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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 03:32

A mon retour de vacances, j’ai constaté que la publicité était désormais imposée sur la plateforme Overblog, transformant cet espace en guirlande  commerciale. 

J’ai donc décidé de migrer manuellement sur un autre blogue que j’utilisais jusqu’alors essentiellement pour le partage des œuvres peintes.


Ce nouvel espace porte le nom de « Sous un ciel brouillé » et j’ai commencé à y transférer les billets qui me tenaient le plus à cœur. Cela prendra sans doute encore tout le mois de septembre.

Ici, si le blogue n’évoluera plus, je le laisse néanmoins en état pour que l’ensemble des anciens billets, et surtout les commentaires puissent toujours être consultés (car dans le transfert je ne puis que déplacer les articles, mais pas les commentaires).

 

 

La publication de nouveaux billet sur « Sous un ciel brouillé » reprendra sans doute en octobre après une petite pause.

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Published by Axel Evigiran
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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 09:43

nuitdanslaforet.jpg

 

C’était hier soir au théâtre de l’Idéal à Tourcoing, dans une mise en scène d’Eric Castex.

 

Un soliloque d’Azeddine Benamara... Une heure et demie, où, pourtant, l’on ne s’ennui pas une seconde. De maux en mots, tout le tragique de l’existence résumé à fil prêt à se rompre... Juste une chambre pour la nuit, pas même toute la nuit. Camarade ! Ecoutes-moi, s’il te plait... 

Les yeux dans les yeux... Une magnifique performance d’acteur !

 

« Mon projet de mise en scène est proche d’une atmosphère du Bronx. Un film de Jarmusch 

en noir et Blanc » Eric Castex

nuitdanslaforet1.jpg

 

Dans un décors minimaliste, entre poussière et bardage de fer, avec pour toile de fond un mur en béton, l’acteur nous entraine ainsi dans un monde glauque et désespéré ; un monde de pluie et de nuit, sur le pavé. 

Des ruelles à putes, lorsqu’elles deviennent cinglées et s’en vont manger la terre des cimetière jusqu’à en crever, aux piles de ponts mal éclairés et au-dessus de l’eau pour s’aimer rien qu’une fois. Un univers de paillettes, avec les cons d’en haut et leur gueule de tueur, avec la fête obligatoire du vendredi soir, avec cette fille blonde, belle à tomber par terre, fragile et qui passe avec ses petites boucles, juste comme il faut. Ses yeux sont des abimes mais il ne faut pas la suivre ! Elle est passé de l’autre côté... Et si avais chanté, bien sûr on aurait tout accepté. Comment faire autrement ? Et si elle avait posé sa main sur votre genoux que faire, sauf se la couper ? Seulement elle parle. Elle parle au milieu des minets, et  lorsque s’ouvre sa bouche c’est un dégueulis de l’enfer...  

Alors on s’en retourne là où la solitude de l’étranger sans travail se confronte à l’impossibilité à dire les choses... Il y a ceux qui s’amusent, avec rien derrière la tête, ces sales cons... Et puis il y a les autres, ceux que l’on pousse dans le dos d’ici aux forêts du Nicargua, là où des généraux assis mitraillent tout ce qui en sort. Tout ce qui ne ressemble pas à un arbre, tout ce qui ne bouge pas comme une plante est abattu ! Alors ceux du Nicaragua viennent ici tandis qu’on nous pousse là-bas. Mais partout c’est pareil. Du travail il n’y en a pas plus ici qu’ailleurs. Et là-bas, si vous n’êtes pas d’accord, on vous tire dessus... Alors on reste ici et se fait casser la gueule dans le métro par des loubards bien habillés qui vous ont volé votre portefeuille. Sale PD, qu’ils disent ! Et personne ne bouge...  Tout va bien camarade ! On ne bouge pas... 

Rompu, sans un sou on ne bouge pas. C’est ok . Tout va bien camarade... Il y a ce bruit, cette odeur... Personne ne vous regarde. Passe une fille en pleur dans sa chemise de nuit. Derrière, en haut de l’escalier une grosse femme souffle, accrochée à la rambarde. Assis juste à côté, un arabe marmonne bas, il chante  juste pour lui un truc en arabe... Sur le quai d’en face une folle en jaune, extatique fait de grands gestes dans le vide et se met soudain à chanter une connerie d’opéra... Mais quelle voix ! Elle répond à l’instrument d’un type qui doit jouer un peu plus loin pour faire la manche... 

Chacun pour soi, chacun dans son monde... Chacun avec ses problèmes, rien que pour soi.

 

Alors vous prend l’envie de taper ! De taper, et taper encore !.... 

« ... un monde nocturne, peuplé de prostituées de loubards racistes, de violence. ET puis l’amour aussi, trop vite perdu et que l’on cherche à travers la nuit. Tout Koltès se trouve déjà résumé dans cette première œuvre, qui est un grand texte qui raconte la solitude de l’homme moderne dans l’enfer urbain... »  (Texte tiré de l’extrait vidéo)

 

De Koltès je ne savais rien et avions pris les place sans trop savoir où nous mettions les pieds, sous l’incitation de notre fille, ayant cette année un texte de cet auteur à étudier (« Dans la solitude des champs de coton »).

Nous ne regrettons pas cette plongée en terres inconnues.

 

« Un homme, assis à une table de café, tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver, un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir où il est seul. Il lui parle de son univers : une banlieue où il pleut, où l’on est étranger, où l’on ne travaille plus ; un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner ; il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, silencieux, immobile » 

Bernard Marie Koltès

DSC011121-300x168.jpg


Dossier sur la pièce

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Published by Axel Evigiran - dans Bouteilles à la mer
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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 19:29

Muse-Isolated-System-e1349175473113.png

 

Ce n’est pas une formation que j’affectionne particulièrement, mais le diptyque composé des deux derniers titres de l’album de Muse, sorti en 2012 « The 2nd Law » m’ont touchés ; en particulier « Isolated System », très émouvant à sa manière - la vidéo n’y est sans doute pas pour rien.

 

  • The 2nd Law: Unsustainable
  • The 2nd Law: Isolated System

 

 

Le thème de ces douzième et treizième morceaux de cet album sont clairement d’orientation écologique. Mais au-delà du message, somme toute trivial, se révèle le tragique de l’existence. 

Lorsque le réel se mêle aux pixels, et les mondes virtuels à nos rêves, il suffit d’une touche    : Erase ! 


 Et aussi vite que l’on puisse courir, il n’y a nulle échappatoire : 

... la fin est écrite d’avance.

Et tous les vouloirs vivres réduits d’un coup à l’impuissance :

... le néant.

 

ISOLATED SYSTEM

« All natural and technological processes proceed in such a way that the availability of the remaining energy decreases. In all energy exchanges, if no energy enters or leaves an isolated system, the entropy of that system incre,cre,cre,cre,c,c,creases. Energy continuously flows from being concentrated, to becoming dispersed, spread out, wasted and useless. New energy cannot be created and high grade energy is being destroyed. An economy based on endless growth is... »

(Pour les non anglophones, voir la traduction proposée en ligne)

 

Unsustainable

 

« The fundamental laws of thermodynamics will place fixed limits on technological innovation and human advancement. In an isolated system the entropy can only increase. A species set on endless growth is... »

 

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Published by Axel Evigiran - dans Ecologie politique
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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 11:35

Moby-dick---Couv.jpg

 

J’ai longtemps pensé que Moby Dick était un roman pour adolescent ; un peu à la façon du Vieil homme et la mer d’Hemingway, qu’on lit ou qu’on fait lire aux élèves de collège pour les édifier, leur montrer un exemple de courage et d’abnégation - certes objectivement inutile ;  mais reste l’honneur...

 

A la vérité le chef d’œuvre d’Herman Melville, publié en 1851, est un livre aussi considérable que d’une construction singulière, alternant narration romanesque et parties techniques, chapitres et paragraphes construits un peu à la manière d’un manuel de chasse à la baleine, ou encore, parfois, d’un traité de biologie sur les cétacés ; livre d’observations et de collectes de données scientifiques que n’aurait sans doute pas renié Darwin. 

Mais j’en oublierai presque le style saisissant de Melville. Car Moby Dick est une œuvre qui ne laisse personne indifférent ; avec une prose posée entre le vide de la mer par un jour sans vent et les affreuses tempêtes où le noir de l’âme s’en va nourrir la folie des hommes ; une ivresse sauvage où les monstres marins viennent hanter les beuveries sur fond d’huile de baleine, de vengeance et de rédemption. Certains, je viens de le découvrir à l’instant, iront chercher le merveilleux de Moby Dick dans une comptabilité aussi vaine que scientifiquement exacte. Ceux là sont les négociants égarés d’un océan de points, ces affréteurs de navire qui restent toujours à quai. Passons.

 

The_voyage_of_the_Pequod.jpg

 

C’est à la vérité par une lecture, il y a de cela quelques années à la radio, que j’ai découvert ce monument de littérature. 

Aussitôt le harpon de la fascination s’est planté dans mon crâne. Une fascination certes ambivalente, dont la flamme changeante n’a cessé de s’alimenter de ses propres noirceurs, de ses propres faillites. Car Moby Dick est l’histoire d’une irrémédiable faillite et qu’importe si l’on renonce à en dessiner le contour ou en exprimer l’aigreur grandiose...

 

harponne.jpgLes mots filent, accrochés à cette corde reliée au corps du monstre qui s’apprête à plonger dans les abimes. Dans la barque, transis et féroces, terrorisés tant qu’implacables, les hommes ont choisi leur destinée ; un destin de tragédie, avec pour horizon le baiser mortel avec l’une des filles de Poséidon, Aéthuse, Rhodé ou Despoéna, qu’importe ! Un sort dont on ne sait s’il est enviable à celui des martyrs consentants des jeux du cirque dans la Rome antique. Mais ces marins, pour les plus chanceux, pourront se consoler à l’idée - vanité à la vérité - qu’eux au moins laisseront pour trace évanescente de leur passage sur cette terre de douleur et de labeur, une plaque dans l’église de Nantucket. Ex voto qui dira : « Capitaine Ezechiel Hardy. Tué à la proue de son embarcation par un cachalot sur les côtes du Japon, le 3 août 1933 » . Alors, dans la barque, tandis que brûle la corde nouée solidement au harpon, frappé par une houle violente, ils en oublient presque leur peur et se concentrent sur leur gestes, sur leurs mots ; sur la technique, le métier :  « hale ! », hurle Monsieur Stubb... « Mouillez la ligne ! »... Puis « Serre !! Serre !! ».  souffleur.jpg

 

Moby dick c’est aussi et surtout ses personnages. 

Le dantesque Achab, bien sûr, effroyable unijambiste au regard halluciné suppurant la vengeance comme d’autre la fourberie ou l’insignifiance - car il est aussi parfois des modèle de ce genre ; ils pullulent même en général. Mais pas dans le roman de Melville. Sans doute que dans des situation extrêmes se love une certaine grandeur, une hauteur aussi bien dans le courage que dans l’abjection.

 

Tout commence à l’auberge du Souffleur, par une nuit de neige et de vent à Nantucket, cette île située au large du Cap Cod, ou plus tard Edward Hopper ira poser ses pinceaux. Le narrateur, Ismaël, fluet et sans le sou se voit contraint de partager le lit avec un cannibale réducteur de têtes, harponneur désormais de son état. Passé la frayeur et une nuit sans sommeil, bientôt Queequeg deviendra son ami de cœur : 

Cabnnibale.jpg« On ne peut dissimuler une âme. Sous ses tatouages diaboliques, il me semblait reconnaitre un cœur pur et dans ses yeux sombres et profonds, un esprit propre à défier mille démons ».

Les motivations d’Ismaël pour s’embarquer sur un baleinier sont cependant flottantes ; une dérive plutôt qu’un cap fermement suivit une décision faute de mieux  : « Je veux savoir ce que pêcher la baleine veux dire, je veux voir le monde.. », dira-t-il à celui qui le recrute. Voir le monde ! L’autre qui ne s’y trompe pas invite alors le jeune homme à s’approcher du bastingage et jeter un œil du côté du vent, et de lui demander ce qu’il voit. « Rien que de l’eau, répond Ismaël, un horizon immense !! ». Alors le vieux capitaine recruteur lâche, mine sévère sans desserrer les dents : « As-tu envie de doubler le cap Horn pour ne plus rien voir de plus que cette ligne d’horizon ?!.. Ne peux-tu voir le monde de là où tu es ?!.. » Bonne question à la vérité. Mais qui n’empêchera pas Ismaël signer le registre. De même fera Queequeg, dont le paraphe se réduit à un petit poisson schématique, une sorte de huit couché tel que le dessinent les enfants. 

Le navire est le Pequod. Et c’est le choix d’Ismaël, et de lui seul.  

 Achab.jpeg

Plus tard, à bord, la nuit une fois couchés, ils entendront le pied de bois sinistre d’Achab marteler le pont. Mais ils ne le verront pas, pas tout de suite car le capitaine se tient tout le jour cloitré en ses quartiers. Et ainsi du jour suivant, et du jour après. Mais les langues se délient et la rumeur commence à peindre le contour de la folie vengeresse de l’unijambiste. 

Sur le bateau il y a aussi l’indien et le nègre comme compagnons du cannibale aux harpons. Et bien d’autres personnages encore, embarqués plus ou moins malgré eux dans cette aventure, qui métamorphosera vite en traque d’une unique baleine ; ce monstre quasi légendaire «  au front d’une blancheur de lait, une bosse et n’étant que rides et pattes-d’oie » qui a emporté jadis la jambe du capitaine : Moby Dick ! 


Jurez.jpg

Il aura suffit d’un toast infernal, la mesure de Grog !! Un pacte scellé par la contrainte mais qui souffle sous les crâne à la manière d’une tempête de délire, une folie furieuse que seul le second, Monsieur Starbuck tente de conjurer : « Des représailles sur un simple animal... Qui ne vous a frappé que par le plus aveugle des instincts ! Folie !! »

.Ce sera vain. Achab lui le sait, le monstre est intelligent, retors, empli « d’une insondable malignité ». Et au capitaine d’ajouter, orbites exorbités : « Je frapperais le soleil s’il m’insultait ! »

 Moby-dick---part-couv.jpg

Mais je ne vais pas ici conter toute l’histoire ; elle ne fait que commencer.

Je ne dirai rien des jaunes, singuliers passagers clandestins souquant ferme à la baleine, ni des gris et des blafards, ni de l’énigmatique sicaire enturbanné qui se tient silencieux aux côté d’Achab. Rien de cette cuisine de l’enfer, et toute cette huile - tant d’huile, si précieuse ! 

Sans compter ces barriques pisseuses, causes de la confrontation directe entre Achab et son second. Ce dernier veut que l’on fasse escale pour les colmater. Mais le capitaine n’a qu’une idée en tête : Moby Dick !... Et ne souffrant aucune insubordination sort son fusil, qu’il pointe sur le ventre de Starbuck. L’autre se replie, non sans un avertissement : « Qu’Achab se méfie d’Achab ! ».

 Achab---Starbuck.jpg

Ismaël s’interroge cependant. Comment est-il possible de traquer une seule bête dans une telle immensité sans limites ? La réponse lui vient d’un vieux matelot, et tombe comme une évidence, lourde de présages : « La migration du cachalot se révèle aussi immuable que celle des bancs de Harengs ou des vols d’hirondelles ! ».

 Planche.jpg

Mais en voila assez dit.

Et ne puis que conseiller, avec toute force dont je suis capable, d’aller lire bien sûr le roman, mais aussi de se procurer absolument la fabuleuse adaptation en bande dessinée de Moby Dick qui vient d’être commise par Christophe Chabouté aux bien nommées éditions des Vents d’Ouest.

Pour ce premier tome, qui s’arrête juste après l’altercation entre Achab et Starbuck, nous est présenté plus de 100 pages, servies par un dessin d’une noirceur qui convient on ne pourrait mieux à telle œuvre ; une incarnation au trait sûr, qui rend les regards hallucinés des uns, apeurés ou blasés des autres avec une force peu commune. 

L’équilibre entre dialogues et silences, aux pages noires et blanches comme avant l’orage, est une invite au voyage ; incitation impérieuse à s’embarquer derrière l’épaule d’Ismaël... 

On y éprouvera ainsi l’attente infinie et la routine de ces jours sans fin sur une mer étal ; l’angoisse sourde aussi à l’approche de l’action, la fulgurance enfin de la traque. La folie des hommes, la force de la bête !

 

On l’aura compris, j’ai aimé cette bande dessinée et attend la suite non sans impatience. 

 

Et ne l’oublions pas :

 

« Prenez le plus distrait des hommes, absorbé dans la plus profonde des rêveries, dressez-le sur ses jambes, incitez-le à poser un pied devant l’autre et il vous conduira infailliblement vers l’eau »

Mirages.jpg

 


Quelques liens :

 

Le gai savoir (France culture) - Moby Dick

Lecture par Goerges Claisse d'un passage de Moby Dick

Moby Dick en livre audio (anglais)

 

 


 

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Published by Axel Evigiran - dans BD
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 09:43

Nu-sur-le-divan.jpg

 

Parcourant la toile en quête de vidéos pour illustrer un billet que je viens de finir « Alan Sokal : Pseudosciences & Postmodernité (Préface de Jean Bricmont) » je suis tombé sur un entretient avec Nicolas Gauvrit, du printemps 2012. 


A l’écoute, la teneur de l’interview dépassant largement le cadre que je recherchais initialement (vidéo courte sur : illustration / définition de la rationalité scientifique ; discours sur les pseudosciences en général), devant l’intérêt du propos développé, j’ai pensé bon, plutôt que de noyer la vidéo dans un article déjà dense et long, de la publier dans un billet indépendant. 

 

Nicolas Gauvrit est mathématicien et chercheur en psychologie du développement. 

 

J’ai ajouté ci-dessous la liste des thèmes abordés, reprenant les titre proposées dans la vidéo pour les différentes sections. 


.
Zététique ? Scepticisme ? rationalisme ?

Agir de façon rationnelle 
Env 4.15

Psychanalyse et inconscient
Env. 6.55

La psychanalyse est-elle scientifique ? 
Env.9

Scientifique, quels critères ?
Env  11.50

Psychanalyse : des hypothèses testables ?
Env 14.25

Psychanalyse : des hypothèses validées ?
Env 16.25

Pyschanayse et idées reçues 
Env 17.15

Le refoulement : une idée reçue ?
Env 19.50

Lapsus : idée reçue ?
Env 21.35

Lacan et les mathématiques
Env 23

Psychanalyse et autisme : sophisme du ‘juste milieu’
Env 28.35

Psychanalyse : traiter les causes de l’autisme
Env 32.50

Sophisme de l’homme de paille
Env 34.40

Les livres qui ont comptés
Env 36.05

- Le singe en nous de Franz De Waal 
- Les impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont 
- Mensonges freudiens de J.Benesteau 

Développer science et esprit critique : un outil de transformation sociale ?
Env 42.5 
singe_en_nous1.jpg

(Blog initial de Nicolas Gauvrit)
(Nouvel espace où N.Gauvrit publie en invité ses billets)
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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 16:23

The-Synthetic-Dream-Foundation-1.jpg

 

Le bon côté de certains réseaux musicaux sur la toile, tel LastFm, outre d’y coaguler les oreilles selon affinités, est de pouvoir s’y faire surprendre par de belles rencontres ; ainsi la découverte d’une formation,  The Synthetic Dream Foundation, que je situerai volontiers dans une mouvance expérimentale, et plus précisément dans la branche où fleurissent les saveurs symphoniques mâtinées d’électronique (je ne suis pas un adepte des classifications, toujours réductrices, mais il faut bien parfois ancrer le tympan en des contrées défrichées).

Un projet polymorphe donc, ou s’agglutinent autour du noyau dur constitué de son énigmatique initiateur diverses sensibilités ; manières d’artistes ; buée éphémère sur la vitre de nos chimères - vocalistes, violonistes, musiciens de l’aube et du crépuscules, venus entonner de futuristes marches funèbres – car toute musique (du moins celles capables de secouer l’âme) est sa manière requiem au bord de l’abîme. 

 

 

 where-drowned-suns-still-glimmerSuintent ainsi des mélodies numériques composées par The Synthetic Dream Foundation, des touches abyssales à la In slaughter natives auxquelles se joignent des rythmiques qui ne sont pas sans faire songer à Front Line Assembly ou à Skinny puppy – Mais à chacun sa propre interprétation et ses références. Car dans les embardées synthétiques tant que traditionnelles ou classiques il n’est de véritables règles que celles que l’on se fixe à soi même ; d’ailleurs à force de mélanger les couleurs musicales il en est qui ne trouvent plus dans la musique qu’un noir d’encre - teinture ultime située au-delà de tout racontable, allant jusqu’à dénier la moindre expressivité au motif. Mais sans doute n’est-ce là qu’une erreur de perspective, une sorte d’athéisme sensoriel qui vaut bien toutes les religiosités du goûts et autres Port Royal mélodiques. 

Quant à moi, si j’en avais le culot, je me rallierai volontiers à ce que m’a susurré à l’oreille une petite voix espiègle : lorsque la raison mange l’émoi, et ne voit plus dans la beauté du monde qu’agitation absurde d’atomes innombrables, de ses vocalises ne peut jaillir que le cadavre tiède du réductionnisme hallucinatoire. 

En découle la platitude infinie d’un paysage terne jusqu’à la-palissade ; état d’esprit pareil à celui d’un esthète désabusé qui, planté devant une toile de maître dirait : Ces couleurs ne sont au final que la perception de différentes longueurs d’ondes du spectre électromagnétique. Et de penser aussitôt : l’électromagnétisme, voilà le réel ! 

 

Mais fi de ces vaines passes d’escrimes, abusivement hors sujet ; le mieux est encore de résister au fâcheux penchant naturel du parti pris et du son de clocher…

Et simplement écouter The Synthetic Dream Foundation – qui ne se réduit d’ailleurs pas à un projet musical. 

 

 


 

Synth

«  Hey,

I noticed your profile because we are musical "neighbours" having similar tastes in music. I am writing you because I thought you might be interested in the newest cd from one of the bands I play live violin for, The Synthetic Dream Foundation. We combine dark, glitchy electronica with full symphony and guest female vocals. You can download our most recent release for completely free here

 

http://www.tsdf.net/where.html

 

Any feedback would be appreciated. Hope you enjoy it! » 

 

 

 

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 13:26

Fabre-1.jpg

 

Lors d’un échange de commentaires sur un blogue ami, il m’a été demandé d’expliquer pourquoi l’exposition Jan Fabre, qui se déroule actuellement au Palais des beaux de Lille, relevait selon moi du navet intégral - j’aurai pu dire d’une certaine forme de supercherie, sans véritablement trahir le fond de ma pensée. 

C’est cette réponse que j’adapte ici, du haut de ma flemmardise, sous la forme d’un billet qui n’a d’autre justificatif que la subjectivité et le parti pris revendiqués de son auteur, agacé par la fatuité des émois suscité par nombre d’impostures artistes contemporaines  - mais pas toutes (cf. « Jake & Dinos Chapman - No woman No cry »).

 

Fabre-3.jpg

Alors donc, pourquoi n’ai-je pas aimé cette double exposition ? (je mêle ici le Congo de Jan Fabre à ses illuminations du sous-sol, disséminées parmi les enluminures médiévales véritables).

 

Disons qu’une fois pénétré dans l’atrium où étaient exposées les œuvres, à la vue de ces immenses compositions verdâtres sans âmes, mon premier réflexe fut un saisissement. Non pas de stupeur admirative mais de perplexité ; entre envie de m’esclaffer ou de tourner illico les talons. 

 

Fort heureusement, il y avait les étudiants de science Po (organisateurs de la nocturne) pour nous expliciter un peu tout ça (je salue ici leur disponibilité ; sagacité distanciée mêlée d’un excellente connaissance de leur objet d’étude) . 

 

Côté originalité, disons que ces tableaux gigantesques sont constitués uniquement d’élytres de scarabées (provenance d’élevages quasi industriels en Asie) - en ce genre d’exposition il convient de toujours se singulariser !

Ajoutons que le Sieur Fabre met à peine la main à la patte, puisque ce travail de titan (coller des milliers d’élytres – j’ai oublié le nombre faramineux d’heures nécessaire à la réalisation d’un seul tableau) est confié à une équipe de 29 « collaborateurs » du maître (on pourra toujours dire ici qu’il ravive la tradition médiévale de l’atelier ; mon esprit mal tourné y voit plutôt une entreprise commerciale bien rôdée).

 

Au niveau du concept :

cerveau.png

L’objectif affiché de l’artiste est une dénonciation du colonialisme belge au Congo – de quoi susciter l’adhésion inconditionnelle des masses ; une approbation qui ne peut que justifier les œuvres (la critique serait ici malvenue, sinon suspecte).  

 

Au niveau des œuvres en elles-mêmes :

Pour faire spirituel (ou érudit) rien de mieux que de mettre dans chaque tableau un détail tiré du Jardin des délices de Boch ; outre en imposer au niveau culturel, cela fait un petit jeu de piste amusant - et permettra ensuite de pérorer doctement sur la profondeur de la démarche…

Pour le reste, une symbolique bien lourdingue, par exemple : une esclave qui ouvre la bouche devant une sorte d’énorme thermos plantée dans un coin du tableau - et sensé représenter le phallus d’un colonisateur ; ou encore des memento mori disséminés un peu partout (des fois que l’on aurait pas compris que la colonisation c’est le mal) ; cette autre ‘œuvre’ aussi, où il est noté en grand « Côte d’or » du nom de la firme exploiteuse de cacao que l’on sait. Que dire de « La bataille du rail» (car personne évidemment n’imagine un instant que ces tringles du progrès - porteuses de civilisation - aient pu se construire avec du sang d’esclave), ou ces « expositions coloniales d’Anvers » réunissant, oh grand dieu !, tout le gratin de la bourgeoisie d’alors ? 

Devant ce fatras, je ne puis laisser échapper qu’un gros soupir, laissant à chacun le soin se faire sa propre idée de la profondeur de la mise en scène… 

 

JF_Lapin.jpgPassons sur cette cervelle ailée, œuvre intitulée doctement « cerveau à ailes d’anges », ces scarabées moulés en doré (symbole de vie) transportant sur leur dos des crucifix ou des crosses d’évêques (le but ici est de mêler la tradition égyptienne au catholicisme - syncrétisme baveux, ou réminiscence new age, je ne sais - destiné à confondre d’admiration le pécore). On trouvera aussi une épée dont la lame porte inscrit en flamand quelque chose comme (je ne sais plus avec précision) «  Epée du désespoir ». Tout un symbole. J’en oublierai presque cette autre cervelle, d’où sort un petit arbre (l’œuvre est évidemment appelée « l’arbre de la connaissance »)…

 

Au final, seuls deux tableaux sortent pour moi de la médiocrité générale de cet accrochage. Est-ce un hasard s’ils s’agit des œuvres ou apparaissent des oiseaux ? J’opterai plutôt pour un attachement à une certaine forme d’esthétique dont, horreur, je n’arrive pas me défaire en matière d’art… 

Le premier de ces cadres est celui ayant servi - et pour cause - d’affiche à l’exposition. Quant au second, il montre en bonne place un pic, une huppe et un martin pêcheur… 

J’ajouterai enfin que les images de ces tableaux, trouvés ici ou là sur Internet, rendent d’un bien meilleur effet que lorsqu’on s’y trouve directement confronté. S’agirait-il d’un effet de l’écran, faisant office de masque au réel (à la manière d’un masque vénitien posé sur un visage vérolé) ? La raison m’en échappe.


Fabre---martin.jpg

Pourquoi un certain public aime Jan Fabre ?
Pour ceci, sans doute :

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Published by Axel Evigiran - dans Peinture
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 13:21

michea_mysteres.gifDans son dernier essai, paru en mars de cette année, et sous-titré De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, Jean-Claude Michéa enfonce le clou, rappelant en liminaire la formule de Castoriadis de 1986 selon laquelle «  il y a longtemps que le clivage gauche-droite, en France comme ailleurs, ne correspond plus ni aux grands problèmes de notre temps ni à des choix politiques radicalement opposés ».

Une idée somme tout assez banale pour qui ne verse pas dans le manichéisme de principe, mais qui ne semble cependant pas si largement partagée à gauche. Car comme l’explicite l’auteur dans son avant propos, l’essai a pour origine un échange épistolaire avec un militant PCF / Front de gauche pour qui « l’indignation grandissante des ‘gens ordinaires’ (Orwell) devant une société de plus en plus amorale, inégalitaire et aliénante » ne peut être que le signe exclusif de la gauche . 

 

Aussi il n’apparaît pas inutile à J.C Michéa de rappeler dès les premières pages – et c’est là une invite à peser la chose - que « ni Marx ni Engels n’ont jamais songé une seule fois à se définir comme des hommes de gauche », ajoutant que lorsqu’ils leur arrivait de faire appel à ce genre de terminologie, « la ‘droite’ désignait l’ensemble des partis censés représenter les intérêts (parfois contradictoires) de l’ancienne aristocratie terrienne et la hiérarchie catholique. Tandis que la ‘gauche’, elle même très divisée, constituait le point de ralliement politique des différentes fractions de la ‘classe moyenne’ (…), depuis la grande bourgeoisie industrielle et libérale – généralement acquise aux ‘libertés nécessaires’ d’Adolphe Thiers – jusqu’à la ‘petite bourgeoisie’ républicaine et radicale ». 

Ceci posé, reste à placer sur l’échiquier le mouvement ouvrier socialiste, opposé aussi bien à « la vieille droite monarchiste et cléricale d’un Joseph de Maistre » qu’à la « jeune gauche libérale et républicaine d’un Benjamin Constant, d’un Frédéric Bastiat ou d’un John Stuart Mill ». Et c’est « dans le cadre précis de l’affaire Dreyfus » que Michéa situe la source de la dissolution « la spécificité originelle du socialisme ouvrier et populaire dans ce qu’on appellerait désormais le ‘camp du progrès’ », mouvance qui sera rapidement placée sous la bannière de la ‘philosophie des lumières’, ceci constituant « la généalogie refoulée de la gauche du XXe siècle ».  

 

Et Michéa de raviver ici la mémoire du lecteur de gauche contemporain, lui rappelant que « les deux répressions de classe les plus féroces et les plus meurtrières qui se soient abattues, au XIXe siècle, sur le mouvement ouvrier français (…) ont chaque fois été le fait d’un gouvernement libéral ou républicain (donc de ‘gauche’, au sens premier du terme) »

 

1) lors des journées de juin 1848

2)   avec Thiers en 1871, contre la Commune de Paris

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L’auteur de L’empire du moindre mal y insiste : « l’opérateur philosophique majeur qui a permis, en un temps extrêmement court » la conversion de la gauche au libéralisme économique, politique et culturel a ses racines dans « cette métaphysique du Progrès et du ‘Sens de l’histoire’ qui définissait – depuis le XVIIIe siècle – le noyau dur de toutes les conceptions bourgeoises du monde ». 

S’y adosse le socialisme dit scientifique (« version dogmatique et simplifiée du marxisme originel ») qui se caractérisait par :

 

1) Un mode de production capitaliste comme constitutif d’une « étape historiquement nécessaire entre ‘le mode de production féodal’ et la société communiste future ».

2) La conviction que la grande industrie « représentait le seul modèle d’organisation de la production – agriculture comprise – capable de satisfaire aux exigences d’une société communiste… »

 Revolution-industrielle.jpg

« Cette croyance religieuse en un sens de l’histoire et au progrès matériel illimité » entraînera trois conséquences : 

 

1) L’appréciation négative des classes moyennes traditionnelles vues comme réactionnaires car cherchant « à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire ». D’ailleurs, ajoute J.C Michéa, « la célébration continuelle, par les nouveaux dirigeants des partis ‘marxistes’ européens, du progrès technologique à tout prix, (…) ne pouvait qu’éloigner un peu plus ces catégories sociales ». Et c’est d’abord, précise-t-il, « cette politique progressiste à courte vue qui allait pousser peu à peu ces classes moyennes traditionnelles à se réfugier sous l’aile protectrice de la droite conservatrice de l’époque (évidemment beaucoup plus lucide quant aux ambiguïtés du progrès) ». 

2) Abandon des analyse de Marx, en particulier celle selon laquelle « la richesse des sociétés où règne le mode de production capitaliste s’annonce comme immense accumulation des marchandises » et dont le corollaire peut se résumer par la formule de John Ruskin : « les marchandises ne sont pas fabriquées en fonction de leur utilité réelle mais uniquement afin d’être vendues ». D’où une crise récurrente des débouchés avec pour conséquence une transformation de la société en société de consommation (« dès lors principalement fondée sur le crédit – autrement dit, sur l’endettement structurel du système) ». En découlera tout à la fois la fabrication incessante de pseudo besoins et le dogme de la croissance  perpétuelle– dans un monde pourtant lui bien fini.

3) La liquidation même des fondements du projet socialiste pour lui « substituer insensiblement cette ‘idéologie de la pure liberté qui égalise tout’ » et qui constitue « la marque de fabrique de la philosophie libérale ». 

 

pierre-leroux.jpgLe terme de socialisme, introduit par Pierre Leroux, visait à s’opposer à la montée de l’individualisme généralisé. D’où la propension des socialiste originels, explique Michéa, « à maintenir une image du passé et des civilisations antérieures beaucoup moins négative, en général, que celle proposée par les libéraux ». A cette aune on peut même dire « que si ces penseurs s’opposaient avec autant d’énergie à l’idéologie libérale, (…) c’était d’abord parce que cette dernière se fondait sur une conception de la liberté individuelle qui conduisait nécessairement, à leur yeux, à dissoudre l’idée de vie commune ». 

C’est que pour un libéral (cf. Benjamin Constant), « toutes les formes d’appartenance ou d’identité qui n’ont pas été librement choisies par un sujet sont potentiellement oppressives et ‘discriminantes’ » ; ainsi de la notion de famille, de langue maternelle ou de pays d’origine. Michéa voit, ce me semble à juste titre, dans « cette représentation fantasmatique (symbolisée par le self-made-man qui ne doit rien à personne) », et caractérisée par « l’éloge libéral de l’individualisme absolu », un déracinement intégral, une « atomisation du monde » que représente d’ailleurs bien les idées de « guerre de tous contre tous » et de « désagrégation de l’humanité en monades ». Et de relever alors que la critique socialiste de cette idée d’une humanité ravalée à l’état de monades recoupe en partie celle de la droite traditionnelle française (mais pas pour les mêmes motifs). 

 

A ce stade de l’essai, nous en arrivons aux tensions contradictoires du projet socialiste contemporain avec, d’une part, un courant héritant de la philosophie des Lumières (« la plupart des encyclopédistes approuvaient avec enthousiasme les nouvelles idées libérales, tant sur le plan politique et culturel que sur le plan économique ») et de la Révolution française, et, de l’autre, une critique radicale « de ce nouveau monde libéral et industriel ». 

Et si le socialisme originel, pour reprendre la terminologie de Hayek, est « une réaction contre le libéralisme de la Révolution française », il sera vite infléchi et dissout par la définition libérale de la liberté vue essentiellement comme « propriété purement privée inhérente à l’individu isolé ». 

C’est là qu’intervient le concept de Common decency  repris d’Orwell et cher à JC Michéa, avec l’évocation de Mauss et de « la logique de l’honneur et du don ( source de tout rapport réel de confiance, d’entraide ou d’amitié), logique qui, une fois développée dans un sens moderne (autrement dit, de façon à donner toute sa place au souci de soi et au légitime besoin de solitude et d’intimité), défini le principe et le point de départ obligé de toute conscience morale ». 

 

Pour finir, revenons-en à ce slogan remontant au début du siècle dernier : « Une droite moderne n’est le plus souvent qu’une ancienne gauche . Michéa le complète ainsi : « Ancienne gauche que chaque nouveau pas en avant – ou chaque nouvelle dérive – du libéralisme culturel (…) conduit logiquement à s’arc-bouter sur la défense des valeurs dites ‘traditionnelles’ ». 

Mais le penseur orwellien n’est pas naïf, et sait bien qu’un « tel attachement aux valeurs traditionnelles (…) risquera toujours de se voir instrumentalisé et ainsi conduire aux dérives politiques les plus dangereuses ». Néanmoins, pense-t-il, « il serait encore plus dangereux d’oublier que dans bien des cas (…) ces valeurs ‘traditionnelles’ trouvent leur origine dans ce sentiment naturel d’appartenance qui s’oppose, par définition, à l’individualisme abstrait du libéralisme moderne » et que « l’importance accordée à la transmission familiale et scolaire, ou encore le soucis de protéger un certain nombre de traditions et d’habitudes collectives (…) » n’est ni réactionnaire ni de ‘droite’ en soi-même. 

 michea-1

 


Un mot des scolies 

Comme à son habitude Michéa a enrichi son texte initial de scolies à lire comme autant de petits chapitres indépendants. Leur somme constitue la moitié de l’ouvrage. 

 

Voici, en guise d’apéritif, l’une de ces notes, minuscule mais éloquente en sa concision même. [E]

 

[… un système qui n’hésite plus à récuser toute idée de limite morale ou de frontière…]

 

Lorsque les responsables ‘socialistes’ de l’agglomération de Montpellier décident – en octobre 2012 – de choisir le logo officiel le plus à même de symboliser leur philosophie constante du développement local (puisque la ‘communication’ est désormais la clé de toute politique moderne) la première idée qui s’impose immédiatement à leur esprit novateur est naturellement celle de Montpellier Unlimited (on appréciera, au passage, le vibrant hommage ainsi rendu aux racines occitanes de la région). Mais pourquoi s’étonner d’une telle conversion – devenue banale – au culte libéral du no limit ? Il devrait être évident, au contraire, qu’une ville de gauche digne de ce nom (c’est-à-dire un ‘pôle urbain’ dynamique, moderne est ‘européen’) ne peut plus avoir d’autre raison d’exister, à l’heure d’Internet, que celle d’attirer les ‘acteurs économiques’ du monde entier sur ‘un territoire d’innovation et d’excellence’. De fait, Coca-Cola City aurait tout aussi bien fait l’affaire ».

 

 MontpellierUnlimited.png

 


Une critique des positions de Jean-Claude Michéa par Frédéric Lordon

      Halimi, Corcuff et Lordon contre Michéa


Autres billet autour des travaux de Michéa 


Réplique : causerie autour du Complexe d'Orphée, avec Jean-Claude Michéa

Le complexe d’Orphée, la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès

Entretien avec Jean-claude Michéa : la philosophie pour boulangers ?

Le nomade "Attalien" où la nouvelle gauche kérosène

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 18:46

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Encore sous l’emprise de l’adaptation théâtrale des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, jouées samedi dernier à Lille…  

 

Apprenant quelques jours auparavant la durée de la pièce (3h40 env., entracte compris), nous nous étions inquiétés. 

Mais à la vérité tout s’est passé si vite en cette représentation d’une intensité époustouflante, servie par une mise en scène où les effets ne sont pas de simples gadgets, des artifices grossiers destinés à se singulariser par l’absurde, sinon la fatuité… 

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C’est que la poésie noire des petites phrases sorties du stylet de Houellebecq, ciselées dans une sorte d’acide à effet différé mais aussi imparable que la vague rongeant son galet, lâchée dans l’indifférence d’une cigarette qui se consume, atteint ici à son apothéose ;  

 

Ce train de la vie déroulant ses malheurs comme des évidences, ces macchabées grassouillets et nus, secouant leurs bourrelets en mer sur fond d’une barre de béton, symbole du libertinage obligatoire ;

Ou encore tels adeptes de yoga se haïssant viscéralement tout riant par envie de pleurer, sans omettre celle qui, après avoir avorté deux fois, veut un enfant avant qu’il ne soit trop tard. Son leitmotiv : combler le vide abyssal de son existence ;

Et cette autre paumée qui, par trop plein de solitude, après s’être brûlé au dernier degré le bas-ventre fini par se foutre en l’air du haut de l’escalier d’un immeuble de banlieue accrochée à son fauteuil d’handicapée, sans doute par amour envers ce professeur de littérature échoué dans le petit enfer de son lycée d’enfance. Ce dernier, débordé par un trop plein de sève tardive, se branlera bientôt sous l’œil moqueur d’une élève, une beurette, à peine sortie de l’adolescence qui, il en est sûr, « couche ». Le malheureux ira aussitôt se faire interner ou l’occasion lui sera donnée de pisser sur les cendres de sa mère ;

Tandis que son demi-frère s’envolait pour l’Irlande pour involontairement bouleverser l’ordre du monde – rêvant, si on peut appeler cela un rêve, d’une post humanité débarrassée de la plaie de la sexualité, de la douleur, et surtout de la peur de l’abîme – une post humanité immortelle. Nouvelle race, lisse, sans aspérité et à la saveur du navet.

 

particule-nord.jpgCe drame de la banalité grise sur fond d’orgie désespérée et de fin de race, avec ses élans, ses embardées, ses essoufflements et ses impasses, est rendu dans cette pièce avec une acuité si singulière qu’on se sent irrémédiablement englué, souillée par la poisse de cette morne absurdité teintée d’un désespoir sans véritable saveur ni contour.

 

Ici pas d’interprète en deçà. Et si aucun des acteurs ne domine, c’est qu’on ne se dit pas : c’était bien, sauf, peut-être, untel incarnant tel personnage. Car ici tous sont pareillement accrochés à leur rôle, semblables à ces naufragés perdus dans l’immensité d’un océan glacé à perte de vue, incrédules assis sur leur bouée ; si véridiques. 

Ajoutons une musique à la hauteur de ce paysage littéraire sans concessions ni fioritures, avec des percussions qui prenne au thorax, mais aussi, parfois, le chaos de riffs de guitare, joués live, en résonance parfaite avec la teinture du panorama ; impeccables de lourdeur et déchirés sur Manson, à peine audibles à  d’autres moments. 

 

Mais il est impossible de rendre compte d’un tel événement. De coucher sur le plat d’une feuille, temporalité, sensations, mots, non-dits, sous-entendus, maux… 

Laissons donc infuser. 

 

 Video-Houellebecq.JPG

CLIQUER SUR L'IMAGE CI-DESSUS POUR LA VIDEO


« Suite à des travaux d’agrandissement d’un arrêt de cars, il était nécessaire de réorganiser le plan du cimetière municipal et de déplacer certaines tombes, dont celle de sa grand-mère… 

(…)

L’autorail de Crécy-la-chapelle avait été remplacé par un train de banlieue. Le village lui-même avait beaucoup changé. Il s’arrêta sur la place de la Gare, regarda autour de lui avec surprise. Un hypermarché casino s’était installé avenue du Général-Leclerc, à la sortie de Crécy. Partout autour de lui il voyait des pavillons neufs, des immeubles.

Cela datait de l’ouverture d’Eurodisney, lui expliqua l’employé de mairie, et surtout du prolongement du RER jusqu’à Marne-la-Vallée…

(…)

L’homme attendait Michel près de l’entrée du cimetière. « Vous êtes le… -Oui. » Quel était le mot moderne pour « fossoyeur » ? Il tenait à la main une pelle et un grand sac poubelle en plastique noir. Michel lui emboîta le pas. « Vous n’êtes pas forcé de regarder… » grommela-t-il en se dirigeant vers la tombe ouverte.

La mort est difficile à comprendre, c’est toujours à contrecœur que l’être humain se résigne à s’en faire une image exacte. Michel avait vu le cadavre de sa grand-mère vingt ans auparavant, il l’avait embrassée une dernière fois. Cependant, au premier regard, il fut surpris par ce qu’il découvrait dans l’excavation. Sa grand-mère avait été enterrée dans un cercueil ; pourtant dans la terre fraîchement remuée on ne distinguait que des éclats de bois, une planche pourrie, et des choses blanches plus indistinctes. Lorsqu’il prit conscience de ce qu’il avait devant les yeux il tourna vivement la tête, se forçant à regarder dans la direction opposée ; mais c’était trop tard. Il avait vu le crâne souillé de terre, aux orbites vides, dont pendaient des paquets de cheveux blancs. Il avait vu les vertèbres éparpillées, mélangées à la terre. Il avait compris ». 

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A gauche sur l'image ci-dessous :Adaptateur, Metteur en scène, Scénographie des Particules élémentaires 
A droite : Bruno Viard, auteur de Les tiroirs de Houellebecq, Les 100 mots du romantisme et Lire les romantiques français 

Rencontre organisée par Citéphilo

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:17

 

Beloeil - 2013 05-008

 

Billet transféré à cette adresse :

PRINCE DE LIGNE - BELOEIL

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