractérise également certaines philosophies séculières (c’est-à-dire non religieuses), comme le platonisme ».

 

Un autre aspect intéressant de la réflexion de l’auteur sur ce sujet, est le motif pour lequel les sociétés complexes mettent davantage l’accent sur l’au-delà et le réconfort que les sociétés de chasseurs-cueilleurs ; un constat pouvant apparaitre contre-intuitif, mais attesté par les preuves archéologiques tant qu’ethnographiques - coïncidant avec néolithisation : « avec la transition à l’agriculture, le nombre moyen d’heures de travail quotidien augmenta, la nutrition se dégrada, les maladies infectieuses et l’usure physique s’accrurent et l’espérance de vie se réduisit. Ces conditions de vie s’aggravèrent encore pour les prolétariats urbains pendant la Révolution industrielle ». 

Et Diamond de conclure : « l’infortune tend à rendre les gens plus croyants » De fait, « les couches sociales, les régions et les pays pauvres tendent à être plus religieux que les riches : ils davantage besoin de soutien moral ».

Cependant, « que la religion ne montre néanmoins aucun signe d’extinction peut tenir à notre persistante quête de ‘sens’ ».

 Customize_religion_painting_custom_built_oil_painting.jpg

 

4 et 5) Organisation et obéissance

 

Ces aspects du phénomène religieux coïncide avec la complexification et l’agrandissement des société humaines :

« Les sociétés très peuplées ont de fortes chances de vaincre les petites sociétés ; elles exigent des bureaucrates à temps complet parce que 20 personnes peuvent s’assoir autour d’un feu de camp et parvenir à un consensus alors que 20.000 ne le peuvent pas ; et il faut nourrir de tels dirigeants et bureaucrates. Mais comment un chef ou un monarque parvient-il à obtenir que ls paysans tolèrent ce qui est fondamentalement un vol de leur nourriture par des classes de parasites sociaux ? ».

C’est toute le sujet de la collusion entre pouvoir et religion, un phénomène fort bien identifié en son temps par le bon curé Meslier :

 « Ainsi, quoiqu’il semble que la religion et la politique dussent être si contraires et si opposées l’une à l’autre dans leurs principes et dans leurs maximes, elles ne laissent pas néanmoins que de s’accorder assez bien ensemble lorsqu’elles ont une fois fait alliance et qu’elles ont contracté amitié ensemble, car on peut dire qu’elles s’entendent pour lors comme deux coupeurs de bourse : la religion soutient le gouvernement politique, si méchant qu’il puisse être ; et à son tour, le gouvernement politique soutient la religion, si vaine et si fausse qu’elle puisse être » (Mémoire contre la religion).

Et au pourfendeur d’illusions de préciser sa pensée, avec une verve ne cédant rien à la lucidité : 

« ... tout ce que vos prêtres et vos docteurs vous prêchent avec tant d’éloquence touchant la grandeur, l’excellence et la sainteté des mystères qu’ils vous font adorer, tout ce qu’ils vous racontent avec tant de gravité de la certitude de leurs prétendus miracles, et tout ce qu’ils vous débitent avec tant de zèle et tant d’assurance touchant la grandeur des récompenses du ciel et touchant les effroyables châtiments de l’Enfer - ne sont, dans le fond, que des illusions, des erreurs, des mensonges, des fictions et des impostures inventées premièrement à des fins et rusés politiques, continuées par des séducteurs et des imposteurs, ensuite reçues et crues aveuglément des peuples ignorants et grossiers, puis enfin maintenues par l’autorité des grands et des souverains de la Terre (...) afin de tenir par là le commun des hommes en bride et faire d’eux tout ce qu’ils voudraient ».

 

Mais revenons à Diamond et à ce constat : 

« Au cours des siècles récents du monde judéo-chrétien, cette tendance s’est bien sûr inversée et la religion est bien moins qu’auparavant la servante de l’Etat. » Cependant, ajoute l’auteur, « la fusion de la religion et de l’Etat persiste dans certains pays musulmans, en Israël et (il y a peu de temps encore) au Japon et en Italie. Même le gouvernement des Etats-Unis invoque Dieu sur sa monnaie... ». Ajoutons qu’en France, la laïcité n’empêche nullement l’imprégnation persistante des valeurs judéo-chrétiennes à tous les niveaux de la société. Pour s’en persuader il n’est qu’à regarder la composition des divers conseils d’éthiques auxquels nos politiques puisent leur inspiration, truffés de prélats et de leurs séides.  

 Francois_Dubois_001.jpg

 

6) Codes de conduite à l’égard des inconnus.

 

En bref, sur cet aspect notons que « les raisons pour lesquelles les athées, ainsi que de nombreux croyants, ne tuent plus leurs ennemis découlent des valeurs instillées par la société et de la crainte de la main puissante de la loi plutôt que de la colère de Dieu. Mais, à partir de l’essor des chefferies jusqu’à celui récent des Etats séculiers, la religion à justifié les codes de comportements ».

Diamond ajoute prudent : « selon le point de vue de chacun ces rôles ont été jugés positifs (promotion de l’harmonie sociale) ou négatifs (exploitation des masses par des élites oppressives). »

Croisade-a-Jeerusalem.jpg Notons que l’harmonie sociale d’une société donnée peut fort bien s’accommoder du ravage des contrées éprises d’autres fétiches, voire encourager le massacre et l’éradication totale de populations impies. (cf. les Albigeois ; voire également les croisades, où L’Eglise, cherchant à détourner la violence des chevaliers en mal de rapine sur le sol d’Occident et limiter les guerres privées, va en quelque sorte exporter le mal en Terre-Sainte, donnant aux belliqueux gens d’armes de ‘nobles’ motifs. C’est la création de la « Militia Christi », ordre qui rapidement « devient  une confrérie de chevaliers prêts au combat contre les adversaires de la chrétienté ; elle devient l’instrument de la guerre sainte. Le meurtre est justifié, voire sacralisé ! » (Les templiers, Alain Demurger)  - On pourra lire aussi sur ce sujet l’essai d’Ami Maalouf, Les croisades vues par les arabes. )

  Albigeois.jpg

 

7) Justifier la guerre

 

« Les dix commandements ne s’appliquent qu’à votre propre comportement à l’égard de concitoyens dans une chefferie ou un Etat ». 

En découle, selon une logique bien connue : « Tu ne tueras point (les croyants en ton propre dieu) et Tu dois tuer (les croyants en un autre dieu) ». L’essentiel est dit.

 

Et juste s’il fallait y insister :

« L’Ancien Testament est émaillé d’exhortations à se montrer cruel à l’encontre des païens. Le Deutéronome 20 : 10-18, par exemple, explique l’obligation pour les Hébreux de pratiquer le génocide : quand votre armée s’approche d’un cité lointaine, vous devez asservir tous les habitants s’ils se rendent, mais s’ils résistent, tuer tous les hommes, asservir les femmes et les enfants, voler leur bétail et tout ce qui se trouve dans la ville. Mais, si c’est une cité des Cananéens, des Hittites, ou de tout autre de ces peuples adorateurs des faux dieux, alors le vrai Dieu commande que soit massacré tout ce qui respire dans la cité. »

 

  islam-main-droite-coran.jpg

 

Pour conclure

 

De ces sept fonctions qui caractérisent la religion, « deux fonctions existaient déjà et étaient à leur apogée à l’époque de l’émergence des humains intelligents, 50.000 ans avant notre ère, et ont connus un déclin régulier dans les récents millénaires : l’explication surnaturelle (en déclin rapide) et l’apaisement ritualisé de l’anxiété face aux dangers incontrôlables (en léger déclin). Les cinq autres fonctions étaient absentes (pour quatre d’entre elles) ou faible (la cinquième) chez es premiers humains intelligents ; elles atteignirent un pic dans les chefferies et les Etats émergents (pour trois d’entre elles), et ont connu un déclin plus ou moins net depuis lors ».

 

Serait-ce pour autant le crépuscule des religions ? Le monde tel qu’il va semble y apporter démenti. Selon Diamond l’avenir du fait religieux dépendra de ce que sera le monde des les années à venir : « Si les niveaux de vie s’élèvent dans le monde, alors les fonctions 1 et 4-7 continueront à décliner, mais il est probable que les fonctions 2 et 3 perdureront ». Mais si, est c’est le constat du réel aujourd’hui, « le monde reste embourbé dans la pauvreté ou si (pis encore) l’économie mondiale, les niveaux de vie et la paix se dégradent, alors il se peut que toutes les fonctions de la religion, peut-être même l’explication surnaturelle, connaissent une résurgence ». 

 

Quant au dernier mot de Jared Diamond sur ce chapitre : « il faut attendre et voir ». Je ne suis pas enclin à telle retenue  - et partagerai plutôt le constat de Mike Davis dans Le pire des mondes possibles, sous-titré, de l’explosion urbaine au bidonville global.

 

religion-torture.jpg

Par Axel Evigiran - Publié dans : Ethnologie & Préhistoire - Communauté : Les Cultureux éclectiques
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires

_________________________

Calendrier

Août 2014
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Recherche

Last.Fm


Seen live

Seen-live.jpg

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés